‹ Les jetons de l'échevinage parisien; documents pour servir à une histoire métallique du bureau de la ville et de diverses institutions parisiennes, recueillis par feu A. d'Affry de la Monnoye, avec une table analytique et deux séries de pièces justificatives réunies, coordonnées et annotées par le Service historique de la ville de ParisChapitre 2 sur 208 · ITI · texte numérisé non relu

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Les jetons de me'tal sont d'origine toulo française, et l'usage s'en est répandu promptement dans les pavs voisins ^■^'. Les plus anciens, ainsi que je lai dil plus haut, semblent remonter au xuf siècle; ils appartiennent aux services royaux et princiers; ils sont muets; ils portent d'ordinaire, au revers, des types spéciaux indiquant l'office auquel ils s'appliquent. En même temps, les armoiries, placées au droit, font reconnaître le personnage dans la maison duquel ces pièces étaient employées. Bientôt après, ces désignations furent exprimées par des légendes.

L'usage des jetons s'introduisit, presque à la même époque, dans l'administration : les services comptables, le Trésor, la Chambre des comptes, les gén('raux des monnaies, paraissent 1 avoir adopté les premiers, ce qui est une conséquence toute simple de la nature de leur travail. Egalement muets en commeuçaiit, ces jetons n ont pas tardé à porter des légendes.

Plus tard, au xv'' siècle, les villes font frapper des jetons à leurs armes'''', et peu à peu cette prati(jue s'étend aux étals des provinces, aux diverses comjiagnies d olliciers royaux ou autres, aux cor[)orations de métiers, etc. Enfin, vers le milieu An xvii'' siècle, chacjue cor[)s, en quelque sorte, veut a\oir ses r comptoirs ?5 spéciaux.

Les jetons ont d'abord été banaux, c'est-à-dire qu'ils servaient indistinctement à tous les membres d'une chambre, d'une compagnie. On fabriquait, en oulre. pres(piL' dès 1 origine, un grand nombn^ de jefoirs à tvpes variés,

'■' Édit. de i8ao, l'aiis. I. 11, p. (|(;. • W Hiit. de l'Acail. loc. cit. — Hist. du jeUm.

''' F. I.eg-eiidrc, op. cit. [i. /kj;. co ///.,, du jeton, \). 20.

INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS. u

soit muets, soit portant clos légendes de diverse nature, religieuses ou autres; ils étaient à 1 usage des particuliers''*.

Mais, à ce système, la vanité humaine ne trouvait sans doute pas son compte; il vint un moment où chacun désira laisser des traces de son importance, plus ou moins réelle, et rap[)eler soit des alliances honorables, soit des circonstances intéressant 1 amour-propre'"'. A partir du xiv" siècle, on voit des membres de la Chambre des comptes, des maîtres de la Chambre aux deniers, des trésoriers de France, avoir leurs jetons spéciaux. Des secrétaires du roi en frappent également au xv" siècle. Le besoin de se faire connaître se remarque surtout chez les membres de la bourgeoisie arrivés au maniement des alTaires publiques. Au\ époques anciennes, en elïct, on trouve peu de jetons appartenant à la haute noblesse, aux personnes occupant de grandes charges'^*. Il n'en est pas de même à compter du xvi'" siècle : le nombre des jetons privés s'étend dans une énorme proportion; ce ne sont plus seulement les comptables qui ont leurs coins à eux; les pairs, les grands officiers delà couronne, les secrétaires d'Etat, les membres du clergé, des cours souveraines en font frapper aussi. Les prévôts des marchands, les maires et les échevins des villes'''' suivent cet exemple, auquel se laissent entraîner les conseillers d'Etat, les maîtres des requêtes et jusqu'à des agents souvent bien inférieurs. Cet usage se continue pendant tout le xvii" siècle, et mèuîe pondant le xviii'\ (juoique sur une échelle bien moins étendue. Il est un fait digne de remarque : les nombreux jetons de jeu, appartenant au siècle dernier, ne font, pour la plupart, que continuer les errements anciens; ils rappellent, avant tout, les charges occupées par les personnes dont ils portent les armes et même quelquefois l'effigie.

D'un autre côté, pendant les règnes de Louis XIV et de Louis XV. on voit disparaître peu à peu les séries de jetons banaux et officiels, dont quelques-unes remontaient à une époque ancienne (Grand Conseil, Chambre des

'' Hist. du jcioii , p. 18. princes et les grands Ibiulalaires, dans les maisons

''' Hist. (lu jeton, p. ao. — Cl. Rossignol, Des desquels le jeton a pris naissance.

libertés de la Bourgogne, d'après les jetons de ses '■" Remarquons que, dès i63i, Jean, bâtard de

Etats, Autun, i85i,p. 5i. — Comte de Laborde, Saulx, vicomte niaïeur de Dijon, a rais son nom

Notice des émaux du Louvre, i853, t. 11, p. 328. sur le jeton de la ville, pratique qui n'a pas pris

■^ Nous laissons en dehors, connue on le voit, les inuiicdiatenieni d'extension.

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