‹ Les Jésuites-martyrs du Canada [microforme]Chapitre 50 sur 73 · Ps · texte numérisé non relu

Ps

2 Ps.7.

“ne pas frapper mes ennemis, mais de les disperser selon la verite “ de sa parole. À,

“ Nous rencontrâmes au milieu de la route le meurtrier “ qu'on cherchait, : En l’apercevant de loin, je me recomman- “ dai à Dieu pour la dernière fois, et je le conjurai de recevoir ‘“ mon âme abattue sous le poids de tant de douleurs et d’an- “ goisses ; mais sans doute mes péchés m’avaient encore rendu ‘“ indigne de cette faveur,

‘“ Le Sauvage pa.sa près de moi sans rien dire ; nous rencon- “ trÂâmes ensuite sa mère qui adressa à mes conductrices quel- “ ques paroles, que je ne pus comprendre, Celles-ci toutes “ tremblantes, s’enfuient aussitôt comme si on les poursuivait, “ et me laissent au milieu du chemin. Elles avaient bien vu “ que je connaissais leur dessein.

“ Je passai ainsi deux mois depuis notre arrivée, dans ces “ craintes et dans ces dangers continuels, qui me ursarent “ mourir chaque jour ?, ou plutôt qui rendaient la vie plus “ pénible que la mort elle-même.

‘“ Pendant tout ce temps, je n'avais aucun désir d'apprendre “ leur langue ; à quoi bon, en effet, puisque je m'attendais à “ mourir à chaque instant ?

“ Le village me servait de prison. J'évitais les lieux fré- “ quentés et je cherchais la solitude. Là je conjurais le Ses “ oneur de ne pas refuser de parler à son serviteur %, et de lui ‘ accorder des forces dans les épreuves.

“4 Si j'ai été #n prodige pour plusieurs 4, je le doïs unique- “ ment à Dieu, qui a été mon puissant soutien, et qui par un “ effet de son infinie bonté, a souvent relevé mon courage “ abattu. Je recourais aux saintes Écritures, ma seule res- ‘“ source dans les #rtbulations qui m'ont environné 5, Je les ‘ vénérais et je voulais mourir en m'en servant.

+ Ps. 58, 7.

3 1, Cor. xv, 81.

3 Ps. 118, 38.

« Ps. 70, 7.

s Ps, 31, 7.

# De tous les livres que nous portions aux Hurons, je n'avais “ sauvé que l’Épitre de Saint Paul aux Hébreux, commentée par “ Monseigneur Antoine Godeau, évêque de Grasse. Je portais “ toujours ce livre sur moi, ainsi qu'une image de Saint Bruno, “ le très-illustre fondateur des Chartreux, à laquelle étaient “ attachées des indulgences, et enfin, une petite croix de bois “ que j'avais faite, comme j'avais pu. Je voulais que partout ‘“ où je recevrais la mort, toujours si présente à mes regards, “ elle me trouvât prêt, appuyé sur l'Écriturc sainte, qui avait “ toujour : été ma grande consolation, muni des grâces et des “ indulgeaces de la très-sainte Église ma mère, que j'avais ‘“ toujours aimée, mais alors plus que jamais, et enfin armé de “ Ja croix de mon Sauveur.

“ Nous étions déjà au milieu d'octobre, époque où les Sau- ‘ vages quittent leurs villages pour aller à la chasse des cerfs “ Ils les prennent Gans des piéges ou les tuent avec leurs arcs, “ dont ils se servent avec beaucoup d'adresse. Ce temps, qui ‘“ est pour ces Sauvages un temps de divertissement, m’ap- ‘“ porta un surcroît de souffrances.

“ Je fus donné pour compagnon à quelques Sauvages ; ceux- “# ci commencèrent par me regarder avec curiosité, ensuite par “ se moquer de moi, et finirent par me haïr. Je ne perdais pas “ de vue la charge que Dieu m'avait donnée à remplir, et c’est ‘“ pourquoi je me mis à leur enseigner, mais avec le plus de . “ prudence possible, le culte d’un seul Dieu, l’obéissance à “ ses commandements, le Paradis, l'Enfer et les autres mystères “ de notre foi. Ils m'écoutèrent d’abord, mais quand ils virent ‘“ que j'y revenais fréquemment, et surtout quand le gibier ‘“ commença à manquer, ils dirent que j'étais un démon; et la ‘“ cause de la mauvaise chasse.

“ Voici surtout ce qui rendit furieux, et pour ainsi dire en- ‘ ragés contre moi, ces esprits déjà mal disposés. Tous ces “ peuples ont coutume dans leurs chasses, leurs pêches, leurs “ guerres, leurs maladies, et semblables circonstances, d’invo- “ quer un démon qu’ils appellent Aïreskoï.

“ Celui qui veut du succès à la chasse, à la pêche, etc.,

. EM, ea Re

“ prend dans ses ses mains un morceau du premier animal “ abattu, ordinairement le morceau le plus estimé ; puis il “ demande au plus ancien de la cabane ou du village de les “ bénir; (ils regardent les bénédictions des uns plus favorables ‘“ que celles des autres).

“ Le vieillard étant alors debout vis-à-vis de celui qui tient “# la viande, dit d’une voix haute et distincte : ‘ Démon Aîïres- # koï, prends ; nous t'offrons ces viandes, et nous t'en prépa- “ rons un festin, afin que tu en manges, que tu nous conduises “ là où il y a des cerfs, et que tu les amènes dans nos filets.” Si “ ce n’est pas le temps de la chasse, ils terminent leurs prières “ ainsi : ‘afin que tu nous fasses revoir le printemps, goûter ‘6 aux fruits nouveaux, et aller encore à la chasse en automne.’ ‘# Dans les maladies, ils disent : ‘in que tu nous fasses recou- “ vrer la santé. ?

‘“ Aussitôt donc que, pour la première fois, j'eus entendu “ cette invocation ainsi formulée, je me sentis plein d’horreur ‘“ pour cette superstition sauvage, et je pris la résolution de ne “ jamais toucher aux viandes, qui avaient été ainsi consacrées. ‘# Mon abstinence ayant passé à leurs yeux pour un mépris de ‘“ leur démon, et pour la cause de leur peu de succès à la “ chasse, #5 conçurent injustement contre moi wne très-grande ‘* Aaîne À,

‘# Voyant donc qu’ils ne voulaient plus écouter mes instruc- “tions, ni m'apprendre leur langue qui m’aidait à réfuter leurs ‘ folles erreurs, je résolus de donner tout ce temps à mes ‘“ exercices spirituels.

‘“ Tous les jours, le matin, 7e sorfais du milieu de Babylone ?, ‘ c'est-à-dire de la cabane, où presque continuellement le ‘ démon et les songes étaient l’objet d’un culte superstitieux, ‘et me refirais sur la montagne 3, c’est-à-dire, sur une petite ‘ élévation voisine. Là aux pieds d’une grande croix, que “ j'avais tracée sur un gros arbre, en taillant son écorce, je ! Ps. 24, 19.

? Jerem. L, 8.

3 Gen. xIxX, 17.

# méditais, je priais, je lisais le livre de l’Zwifation de Jésus- “ Christ, que je venais de retrouver peu auparavant, et je “ passais ainsi la plus grane partie de mes journées avec mon ‘“ Dieu, que j'étais presque seul à honorer et à aimer dans ces “ vastes contrées.

‘“ Les Sauvages ne conuurent pas de suite ce que je faisais ; “mais un jour, m’ayant trouvé en prière selon ma coutume ‘aux pieds de la croix, ils s'emportèrent avec fureur contre ‘“ moi, en disant qu’ils avaient en horreur cette croix, comme ‘ chose qui leur était inconnue, ainsi qu'aux Européens leurs “ voisins et leurs amis (ils parlaient des Hollandais hérétiques).

“ Bien que je me fusse abstenu à dessein de prier ostensible- ‘ ment, et de me mettre à genoux dans la cabane, pour ne ‘“ pas donner la plus petite occasion à quelques mauvais pro- “ pos, (car il faut toujours de la prudence, surtout avec des ‘ Sauvages étrangers à toutes ces choses), je n’avais pas cru “ devoir me priver de ces exercices de pieté qui font la vie ‘ spirituelle, vie que j’estimais bien plus que celle du corps. “ J'espérais qu’un jour tout cela leur serait utile, quand 7%e»- ‘# drait l'heure de leur conversion marquée dans les desseins de ‘6 Dieu Ÿ,

‘“ A cette haine si grande des Sauvages se joignaient d’autres ‘ tourments, la faim, le froid, le mépris même des plus vils ‘ d’entre eux, et les cruels ressentiments des femmes, à qui

vient ordinairement tout le profit de la chasse; elles me ‘ - igardaient comme la cause de leur pénurie et de leur misère.

‘ Jeus beaucoup à soufirir de la faim, car presque toutes les

landes (et c’est pendant la chasse toute leur nourriture) ‘ tant offertes au démon, comme j'ai dit, je passai plusieurs ‘ jours sans manger.

‘ Quand je rentrais le soir dans la cabane, sans avoir rien ‘“ mangé de la journée, je trouvais ordinairement nos Ægypriens 4 assis autour de leurs chaudières pleines de viandes ? auxquelles ‘ je m'étais sévèrement interdit de toucher, et quoiqu'il se pré-

1 Act. zx, 7.

3 Exod. xv1, 8.

“ sentât à moi plusieurs raisons pour me permettre d'y prendre “ part, jamais, grâce à Dieu, je n’ai manqué à ma résolution.

‘# Quand la faim me pressait, je disais à Dieu: ÂVows serons “un jour remplis des biens de votre maison À, et je serai rassasié “ Jorsque vous me montrerez votre gloire ? ; car alors vous com- ‘ blerez les désirs ardents de vos serviteurs, dans la cité sainte “ de votre Jérusalem céleste, où vous %s nourrirez, pendant “ l'éternité, du meilleur des froments $.

‘“ Comme les neiges étaient déjà abondantes, le froid me “ tourmenta beaucoup ; car je n'avais qu'un vêtement très- “ court et en très-mauvais état. Je souffrais surtout la nuit, “ obligé que j'étais de coucher sans abri, sur la terre nue, ou “ sur de dures écorces.

“ Ils avaient une grande provision de peaux de cerfs, qui ne “ leur servaient pas, et cependant on ne m’en donnait aucune, “ et même lorsque, au milieu de la nuit, la rigueur du froid me ‘“ poussait à me couvrir d’une de ces peaux, ils se levaient aus- ‘ sitôt pour me l’arracher, tant ils me haïssaient.

‘ Dans cet état wa peau desséchée dans la poussière s'ouvrait “ par le froid #, et me causait presque sur tout le corps ‘“ de vives douleurs ; mais quand les peines intérieures se “ joignaient à toutes ces douleurs du corps, mon état devenait “ presque intolérable. Je me rappelais que tout récemment “ j'avais été couvert du sang de mon cher René, et j’entendais “ dire que le bon Guillaume avait aussi fini sa vie dans les “ tourments les plus cruels, et que le même sort m’attendait à ‘ mon retour au village.

‘“ Alors me revenait le souvenir de ma vie passée, si infidèle

‘ à Dieu et souillée de tant de fautes. Je gémissais de me voir “ mourir au milieu de ma course 5, comme rejeté par le Sei- “ gneur, privé des sacrements de l’Église, et sans aucune bonne # œuvre pour obtenir miséricorde de mon juge.

: Ps. 64, 5.

? Ps. 16, 15.

* Ps. 147, 14,

« Job. vit, 5.

$ Isai, xXX VILI, 10,

‘“ Ainsi préoccupé et du désir de vivre et de la crainte de “ mourir, je poussais de tristes soupirs, et je disais à mon Dieu : ‘# 4 Quand finiront mes misères et mes douleurs ? Quand efteyez-vous les yeux sur ma détresse et ma tribulation ‘? Quand ‘ me rendrez-vous le calme après la tempête ? Quand changerez- “ vous mes larmes en transports de joie et en bonheur*’? J'aurais “6 pért si le Seigneur n'eût abrégé ces mauvais jours ?.

# J'avais recours à mon soutien et à mon refuge ordinaire, “ les saintes Écritures, dont j'avais retenu quelques passages “. “ Elles m’apprenaient à considérer en Dieu sa bonté, et me “ rappelaient que, quoique privé des consolations de la piété “6 Ze juste vivait de la foi". Je les étudiais avec soin, je suivais ‘ Ze cours de leurs eaux pour fâcher d'étancher ma soif st prolon- “ géeT. Je méditais jour et nuit la loi de Dieu, et st elle n'avait “ pas été l'objet de mes réflexions, j'aurais peut-être péri dans “# mon infortune , et mon ême aurait été engloutie dans ces eaux “ débordées ". Mais Dieu soit béni de ne n'avoir pas livré à la ‘ dent de mes ennemis , dont l'heure semblait arrivée, winsi “ que celle de la puissance des ténèbres *, Mes maux étaient “€ devenus st excessifs que la vie m'était à charge *. Cependant “ je répétais avec Job, mais dans un autre sens : Quand Dieu “ ne me ferait pas mourir, j'espérerais toujours en lui *,

‘“ Après deux mois passés dans cette retraite où, habitant

1 Ps. 43, 4.

2 Tob. 1x, 22, 8 Marc. x111, 20.

+ Nous avons essayé d’indiquer quelques-unes des nombreuses citations du P, Jogunes. On en trouve encore beaucoup d’autres, et souvent des expressions isolées. 1l est facile de s’apercevoir qu’elles coulent naturellement de sa plume, et que tout son style en est rempli,

5 Sap. I, 1.

6 Heb. x, 38.

7 Ps, 106, 38.

10 Ps, 195, 5,

1 Ps, 195, 6. * 13 Lue. xx11, 52, 18 2 Cor. I, 8.

M4 Job. X111, 15.

ezais

ire, ss *, me iété vais lonvait dans eaux à la ainsi faient ndant Dieu

bitant

es citasouvent oulent

“les forêts comme Bernard, je ne m’occupais que de Dieu, je ‘€ fus un tel objet de haine pour tous ces Sauvages, que ne pou- ‘“ vant plus me souffrir, ils me renvoyèrent au village avant “ l’époque ordinaire.

“ Devenu aux yeux de Dieu, comme une bête de somme ?, je fus ‘“ chargé d’une énorme quantité de viandes. Je tâchai pendant ‘“ ce voyage, qui fut de huit jours, de me tenir uni à lui, igno- ‘ rant le sort qui m’attendait à mon arrivée. “ Déjà quelques Sauvages qui nous avaient devancés avaient “ répandu bien des rumeurs sur moi. Dans le chemin, j'eus ‘“ beaucoup à souffrir de ma nudité presque complète sous un “ froid très-piquant. Je passais presque toutes les nuits en “ plein air et, j'avais encore les doigts couverts de plaies, qui ‘“ se cicatrisèrent à peine au milieu de janvier. ‘ Dans le village, on me donna une petite peau à ajouter ‘ au vêtement usé, qui me couvrait. Ainsi à demi-vêtu, je par- “ courais les rues en conjurant le Seigneur de m’admettre un “ jour au nombre de ses Saints, qui l’avaient servi autrefois, “ sous les peaux de brebis et les peaux de chèvres, dans les affic- “ ions et les persécutions, eux dont le monde n'était pas digne 2. “ J'avais tous les jours sous les yeux des Sauvages bien vêtus ‘ avec les étoffes et les vêtements qui se trouvaient en grande ‘“ quantité dans nos bagages, tandis que le jour et la nuit je “ grelotais de froid ; mais c'était peu encore. J'étais bien plus “ sensible à l’indigne profanation qu'ils faisaient des vêtements ‘ sacrés. Un d’eux s'était fait des mitasses Ÿ avec deux voiles “ destinés à couvrir le calice.

‘ Je puis dire, avec vérité devant Dieu, de tout le temps qui “ s'écoula jusqu'au milieu de janvier : ‘ Jusqu'à cette heure nous “ souffrons la faim, la soif, la nudité et les mauvais traitements ; ‘ nous n'avons point de demeure stable ; on nous maudit ef nous “€ pénissons ; on nons persécute et nous le souffrons. Nous sommes

1 Ps. 72, 28.

: 3 Heb. x1, 87.

3% Les mitasses sont une espèce de bas, cousus sur la jambe même, et qui la couvrent depuis la cheville jusqu’au genou. Les Sauvages aiment encore aujourd’hui à les orner avec soin.

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“€ deveuus comme les ordures du monde, comme les balayures qui “ sont rejetées par tous |.’

‘Mes maîtres au retour de la chasse, vers le milieu de jan- ‘ vier, me donnèrent des peaux pour me couvrir un peu mieux ; “ mais un Lorrain qui vivait avec les Hollandais, apprenant ce “ que je souffrais, m'envoya en présent un des vêtements qu'ils “ ont coutume de vendre aux Sauvages. Ce fut un petit sou- ‘“ lagement à ma douleur.

“ J'en reçus un plus grand encore d’une bonne vieille, dont “ le fils unique avait péri peu de temps auparavant. Elle occu- “ pait un des premiers rangs parmi les siens, (car les Sauvages ‘ ont aussi leur Noblesse). Elle prit soin de moi, le Seigneur “ me fit trouver grâce devant elle. Tout cela n’était qu’une “ petite consolation dans de si grandes épreuves.

‘ Cependant, quand je vis qu’on me laissait la vie, je m’ap- “ pliquai à l'étude de la langue ; et comme les assemblées non- ‘ seulement de notre village, mais de tout le pays, se tenaient ‘# dans notre cabane, je pus commencer à instruire les anciens “ du pays sur les mystères de notre foi. Ils m'adressaient mille “ questions sur le soleil, sur la lune, sur la figure qu’on aperçoit “ sur son disque, sur l'étendue de la terre, la grandeur de ‘ l'Océan, le flux et le reflux de ses eaux, etc. Ils me demaa- “ daient si, comme ils l'avaient entendu dire, le ciel touchait “ quelque part à la terre, et choses semblables. .

‘“ Comme je leur répondais d’après ce que la science “ enseigne, en me proportionnant à leur intelligence, ils étaient ‘“ saisis d’admiration, et disaient : ‘Nous aurions fait une “ grande sottise de le tuer, comme nous avons été souvent sur “ le point de le faire. ?

“ Je m’efforçais alors de les conduire de la connaissance “ des créatures à celle du Créateur. Je réfutais les fables “ qu’ils racontent sur la création du monde qui a été formé, “ d’après eux, par une tortue. Je leur faisais voir que le “ soleil qui n’a ni intelligence, ni vie, ne pouvait être un Dieu ; ‘“ mais que, si sa beauté les avait frappés au point de le faire 4 1. Cor. Iv, 11.

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‘“ passer à leurs yeux pour une divinité, il fallait donc que celui ‘“ qui l'avait créé fût bien plus magnifique encore.

“ J'ajoutais que Aïreskoï n’était pas un Dieu, mais un dé- ‘“ mon qui se disait faussement l’auteur et le conservateur de “ la vie, et le distributeur de tous les biens dont ils jouissaient.

“ Si les Sauvages n'avaient pas eu plus de peine à croire, “ qu’à être convaincus, ma victoire eût été bien vite remportée ; ‘“ mais on dirait que le Prince du monde, banni de presque ‘““toute la terre par la vertu de la croix, s’est réfugié dans “ ces régions, comme dans une place imprenable. Aussi “ l'empire qu’il exerce ici depuis tant d'années, ne pourra être ‘“ détruit que dans la suite des temps par l’invincible constance “ des soldats de Jésus-Christ.

‘# Cependant, en attendant ce triomphe, J.-C., Seigneur de “ ces contrées comme du reste de la terre, choisissait quelques ‘“ élus non seulement parmi les enfants qui sont montés au “ ciel en grand nombre, mais encore parmi les adultes que je ‘“ baptisai dans les maladies ou dans la captivité. J'ai instruit “ beaucoup d’autres indigènes adultes pendant leurs infirmités ; “les uns ne me comprirent pas ; d’autres me repoussèrent. ‘“ Quelques-uns m’approuvèrent, mais. de bouche seulement, et ‘“ par une certaine politesse, qui leur fait regarder comme une “ grossièreté de contredire quelqu'un qui parle, politesse ‘“ capable de faire illusion, si l’on n’est pas sur ses gardes.

( J’allais aussi quelquefois jusque dans les bourgs voisins “ consoler, instruire, confesser et absoudre les chrétiens hurons “quine féchisscient pas le genou devant Baal ?; autant que je le pouvais, j’annonçais Dieu en tout lieu, j'assistais les mourants et surtout je portais secours aux enfants en danger de mort.

“ C'était là mon unique consolation dans mes cruelles an- “ goisses. Il m'arriva même un jour, en visitant dans ce ‘“ dessein un village voisin, d'y baptiser cinq enfants qui se ‘“ sont peu après envolés au ciel, comme je l'ai appris dans un ‘autre voyage.

‘“ Deux mois s'étaient écoulés dans ces exercices et d’autres

1 8 Reg. xIX, 18,

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