‹ Les jeunes années de C.-A. Sainte-BeuveChapitre 2 sur 16 · NOTICE PRELIMINAIRE. VII · texte numérisé non relu

NOTICE PRELIMINAIRE. VII

mina, par la rhétorique et la philosophie, au pensionnat que commençait à diriger l'homme prédestiné dont l'œuvre et la vie sont restés si en honneur dans le monde catholique, Mgr Haffreingue. Les deux amis, pour cesser d'être condisciples, ne demeurèrent point séparés encore : ils se retrouvaient aux jours de congés, les jeudis, et n'en resserraient que plus étroitement leur lien dans leurs promenades et leurs entretiens, où, me dit M. Barhe, Sainte-Beuve se montrait déjà un causeur bien avancé pour son âge : les entretiens cVOstie, comme le dira plus tard le futur critique' .

Mais, bientôt, ce fut au tour de Sainte-Beuve de quitter la maison où ils s'étaient attachés l'un à l'autre. Il y était entré vers huit ans, et il y faisait sa sixième en '1814. Sa rhétorique ou sa seconde achevée, il alla continuer ses études à Paris; et alors commença entre eux, dès 1818, une correspondance qu'on peut dire avoir toujours duré, bien qu'ils ne s'écrivissent qu'à d'assez longs intervalles. Elle se borne, du côté de Sainte-Beuve, à vingt lettres en un demi-siècle; et, par malheur, deux ont été perdues, ce qui en réduit le nombre à dix-huit; mais leur intérêt, particulièrement dans les plus anciennes, rachète leur rareté. Cette correspondance est ici tout entière.

Celle qu'il entretint avec un Compatriote fut plus active; seulement elle commença beaucoup plus tard. Ce compatriote sera facilement deviné. Ses relations person-

1 Lettres à M. Barbe, \\ ,40, et Sta.nces et Sj}itres en ver>>, p. 131.

VIII NOTICi: PRELIMINAIRE.

iiolles avec Sainte-Beuve ne sont pas des premiers temps. Lorsqu'il entra, lui aussi, et passagèrement, à l'institution Blériot, en 1818, Sainte-Beuve venait d'en sortir; mais il put déjà recueillir des impressions directeb. Dans cet ancien hôtel des ducs d'Aumont, devenu le pensionnat Blériot, il voit encore la salle d'études où l'on se montrait la place du brillant élève, qui avait été un camarade plein de douceur; et dans cette cour toute parée pour les distributions de prix, sous les beaux soleils d'août, il lui semble toujours entendre proclamer son nom et y applaudir de ses petites mains. Il le suivit longtemps ainsi, sans en être connu ; retenant tout ce qui se l'apportait à lui ; s'honoraiit, pour leur pati'ie commune, de ses succès, dos présages de sa renommée, et le rêvant bientôt célèbre. Il indiquerait exactement, dans l'église de sa paroisse d'alors, l'endroit où le lauréat des grands concours assistait à la messe de huit heures, les dimanches de ses vacances, avec sa mère, et dans un recueillement qui ôtait le sien à celui qui se distrayait à le regarder. PcLit-ètie se sont-ils rencontrés, sans le savoir, en lace de celle maison de Le Sage, qu'aimait tant à voir Sainte-Beuve enfant, et, il faut le dire, dans un voisinage qui partageait tout au moins son cœur; car il y eut ses amours dès neuf ans, et il a nommé sa flamme '.

Et celte Histoire ancienne de Rollin, dont il a dit : a. Notre enfance a vécu là-dessus; c'est proprement l'his-

1 Les Consolations, XIII. A Antoiiy Desi'lianiii.>>.

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