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D’autres ayant vu danis la Nouvelle-Suède, des colons user de trop peu de réserve avec les femmes, ne firent pas difficulté de prêcher la vertu à ces Européens, qui auraient dû être les premiers à leur en donner des leçons.
Pour résister aux tentations, ils ont fait bien des actes hérciques. On a vu des néophytes, à l'exemple des Saints, éteindre dans la neige au milieu des plus grandes rigueurs de l’hiver, les ardeurs de ia concupiscence ou les réprimer par l’ardeur du feu en se rappelant avec une foi vive les peines de l’autre vie Combien de jeunes filles ont préféré s’exposer à la mort, plutôt que de perdre leur honneur ! Combien de Sauvages ont embrassé la foi, malgré l’opposition de leurs compatriotes, et ont. volontiers offert leur vie et leur sang pour la défense de leur religion ! Je suis convaincu que parmi eux, on aurait trouvé bien des martyrs, si quelqu'un avait osé se faire persécuteur.
En un mot Dieu est partout le même ; il peut #ans/ormer des pierres en enfants d'Abraham À, ct ceux-ci viendront de l'Orient et de ? Occident et se reposeront avec Abraham, Isaac et Facob dans le Royaume des cieux ?, c'est-à-dire dans les premiers rangs et les lieux les plus élevés. Fasse le Ciel que nous, des enfants du Royaume, ne soyons pas jetés dans les: ténèbres extérieures $ /
Quelques personnes ont eu la pieuse curiosité de vouloir connaître les arguments dont nous nous servions pour convertir les Sauvages à la foi Nous mettions en avant les motifs de crédibilité, que donnent ordinairement les théologiens, mais ceux qui réussissaient le mieux, se réduisaient à trois.
Le premier était la conformité de notre loi et des commandements de Dieu, avec les lumières de la raison; il n’est en effet rien de défendu par la foi, qui ne le soit aussi par la raison, et tout ce que celle-là commande ou permet, est approuvée par celle-ci.. Aussi. le premier de nos chrétiens, en demandant le baptême, fit cet aveu au P. Jean de Brébeuf: : Luo. ui, 8.
* Matth, vin, 11.
° Matth. VII, 12,
“ Je t'ai entendu parler de la Foi pendant trois ans,” lui dit cet homme doué d’un excellent jugement, ‘et tandis que tu ‘“ prêchais, je me répétais intérieurement : ‘ Il dit vrai’ ; et dès + le premier jour, j'ai commencé à mettre en prat.que ce que “ tu m'as enseigné.”
Sous ce rapport nos Sauvages sont certainement bien supérieurs, pour l'intelligence et la constance, à ces indigènes de l'Orient dont l’apôtre des Indes, Saint François-Xavier, fait un si triste tableau dans ses lettres. Les nôtres comprenaient et discouraient très-bien. Ils se rendaient franchement à nos raisons.
Le second motif était tiré des monuments écrits, non-seulement de l’Écriture-Sainte, mais aussi des ouvrages profanes, et avec cet argumeut, nous fermions la bouche à leurs faux prophètes ou plutôt à leurs charlatans. Ceux-ci n’ont en effet pour eux ni livres ni écrit quelconque, comme nous l'avons dit. Aussi quand ils nous racontaient leurs fables sur la création du monde, sur le déluge, (dont ils ont quelque idée confuse) et sur le pays des âmes, nous leur demandions : ‘“ Qui vous l’a & dit?”—Ils répondaient : “ Nos ancêtres.”—"* Mais,” répliquions-nous, “ vos ancêtres étaient des hommes comme vous ; ‘ ils pouvaient par conséquent mentir comme vous, qui dans ‘ vos récits mêlez si souvent l’exagération, le déguisement et le ‘ mensonge. Comment pourrais-je donc vous croire avec “ sécurité P ”
Cet argument les pressait vivement. Ils exagèrent en effet dans leurs récits ; ils inventent des fables, et ne font aucune difficulté de mentir. :
Nous poursuivions : ‘“ Quant à nous, nous portons avec nous- ‘“ mêmes des témoignages irrécusables en faveur de ce que “ nous avançons, c’est-à-dire l’Écriture, qui est la parole de “ Dieu, qui ne peut mentir. L’Écriture ne change pas comme # le langage de l’homme, qui est menteur presque par nature.”
Après avoir admiré l'excellence de l'écriture matérielle (que nous ne sommes pas dans l'habitude d’estimer, parce qu’elle est trop commune), ils en venaient à reconnaître la certitude de la
parole divine, que nous leur montrions contenues dans les Saints-Livres, dictés par le Seigneur lui-même. Nous leur lisions ses commandements, ses promesses, ses menaces ; et souvent le récit simple et sans art des jugements de Dieu et des peines de l’enfer, destinées aux coupables, leur inspirait de la crainte et de l’effroi, comme nous lisons qu'il arriva à l’inique juge Félix 1.
Mais le plus puissant argument, était celui que nous tirions de nos personnes mêmes, à l’exemple du grand Apôtre des Gentils. Sans nuire à sa profonde humilité, Saint Paul racontait à se. uisciples de Corinthe, mais à la troisième personne, non-seulement ses souffrances et les travaux qu'il avait entrepris au service de son Maître, mais aussi ses révélations et les dons merveilleux, qu’il avait reçus de Celui qui l'avait envoyé pour leur annoncer son Saint Évangile. Nous ne faisions pas difficulté de tenir ce langage à nos Sauvages :
‘“ Vous nous voyez ici, nos Frères, au milieu de vous, “ languir plutôt que vivre dans la cendre et la fumée, à moitié “ nus, transis de froid, mourant de faim et de misère. Or “ sachez que nous sommes nés, et que nous avons êté élevés “ dans un pays où tout abonde. Là, nous n'avions pas pour “lit, comme ici, une dure écorce, ou une planche grossière, ‘ mais une couche de laine molle. Le sel n’était pas le seul “ assaisonnement de notre nourriture; mais il y avait une =i “ grande différence entre elle et la vôtre, que les plus affarnés, “ chez nous, voudraient à peine approcher leurs lèvres de ce ‘“ vous mangez. Nos maisons n'étaient pas remplies de fumée, “ et obscures, comme vos cabanes, mais grandes, commodes et ‘“ bien éclairées, etc. Interrogez vos compatriotes, qui ont “ visité les Français à Québec, et demandez-leur la différence “ qu'il y a entre leur genre de vie et le vôtre, et si l’on peut “ établir une comparaison entre les commodités dont ils jouis- “ sent, et vos misères. Et cependant ils y ont encore beaucoup “ à souffrir, loin de leur riche pays. Faites donc ce raisonne- ‘ ment : ‘Si ces hommes-ci sont sages, comme nous le croyons,
4 Aotes des Apôtres, XXIV, 2b.
“ il faut qu'ils aient quelque motif pour un:si grand change- ‘“ ment de situation ; ils faut qu’ils se soient proposé quelque “ dessein.
‘ Vous aimez beaucoup votre patrie, vos parents, vos amis ; ‘ or nous ne sommes non plus nous-mêmes ni de stuc ni de ‘ pierre. Nous les aimons aussi, et peut-être avec plus de raison ‘“ que vous, les vôtres ; car vous ne pouvez pas attendre d'eux ‘“ beaucoup de services ni de biens ; et cependant nous avons ‘“ tout quitté volontairement; nous avons dit adieu à la belle ‘“ Europe, nous avons confié notre vie à un élément cruel et ‘“ perfide, au lieu de nous en défier. Car tout le monde craint “ ces planches, sur lesquelles on traverse les mers. Une étin- “ celle jetée sur la poudre les fait voler en éclat; les vents ‘“ mettent en pièces leurs voiles ; les eaux menacent de les en- “ gloutir ; les bancs de sable et les récifs cachés sous l’eau, les ‘“ brisent. Enfin, pour aborder à vos rivages, c’est-à-dire à ‘“ d'horribles déserts, au risque de rencontrer les bûchers ar- “ dents de vos ennemis acharnés, nous avons bravé mille tem- “ pêtes, mille naufrages, mille accidents sans crainte des ‘“ corsaires, qui siilonnent jour et nuit nos vastes mers. Aurions- “ nous agi ainsi sans motifs P
‘ Quelques-uns d’entre nous ont eu à subir les tourments des “ Iroquois, et ont été vbligés de retourner en Europe; cepen- “ dant, après tant d’affreuses souffrances, nous ne nous sommes ‘ jamais laissé persuader par nos parents et nos amis de ‘ rester auprès d’eux, même pendant quelques mois, tant nous ‘ regardions comme nécessaire notre retour dans ces forêts. Y ‘ aurions-nous consenti sans de graves et de pressantes raisons ?
‘“ Vous n'ignorez eependant pas, que nous n'avons jamais ‘“ cherché à acquérir ce que vous estimez le plus, ou à avoir ‘“ une partie de vos biens ; au contraire, malgré notre pauvreté, ‘ nous vous faisons chaque jour de riches présents. Ce n'est ‘ donc pas notre intérêt, qui nous pousse, mais votre bonheur.
‘ Ja fin que nous nous proposons, est de la plus haute im- “ portance. Ce ne sont pas ces bois, ni ces grossières cabanes, “# qui nous ont attirés ici, mais vos âmes. Pouvons-nous ne pas
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“ les estimer beaucoup, elles qui sont précieuses aux yeux de “ Dieu? O mon cher frère, il n’y en a pas une seule qui ne “ doive, ou jouir toujours du bonheur, ou souffrir toujours. C’est ‘“ pour la sauver que nous venons, etc... Mon fils, que ne puis- “ je mourir pour toi ? ! Il y a un Dieu ; il y a un Jésus-Christ.”
Ainsi l'exemple a été le moyen le plus efficace, entre les mains du Seigneur, pour planter notre sainte Foi, au milieu de ces déserts.
1 2 Reg. XVIII, 88.