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des événements politiques, livrées aux soins domestiques el aux travaux de leur sexe: cette institution datait du commencement du règne de Karl le Grand. Là s'élevaient, sous l'œil dé 1<mii mère,
les jeunes Mlles, entourées de bons exemples et prenant l'habitude des occupations qui devaient plus tard faire régner l'ordre dans
leur famille. Comme tous les exercices de piété avaienl lieu en commun sous la direction du lecteur de leur père, leur mémoire se meublait de bonne beure de ces longues prières latines auxquelles les fidèles se croyaient obligés alors, les litanies des saints, les sept psaumes de la pénitence, les réponses de la messe, les ferventes oraisons du matin et du soir: dès leur plus tendre jeunesse elles apprenaient à manier l'aiguille et confectionnaient ces merveilleuses tapisseries à sujets historiques qui font encore notre admiration, comme celle de Berthe aux longs pieds, la noble épouse du roi Pépin l'Austrasien. qui est parvenue jusqu'à nous. Elles savaient filer le chanvre, ourdir le lin, et se plaisaient, au fond de leur paisible gynécée, à travailler les ornements d'église; on les voyait aussi colorier des missels et des manuscrits sacrés: de ttvzance, le goût des images s'était introduit dans les Gaules. Sous ces divers rapports, l'éducation qu'elles recevaient ressemblait beaucoup cà celle des couvents. Voici en quoi elle en différait : on les exerçait à conduire élégamment un cheval, à le faire volter à leur gré. Ansgarde, Luitgarde, Fremingilde, et leurs sœurs nombreuses, se plaisaient à embellir de leur présence les chasses de Karl le Grand, leur père; les dames nobles s'empressèrent de suivre leur exemple, et le goût de la chasse devint général chez les femmes: l'art de la vénerie commença à faire partie de leur éducation. C'est à ce temps qu'il faut également rapporter l'étude des plantes médicinales et l'art de panser les blessures auxquels elles se livrèrent-, n'oublions pas non plus les heures qu'elles devaient donner à meubler leur esprit des chcmsons de gestes t qui prirent naissance dans ce siècle. Ces chants guerriers, composes en langue vulgaire ou romane, étaient In tradition poétique des grands Ira-
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vaux de Karl et de ses capitaines | chaque grande famille y retrouvai! les noms de ses pères, h l'on aimait à récitera l'occasion les vers où iK figuraient glorieusement. La musique profane, bien simple fi toute de mélodie, conservant encore le caractère de son origine, venue du chanl romain, qu'avail m vivement protégé le grand empereur, animai! aussi les gynécées. La mandore et le trente s'unissaient à la vois pour chanter des hymnes ci des cantiques profanes, connus sous If nom de Rotruenges. La danse enfin n fiait pas négligée, e1 toute femme noble tenait à honneur de m Faire remarquera la <juar<>lr. Telle était alors à peu près l'éducation des filles clir/ les dignitaires de l'empire 5 ci elle ne laissait pas ■ I exiger des années et beaucoup d'application de la part de celles qui voulaient la porter a sa perfection.
Ainsi avait été elesee Mellrmle clans ce gynécée qu'elle dirigeait depuis la mort de ni mère. En entrant dans cette partie du burgh. Hartrad y trouva tous les travaux suspendus. Là. comme ailleurs, nu ne s'occupait que de la grande nouvelle du jour, l'invasion des Normands. Les jeunes tilles et les femmes, groupées autour de Meltrude. écoutaient les rapports de Folbert. que celle-ci avait l'ail appeler.
« Eh bien ! lui disait la jeune comtesse, on s'arme sans doute de toutes parts pour repousser les barbares?
— Ils triomphent partout sans rencontrer de résistance.
— Oh! mais il n'y a donc plus que des lâches sur la terre de France! s'écriait-elle comme son frère entrait. Et apostrophant celui-ci de loin : Hartrad, lui cria la belliqueuse enfant, entends-tu ce que me raconte ton ami? quelle honte! j'en rougis, moi qui ne suis qu'une jeune tille! Quoi ! pas un combat! pas une seule bataille ! tous ces hommes se laissent égorger comme des moutons!... n
Le comte de Yerlud-Mout ignorait sans doute les disposition^ belliqueuses de sa tille en lui envoyant son frère : il comptait sur Meltrude pour apaiser la bouillante ardeur de Hartrad. et voici qu'au contraire elle l'augmentait encore.
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« Quoi! s'écria le jeune homme, dont les yeux s'animèrent aussitôt, quoi! c'est ainsi que tu penses, Meltrude! oh! tant mieux! combien je suis lier de toi! Vas. ton frère sera digne d'une Mlle
sœur! Nous irons. Fulbert, n'est-ce pas. nous irons au-devant dès hommes du Nord! il ne sera pas dit que des Femmes cuiront etl |>lu-> de courage que nous! «
Cependant la nuit était venue, l'on! a coup des vibrations loinlaines s'élèvent dans les airs, elles se halancent incertaines et vague» d'abord, puis bientôt plus suivies et plus sonores: ce sont les sons d'une cloche puissante que son battant trappe à coups redoublés.
« Le beffroi! s'écrie Meltrude; les Normands sont à Vertud! »
Aussitôt du burgb et de la plaine s'élèvent mille voix qui répètent : « Le beffroi! les Saxons! Hastings! Hastings! »
'< Mon Dieu! mon Dieu! mon pauvre père! s'écrie Folbert. sans moi que va-t-il devenir.' » Il s'élançait précipitamment vers la salle d'armes.
« Que voulez-vous taire.' lui dit Meltrude en lui saisissant le bras.
— Le sauver ou mourir avec lui ! »
Meltrude pâlit légèrement à ces paroles, mais, regardant Folbert avec admiration :
« C'est bien! lui dit-elle; c'est le devoir d'un tils! Allez, et que Dieu vous protège! Nous allons toutes ici prier pour vous! »
Folbert ne prit que le temps de se couvrir la tête d'un casque: il saisit une hache d'armes, jeta sur ses épaules un baudrier où pendait une large épee. passa à sa ceinture une grosse daghe. et. d'une Bourse rapide, il se précipita vers la manse.
Hartrad voulait suivre son ami: il partait, quand son père le fit demander.
Cependant, a l'exemple de la jeune comtesse, toutes leslémmes s étaient agenouillées. Bientôt leurs voix s'élevèrent harmonieusement vers le Seigneur dans une de ces hymnes sacrées où le saint roi David demandait à Dieu de le faire triompher de ses ennemis.
LES .llii NES I KANÇAIS (Mi priai) poui toute la France, mais on priai! aussi pour le bon Bis nui allait tenter de sauver son père au péril »!•• sa vie.
Les chants venaienl il«' s'arrêter, quand une lueur rougeàtre éclaira l'horizon. ((L'incendie! s'écria Meltrude en se relevan! pâle el tremblante; les Saxons brûlent la ville] Gertrude, el vous, Hermengilde, suivez-moi !
D Un pas rapide, « ~ 1 1 * ~ moula sur la plate-forme <!<• la plus haute tour, accompagnée "I»1 ses deux suivantes. Son frère l'y suivit un instant après.
« L'incendie, Hartrad! vois-tu l'incendie? Ces! Vertud qui brûle tout entier! Regarde comme les flammes s' élèyenl de toutes parts sur ce large horizon! c'est l'incendie! Comme il grandit à chaque instant! comme il déploie ses ailes rougeâtres ! [1 me semble entendre les cris déchirants des femmes auxquels se mêlent ceux des enfants qu'on égorge sur le sein de leurs mères! Et n'être qu'une jeune fille! et ne pouvoir porter ni une épée. ni une hache! dit-elle en se tordant les mains dans un noble mouvement de désespoir. Oh! c'est affreux! affreux! Cache-moi ce spectacle! » De ses mains elle couvrit son visage, que ses larmes inondaient: larmes bénies que son ange gardien dut recueillir pieusement dans sa coupe de diamant pour les porter aux pieds de l'Eternel.
Hartrad, sombre, morne, immobile, jetait des regards effarés sur le vaste horizon de flammes qui s'étendait devant lui; il soutirait plus que Meltrude peut-être, car elle pouvait pleurer du moins, et lui ne pleurait pas. Les larmes sont un soulagement dans les grandes douleurs.
Ils demeurèrent tous deux un instant dans ce silence. Meltrude le rompit la première :
« Qu'enlends-je? s'écria-t-elle-, cette fois, ce n'est pas une erreur de mon imagination, des cris, des pleurs, des sanglots déchirants, frappent bien mon oreille! Hartrad, ne les entendstu pas:1 »
Non. ce n'était pas une erreur : une foule tremblante, faible,
désarmée, venait demander un asile au burgh, et on la repoussait inhumainement avec la lance et 1 épée.
« Quoi! reprit Meltrude, dont L'indignation ne connut plus de homes, ces hommes ne savent-ils plus se servir de leurs armes que contre les femmes et les enfants, contre ceux qu'ils devraient protéger! Les lâches! oh! les lâches! »
Les hommes du burgh craignaient, en effet, ces bouches inutiles qui les eussent allâmes promptement, et ils les repoussaient de toutes leurs forces.
L'attention de Hartrad était trop vivement attirée d'un autre côté pour qu'il pensât à répondre à sa sœur. Tout à coup il frémit, et l'attirant d'une main près de lui, tandis que, de l'autre, il lui montrait un point dans la plaine : « Là! là! regarde, lui dit-il tout pâle et respirant à peine... mes yeux me trompent-ils? Répondsmoi; mais réponds-moi donc, » répéta-t-il avec violence.
( )r, voici le drame qui se déroulait sous leurs yeux dans la plaine : une inanse brûlait; la clarté des flammes découpait en vives silhouettes les personnages de la scène. Un groupe de huit ou dix Normands ébranlait la porte à coups redoublés. Bientôt elle tomba sous leurs efforts. Alors un jeune homme, couvert d'un casque, la hache à la main, parut debout et menaçant sur le seuil. Derrière lui, un peu sur le côté, un jeune garçon, protégé par l'angle de la porte, se tenait à genoux, ajustant une forte flèche sur son arc. A la vue de cette résistance inaccoutumée, les Saxons reculèrent d'abord; puis, honteux de ce premier mouvement, ils revinrent en brandissant leurs armes. D'un revers de sa hache, le jeune homme abattit le premier qui s'approcha, et relevant aussitôt son arme, il frappa un second adversaire. Pendant ce temps, son compagnon avait décoché sa flèche, et un Saxon était tombé sur la poussière. A celle vue, la fureur des assaillants redoubla : jetant leurs haches, ils s'armèrent de leurs courtes épées; le jeune homme, avec la même promptitude, s'empara de la sienne*, l'autre, voyant ses flèches inutiles, avait tire si daghe. Alors ce l'ut une affreuse mêlée