‹ Les jetons de l'échevinage parisien; documents pour servir à une histoire métallique du bureau de la ville et de diverses institutions parisiennes, recueillis par feu A. d'Affry de la Monnoye, avec une table analytique et deux séries de pièces justificatives réunies, coordonnées et annotées par le Service historique de la ville de ParisChapitre 5 sur 208 · INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS · texte numérisé non relu

INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS

seillors. iiinsi qiio les quarleniers, en jouissaient (Valement, les premiers à dater de i553, à ce qu'il semble, les seconds à partir de iSyg''*. Les frais qui en résultaient, y compris ceux de gravure des coins, e'taient acquittés sur les fonds municipaux, même lorsque le jeton portait le nom et les armes du Prévôt'-'. 11 y a lieu de penser que les Echevins et autres officiers qui désiraient avoir leurs jetons particuliers payaient la dépense de leurs deniers, ainsi que cela se pratiquait ailleurs, aux Etals de Bourgogne, par exemple'^'. Des usages analogues existaient à Nantes, à Tours''''. 11 devait, suivant toute probahilité, en être de même dans les autres villes. A Metz, cependant, les maîtres echevins paraissent avoir frappé à leurs frais les pièces qu'ils émettaient.

En définitive, droit ou faveur, on peut dire que les officiers qui avaient le maniement des deniers, qui contrôlaient ou surveillaient les mouvements de fonds, qui avaient enfin des calculs à opérer, ne se fournissaient pas de jetons à leurs dépens : ou ils les recevaient en nature, ou ils touchaient une somme équivalente, ou ils étaient remboursés de leurs frais d'acquisition. C'est, du moins, ce qui semble résulter de quelques documents que nous allons rappeler; il est fâcheux, toutefois, que le défaut de synchronisme de ces j)ièces ne permette pas d'établir les faits d'une manière précise, pour une époque quelconque.

On voit figurer en dépense, au compte du roi Charles VI, du i" octobre i38o au i" juillet i38i, l'acquisition de f gestouers'^ parles clercs des divers offices (panneterie, échansonnerie, cuisine, fruiterie, écurie, fourrière) et par ceux de la Chambre aux deniers. Une dépense semblable est portée au compte de la reine Isabeau de Bavière, du i"' janvier au 3o juin i^oi, ainsi qu à celui de Charles Vil, du i'' ()clol)re i'ir)0 au 3i mars suivant '''.

Une somme de 5 sous tournois est mentionnt'O au compte de Marie dAn-

''' l^e Riiiix (le l.iiicy, llisiriii r de l'Uàtcl ilr ]illi< . — llinl. îles iiidircs de Tours pur les jetons , i Sô(}.

■ |);ii-lii'. |). l'jy, i-j'j. '" Comptes de l'hôtel des rois de Iruiice aux \ir' et

Ihid. •>." parlii.', p. (f.) . 3 '18 e( suiv. vi' siècles, ijubliôs par la Société de l'histoire de

'^' nossijviiol, op. rit. p. 54. France, par M. Domt d'Arcij. l'aris. i865. p. Ci,

' Daiibim, Jctoin des maires de Nantes, 1808. 67, l5o, 3,39.

INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS. xxi

jou''*, année i^By, pour lâchai (riin cent île rfgectouers" destinés aux clercs de la cuisine.

Dans un passage du travail déjà cité, Olivier de la Marche'"'* nous dit qu à la cour de Bourgogne les maîtres dhôtel, le maître de la Chambre aux deniers et le contrôleur reçoivent tous les ans ^un mar(| de jets d argent aux T armes et devises du prince, r»

Parmi les extraits qu'il donne de Tinventaire des titres de la \ ille de Paris, du Breul'^'cite des lettres de Henri IL du 97 avril iBôy, ordonnant qu il sera remis à chaque conseiller, une fois en sa vie seulement, un demicent de jetons d'argent du poids de 1 0 onces, ainsi qu'une bourse de velours, et que la dépense sera prise sur les deniers des aides, dons et octrois, ainsi que cela se pratique pour le Prévôt des Marchands et pour les Echevins. H y a ici défaut de concordance entre les divers auteurs; en efl'et, on a vu plus haut que les conseillers de ville devaient prendre part aux distributions de jetons, dès i553; mais il n'est pas facile d'établir la réalité du fait : d'ailleurs, la première disposition prise en faveur de ces ofliciers peut n'avoir pas été exécutée. Il résulterait même des deux citations qui suivent, que les décisions relatives aux conseillers de ville et aux quarteniers seraient demeurées sans effet, au moins jusqu'en i58i.

Le dix-septième compte de François de Vigny''*', receveur du domaine de la Ville de Paris, dressé pour une année commençant le 2/1 juin 1072 et finissant à pareil jour de 1578, fait connaître qu'il a été délivré au Prévôt des Marchands deux cents jetons d'argent et deux cents jetons de laiton aux armes de la Ville; aux Echevins, Procureur, Greffier et Receveur, un cent de jetons de chaque métal, crie tout pour leur droit en la manière accouturfmée.'5 Chaque centaine était renfermée dans une bourse de velours vert, ou de cuir blanc, selon la nature de la distribution.

La quantité de jetons délivrés au Bureau de la V ille (^'tail la même en i58i'^'.

'■' Vallet de Viriville. loc. cit. '■"'' Leiioux de I^incy, //l'stoVe de l'Hôtel Je Ville,

<*' P. XVIII. 1" partie, p. 166. — Voir, pour plus amples de'-

''' Le Théâtre des antiquité: de Paris, i6i-j, tails siu- les usages et droits de jetons , les Orrfon-

p. 1010. iiniices concernant l'autorité et la juridiction de la

'"' Sauvai, Histoire des recherches et antiquités de Chambre des comptes de Paris, 17-28, I. II, p. 287

la Ville de Paris, 1. III, p. 687. et siiiv.

XXII INTliO DICTION À LI'TLDI- DES JETONS.

A partir de la lin du xvii" siècle, comme nous rapprennent les états de dépense de la cour, les jetons sont quelquefois remplacés par une somme fixe en argent. Par exemple, en 169^, le premier maître d'hôtel et le maître dhôtel ordinaire reçoivent à ce titre soixante livres par année, et les maîtres irhôtel de (juartier, soixante-quatre livres; cette dernière somme est également payée au maître de la Chambre aux deniers et aux deux contrôleurs de ce service. Il en est de même pour les années suivantes.

En 17' 5, la duchesse do Saint-Simon, dame d'honneur de S. A. R. M""' la duchesse de Berrv, touche cent quarante-huit livres pour jetons et la|)is. Il est à remarquer qu'aux mêmes époques les contrôleurs de 1 Extraordinaire des {juerres reçoivent cha([ue année, au mois de janvier, une bourse de jetons d argent, (jui leur est délivrée par le trésorier général entrant en exercice. De ce fait, rapproché du dispositif de ledit de 1696, art. 39, on peut conclure, avec assez de vraisemblance, que la fourniture des jetons aux agents des services comptaliles était à la charge des trésoriers généraux. Cet article s exprime ainsi : '-Les matières nécessaires j)our la fabrication des rr médailles et |etons dor et d'argent pourront être fournies au directeur, rrsoit qu'elle se fasse pour nous et par nos ordres, pour les gardes de notre ff trésor royal ou autres trésoriers, receveurs et particuliers, t?

Le droit de jetons ne s'appliquait |tas seulement aux délivrances (jui se faisaient au commencement de Tannée: on avait su donner à cet usage une extension im|)ortante. Ainsi la reddition des comptes par les services de la trésorerie entraînait, entre autres frais, une distribution de jetons, (jui, pour la maison du roi, par exemple, coûtait neuf cents livres. Cette déjiense était acquittée soit sur un fonds spécial mis à la disposition des trésoriers, soit sur les taxations attribuées à ces officiers. C'est ce ijui résulte des divers édits rendus, de mai à décembre 1717, |>our 1 exécution de ledit de décembre précédent, portant modification de ladministration financière".

Les jetons dont il s'agit semblent avoir appartenu aux membres de la Chambre des comptes. En effet, les édits de mai et (1(> juin 1717. relatifs aux tr(''Soriers des troupes de la maison du roi et au receveur des revenus casuels, avaient omis de meiitioimer les jetons au nombre des frais de red-

<'' Ordonn. conarnant l'mitorilè cl la juricticlioii de lu Cliiniilm: des comi>les de Paris, l. 11, n. n.ho , aôo

INTRODUCTION A L'ÉTUDE DES JETONS. x.v„i

(litioii des comptes; la Chanilii-e, en enreglslranl, ces actes, eut soin de stipuler que les comptables seraient tenus de satisfaire, comme par le passé, aux droits de bourse et de jetons, (pii devraient être fournis en la manière accoutumée^''.

Nous ignorons si tous les agents des finances justiciables de la Cour des comptes étaient astreints à pareille fourniture, qui semble bien abusive.

En dehors des distributions de droit, les jetons étaient donnés comme gratification, comme rémunération de travaux extraordinaires ou de missions spéciales, comme hommage do gratitude. Nous citerons (piehjues exemples.

Pour reconnaître les bons services qui leur étaient rendus, les Etats de Boui-gogne, à compter de la seconde partie du xvi" siècle et jusqu'à la Révolution, distrd)uaient, chaque triennalité, une certaine quantité de bourses d'argent*^'. Comme on doit bien le penser, le nombre des personnes hono- )"ées de cette distinction alla toujours croissant.

Le règlement arrêté en Conseil du roi, le 3i novembre iSyy, pour la police générale du royaume, enjoignait'"^* rraux juges de police d'avertir le rrRoy ou ]M. le chancellier de toutes les contraventions et de leurs diligences rrpour les faire cesser. Cela fut exactement exécuté à Paris. M. le comte de rrChiverny, chancellier de France, étoit averti tous les jours de ce qui s'y rf passoit, et y donnoit ses ordres comme chef de la police. Un arrêt du Conseil frnous rend témoignage de cette vérité. Voicy ce qu'il contient:

rrLe Roy en son Conseil, en considération et pour reconnoissauce des rr peines et du travail que prennent journellement le sieur comte de Chiverny, rrchancelier de France, chef de la police, le lieutenant civil et le procureur rrde Sa Majesté au Chàtelet, ordonne qu'ils auront chacun cent jettons par «an, à prendre sur les amendes dudit Chàtelet. Ordonnant que, sur les manff démens et acquits qui en seront expédiez et signez par lesdits lieutenant rcde police et procureur de Sa Majesté audit Chàtelet, au receveur desdites f amendes, la dépense qu il aura faite pour ce regard lui soit allouée (Mi

'' Ordoiiii. conccrniiiil l'aiiUirhè l'I la jiiriilictioii '' l'ossigiiol, oj). cil. p. '.'tj. — '■ Dclainnii',

ilr lu CJiamliru des eoinplrs , eilit. de inni 1717- l'iinli' ilc lit iiiiltcf , l'aris . 170-! . |. |. n. i.'ilj.

xx,v INTRODUCTION À LÉTLDE DES JETONS.

'•compte. Fait au Conseil du Roy tenu à Paris, le 27 septembre 1696.

-Signe FAYET."

M. Perraut, président à la Chambre des comptes, mort en 1681, fonda, par un testament, en mémoire de Henri II, j»rince de Condé, un service solennel qui devait être suivi d'une oraison funèbre. Il fit en même temps les fonds nécessaires à la fourniture annuelle de quatre bourses de jetons, de quatre-vingts livres chacune, qui seraient données, trois aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu assistant au service, et la quatrième au prédicateur a\ant |)rononcé Toraison funèbre''. Des jetons spéciaux ont été frappés pour cette fondation.

En 17^7, M. Le Normand de Tournehem, directeur général des bâtiments, chargea les membres de TAcadémie de peinture s occupant d histoire de faire chacun, pour le roi, un tableau dont le sujet leur fut laissé. A cette occasion , il envoya six médailles d or et six bourses de jetons destinées aux artistes qui auraient été jugés avoir le mieux réussi. Les académiciens ne voulurent pas faire de choix et se partagèrent cet envoi-.

Nicolas de la Pinte de Livry, chanoine prémontré, évèque in parUbm de Callinique, coadjuteur de Mâcon, avait fait de nombreux dons à la bibliothèque de la Ville de Paris; il avait, en outre, laissé au bibliothécaire une somme de six cents livres destinée à lacquisition d'ouvrages sur 1 histoire naturelle. Le Bureau de la Ville, désireux de reconnaître ces libéralités, décida, par délibération du 1" février 1787. (|u"il serait écrit à lévêque et quil lui serait fait hommage dune bourse de jetons. Le prélat, amsi quil résulte de sa lettre du ù 1 mars suivant, considéra ce présent comme très-tlatteur "*'.

On remplaçait quelquefois par des jetons certaines distributions auparavant faites en nature. Ainsi les conseillers de ville, à Pans, jouissaient, dès avant 1637, du droit dhypocras, épices, torches, cierges et bougies. A une époque qui n'est pas précisée, entre 1081 et 1 583 , suivant toute apparence,

^'' Mercure, avril 1681. |i. .36i. — ^ Mercure, octobre 17^7, p. 122. — Inlroduction à l'histoire générale de Paris, p. 19a.

INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS. xxv

il (ut décidé que le droit d'hypocras et d'épices seulement serait remplacé par un demi-cent de jetons d'argent, du poids de dix onces, qui, le premier jour de l'année, serait délivré aux conseillers, avec une bourse de velours vert'*'. L'hypocras, qui était du vin préparé avec du miel et des aromates'^', se distribuait aux Prévôt des Marchands, Echevins et autres membres du Bureau, ainsi ([u'aux conseillers de ville et quarteniers, six fois par année, aux époques suivantes : Toussaint, Saint-Martin, Noël, Rois, Chandeleur et Carême-prenant'^'.

Par une conséquence naturelle de cet ordre d'idées, le Bureau de hi A ille décida, le a^ août lôyç), qu'il serait alloué vingt-cinq jetons à chacun des quarteniers qui réclamaieni la jouissance do certains droits''".

Dans quelques circonstances, comme on va le voir, la remise de jetons semble devoir être considérée comme une sorte d'hommage prenant sa source dans les anciens usages féodaux.

Chaque année, les secrétaires du roi donnaient au chancelier une bourse de jetons, le jour de la Saint-Jean-Porte-Latine (G mai). Cette bourse fut présentée à Louis XV, pendant tout le temps (ju'il tint les sceaux lui-même*^'.

L'ordre de Saint-Louis olfrait une bourse au roi lorsque cet ordre rendait ses comptes; en lySa, cet hommage fut également fait au dauphin*®'.

La Société royale de médecine de Paris présentait au roi les volumes de ses Mémoires, aussitôt qu'ils paraissaient; elle lui remettait en même temps, comme protecteur et fondateur de l'établisement, un jeton d'or*''.

xin.

La délivrance de jetons constituait parfois un véritable droit de bienvenue, ainsi que l'établissent les exemples suivants :

A Paris, dans le siècle dernier, le quartenier entrant était tenu de remettre

■'' Du Breiil, Le Thcàlre des aniiijuitc: de Paris, ''' Le Roux de Liiicy, op. cil. i" partie, p. ifiy.

loe. cit. ('' Mercure, juiu lySy, 11° volume, p. i8g.

'^' Le Grand d'Aussy, llisloirc de la vie [irirée '"' Mercure, avril 1759, p. 188.

des Français, Varis, i8i5, t. IlL p. 66. '■' Ponceiin de la Roche-Tilliac, Mémorial de

<^' Sauvai, op. cit. t. III, p. 633. l'Europe, 1786.

xvvi INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES JETONS,

cent cinquante jetons au doyen, et cent seulement à chacun de ses autres confrères; en outre, le jour de la Saint-Laurent (lo août), il devait faire une seconde distribution (le jetons, s'élevant, pour le doyen, à soixante et douze, et. pour les autres, à soixante. Il faut signaler ici une habitude singulière qui s'était introduite dans la compagnie : celui qui se mariait devait, comme droit de chevet, une bourse de vingt jetons à chacun de ses collègues. Ces bourses remplaçaient un repas qui avait été supprimé '''.

Lors de leur réception, les nuinnayeurs, ajusteurs et tailleresses de la monnaie de Paris distribuaient des jetons à tous les membres de la compagnie; pour les premiers, cette distribution s'étendait aux directeurs général et particulier, aux juges-gardes et aux greffiers de la Cour"' .

Comme moyen de stimuler l'esprit d'exactitude, les jetons ont été emplovés dans les diverses sociétés savantes: Académies française, des sciences, de chirurgie, ainsi que dans plusieurs assemblées. A chaque séance, un exemplaire était i-emis aux membres présents; quelquefois même les assistants se partageaient les jetons destinés aux absents : aussi 1 on avait donné le nom (\e jcloiutlers aux académiciens qui se faisaient remarquer par leur assiduité aux réunions. Cet usage s'est continué jus({u'à nos jours, pour' la plupart des sociétés savantes. Il est également suivi par les sociétés industrielles, où souvent le jeton aune valeur fictive assez élevée. Il est aussi pratiqué par les administrations, surtout pour les commissions qui renferment dans leur sein des personnes étrangères au service.

Les jetons des corporations do métiers étaient essentiellement rémunératoires. Les aspirants à la maîtrise, devant juslilier de leur capacité, étaient astreints à passer un examen et même à exécuter un travail, qui portait généralement le nom de chef-d œuvre. 11 parut, dès lors, convenable d'allouer une indemnité aux membres de la corporation chargés de la réception, parce qu'ils devaient nécessairement y consacrer un temps assez long.

L'indemnil(' se [)ayait en argent, ou en jetons, quelquefois sous les deux formes à la fois.

'■'' Ln Roux il(>l,iiif\. op. cil. i" parlie, p. 2o3. — '-' Traité des momwics, -3' voluim-. p. .317.

INTRODUCTION A L'ÉTUDE DES JETONS. ^^^n

Parfois aussi des jetons étaient donne's aux maîtres présents, lors des assemblées qui avaient lieu dans lintérèt de la communauté.

Nous ne croyons pas devoir passer sous silence une série de pièces qui ne s'expliquent guère à première vue, et qui, sans être des jetons propremeni dits, rentrent cependant, jusqu'à un certain pomt, dans cette catégorie, au moins comme apparence.

Les fruitiers de Paris désignaient les lots de beurre, œufs et fromages, qu'ils achetaient sur les halles d'approvisionnement, au moyen de marques arbitraires, pièces de monnaie, jetons, etc. 11 résultait plus d'un inconvénient de cette habitude, car la même marque pouvait être employée par diverses personnes. L'administration j)ensa, dès lors, que, dans l'intérêt du bon ordre, il convenait de réglementer ce service. Une ordonnance de police du i i avril i6c)8''' disposa, en conséquence, que tous les maîtres fruitiers mettraient, sur chacun des paniers et parts qui leur écherraient, une marque de cuivre égale, où seraient inscrites les deux premières lettres de leur nom; elle interdit en même temps l'usage de tout autre signe distinctif, sous peine de perle du lotissement et de cent livres d'amende. Plus tard, une note, mise à la suite d'une sentence de police du g mars 1708, modilia cotte mesure: elle prévint ceux qui voudraient acheter, sur le carreau, du beurre et d autres denrées, de se munir, pour le lotissement, de pièces de cuivre de la largeur d'une pièce de 18 sous, un peu plus épaisse, portant, d'un côté, le nom du maître et, de l'autre, l'année.

Les pièces fabriquées pour satisfaire à ces dispositions sont tantôt fra[)pées, tantôt gravées au burin, lanlôl marquées au moyen de poinçons. Leur usage a été reconnu si commode, qu il est encore en pratique aujourd'hui sur les marchés en gros.

En dehors des données générales qui précèdent, il est un point sur lequel

'' Delamare, op. cil. I. |[, p. aSg.

xxvMi INTUODLCTIUX A L'ETUDE DES JETONS.

nous ne croyons pas inutile de dire quelques mots : il s'agit du mode à suivre

|iour la d<'scri|)lion des jetons.

En décrivant une médaille grec([ue ou romaine, on dit que la tète dont elle est empreinle est tournée à droite, par exemple, quand elle esl fournée vers la droite de la personne qui la regarde.

Cette méthode, (jui, naturellement, sest étendue à tous les monuments métalliques, ne devrait |)as, à noire sens, être appliquée à des pièces charp'ées fréquemment de la représentation d'armoiries. En effet, pour l'héraldiste, l'écu est, en réalité, un personnage animé, dont la droite fait face à la gauche de son vis-à-vis. Cette manière d'envisager la position relative des choses, qui est une des règles fondamentales du hlason, nous semble devoir être rigoureusement suivie lorsqu il s agit de jetons. N est-il pas, en effet, quelque peu singulier d'employer le mot droite, ou dextre, dans un sens tout à fait opposé, suivant que Ion décrit la face d'une pièce portant une effigie, ou son revers empreint d'un écusson armorié? Ne peut-il pas résulter de ce système des erreurs, des ambiguïtés toujours lâcheuses? En conséquence, pour la description des jetons, nous proposerons d employer, exclusivement, dans le sens héraldi<jue les mots droite et gauche. Ce système, que nous avons mis en avant il y a longtemps déjà, a été accueilli par plus d'un collectionneur.

Malgré la longueur qu on lui reprochera peut-être, ce travail est encore bien incomplet. En effet les diverses questions qu'il soulève sont loin d être toutes résolues; elles appellent donc lattention des hommes sérieux et se recommandent d'elles-mêmes aux recherches des érudits.

A. DAKFn\ DK I.A MdXNoVE.

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