XVI INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS
iiiarleaii, se trouvaient forcéinont assez irre'gulières. Selon toute probabilité, on n'ajustait pas le poids des ilans. ainsi (jue cela se praticptait pour les monnaies.
Quelques jetons ont été frappés en pieds-forts; ils sont très-rares.
Fabriqués d'abord au marteau, les jetons ont été faits ensuite au balancier; on a également, dans le siècle dernier, employé le mouton, machine qui ménage les coins et qui permet de donner aux flans une moindre épaisseur. C'est ce qu'a bien voulu nous apprendre M. Voillemier, alors qu'il était conservateur des médailles.
Ml.
Les jetons ont été frappés, en général, sur argent et sur cuivre; il en a aussi été fait en or, dès une époque très-ancienne. Les auteurs de YArt de vérif cries dalcs^^hViseni que Charles Vil, roi de France (liaa-i^bi). fut le premier qui fit fabriquer des jetons d'or et dargent pour servir à ses olficiers d'instruments de compte dans leurs calculs. Olivier de la Marche'"", dans ■1 Estât de la maison du duc Charles de Bourgogne,^- écrit en iU']k, nous apprend que ce jtrince comptait avec des jetons d'or. Louis XIL comme nous lavons vu plus haut, en possédait qui lui avaient été olTerts par la ville de Tours, en i4()8. Plus lard, de nombreux jetons d'or étaient émis par les services royaux de trésorerie '', par des états de province'''', par des villes*^', par des facultés, etc. C'était, du reste, un luxe que tout particulier pouvait se permettre, les règlements ne contenant aucune interdiction à ce sujet. La fabrication de ces j)ièces était nécessairement très-soignée: pour les rendre plus agréables à l'œil, on allait ([uelquefois )iis(prà les iMiiailler ''''.
A raison de sa valeur intrinsèque, l'or a jiresque entièrement disparu: on ne le trouve plus guère que dans les collections publiques ou dans les lamilles, où on le conserve, avec raison, comme une relique précieuse.
''' Paris, 178;]. I.l.p. Ci(). ' liossignol. Op. cil. ik i/iG. i(i4.
'■ Ivlilioii ilii l'iiiilhnni litl<T(iirc. Paris, i83C. '' Mercure, jamier 1C80.
P- -^^"- '■ Adi-. de Longpdrier, lieviie miiiiism. i843,
''' Mercure, janvier i()8o, janvier i6S->. jan- p. .'161. vier i683.
INTIIODUCTIOA À L'ÉTUDl': DES JHTONS. xvi.
Il est probable que ces jetons, qui, en général, n'étaient présentés quaux rois et aux princes, étaient d'un usage fort restreint, et qu ils étaient promptement employés à quelque ouvrage d'orfèvrerie. Ce qui donne lieu de le penser, c'est que Barbier, dans ses Mémoires*"', rapporte que, du temps de Louis XV, les jetons d'or ollerts au roi pour étrennes servaient à faire des assiettes; on en fabri<juait ainsi tous les ans une denii-douzaiiie.
Les jetons d'argent sont beaucoup moins rares, bien que la cupidité, les terreurs de la Kévolution, l'ignorance, en aient fait détruire un grand nombre'"''; mais on n'en trouve guère qui soient antérieurs au xvi" siècle; ceux même qui appartiennent à cette époque sont peu communs, et ce[)endant 1 emploi de ce métal date de fort loin. L'assertion des auteurs de VArt de vérifier les (laies, que nous avons rapportée plus haut, et qui peut être exacte en ce qui louche l'or, est contredite [)ar les faits en ce qui concerne l'argent. Ce métal apparaît un siècle plus tôt que ne le disent les Bénédictins : c'est ce que prouve la pièce appartenant à M. liouyer, frappée au nom de Clarin de Paulmier'^', clerc des comptes de 1822 à i345, j)uis maître de cette dernière époque à i346. L'argent est toujours recherché par les collectionneurs comme rareté : il est, d ailleurs, à remarquer que les exemplaires de ce métal ne soi'tent pas toujours des mêmes coins que ceux en cuivre. Cette différence s'explique. Aux termes de ledit déjà cité, de juin 1696, art. 28, les «quarrés» servant à la fabrication des jetons d or et d'argent devaient être payés aux graveurs, en sus de la valeur du métal et du droit de façon attribué au directeur du balancier; tandis que, pour les jetons de cuivre, ce directeur, moyennant 1 acquittement de la façon, était tenu de fournir les coins et le métal. Il y a lieu de penser que l'on n'a fait ici que réglementer un usage déjà ancien. Dans la série des Prévôts des Marchands de Paris, la différence dont il s'agit est fréquente et se remarque depuis i5t)5, au moins; on peut la signaler également sur le jeton de la Chambre des comptes de lôyy; peut-être même remonte-t-elle plus haut.
'' Édition publiée par In Société de l'histoire de "' Renie nuDiismnliijiie de 18 '47, p. 200, article
France, par M. de la Villegille, Paris, iSiy-i 85G , de M. le marquis de la Grange, t. IV. p. liZ. '^' Hisloire éi jeton, p. i8, pi. II, n° i5.
xvm INTHODICTION À LI'TUDE DES JETONS.
Dans un article relatif à quelques jetons du Blésois''. Duchalais, dont on devra toujours rejjretter la mort |)re'mature'e, dit que ces pièces, ainsi que les mereaux. étaient essentiellement en cuivre; il considère, en conse'quence, comme essais, pieds-loris ou écliaulillons, les exemplaires en métal plus précieux. Quelque valeur (|u"aieut les travaux de Duchalais, il seniMe diUicilc d'adopter une opinion basée uniquement sur le petit nombre de jetons anciens, en arpent, arrivés jusqu'à nous. Du reste, la question est tranchée par la mention, dans le com|)te du testament de Jeanne d'Evreux, en 1372. (le (piatre-viujjt-ti'ois jetons (rarp,ent'"- . Suivant toute apparence, ce l'ait n'était pas connu de notre auteur, dont on ne peut mettre eu doute la sajjacité.
IjCS jetons en cuivre, sauvés de la destruction par leur j)eu de valeur, forment la base de toute collection moderne. Il esta regretter, toutefois, (pie ces pièces arriv(Mit trop souvent ]us(prà nous dans un état d oxydation (pii en rend la lecture et. par conséquent, latlrilnition excessivement difficiles.
On rencontre quelques jetons en plomb; mais il faut reconnaître que les monuments de ce métal appartiennent, pour la plupart, au système mérallique.
Enfin, récaille a été cmplovée à la fabrication des jetons: c est une véritable fantaisie: les quelques exemplaires (jue nous avons |)u voir ont été (MUis par des particuliers.
Mil.
On distribuait chaque année à certains agents de 1 administration. |)riiicipalement aux comptables, une (juanlité de jetons qui était fixée à cent, dès une époque assez reculée, et qui, d'ordinaire, était renfermée dans une bourse plus ou moins riche. Dans les Pays-Bas, on se servait plutôt de boîtes cylindriques de métal.
Le point de départ de cette coutume, devenue ensuite un droit, ne nous est pas connu: on ne connaît pas davantage les principes servant de base à la distribution; on est donc n'duil, à cet égard, aux suppositions.
Il y a lieu de penser que, dans leur munificence, nos rois ont d'abord fait
*'' lliiur iiumisiiwli'iiir de icS'17, j). iy. — ' Conile tk' l.aliordo. o/j. cil. p. Say.
INTRODliCTION À l.'KTUDI- DES JETOiNS. \i\
(loniior aux agents comptables les jetons nécessaires à leur travail"; peu à peu, cette de'livrance, loule béno'vole, aura e'te' considérée comme un des émoluments atli'ihués aux (diarjjes, puis comme un droit; on y aura de plus attaché des idées de privilège, d'honneur, qui lui auront t'ait prendre nue v('rilable importance et une grande extension : on sait, en effet, combien les (jueslionsde prérogative étaient sérieuses pour nos aïeux. Ces idées, passées à létat de principe, auront plus tard amené le maintum de la distribution, lorscpie rit'u ne la justifiait |)lus. le m(id(> de calcul (\u\ lavait motivée ayant cessé dètre mis en pratupic
Le droit s'est établi fort promptement et d une manière assez complète pour donner ouverture eà des débats judiciaires. Ainsi rpie nous l'apprend Constans''^', les contestations étaient portées ff d'ancienneté ^^ devant les gens des monnaies. Parmi les nombreux arrêts existant à ce sujet dans les registres de la cour, cet auteur en cite particulièrement un, du '2 o juin 1^319, rendu sur la requête d un trésorier de France à Rordeaux. Ce fonctionnaire prétendait (pie rrla bourse de jetons 11 qui lui était due à cause de son rrdit office ^^ lui devait être payée par le receveur des lioîtes des monnaies et sur le fonds de ces boites.
Il esta remarquer que le droit de jetons figurait au nombre des droits utiles, ou honoritiques. attribués aux cours souveraines. Comme telle, la Cour des monnaies, par ordonnance de la Chambre des comptes, du 1 2 mars i56r>, fut reconnue devoir jouir de cette prérogative; elle y lut maintenue par les lettres patentes de 1 (> 1 3 et du k décembre 1 6 1 4 , ainsi ([ue par les édits de mars 1 645, juin 16/iG et mars 1719, portant conlirmation ou extension de ces privilèges'^'. Ce droit se percevait quelquefois en argent''''.
A Paris, le droit de jetons existait pour le Prévôt des Marchands, les Echevins et les autres officiers formant le Hureau de la Ville. Ce droit, à l'origine duquel on ne peut remonter, fut confirmé par le roi en i53-'^'. Les con-
'' Histoire du jclou , p. :j/i. loiix des minlres eclierins de Metz; Metz, i8f).i,
^' Traité de ta Qnir des iimiiiioyes, \). :'.'.'>H. p. 82. — Vanhmdo. Numismriti/iiie lillnifie : IJIIe,
^' Traité de la Cour des munnoyes , ji. •l'iVt. — i858, p. 1 lij. Traité des iiionnoycs , t. I. p. aaS , -a-'ia et suiv. '" Le Roux de i.iiicy, Histoire de l'Ilùlel de I die
'* l{oliei-t, lleclierclies sur les moiuiiiies et les je- de l'avis; Paris, iS/16, 1 " partie, p. 177.