‹ Les jetons de l'échevinage parisien; documents pour servir à une histoire métallique du bureau de la ville et de diverses institutions parisiennes, recueillis par feu A. d'Affry de la Monnoye, avec une table analytique et deux séries de pièces justificatives réunies, coordonnées et annotées par le Service historique de la ville de ParisChapitre 3 sur 208 · X INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS

coinpies, Chambre aux deniers. Bâtiments, Ordinaire des guerres, Trésor. Parties casuelles, Extraordinaire des guerres, Cour des monnaies). Les dernières de ces séries s'arrêtent entièrement, presque aussitôt après Tavénemenl de Louis XVL

La composition des devises tjni, depuis le xvi*" siècle surtout, occupent le revers de la plupart des jetons, était l'objet d'un soin tout jjarticulier. Cela se comprend d'autant mieux (|ue les jetons royaux, lors de leur émission, avaient souvent une véritable valeur politique.

Ainsi que nous le voyons dans les rr Mémoires des sages et royales éconof-rnies d"Estat,i' Henri IV se préoccupait du sens que devaient avoir les devises inscrites sur les jetons de l'année, et Sully tenait à honneur de l'aire lui-même ce travail''. Charles Patin nous signale, de son côté, le jeton de 1G2G, à la légende HIC TAGVS ET GANGES. qui est une n'ponse à Plulippe IV, roi d'Espagne'"'.

En i6(î3, Colbert chargea (juatre nu'inbres de 1 Académie française de pn'parer les dessins de tapisseries, les projets de médailles et dinscriptions. et de composer les devises des jetons. Cette Commission, qui lut (lésigu('e sous le nom de petite Académie, devint ])lus tard l'Académie des inscriptions. Il existe cependant plus dune devise laite par des personnes étrangères à la compagnie. Le P. Ménestrier nous apprend que l'auteur dont on choisissait le travail recevait une bourse de jetons d'argent'^'. Cette sorte de rétribution était également allouée à l'Académie; tous les ans, les trésoriers généraux des divers services envoyaient chacun une bourse que les membres de la compagnie se partageaient entre eux ''''. Cet envoi n'ayant pas eu lieu en i6(j3, M. de Pontchartrain prescrivit le retour à lancien usage.

Aux époques modernes, la devise fait souvent allusion à des faits liistori(|ues, conquêtes ou victoires, naissances ou mariages de princes, etc. Ici,

'' Voir la curieuse notice publiée par M. Aiir. ■'- Lri science cl l'art des dcciscs , Piiris. i()68,

de J^ongpe'rier, Rirue niimisiiMiique de i8G3, p. 1 3 de la préface. ]'• -'^S. '' Nouvelles annales de la marine , i85/i, i"seni.

'■■ Oji. cil. p. 11g. [). aag. Article de M. Guinlioii de Ciiand-Ponl.

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une remarque est à faire: c'est que l'événement signalé nest pas, d ordinaire, rapporté à sa date réelle. Les jetons ofticiels, étant Tobjet d'un service régulier et se distriliuant au mois de janvier, se frappaient à une époque déterminée; d'un autre côté, ils devaient porter le millésime de l'année à laquelle ils étaient afférents : toute concordance de date devenait dès lors impossible. Du reste, le fait mentionné se rapporte habituellement à l'année précédant l'émission.

Il ne faut pas oublier, toutefois, qu'en dehors des services réguliers il se fabriquait une grande quantité de jetons; ces pièces, véritables médailles de petite dimension, ne présentent pas, en général, la différence de date qui vient d'être signalée.

Pour en liiiir ici avec les singularités que nous offre cette branche de la numismatique, il faut remarquer ([u'à partir du règne de Louis XA , on rencontre fréquemment des jetons qui proviennent surtout des corporations de métiers; ces jetons ont au revers des dates ne se rapportant pas avec l'effigie royale du droit, qui est d'une époque plus récente. Voici quelle est la cause de cette anomalie : lorsqu'une nouvelle émission était nécessaire, on se bornait à changer le coin de tète; on indiquait ainsi, jusqu à un certain point, la date de la frappe, et l'on évitait les frais de gravure d un revers. Le même svstème a été suivi sous Louis XVI, où quantité de jetons, même officiels, ont des revers appartenant au règne précédent. De pareilles anomalies ne doivent pas étonner: on en trouve d'analogues dans les monnaies.

La gravure des jetons était généralement confiée à des gens habiles: c'est ce que l'on reconnaît au plus simple examen. Ce travail était anciennement exécuté, soit parles tailleurs des monnaies, soit par les orfèvres. Ainsi, un fragment des comptes de Marie d'Anjou , reine de France, pour l'année 1 6 56 , nous apprend que le tailleur de la monnaie de Lyon grava une pile et deux trousseaux destinés à rmonnoyer les gectouers^^ de cette princesse"'. D'un autre côté, l'on sait que les jetons d'or offerts à Louis XII, en 1^98, par la ville de Tours, ont été faits par Jean Papillon, orfèvre, d après les dessins

' Moniteur (lu 5 octobi'p i85/i, nrlicle ilo M. ^ allel île \iriviili'.

XII Ii\TRODUCTIOA À L'ÉTUDE DES JETONS,

de Michel Colomljc'''. En 1^87, c'osl. Pierre Potart, graveur à Paris, (jui (!\ëcute les jetons de Jean Grolier, tre'sorier de France'"'. Mais les documents sur les graveurs anciens sont peu nombreux; ils n'olTrent pas, en outre, il faiil le reconnaître, un degré' de j)re'cision suITisanl ; car, de ce qu'un orfèvre a l'ail une fourniture de jetons, il n'en re'sulle pas, d'une manière al)solue. qu'il ait gravé lui-même les coins de ces pièces. Le dépouillement des registres des Monnaies donnerait, suivant toute probabilité, des renseignements précieux sur cette intéressante question, surtout en ce qui concerne les jetons appartenant aux particuliers; c'est un ti'avail de longue haleine, qu'il serait utile d'entre[»rendre.

En nous rapprochant de l'époque actuelle, nous sommes mieux renseignés.

Nous voyons même que les artistes les |)lus éminents se chargeaient volontiers de la gravure des jetons. Mariette, dans son Abeceihrio^^\ nous indique diverses pièces de cette nature, exécutées par Etienne de Laulne, de i553 a 1 570. Nicolas Briot, du temps de Henri I\ , Jean Warin, sous Louis XIII. nous ont laissé des échantillons de leur talent. Le règne de Louis XIV nous a donné des coins de Fr. Chéron, de T. Bernard, de H. Roussel, de Jean Manger, de Joseph Boetliers, dv. Jean-Baptiste Dufour, d Aury, de Claude Baliu, de Lebrelon, de Lefcrme. Celui de Louis XV nous en a laissé de J. Leblanc, des Boettiers, de Jean et de Benjanjin Duvivier. Pour l'époque de Louis XVI, nous avons, outre ce dernier, J.-P. Droz, Nicolas-Marie Gatteaux, Lorthier, H.-J. Gamot. Nous ne citons que les principaux de ces artistes, dont on pourrait facilement augmenter la liste.

Les jetons ne sont, d'ordinaire, marcpu's que d'initiales, et au droit seulement. Cette indication, donton ne connaît pasd'exemple antérieur à CharleslX, ne devient pas habituelle avant Louis XIV; elle manque souvent, surfout lors- (pie ce côté de la pièce n'est pas occujté j)ar une tète. Quelques revers sont également signés; mais c'est l'exception.

La fabricalion des jetons n'était |)as libre. Au xv'' siècle, les graveurs

-'' Rcv. mm. i85(), p. i.'io, art. de M. Danban. lur. Paris, 1866, p. 75.— ' Paris, i8.5'i- 1 856, ''' Le Roux (le Lincy, Recherches sur Louis Gro- t. 111, p. 78 et suiv.

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étaient reçus par les généraux des monnaies, et ils ne pouvaient, sans l'autorisation de ces fonctionnaires, "tailler et graver des fers à monnover des ff gelons, •n Toute contravention les rendait passibles d'amendes et même de [)eine corporelle. Constans^'' cite une sentence des généraux des monnaies, du 9 septembre 1/19/1, prononçant une amende contre un graveur qui s'était mis dans ce cas.

Un règlement dans le même sens fut édicté en 1638; un arrêt de la Cour des Monnaies, en date du i5 mai'-*, porta tr défense aux maistres graveurs de ff Paris, aux tailleurs général et particulier des monnoyes, aux maistres et rf conducteurs de la monnoye du moulin de faire ni graver fers, poinçons, r: pilles, trosseaux ny carrés à faire jettons, pièces de plaisir ou médalles. rpour qui que ce fust, sur les devises et desseins qui leur en pourroient estrc rr baillés; mesmes aux ouvriers et monnoyeurs den ouvrer et marquer, sans tren avoir au préalable la permission de ladite cour. -^ L'arrêt prononçait, en outre, contre les contrevenants, une |)unition sévère : pour les graveurs, amende de cinq cents livres; pour les tailleurs, ouvriers et monnaveurs. suspension de leur cbarge et amende arbitraire.

Des lettres patentes, du mois de mai 1 63 1 , érigèrent en maîtrise et jurande l'art et métier de graveur à Pai'is, et approuvèrent les statuts de cette communauté. Les compagnons graveurs, qui dépendaient des orfèvres, avaient sollicité cette faveur dès 1698. Des lettres patentes du to mars iGac) avaient renvoyé lexamen des statuts proposés à la Cour des monnaies, qui, par arrêt du 10 septembre suivant, les avait approuvés et avait ordonné, sauf l'homologation royale, la création d'une corporation spéciale. Les maîtres, au nombre de vingt, pouvaient seuls graver les sceaux, cachets, chilTres, et généralement tous les ouvrages concernant leur art et profession '^'. Les |)ièces dites de plaisir ne sont pas dénommées ici; mais la communauté, par son jeton daté de 1718, fait connaître que la gravure de ces pièces rentrait dans ses privilèges.

Dès lors, il n appartint plus qu aux tailleurs des monnaies, ainsi qu'aux membres de la nouvelle maîtrise , de faire les coins des médailles et des jetons.

''' Traite (le la Cmiii- des luoiinoycs , l'avis , iG.'jS, '' Abot de lîazinglien, Traité des iiiouiioics ,

|). 1670. — '• Ibid. p. 'l'irf. Piiris. i-O^i. I. I.p. 55i.

Mv IMnODUCTtON À L'KTLDE DES JETONS.

L'ëditdejuin iGqC, poiianl création d'un ofllce de directeur du balancier du Louvre, pour la fabrication des inëdailles et des jetons, défend de frapper ces pièces ailleurs i|u";i ce balancier; il interdit l'entre'e des jetons étrangers, dont il ordonne, le cas écliéanl, la saisie et la confiscation: il l'ait enlin défense à tous marcliands daclieter et de vendre des pièces fabriquées en tout lieu autre que le Louvre*''. Ces dis])Osilions, renouvelées par arrêt du Conseil du n décembre 1702 et par lettres patentes du 5 mai 1708, remontaient à

On vient de voir que l'entrée des jetons étrangers était interdite en France. Il existait, en elfet, au dehors, des fabriques de jetons de pacotille qui, pouvant livrera bas prix leur marchandise, devaient faire à notre industrie une concurrence redoutalde. Saint-Omer, Tournay, étaient, au moyen âge. des centres importants de fabrication. Il en était de même de Nuremberg, qui a inondé lEurope de ses produits jusqu'à une époque presque contemporaine. Dans cette dernière ville, on ne faisait pas seulement des jetons banaux: on imitait aussi les pièces françaises et autres. 11 est bien peu de collectionneurs (jui. en commençant, naient laissé pénétrer dans leurs tiroirs quelques-unes de ces imitations; elles se reconnaissent toutefois tant jiar leur mauvais travail que par leur peu d'épaisseur. (Quelques jetons de Tournav portent un nom; ceux de Nuremberg indiquent, d'habitude, l'atelier d'où ils sortent. Mais, généralement, c'est bien moins le graveur que le marchand (jue l'on a ainsi désigné. Cela ne veut pas dire, néanmoins, que les deux industries ne fussent pas réunies dans la même main, comme on [x'ut en citer plusieurs exemples.

Il faut observer que Ion trouve en France, à diverses époques, des jetons qui se font remarquer par leur stvle allemand, et qui, cependant, semblent rentrer dans nos séries nationales. Signalons d'abord plusieurs pièces appartenant aux règnes de François II et Charles L\, et quelquesunes remontant peut-être même à Henri IL L'influence allemande s'explique ici jusquà un certain point. Etienne de Laulne, qui a gravé en France de 1.^)53 à 1070. ainsi (pie je l'ai dit, avait traxaillé longtemps à Strasbourg.

<■' AIjiiI (le iî.'iziiijjlicii. Traite (les momioies . l. I. p. 82. — ' //)/(/. (. II. p. 0/16.

IXTRODLCTION A L'ÉTLDE DES JETONS. xv

ainsi qu'à Augsbourg'". On peut croire qu'il a amené chez nous des artistes, des élèves, qui n'ont pas su abandonner complètement le fain^ national.

Ce faire se remarque également sur des jetons du temps de Louis \1V. Plusieurs coins sont signés L G L, ce qui semble indiquer le Nurembergeois Lazare Gotllieb Lauffers, fabricant bien connu. Ces pièces sont la reproduction, généralement dans un plus petit module, de jetons banaux appartenant aux services de trésorerie; elles ne portent jias de date, contrairement à ce qui se pratiquait pour les originaux. 11 est sorti des mêmes mains, outre plusieurs autres banalités, une série de jetons copiés en grande partie sur les médailles de Louis XIV. Ces jetons se font également remarquer presque tous par l'absence de date et par cette singularité, qu'ils portent au droit la tète du roi, d'un âge déjà mûr, quelle que soit l'époque à laquelle ils se rapportent. Ils sont d un travail beaucoup moins mauvais que ceux qui sortent certainement des ateliers de Nuremberg; on les reconnaît surtout aux tètes. car les revers sont satisfaisants. Le commencement du règne de Louis X\ donne aussi quelques pièces d'un burin analogue. Il y a ici à résoudre une question qu'aucun document n'est encore venu éclaircir.

Les jetons les plus anciens ont un diamètre qui ne dépasse guère 3 3 millimètres; ils s'agrandissent bientôt et atteignent 37 à 3o millimètres; on en rencontre cependant, à toute époque, de module supérieur ou inférieur. A compter de la fin du xvii" siècle, apj)araissent les jetons à pans, qui, d'ordinaire, mesurent de 82 à 3G millimètres d'un angle à l'autre. Cette forme était principalement alfectée aux r marques de jeu," pour me servir des termes de l'arrêt précité de 1703. A cette occasion, on peut remar(pier (juAbot de Bazinghen'-' définit le jeton une petite pièce ronde de métal.

L'épaisseur du jeton, qui est toujours fort médiocre, est d'autant plus faible que son antiquité est plus grande. A l'époque la plus reculée, il arrive fréquemment que l'empreinte d'une face se fait sentir sur l'autre. Il se rencontre toutefois, pour ce temps, des pièces relativement épaisses; cela tient à ce que les lames de métal emplovées à la fabrication, étani planées au

''■ Mariette, lue. cil. — ' Oy), cil. I. I, p. 5()8.

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