NOTICE PRELIMINAIRE. XVII
Lui qui revenait si aisément à son enfance, n'en a-t-il pas, à la dernière minute, retrouvé un des beaux jours' ?
Qu'on ne s'empresse donc pas trop de le juger irrévocablement sur le for intérieur. Je reconnais qu'il a eu une tactique, celle de ne jamais se déclarer. Il a souvent tiré ses images et ses comparaisons du spectacle et du mouvement de la mer, où il avait eu son berceau et reçu ses premières impressions de la nature. Pour le suivre dans ses figures, je dirai qu'en matière de croyances l'homme a louvoyé. On me permettra cette autre comparaison : il a eu toutes les oscillations du pendule, sans vouloir jamais marquer d'heures. En vain reùt-on piessé (le se prononcer nettement; il vous eût rejioussé avec douceur, d'abord; une reprise lui eût fait froncer le sourcil ; et, à trop d'insistance, il eût éclaté. Je suis même persuadé qu'on eût fini par l'irriter jusqu'à la colère; alors, pour couper court, il vous aurait dit : « Bornez- « vous à ignorer ce que je pense et ce que je sens. Vous
1 Mais si tu t'es trompé, si ce natif orgueil
A pour tous et pour- toi fait dominer recueil ;
Si le Maître, à la fois plus tendre et plus sévère,
Xous tient dès l'origine et de plus près nous sene,
Mesurant de tous temps l'abime et les appuis ;
Ménageant au retour d'incU-i'Aes conduits ;
Si, plus clément peut-être à la terre purgée.
Il est toujours le Dieu de la Croix affligée.
Ce fils meilleur que toi qui t'es dit le meilleui-.
Ce fils dont le.s longs joiu-s ont passé tout d'un pleur.
Par l'eflfet répandu d'un vivant sacrifice.
Ne t'a-t-il pu tirer des Umbei ton supplice ?
(Pensées d'Août, Momieur JeanJ Cette apostrophe du ix)ète des Pensées d'Août est à J.-J. Rousseau, dont JHonsievr Jean e*t supposé le fils, un cinquième enfant perdu qui se retrouve.
XVIIl NOTICE PRÉLIMINAIRE.
« ne savez pas si je suis calholiciue gallican, ou janséniste, « ou chrélien calviniste, méthodiste ; pas plus que vous « ne savez si je suis philosophe, déiste, spiritualiste, ou « naturaliste. Tenez-vous-en là. » La sortie faite, il eût repris son souriie : car il était bon.
Et si l'on me demande comment je puis savoir qu'il eût parlé ainsi, je réponds que je le sais.
Une explication de cette situation extrême et de certaines autres qui lui ont été également fatales, sera si simple en des matières si graves qu'on ne voudra pas y croire ; et pourtant, c'est la vérité : il ne voulait pas être gêné. Il aimait sa ville natale ; dans toutes ses lettres il en parle ; il veut la revoir, et il ne la revit jamais; le voyage l'eût dérangé. Sa manière de considérer et de pratiquer le mariage, selon l'idéal de Joseph Delorme, n'était point, chez lui, la conséquence d'un principe, mais une commodité de la vie. Je sais bien que pour le résultat, erreur de conduite sinon de raisonnement, cela revient au même; et il l'a douloureusement expié, lorsqu'après la mort de sa mère, resté seul, avec l'âge et les infirmités, il dut s'y avouer dans un immense ennui qui lui fermait tout horizon.
On a, de son meilleur trait de plume, une page louchante sur Ilégésippe Moreau, mort jeune et pauvre, en 1838. Hégésippe Moreau a quitté le collège ; il s'est fait apprenti dans une imprimerie, et il est poète, poète amoureux et chaste. Sainte-Beuve nous le montre en ces années : « Un Hégésippe Moreau primitif, dit-il, pur, na-