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Le Pere Iean de Brebeuf accablé sous la pesanteur de ces coups, ne perdit pas pour tout cela le soin de son troupeau ; se voyant æntouré de Chrestiens qu’il auoit instruits et qui estoient dans la captiuité auec luy : “ Mes enfans, ” leur dit-il, “levons les yeux au Ciel dans le plus fort de nos douleurs, ‘“ souuenons-nous que Dieu est le tesmoin de nos souffrances, “et sera bien tost sofre trop grande recompense *. Mourons ‘ dans cette foy et esperons de sa bonté l’accomplissement de ‘“ ses promesses. l’ay pitié plus de vous que de moy ; mais “ soutenez auec courage le peu qui reste de tourmens, ils fini- ‘“ ront auec nos vies; la gloire qui les suit n’aura iamais de “ fin. ”
“ Echon, ” luy dirent-ils, (c’est le nom que les Hurons donnoient au Père), ‘ nostre esprit sera dans le Ciel, lors que nos “ corps souffriront en terre. Prie Dieu pour nous, qu’il nous “ fasse misericorde, nous l’inuoquerons iusqu’à la mort. ”
Quelques Infideles Hurons, anciens captifs des Iroquois, naturalisez auec eux, et anciens ennemis de la Foy, furent irritez de ces paroles et de ce que nos Peres dans leur captiuité p’auoient pas la langue captiue. Ils coupent à l’vn les mains, ils percent l’autre d’alaines aiguës et de pointes de fer, ils leur appliquent sous les aisselles et sur les reins des haches toutes rouges de feu, et leur en mettent vn collier à l’entour du col, en sorte que tous les mouuemens de leur corps leur donnoient vn nouveau supplice : car voulans se pencher en deuant, les haches toutes en feu qui pendoient par derriere, leur brusloient toutes les espaules ; et s’ils pensoient à éuiter cette douleur, se plians vn peu en arriere, leur estomac et leur poitrine trouuoient vn semblable tourment ; de demeurer tous droits sans pencher de costé ny d’autre, ces haches ardentes appliquées également de tous costez leur estoient vn double supplice. Ils leur mirent des ceintures d’escorce toute pleine de poix et de rasine, où ils mirent le feu qui grilla tout leur corps.
Dans le plus fort de ces tourmens, le Pere Gabriel Lalemant leuoit les yeux au Ciel, ioignant les mains de fois à autres et
1 Gen. xv, 1
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