‹ Les Jésuites missionnaires au XIXe siècle [microform]Chapitre 2 sur 8 · TII · texte numérisé non relu

TII

Vers ce temps-là, un remaniement des circonscriptions ecclésiastiques amenait dans la hiérarchie de notahles changements. Les diocèses de Pékin et de Nankin disparaissaient (1). Ce dernier faisait place au vicariat apostolique du Kiang-nan et était définitivement et complètement confié à la Compagnie de Jésus, province de Paris. Le premier titulaire fut Ms'' P. -A. Borgniet (1836-1864).

Le diocèse de Pékin, déjà démembré pour fournir aux vicariats du Chan-tong, de la Mandchourie et de la Mongolie, était remplacé par trois vicariats, Tchely nord, Tchely ouest, Tcliely sud-est. Les deux premiers restaient aux Lazaristes. Le dernier était donné aux Jésuites français, province de Champagne.

(1) Le diocèse de Nankin, fondé on 169t), n'avail plus depuis longlemps que des administrateurs. Les derniers avaient été JIs'' de Besi, démission, naire en 1847, Ms'- Marosca, démissionnaire en 18SS, el Ma'' Spella, 0. S. F. qui fut presque aussitôt transféré au Hou-pé.

C'est une bande de terre irrégulière, orientée du nord au sud, bizarrement découpée sur les confins des autres vicariats, sans grandes villes, pays pauvre et plat, lambeau quelconque de la vaste plaine d'alluvions qui se termine au sud sur le bas Yang-tse, et qu'arrose le terrible et capricieux fleuve Jaune. .

Le premier vicaire apostolique du Tchely S.-E. l'ut demandé au Kiang-nan, ainsi que les tout . premiers missionnaires. M.^" Languillat ouvrit sa mission avec 3 Pères et 9.473 vieux chrétiens, gens' rudes et fidèles, dont les ancêtres, en grande partie, avaient été gagnés à l'Evangile par les anciens Jésuites de Pékin.

Inutile de dire que les débuts furent durs, plus durs qu'à Ghanghaï.La nouvelle église fut fondée, à la lettre, sur les tombes multipliées de ses premiers apôtres. Dans la suite, elle grandit lentement, normalement, sans trop d'épisodes tragiques, mais subissant toujours plus ou moins le contre-coup des événements qui ébranlaient les autres missions.

La série des crises intérieures et extérieures continuait en effet. •

Ge fut d'abord, en 1860, la guerre de Cbine, avec sa conséquence inévitable, les pillages locaux et les longs mois d'inquiétude. Puis, à Nankin, tout à coup, les Taï-ping, que l'on croyait épuisés de misère, profitant du retrait des troupes vers le nord, se soulèvent de nouveau, entraînent à leur suite ce qui reste d'impériaux et se remettent à saccager les provinces voisines. On les appelle maintenant les Tchang-Mao, « les Longs Poils », parce qu'ils ne.se rasaient pas la tête comme les Mandchous. Beaucoup de villes importantes, comme Sou-tchéou, tombèrent en leur pouvoir. Gliangliaï fut menacé de près.

Pendant ce temps l'armée anglo-française avait battu les troupes impériales devant Pékin. Quelle attitude prendre en face des rebelles ? Les Anglais les eussent volontiers soutenus ; les Français voulaient bien humilier la dynastie, mais non la détruire. En fait, on resta neutre, et les soldats français se contentèrent

de défendre Changhaï, les concessions et les églises. Mais les environs étaient aux rebelles. Presque toutes les chapelles furent détruites. Il fallut évacuer Zi-ka-vvei, qui devint quartier général des Tchang-Mao, et par là fut sauvé de l'incendie. Le P. Nicolas Massa, fait prisonnier, menacé de mort, n'échappa que pai' miracle. Son frère Louis fut massacré à Tsai-kia-ouan, avec plusieurs orphelins qu'il essayait de défendre (17 août 1860).

Enfin les Européens se décidèrent à agir. En avril 1861, le général Cousin-Montauban obtint que l'on garantirait la sécurité à 30 milles autour de la ville. Un an après seulement on parvint à balayer la banlieue. Les années suivantes se passèrent à poursuivre et à réduire les rebelles. Mais dans l'intervalle, les ruines avaient continué à s'amonceler dans la mission. Mgr Borgniet avait failli être tué d'un coup de brique. Le P. Vuillaume avait été massacré au Pou-tong (4 mars 1862). D'autres furent prisonniers, maltraités, dévalisés.

Du même coup, des charges nouvelles s'imposaient. Les fuyards affluaient à Changhaï. Il fallait faire quelque chose pour ces malheureux qui mouraient de la faim et du typhus, organiser des distributions de vivres, quêter chez les Chinois et les Européens.

A ces misères s'ajoutait une tei-rible mortalité. Au Tchely ce fut le choléra. En 1862 il enlevait 400 chrétiens. Il terrassait Mgr Borgniet alors de passage dans la mission. Au Kiang-nan, de 1862 à 1864, moururent jusqu'à 16 religieux ; 6 autres furent emportés par le typhus en 1865.

Cependant le major Gordon continuait à réduire les Tchang- Mao. Il organisait l'armée chinoise et sauvait la dynastie. Le dernier coup était porté aux rebelles par la prise de Nan-kin. Ils se dispersaient, attendant l'heure de reparaître sous un autre nom (1864).

Ils reparurent, eux ou leurs frèreis, en 1868, au Tchélysud-est, sous le nom du « Nénuphar blanc ». Les. ravages durèrent près d'un an. C'était un chassé-croisé lamentable de brigands, de fuyards, de soldats impériaux, La résidence de Hien-hien fut pillée. Mgr Dubar, à genoux dans l'église au milieu de tidèles affolés de terreur, vit plus d'une fois les sabres se lever sur sa tête.

■ Et iriaitenant, il fallait au Kiang-nan relever les ruines accumulées depuis onze ans. Gè fut l'œuvre de Ms'" Languillat, enlevé au Tohely en 1864 et remplacé par W' Dubar (1864- 1878).

Glianghaï et Zi-ka-wei avaient peu soutïert en somme : mais partout ailleurs sur un l'ayon de 100 kilomètres, tout était à refaire. En revanche, la diplomatie française (traités de 1860) avait valu aux missionnaires certaines armes dont il allait falloir apprendre à se servir. Droit de circuler' dans l'empire, droit de prêcher, de fonder des églises ; promesse de restitution pour les églises autrefois confisquées ; ordre impérial aux mandarins de faire respecter ces conventions et de protéger les missiohnaii'es. C'était fort beau sur le papier ; la réalité fui moins brillante, (le que les traités assuraient en bloc, les autorités chinoises le reprenaient en détail. La lutte à coups d'épingles, entre les prêtres catholiques et les mandarins va durer sans interruption les treize , années de Ms'' Languillat (1864-1878) et les dix-neuf de M^'- Garnier (1879-1898). L'hisr toire du Kiang-nan sera, sauf les nuances, celle du ïchely, celle de tous les autres vicariats.

On eut quelquefois alîaire à forte partie ; et par exemple au fameux- Li-hung-tchang, vice-roi de Nankin (186S-1867), si habile à « rouler « les Européens, à se servii' d'eux, puis à rompre tous les contrats. Les conventions qui assuraient à l'apostolat un peu de liberté furent, par lui, constamment interprétées au rebours de leur sens naturel, et sa jurisprudence fit loi.

En 1862, un édit impérial, obtenu par la légation française, sanctionnait la liberté religieuse promise par le traité de Pékin. On délivrait aux missionnaires des passeports attestant leurs droits. En 1865, M. Berthemy faisait reconnaître le droit d'acheter des terrains, mais avec cette restriction imprudente que les achats se feraient, non pas au nom des particuliers, mais au nom de l'Église catholique. Des conventions antérieures assuraient . aux missionnaires la restitution des anciennes. églises;

Ainsi armé, on pouvait, ce semble marcher de l'avant. Oi's

partout on allait se heurter à d'obstinés dénis de justice. Impossible de se tixer dans les villes sans des luttes et procès de 5, iO, 20 ans. Quand les missionnaires arguaient des traités dont chacun pouvait présenter la copie, on répondait que la copie était fautive el que rien, dans les vraies conventions, n'appuyait leur demande. Dès lors, difficultés inouïes pour acheter des terrains, impossibilité dans les cas de violences et de pillages de se faire rendre justice, procès interminables : il faudrait un volume pour raconter ces trente ans de. conflits. Et les missionnaires se demandaient à quoi tenait cette obstination. En 1884 seulement, on eut la clef de l'énigne. Tout simplement on avait, de Pékin, envoyé aux mandarins un, exemplaire falsifié des conventions. 11 y était dit que, pour se fixer quelque part, il était nécessaire aux prêtres chrétiens d'avoir l'assentiment des notables et des mandarins. C'était tout remettre au bon vouloir si rare de ces derniers. Enfin, en 1895, M. Gérard put arriver à rétablir officiellement le vrai sens des conventions de 1863.

Malgré tout, les missions prospéraient. On avait pu, en dépit de Li-hung-tchang en personne, rentrer à Nankin. De même à Sou-tchéou, Song-kiang, Yang-tchéou, Tchen-kiang. Toujours il fallait emporter la place à force de patience et de calme obstination. En s'installant à Ngan-king, capitale du Ngan-hoei, (1867) on attaquait les régions de l'ouest, un pays neuf.

En même temps les œuvres anciennes grandissaient. Du collège de Zi-ka-wei sortaient des maîtres d'école, des catéchistes, des administrateurs de chrétienté. L'imprimerie commençait à fournir des livres de religion. En 1872, on créait l'observatoire. Des paroisses nouvelles s'ouvraient à Changhaï. Des Carmélites et des Auxiliatrices du Purgatoire venaient de France apporter aux missionnaires l'appoint de leurs prières et de leur zèle.

Mais on n'en avait pas fini avec les troubles. Ils recommencèrent dès 1866. Cette fois ce fut une franche persécution religieuse.

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Le parti hostile aux étrangers inventa, ou plutôt réédita une absurde calomnie : les missionnaires étaient des voleurs d'enfants. Les orphelinats européens, ceux de Ja Sainte-Enfance en particulier, intriguaient les Chinois, incapables de comprendre le mystère du dévouement désintéressé. Ils déclarèrent .que les missionnaires tuaient les pauvres petits pour faire, avec leurs yeux, des . compositions de pharmacie. Là-dessus, violences et meurtres. En 4866, pillage de l'orphelinat de Yang-tchéou. En 1869, pillage de la résidence de Ngan-king ; puis pillages encore et incendies dans le Kien-te-hien, avec assassinat d'une vingtaine de fidèles.

En 1870, au mois de mai, ce fut le tour de Nankin. Une émeute, fut sur le point d'éclater contre les Pères, et leurs néophytes. De gros mandarins menaient l'affaire. Par bonheur, on avait alors un bon vice-roi, personnage assez mystérieux. Masin-i, musulman d'origine, avait, en 1854, été blessé au siège de Changhaï ; soigné à l'hôpital, il avait été instruit et quelquesuns disent baptisé in articulo mortis. Puis il s'était rétabli, avait oublié ses engagements religieux, mais non sa dette de reconnaissance. Il la payait, devenu grand personnage, en sauvant les missionnaires. Il sévit : quelques têtes tombèrent. Le mandarin militaire qui dirigeait le complot, Tcheng-kouo-choai, s'enfuit. Le mois suivant, nous le trouvons à Tien-tsin, ameutant la population comme il l'avait fait à Nankin, semant exactement les mêmes calomnies, puis incendiant l'église, dirigea))t le massacre des sœurs de charité, des prêtres, du consul de France, des chrétiens, des Européens (21 juin 1870).

La tragédie de Tien-tsin eut un retentissement immense. Toutes tes puissances européennes se sentaient visées. Elles parlèrent haut, et le gouvernement impérial répondit par un édit destiné à les rassurer et à calmer les populations. Et de fait, les missions toutes voisines, comme le Tchèly, qui eussent dti, elles aussi, voir le sang couler, en furent pour leurs jours d'angoisse. L'événement n'eut pas chez elles, d'autre contre-coup. Par ailleurs, on faisait exécuter dix ou onze inconnus, les assassins, disaiton. Aucun des vrais coupables ne fut atteint. En revanche, le 23 août, Ma-sin-i mourait assassiné.

Une période de paix apparente suivit. Le nombre des chré-

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tiens augmentait de quelques milliers chaque année. Ils étaient 70,68o en 1866, dans le Kiang-nan. Quatre ans après, ils sont 79,344; 81,790 en 1872; 83,291 en 1873; 86,580 en 1874; 88,813 en 1875.

Tout à coup, un arrêt se lit dans les conversions. Les catéchumènes se présentèrent plus rares. Une sourde inquiétude commençait à circuler. Des pamphlets étaient partout répandus contre les (Mn^étiens. Une sorte de folie épidémique s'em^ parait de toutes les têtes . On parlait de génies malfaisants épars dans l'atmosphère, et affamés de l'âme des petits enfants. Bientôt les . chrétiens furent mis en cause : c'était eux qui lançaient en l'air des bonshommes en papier, lesquels, transformés en génies, coupaient les queues et tuaient les enfants. Partie de Nankin, cette fièvre mentale eut vite envahi le Kiang-nan et gagné les provinces voisines. Sur quoi, émeutes, incendies, brutalités sans nom. Un prêtre chinois fut tué. Puis la persécution se termina comme tout se termine en Cliine : intervention des consuls et menaces, tergiversations mandarinales, réparations difficilement arrachées, incomplètement faites, et résolution arrêtée de recommencer à la première occasion (1876),

L'occasion ne se présenta qu'en 1891.

Dans cet intervalle de quinze ans, on eut la paix, à cela près que partout où les missionnaires voulaient s'établir, ils se heurtaient au plus obstiné des mauvais vouloirs, appuyé parfois de véritables violences. En 1884, les PP. Gain et Durandière ayant acheté une maison à Siu-tcheou-t'ou, se voient assaillis par une bande de lettrés, qui organisent méthodiquement le pillage, enjoignant aux « diables d'Europe » d'avoir à déguerpir au plus vite sous peine d'être lapidés ; d'où un procès qui durera douze ans. A Tong-men, dans le Hoei-tcheoufou, le missionnaire un jour voit son catéchiste massacré à ses côtés. Dans la même province, à Hieou-ning, en 1887, le P. Rich est, par la populace, mandarins en tête, chassé de son nouveau presbytère et blessé.

En 1891, les grandes tragédies recommencèrent. La Société des ce Vieux Frères » inaugurait ses exploits par des incendies qui éclataient de tous les côtés. On en voulait aux étrangers.

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Cette haine se compliqua vite de la tiaine des missions. Une fois de plus, oh s'en prit aux orphelinats. Pendant les mois de mai et juin, ce ne fut, de tous les côtés, que pillages, émeutes, incendies. Le 12 mai, incendie de la grande résidence de Ou-hou, sur le Yang-tse ; 15 mai, pillage de l'orphelinat de Ho-tcheou ; 14-20 mai, siège de la résidence de Ngan-king ; 2 juin, incendie à Tan-yang'; 8 juin, incendie de Ou-si, sans parler de trente ou quarante chapelles détruites. Puis la tranquilUté revint, des indemnités furent payées et les ruines se relevèrent.

Ces violentes secousses n'empêchaient pas les missions de grandir. Celle du Tchely sud-est, ouverte avec 9,000 chrétiens, en avait 17,470 en 1870; 29,000 en 1880; 37,920 en 1890; 48,920 en 1900. Elle comptait SB prêtres, dont 46 de la Compagnie et 10 séculiers • chinois, 11 frères coadjuteurs, 438 catéchistes, 271 vierges, et 5,000 enfants dans les écoles. Nulle part -en Chine les progrès n'avaient été plus sensibles. . La mission avait quintuplé en moins de cinquante années.

Dans le même temps, celle du Kiang-nan avait plus que doublé. Le nombre des chrétiens était de 61,000 en 1848. Il atteignait 95,000 en 1878 ; en 1882, il dépassait 100,000. En 1900, il y avait 124,000 baptisés, sans parler de 50,000 catéchumènes. Le nombre des prêtres avait monté de 26 à 159, dont 42 chinois. On avait, dans les 940 écoles, 18,563 enfants. Il y avait eu 55,171 baptêmes d'adultes (1).

(1) Toute statistique a besoin d'èlre interprétée. « Progrès ou recul 'f » se demandait le R. P. Havrel., à qui nous empruntons ces chiffres. Les chrétiens, en cinquante ans, ont doublé ; mais le nombre des prêtres a sextuplé, celui des églises a triplé. D'où vient cette différence i L'accroissement de la population chrétienne est-elle en proportion avec l'accroissement de la population totale ? Pour répondre à cette question, il faudrait déterminer bien exactement les lois de la natalité en Chine. Reclus {Asie orientale, page S66), exagère quand il affirme que la population double tous les vingt ans. Le P. Havret estime que ce serait plutôt tous les soixante-dix ans. A en juger par les registres de baptême, la moyenne annuelle des fnaissances, au moins dans le Kiang-nan, serait de 38,85 pour mille, chilre inférieur à celui d'Allemagne, d'Autriche, de Russie. De plus la mortalité semble être supérieure à celle d'Europe, sans parler des malheurs, épidémies, famines, inondations, guerres surtout, qui l'aggravent de façon notable. Dans les révoltes des Taï-ping, d'immenses villes ont été dépeuplées. Dès lors, comment apprécier scientifiquement les progrès de l'Evan-

Les choses en étaient là quand éclata l'épouvantable soulèvement des Boxers. Les événements sont d'hier. Nous n'avons pas à entrer en de longs détails.

Depuis longtemps on sentait venir l'orage. Des troubles avaient éclaté de côtés divers, amenant presque partout des désastres pour les missions. Une révolution de palais fut le signal de la tempête. Au Se-tchouan, un tiers des églises et des résidences est détruit, des villages chrétiens sont brûlés, des iidèles égorgés, des missionnaires jetés en prison. Au Hou-pé, un prêtre belge est tué. Au Kouang-si, prêtres et fidèles, en grand nombre, doivent se réfugier dans les ports du voisinage. Au Kouang-toung, un missionnaire et ses chrétiens, réunis dans une église pour un office, y sont brûlés vifs. Autres excès au Kiang-si, au Kan-sou, au Chan-toung. Des indices précurseurs d'une guerre générale venaient de tous les côtés, du Sé-tchouan, à la limite du Thibet, du Yu-nan, sur les frontières du Tonkin, du fond même de l'Asie centrale, où le roi de Dzoungarie déclinait à l'avance toute responsabilité. L'âme de ce vaste complot contre les étrangers était, en pleine cour impériale, le sinistre trio, prince ïoan, oncle de l'Empereur et père de l'héritier présomptif, le général Tong-Fou- Siang, dont les troupes en 1898 s'étaient déjà fait la main dans le Kan-sou, et le secrétaire d'Etat Kang-i. ■

Le Chan-toung surtout inquiétait. Pays classique des sociétés secrètes, des brigands, des violences. Les missionnaires qui voyaient les choses de près en avertissaient qui de droit. On

gile en Chine'/ Au point de vue malériel, il est considérable au Kiangnan, mais la moyenne est la mémo que dans les autres missions. Le Tchely-sud-est forme une très enviable exception. Mais, comme nous le verrons plus loin, on ne peut pas traiter comme un bloc indivisible une mission aussi étendue. En certains endroits, les progrès proportionnels sont peu notables, ailleurs ils sont énormes. Ajoutons qu'il faut tenir compte, non seulement de la quantité, mais aussi de la qualité des chrétiens. « A ce point de vue, nous avons la consolation de constater une vraie transformation. » Or cette tranformation demande-t-elle, pour s'opérer^ moins de travail et moins de monde que la conversion elle-même des infidèles? {La mission de Kiang-nan. Paris, 1900, pages 47-48.)

ne paraît pas avoir pris au sérieux leurs renseignements. Dans cette province en effervescence, pour répondre à l'occupation par l'Allemagne de Kian-tcheou, les autorités chinoises avaient laissé s'organiser la société des « Grands sabres », autrement dit les « boxeurs pour la paix et la justice. » Soudain la révolte éclata, et, sur l'ordre .du vice-roi, Yu-hien, 360 chrétientés furent dévastées. C'était le commencement.

Or, si le mouvement était d'origine politique, il n'était pas moins nettement religieux. Les rites magiques et idolatriques ont joué un grand rôle dans le recrutement des rebelles et dans leur fureur de fanatisme. On contait à leurs propos des faits étranges, et, s'ils ont marché à l'assaut des églises ou massacré des prêtres, c'était surexcités par ce merveilleux de mauvais aloi.

Du Glian-toung, le désordre rayonna aux environs. Sur la frontière sud, au Kiang-Nan, l'on eut de vives alertes. Des soulèvements partiels eurent lieu. Plusieurs églises et écoles furent brûlées. Mais on avait l'avantage d'être sous un viceroi intelligent et énergique. Les brigandages furent réprimés avec une sévérité extrême, et l'on se le tint pour dit. La mission vit passer l'orage sans trop de dégâts.

Il n'en fut pas de même au Tché-ly. On était là en plein pays boxer, sur la route qui du Chan-toung conduisait à Pe-kin. Dès le printemps de 1899, les rebelles apparaissaient dans la préfecture de Ho-kien-fou, la plus voisine de Tientsin. En automne, les incendies et les désordres commençaient pour de bon. En janvier 1900 toute la partie nord de la mission était en feu. La vraie persécution commençait aussi, et avec elle la misère. Les chrétiens sans abri ne se comptaient plus. On démolissait leurs maisons pour en vendre les matériaux à vil prix. Les églises disparaissaient les unes après les autres, brûlées, rasées. En janvier 1900 l'on enregistrait déjà 45 chrétientés dévastées. Le sud de la mission commençait à s'agiter aussi.

Le temps des martyrs était venu. Partout, les Boxers faisaient appel à l'apostasie. Grâce à Dieu, aucune chrétienté ne succomba. L'orage passé, après d'incalculables pertes, les missionnaires purent être fier de leurs enfants. G'est par milliers, par

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villages entiers, qu'ils nvaient donné leiii' vie pour la Joi, et cela, au milieu de tortures parfois atroces. Eux aussi, Jes Jésuites eurent à verser leur part de sang dans ce grand holocauste. Le 20 juin, à Ou-i, les pères Isoré et Andlauer étaient massacrés au pied de l'autel. Le 20 juillet, ce fut le tour des pères Mangin et Deun, à Tcliou-kia-ho. Ajoutons, le 26 avril 1902, après la paix, le père LomuUer, tué, avec sou catéchiste, et son cochei', à Tcliang-tai.

La (roinhe passée, on put compter les juorts et évaluer les pertes. Cinq missionnaires tués, l'évêque, Mgr Bulté, mort d'épuisement, o.OOO chrétiens disparus, 616 lieux de Culte détruits sur 674, et 381 écoles sur 430, 3 collèges sur 6, at les trois autres sans élèves. Mais il y avait lui gain énorme : celte consolante constatation que ces chrétiens étaient solides dans la foi, et que, depuis cinquaule ans, on faisait honne hesogne:

Aujourd'hui les œuvres se sont relevées. Le nombre des chrétiens dépasse celui d'avant la persécution. Il était de 49.16?) en 1903, puis il atteignit les' chitïres de 52.2S7, 56.181 : il est aujourd'hui de o9.646. sur une population de 7 millions.

Il y a 9.779 catéchumènes, 332 églises et chapelles, avec l.oll oratoires et annexes, groupés en 4 sections et une cinquantaine de districts. Le centre est Tchang-kia-tchoang, résidence du \'icaire apostolique. Les prêtres sont au nombre de 69, dont 20 chinois. Il y a 18 frères coadjuteurs, 710 catéchistes, dont 324 font l'école, 451 vierges enseignantes dont 294 aussi sont maltresses. Au grand et au petit séminaires, il y a 73 élèves. Les o collèges d'études chinoises ont 618 enfants. Les 9' écoles normales des vierges enseignantes ont 210 élèves. Il y a 60 écoles internes avec pensionnaires, 271 écoles de garçons et 268 de fdles ayant respectivement 4.519 et 3.525 enfants. Enfin le nombre des baptêmes d'adultes qui était de 3.396 en 1904, 3.914 en 1905, était en 1906 de 3.444. SangiiiH martyrum semen christ ianorum.

Au Kiang-nan le progrès continue sa marche douce, fort inégale d'après les provinces. Les contrées de cette immense

raissioi, vaste comme la moitié de la France ne se i-essemblent pas plus que Provence et Bretagne, Flandre et Gascogne. Il faudrait passer en revue les 10 sections du Kiang-sou et du Ngan-hoei, et marquer à chacune sa note originale. Essayons seulement de les grouper par catégories.

Voici d'abord, au sud-est, entre le fleuve et la mission du Tche-kiang, les églises de vieux chrétiens. Ce n'est plus le pays des conquêtes. Le missionnaire peut à peine suffire à ses devoirs de curé. La chrétienté s'y augmente par les naissances plus que par les conversions. C'est le Pou-toiig, avec ses églises nombreuses, sa population agricole extrêmement pauvre, mais généreuse, trop tentée malheureusement par les salaires ïaciles de Changhaï et de ses manufactui'es. — Tsong-ming, F « île de la misère j), comme l'appelait un ancien missionnaire, et le Hai-nien, au nord du fleuve, plus pauvres encore parce que la densité de la population y dépasse les limites du vraisemblable ; sol d'alluvions toujours cliangeant, hier encore ravagé par un terrible typhon suivi d'inondation, où les insulaires sont morts par milliers. — Le Song-kang-1'ou, pays riche où les chrétiens sont délicieusement simples et bons, groupés autour ûu grand pèlerinage de N.-D. Auxiliatrice de Zo-cé. — Le Sou ; tchéou-fou et ie Tchang-tcliéou-lou, pays de pêcheurs, bon peuple de grands enfants, gagnant peu, dépensant beaucoup, mais soumis par leurs missionnaires à des règlements somptuaires Tort sages qui les sauvent de la misère, et ne connaissant hors de leur barque que le chemin de l'église. Partout c'est le ])ays de la Sainte-Enfance, et rien de touchant comme l'empressement de ces petits à adopter les orphelins. Si, chez les pêcheurs, parmi les garçons et filles qui grouillent dans la barque, il y en a un plus choyé que les autres, c'est 1' « enfant du bon Dieu )>.

Hélas 1 en face de ces vieilles chrétientés fidèles, il faut mettre celles où la loi s'est perdue. Jadis il y avait de ferventes églises, à Nan-kin, et tout le long du Canal impérial. Aujourd'hui ce sont là, dans le centre du Kiang-sou, les terres stériles, où les chrétiens se comptent à peine par quelques centaines. Telles les préfectures de Nan-kin, ïchen-kiang, Yangtcliéou, Hoai-ngan. En revanche les protestants y sont déjà. A Nan-kin, ils multiplient écoles et hôpitaux ; ils ont une université.

Montons plus au nord. Au Siu-tchéou-fou, nous sommes à l'extrémité septentrionale de la mission, sur la limite de Cliantoung, à une trentaine de lieues seulement du Tche-ly. Les gens se ressentent du voisinage. Rudes et pauvres, courageux, habitués à la lutte, ils vivent en de vraies forteresses de terre. Leurs villages, entourés de fossés, défendus par des bastions, sont munis d'artillerie. C'est, avec les brigands, la guerre en permanence. En 1882, pour la première fois, le Père Gain s'aventura dans la région. En 1884, il crut pouvoir acheter une maison au chef-lieu. Le soir même, une émeute, froidement préparée, menée avec calme, pille méthodiquement l'immeuble et chasse le missionnaire. Dix ans de procès ; ils ne se terminèrent qu'en 1896. Dans l'intervalle, on avait fondé des églises de campagne ; mais, là encore, surprises nocturnes, pillages, incendies. En 1896, plus de dix chapelles disparurent ainsi. Abrégeons. En 1887-88, il y avait au Siu-tchéou-fou.... 9 chrétiens. Dix ans après, il y en avait 2.229 en 139 chrétientés ; en 1900, 4.255 ; en 1903-1904, 10.055 répartis en 339 groupes, en juin 1907, 18.928 en 323 groupes, avec 31.976 catéchumènes. Qu'on veuille bien rapprocher ce dernier chiffre de celui des adultes baptisés dans l'année, 2833 ; c'est à peu près 1 sur 12. Les années précédentes la proportion avait été de

I sur 14, 1 sur 25. Ces données prouvent que, si les missionnaires tiennent registre exact de ceux qui se présentent dans les conditions voulues, en fm de compte, ils ne reçoivent au baptême que l'élite.

C'est que les pauvres gens, en s' offrant à être chrétiens, ne cherchent pas toujours uniquement le royaume de Dieu. Les motifs qui les amènent sont honnêtes, on le suppose, sans quoi ils seraient immédiatement éconduits , mais ils sont humains. De là, nécessité d'un long travail de préparation. Et puis ils affluent si nombreux qu'un choix préalable est nécessaire. On ne reçoit guère les individus, ni même les familles isolées. On les invite à faire eux-mêmes des recrues et à se représenter en nombre. Cela obtenu, on attend, on étudie, on s'informe, on fait patienter.

II ne faut arriver au baptême qu'avec un grand désir. Un catéchiste visite les candidats et commence l'instruction. Un an se passe à apprendre les prières. Puis le missionnaire choisit.

Une' vingtaine des mieux disposés viennent au catéchuménat fermé. Pendant un mois, le missionnaire les examine, les forme, les instruit à fond. On conçoit qu'à ce régime un prêtre, livré exclusivement à cet absorbant ministère, puisse à peine, en une année, administrer le baptême à 200 adultes. Libre aux protestants, après cela, de représenter les prêtres catholiques cherchant la quantité plus que la qualité, et éblouissant les bonnes âmes par la fantasmagorie des gros chiffres.

Passons au Ngan-hoei. Lorsqu'on 1865, les premiers Jésuites y vinrent fonder leur résidence de Ngan-king, ils n'y trouvaient aucune vieille chrétienté. Il y avait bien au Se-tchépù, angle nord-est de la province, dans la ville de Où-ho, un petit groupe de 350 fidèles à peu près ; et, tout au sud, deux ou trois autres de 40 à 50, derniers restes des églises du XVIIP siècle. Partout ailleurs, il n'y avait rien.

Aujourd'hui encore, les terres stériles ne manquent pas. Les trois premières préfectures que l'on rencontre en sortant du Kiang-sou et en remontant le Yang-tse, en 1903, étaient presque sans clirctiens. Pas un dans le Tchou-tchéou, 95 dans le Ho-tchéou, 47 dans le Taï-ping-fou; Ces deux dernières préfectures en ont maintenant 1.626, avec 2.456 catéchumènes. Ailleurs on est plus consolé.

Voici d'abord les préfectures situées au sud du fleuve. Au Koang-té-tchéou, et au Ning-kouo-fou, entre 1870 et 1907, on est monté de 475 fidèles à 8.374 plus 12.583 catéchumènes. Le noyau primitif de ces chrétientés est dû à l'émigration. Le pays avait été affreusement ravagé par les Tchang-mao. C'était un désert. Les mandarins, pour le repeupler, firent appel aux populations voisines. On vint beaucoup du Hou-pé, et, parmi les nouveaux habitants, il se trouva plusieurs centaines de chrétiens. C'est aujourd'hui la section de Ngan-hoei la plus complètement organisée, une de celles aussi où, à certaines heures, on a le plus connu la persécution.

Le Hoei-tchéou-fou, tout au sud, n'a que 427 chrétiens; ])ays trop riche, trop lettré, trop attaché au culte des ancêtres, et d'une organisation famihale trop serrée; 994 catéchumènes. Au ïchétchéou-fou, 3.789 chrétiens, tous néophytes,et 1,566 catéchumènes.

Passons le fleuve. Voici Ngan-king, capitale de la province,

avec sa préfecture. Presque rien à attendre de la ville, que des ennuis avec les mandarins. Mais tout à l'ouest, à la frontière du Hou-pé, les conversions d'adultes sont nombreuses. Pas un chrétien en 1870; 2.912 en 1907 et 3.848 catéchumènes.

Montons vers le nord en longeant lai'ontière. Lou-ngan-tchéou, pays de montagnes, âpres et pittoresques. Tout y est rude, les chemins, le sol, les gens, les mœurs. Comme partout il a fallu batailler pour se fixer. Mais là où il n'y avait pas un chrétien il y a 30 ans, il y en a aujourd'hui 2.802 avec -i.637 catéchumènes.

Enfin, tout à l'extrémité nord-ouest de la mission, nous rejoignons presque la partie la plus avancée du Kiang-sou. Le Yng-tchéou-fou et le Siu-tchéou-fou se l'essemblent par bien des points. Même sol, môme race ardente, pauvre, batailleuse. Mômes luttes aussi pour s'établir. Aujourd'hui mêmes consolations et môme affluence vers le Christianisme. Pas un chrétien en 1870: 22 en 1873; o88 en 1878;. 1.896 en 1900 et en 1907, 3.744, avec 15.528 catéchumènes.

Restent, tout au centre du Ngan-hoei, deux vastes provinces, le Liu-tchéou-fou et le Fong-yang-fou. Le catholicisme commence à peine à y entrer. En 1903, on y comptait 512 et 410 chrétiens relevant des sections voisines. Un missionnaire s'est ins-tallé depuis dans le Fong-yang-fou : mais aucun mouvement ne s'est encore produit. Dans l'autre chrétienté au contraire on a déjà 1.438 baptisés et G.651 catéchumènes.

Telle est, dans ses grandes lignes, et abstraction faite de bien des détails, la situation des principaux centres chrétiens au Kiang-nan. Elle varie beaucoup d'une préfecture à l'autre. Dans telle région, la population baptisée n'a guère augmenté que d'un quart ou d'un tiers. Mais ailleurs, parti de zéro, en une dizaine d'années, on est arrivé à 2.000, 3.000, 10.000 catholiques.

En juillet 1907, le Kiang-nan comptait 164.088 chrétiens et 1.227 chrétientés. Ces petits centres étaient groupés en 113 districts, ayant chacun à sa tête un missionnaire, rarement aidé d'un vicaire, et continuellement occupé, pour peu que les fidèles soient nombreux, à aller d'une annexe à l'autre, donnant partout la mission. Les districts eux-mêmes sont répartis en 18 sec-

lions, 9 dans chaque province, et chacune sous la juridiction d'un c< ministre. »

Ghanghaï et Zi-ka-wei forment un petit monde à part. C'est le centre de toutes les œuvres.

Ici une simple énumération suffira avec quelques chiffres, (statistiques de 1906-1907).

Ghanghaï : — 4 paroisses : la cathédrale, Saint- Joseph, le Sacré-Gœur, l'Immaculée Conception, pour 9.724 chrétiens chinois et les catholiques européens ; — 3 hôpitaux, dont un pour les Européens, ayant, en 1906-4907, abrité 4.026 malades ;

— un catéchuménat pour hommes, deux conférences de Saint Vincent de Paul, un cercle catholique ; — 4 dispensaires ayant donné plus de 200.000 consultations gratuites ; — 3 étabhssements d'éducation pour garçons, savoir : l'école municipale française (251 élèves, dont 230 païens), Saint François Xavier (S49 élèves dont 188 païens), pensionnat S. Jean Berchraans (149 Chinois) ; — 3 autres pour jeunes tilles, l'orphelinat de la Providence pour Européennes et Eurasiennes (139 enfants), Saint Joseph pour Européennes (307 élèves), l'externat de la Sainte Famille (248 Européennes, 109 Chinoises). Dans toutes ces œuvres, les Jésuites sont aidés par les Petits Frères de Marie, les Sœurs de Saint Vincent de Paul, les Auxiliatrices du Purgatoire. Les Petites Sœurs des Pauvres viennent d'ouvrir un asile abritant déjà 312 vieillards.

Zi-ka-wei : 1° Résidence centrale de la mission comprenant :

— le scolasticat de la Compagnie, le grand et le petit séminaires (51 élèves) ; — le collège (266 élèves dont 105 païens) ;

— un observatoire météréologique et magnétique, un musée d'histoire naturelle ; — la rédaction d'un journal chinois, le Hoeipao, paraissant deux fois la semaine (2.680 abonnés), et d'un Messager du Sacré-Cœur en chinois (3.370 abonnés) ; — un commencement d'université au nom symbolique, l'Aurore, fondée par les notables du pays, protégée par les autorités et ayant pour but de donner sur place aux jeunes Chinois une instruction que beaucoup iraient chercher au Japon ou dans les écoles japonaises fondées en Chine (172 élèves).

2° Orphelinat de T'ou-sé-wé (275 garçons), possédant une imprimerie européenne et chinoise, des ateliers de construction, menuiserie, sculpture, peinture, et fournissant aux besoins des églises, dans la mission et au dehors.

3" Deux établissements de religieuses : — le monastère des Carmélites avec 34 religieuses dont 21 indigènes ; — le Sengmou-yeu, des Auxiliatrices du Purgatoire, comprenant le noviciat indigène de la congrégation, et celui des Présentandines chinoises, un catéchuménat pour femmes, un pensionnat chinois (148 internes), une école de sourds-muets, un orphelinat de filles (529 enfants), sept ouvroirs où travaillent plus de 300 ouvrières du dehors, et un dispensaire ayant donné 8.426 consultations gratuites.

A ces œuvres centrales, ajoutons celles qui sont éparpillées à travers la mission. Dans les 237 catéchumênats, ont, en 1906- 1909, reçu l'instruction 12.611 hommes et 6.535 femmes, soit 19.145 personnes sur 95.013 catéchumènes inscrits. Dans les 1.130 écoles, on a compté 24.342 enfants ainsi répartis : 8.469 garçons chrétiens et 5.874 païens ; 7.348 fUles chrétiennes et 2.656 païennes. Dans les 39 orphelinats ont été recueillis 7.198 enfants, qui se sont ajoutés aux 916 déjà en nourrice et aux 3.025 confiés à des familles et ne pouvant encore se suffire. Soit dans les orphelinats, soit à domicile, on a baptisé 39.612 enfants nés de parents idolâtres.

Depuis 1842, le nombre de ces enfants baptisés, et morts pour la plupart, s'élève ù 1.283.000. Enfin le personnel comprenait au l'"' juillet 1907 : 1 vicaire apostolique (Mgr Paris), 157 prêtres Jésuites, dont 26 indigènes, 16 scolastiques, 28 frères coadjuteurs, en tout 202 Jésuites dont 39 chinois. De plus, 34 prêtres séculiers chinois, 30 Petits-Frères de Marie, 38 catéchistes de la Congrégation chinoise de la Mère de Dieu, 34 Carmélites, 95 Auxiliatrices, 42 Sœurs de Saint- Vincent de Paul, 14 Petites Sœurs des pauvres, 179 Présentandines chinoises, 221 catéchistes, 703 maîtres d'écoles et 777 maîtresses et enfin environ 800 Vierges employées au service de la mission.

Il manquerait quelque chose au tableau, si nous ne disions un mot des travaux scientifiques. Les Jésuites ont tenu, en Chine, à continuer la tradition de leurs devanciers de Pé-kin. Ils ont multiplié les publications savantes. Le P. Zottoli s'est fait une réputation universelle pour son grand Cursus litteraturae sinicae. La collection des Variétés sinologiques est riche déjà d'une vingtaine de monographies; géographie, histoire, archéologie, chronologie, mœurs et coutumes. Le Père Heude a fondé un important musée d'histoire naturelle. Un observatoire astronomique a été organisé sur la colline de Zo-cé, près du pèlerinage de N. D. Âuxiliatrice. L'observatoire météréologique de Zi-ka-wei compte déjà trente ans de service et est classé au tout premier rang des établissements de ce genre en extrême Asie. Il a rendu d'éminents services à la navigation par les travaux de ses directeurs (ne nommons que le P. M. Dechevrens) sur les typhons des mers de Chine. Tous les jours, le télégraphe apporte de toutes les côtes, de Saigon et de Sibérie, du Japon et des Philippines, des renseignements, qui immédiatement coordonnés, sont, avant raidi, affichés sur le port. Il n'y a pas si longtemps qu'à la commission du budget, au Reichstag, le secrétaire d'Etat, Herr von Tirpitz, déclarait ne pas connaître d'établissement supérieur à celui-là, ni qui ait rendu plus de services à la marine allemande, croisant dans ces parages. Naguère encore, c'est au directeur actuel, P. A. Froc, que le gouverneur général de l 'Indo-Chine, M. Doumer, avait recours pour préparer les. plans d'un service météréologique à organiser dans la colonie (1900).

Au Tché-ly, signalons surtout les travaux philologiques du Père Séraphin Couvreur, Dictionnaire français-chinois, 1885, et chinois-français, 1890, tous deux imprimés dans la mission, à Hien-Hien, et couronnés par l'Institut de France. Puis, du même Père, des éditions et traductions de nombreux classiques. De son côté, le P, L. Wieger édite ses Rudiments de parler et de style chinois, qui n'auront pas moins de douze volumes et dont la partie déjà publiée a été, en 1905, honorée du prix Stanislas Juhen.

On le voit par cette rapide- esquisse, les Jésuites actuels du Kiang-nan et du Tché-ly n'ont rien à envier à leurs glorieux prédécesseurs de Nan-kin, de Pé-kin et de Macao. Leur seul, mais grand- regret est de ne pas pouvoir doubler et tri[)!er leurs rangs pour étendre leurs œuvres, l'aire face à la rivalité protestante et répondre plus oHicacement aux besoins nouveaux.

Saint François Xavier jadis ne croyait mieux l'aire pour les Ja])onais qu'en portant la J'oi à leurs maîtres, les Chinois. Les rôles aujourd'hui sont renversés. C'est l'Empire du Soleil Levant qui transmet au Céleste Empire la civilisation matérielle et matérialiste qu'il a reçue lui-même d'Europe et d'Amérique. C'est au Japon et à ses victoires que la Chine doit de prendre conscience d'elle-même et de sa force. Elle aussi peut-être étonnera un jour le monde par sa rapidité à s'assimiler les sciences et les industries d'occident. Suivra-t-elle jusqu'au bout la nation sœur, et j)rendra-t-elle goût au nihilisme doctrinal d'importation allemande qui sévit déjà dans les universités japonaises '/ La propagande prostestante prépare les voies, plus habile, comme partout, à semer les défiances contre le catholicisme, qu'à christianiser les indigènes. Les progrès matériels, l'action continue (les ingénieurs, commerçants, voyageurs euro])éens, trop souvent sans croyance définie, risquent d'initier les Chinois à la libre-pensée. Le confucianisme, cette religion sans dogme, n'est pas pouj' opposer beaucoup de résistance. L'influence japonaise fera le reste, et alors les missionnaires se trouveront en l'ace d'une Chine nouvelle, inabordable à l'Evangile. C'est ce qui explique la hâte qu'ils ont de constituer un fort et inébranlable noyau de catholiques indigènes.

Le Japon ! Avant de quitter la Chine, comment ne pas jeter un regard sur cette terre évangélisée par Saint François Xavier, arrosé(! par le sang des inartyi's, et où les Jésuites, au iuoment où nous écrivons, sont sur le point de ren- Irer /

Quand, en 1844, ils étaient revenus à Changha'i, les suc-

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cesseurs du Père Ricci ne devaient pas confiner leur zèle au seul Kiang-nan. Le pape leur disait d'y attendre le moment où le Japon, obstinément fermé, se rouvrirait devant les étrangers et les ' missionnaires. Très vite les Pères comprireut qu'il y avait assez de travail en Chine pour ne pas rêver d'autres champs à cultiver. La joie de ramener à la vie cette cht'étienté japonaise si ïiimée était réservée ])ar la Providence à d'autres ouvriers.

Soixante ans ont passé depuis. Une église s'est reconstituée avec une hiérarchie complète de cinq diocèses. En même temps s'est opérée la plus extraordinaire des révolutions. Le Japon a décidé qu'il cesserait d'être oriental, qu'il deviendrait européen ou américain, qu'il marcherait l'égal des vieilles nations de. l'autre hémisphère, et, ce qu'il a voulu, il l'a fait.

Maintenant, pour achever cette transformation de son empire, voilà que le Mikado entre en relations diplomatiques avec le Saint Siège. Un évêque américain, Mgr. 0' Connell, lui est envoyé en 1905 pour négocier l'établissement à Toldo d'une légation pontificale. On fit au prélat le plus gracieux des accueils. La jeunesse des écoles voulut le voir et le fêter. Or une des questions qui fut à cette occasion discutée entre le gouvernement et le représentant du Saint Siège, fut l'établissement dans la capitale d'une université catholique et le rappel des Jésuites. .

D'où partait l'initiative d'un si curieux projet? Voici ce qu'on raconte dans les revues catholiques, aux Etats-Unis. Un homme politique avait publié en brochure la lettre de Saint François Xavier à Saint Ignace, où le grand missionnaire fait du Japonais, de son caractère, de son intelligence, un portrait exact et sympathique. Il le mettait au premier rang des Orientaux, et concluait en disant qu'à un peuple aussi intéressant, il fallait aux missionnaires non seulement de rares vertus, mais la science. Qu'on lui envoyât des maîtres es ai'ts. Flattés par les pages du saint, les Japonais y lurent une prophétie de leur grandeur future, et l'on se demanda en haut lieu si l'on ne se devait pas de rappeler les frères de Xavier. Quoiqu'il en soit, quand Mgr O'Connell fut envoyé par Pie X en légation auprès du Mikado, on lui sut gré d'être un ancien élève des Jésuites, et c'est

alors que l'idée de fonder une université catholique et de la leur confier prit corjis, fut discutée, soumise au Saint Siège et approuvée. Quelques mois après, Pie X en personne offrait à la Compagnie de Jésus cette mission nouvelle, glorieuse, mais, à tous les points de vue, délicate.

Délicate, non pas seulement parce que le pape les envoie sur un terrain depuis soixante ans cultivé par d'autres, avec quel zèle, tout le monde le sait; mais aussi parce que les conditions de cet apostolat indirect par l'enseignement apparaissent au premier abord très défavorables. Il ne s'agit plus d'idolâtres à convaincre de l'absurdité de leurs superstitions, mais de rationalistes férus d'idées allemandes et de préjugés hégéliens ou positivistes, de gens qui se sont approprié en maîtres les sciences du vieux monde, et entendent bien s'y faire leur place au premier rang, comme ils viennent de se la faire sur les champs de bataille. Il faut leur prouver par des faits tangibles que l'Eglise Romaine n'est pas, tant s'en faut, l'ennemie de la science, comme peut-être en certains milieux on a essayé de le leur faire entendre. Les prêtres des Missions Etrangères ont mené vaillamment la campagne en ce sens, par leurs pul)lications, leurs polémiques, leurs conférences, leurs œuvres de presse. Rome a pensé qu'il y avait place encore pour un enseignement supérieur catholique. Mais quoi? l'université officielle de Tokio est au grand complet et compte les élèves par milliers. Aussi les pessimistes ne manquent pas, même en Extrême- Orient, même au Japon, pour dire : « Vous venez trop tard, la place est prise depuis vingt ans ! » L'avenir dira ce qu'il y a d'exagéré, ou ce qu'il y a de vrai, dans cette appréciation. Au point de vue apostolique, le Japon n'a pas dit son dernier mot.

Les Indes

Eq continuant notre excursion à travers les pays de mission, et reprenant le chemin de l'Occident, nous rencontrons plusieurs églises que les Jésuites avaient fondées jadis, cultivées et arrosées de leur sang, et que Dieu, au XIX" siècle, destinait à d'autres apôtres et à d'autres martyrs. Nous venons de parler du Japon. Mais voici, au passage, le Tonkin, la Cochincliine, Malacca, glorieux héritage que les prêtres des Missions étrangères .devaient exploiter pour, leur compte, on sait avec quelle dépense d'héroïsme, de sueurs et de sang.

Aux Indes, le terrain se trouva plus libre devant les nouveaux Jésuites, quand ils se virent en mesure de reprendre les traces de leurs aînés. C'est le pays du monde où ils ont aujourd'hui le plus d'églises à leur compte : sept diocèses. C'était aussi pour eux, par excellence, une terre de souvenirs. Là, saint François Xavier avait ouvert le sillon. ÀA^ec Goa pour point de départ, son œuvre avait successivement gagné la Pêcherie et le Travancore, le Malabar et le Maduré, le Maïssour, le Carnate, lé Bengale et le 31ogol.

l^armi ses successeurs dans ces immenses régions, six ont, à sa suite, été mis par l'Eglise sur les autels, avec l'auréole du martyre : un autre, déjà presque canonisé par lui, attend les mêmes honneurs, (i) Ce fut donc avec reconnaissance que, en

(I) Le B.Jean de BriUo lue au Marava, le B. Rodolphe d'Aquaviva et ses (Iiialre compagnons, tués prés de Goa ; et le P. Antoine Griminali, lue a la Pêcherie du vivant même de Xavier, et considéré par la Compagnie comme son- proto-martyr.

1837, les Jésuites reçurent de Grégoire XVI l'invitation d'aller reprendre sur place leurs traditions interrompues.

Mais en quel état allaient-ils trouver les chrétientés indiennes ? La triste politique de Pombal, la destruction de la Compagnie, la Révolution française, avaient tari les sources de l'apostolat. Moins de prêtres, et par suite moins de chrétiens. On en comptait 1.500.000 auxl environs de 17S0. Un demisiècle après, il en restait peut-être 500.000. Pour tout clergé, quelques ' prêtres des Missions étrangères, quelques Carmes et - Capucins : en tout, une vingtaine de missionnaires. Il y avait bien aussi la- hiérarchie goanaise, deux archevêques, deux évêques et 400 prêtres. Mais quels prêtres ! ivrognes, querelleurs, violents, ordonnés sans études, sans préparation, au hasard, pris parmi les métis portugais, c'est-à-dire chez des familles ayant presque toujours une tare honteuse à leur ori- . gine, réputés parias par les indigènes, et dont toute la théologie consistait en un dogme, le patronat portugais.

Le patronat, ce mot va dominer toute l'histoire des missions indiennes pendant soixante ans. Il nous faut, en deux mots, l'expliquer.

En récompense des services rendus à l'Eglise dans les pays infidèles, le Saint Siège avait accordé à la cour de Lisbonne de grands privilèges, et tout spécialement le droit de nommer aux évêchés d'Afrique et d'Asie. Aucun siège nouveau n'y était créé sans son aveu. Elle avait le monopole des missions, et nul missionnaire ne pouvait se rendre en Orient que sur ses vaisseaux. En retour, elle veillait à l'entretien des églises, subvenait aux frais du culte, etc. Le régime ne laissait pas que d'être astreignant pour l'Eglise : il l'entrava plus d'une fois dans son développement normal. Mais un jour vint, où le problème se posa très net. Le Portugal voltairien ne remplissait plus aucun de ses engagements. Il avait jadis chassé les Jésuites, ruinant ainsi en Asie, en Afrique, en Amérique, de grandes et belles missions. Maintenant, en 4833, il mettait le comble à ses fautes. Il décrétait l'extinction des ordres monastiques. Puis, en 1834, il incorporait' leurs biens aux propriétés nationales. Couvents, collèges, hospices de Goa, de Mozambique, du Zarabèze, de l'Angola étaient confisqués. La cour de Lisbonne

non seulement ne remplissait plus ses engagements, mais elle détruisait, de gaîté de cœur, ce qu'elle avait promis d'éditier.. Rome restait-elle liée par les anciennes conventions ? Assurément, répondaient les régalistes portugais. Grégoire XVI fut d'un autre avis. Il n'avait pas l'intention de dénoncer le patronat ; mais, pour le moment, le bien des âmes et la dignité du Siège apostolique lui imposaient de ne pas s'en tenir à la lettre morte des conventions. Donc, aux inqualifiables actes des anciens « patrons )> des Indes, il répondit par des actes. Il érigea les vicariats apostoliques de Madras et de Calcutta; puis ceux de Ceylan et de Pondiché- . ry, au moment où se vidaient les couvents de Goa; entln la préfecture apostolique du Maduré. Il renvoyait du même coup les Jésuites dans cette dernière mission et au Bengale.

Les frères de François Xavier revenaient donc à leur poste de combat : les circonstances étaient tristes. Depuis soixante ans " lès ruines s'étaient accumulées. Aux anciens adversaires d'autres s'ajoutaient maintenant. Comme Nobili, Britto, Cœurdoux, ils avaient devant eux l'idolâtrie, les mœurs païennes, l'orgueil des castes. Comme eux encore, les exemples d'immoralité donnés par les Européens. Mais voici qui était nouveau : la propagande protestante, insignifiante pendant longtemps, semblait avoir profité du désarroi des missions catholiques pour s'étendre. L'année 1780 marque pour les anglicans le point de départ de leurs conquêtes dans le Tinnevelly (partie méridionale du Maduré). En 1850, anglicans et luthériens enregistraient Icà 34.600 adhérents, baptisés ou non. Mais il y avait pis : le scandale d'une .lutte intestine entre catholiques, les menaces de schisme, l'hostilité des Indo-portugais, ou Goanais, à l'égard des Propagandistes, les insubordinations des vieux chrétiens, les abus qui allaient se multipliant. Ce n'était pas à une conquête pacifique que le pape envoyait les Jésuites : c'était à la guerre sans gloire, et longtemps sans autre profit que la calomnie.

Elle s'ouvrit à Calcutta.

En ce temps là, les Goanais y. sont les maîtres. La communauté catholique meurt d'épuisement. Pas d'écoles, ou, s'il

y en a, pas d'élèves. Âiiciiii scrupule de fréquenter les maîtres protestants. Pas de sacremenits, pas de sermons; on ne va aux églises qu'aux cinq ou six grandes t'êtes. Le catliolicisme est méprisé, et des Européens et des indigènes. Hors de la ville, il n'y a rien ni prêtres, ni écoles, ni églises; beaucoup de gens, (|ui jadis étaient catholiques, ont passé à l'hérésie pom* ne pas rester al)solunient sans culte extérieur.

Résultat, des pertes etï'rayantes. Faut-il en croire les chiiï'res <iqu<?i donnent les lettres contemporaines ? A la lin du XVIII^' siècle, il y avait au Bengale 40.000 fidèles. En 1834, ils ont bais.sé de moitié. En f 845, de 20.000, ils tombent à 8.000. « Et encore, écrivait-on en 1860, ce chiffre de 8,000 iiourrait bien être exagéré, ou il faut que depuis lors le nombre des apostats ait été considérable. «

C'est dans ce champ désolé que Grégoire XVI envoyait le père Robert de Saint-Léger, comme vicaire a])ostolique, avec une poignée de Jésuites anglais. Ils firent de leur mieux pour enrayer cet effrayant mouvement de recul. Ils prêchèrent jusque dans les l'ues, fondèrent une école pour les pauvres, afin d'enlever au moins quek(ues enfants à la propagande protestante. Ils ouvrirent un collège eui'opéen, bâtirent une église. Immédiatemment grande colère à Goa. Les Anglais furent priés de faire cesser le scandale de cette usurpation propagandiste. On |)assa outre et les Goanais en furent pour leurs frais d'indignation.

Dans le même temps, un riche Hindou qui fondait un collège pour ses coreligionnaires, eut l'idée de le confier aux Jésuites. Accepter, c'était s'exposer à bien des interprétations malveillantes; c'était immobiliser des religieux, qui eussent été plus fructueusement occupés ailleurs, dans une œuvre de laquelle il n'y avait rien à attendre en fait de conversions. Mais aussi, c'était procurer au catholicisme un relief et un respect tout à fait inattendus. Consultée, la Propagande répondit qu'il fallait accepter, et les Pères entrèrent à Seal collège, s'engageant à y donner un enseignement strictement neutre. Tout alla bien pendant quelque temps et les supérieurs de l'étrange établissement acquirent tout de suite une assez grande influence. Mais la situation était trop anormale pour durer. Tous les Hindous n'ap-

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