‹ Les jeunes Français de toutes les époquesChapitre 17 sur 55 · I.i* I I s il i NB8 i RANI US · texte numérisé non relu

I.i* I I s il i NB8 i RANI US

dans laquelle deux jeunes hommes, ;i peina sortis < 1 • - l'adoietoeBce^

luttaient contre cinq hommes habitués à tous les périls de la

guerre*

c Oui. je \ois. répondit kfeltrude, Bans bien comprendre la portée de sas paroles, tani était grande ><>n agitation, je rois un brave enfanl mourir glorieusement pouf son père, taudis que celui

qui lui doit la vie assiste paisiblement à sou héroïque dévoue ut! »

Puis, s1 animant soudain, et regardant sou frère avec des yeux égarés... << Hartrad, lui dit-elle, ne te souviens-tu plus qu'il fut ton libérateur? Réponds moi à ton Lour... Ah! si je m'appelais Hartrad, je mourrais de honte à ce Bpeetacle! »

Le jeune homme, poussant un Cri terrible : « Ali! tu as raison, Mehrude. je suis un lâche et un ingrat! » Et, sans attendre la réponse de Meltrude, il se précipita dans l'escalier qui conduisait aux écuries du burgh.

« Hartrad ! Hartrad ! s'écria alors la jeune tille en cherchant trop lard ci rappeler son frère, ne m'écoute pas, je suis folle! » Puis, 9 arrêtant tout à coup : « Mon Dieu! mon Dieu! dit-elle, c'est l'envoyer à la mort, et c'est moi qui l'aurai tué! Mon Dieu, pardonnez-moi ! »

En prononçant ces derniers mots, elle tomba sans connaissance sur le sol. Ses ancelles l'emportèrent dans cet état au gynécée.

Presque aussitôt les portes du burgh s'ouvrirent avec fracas; une troupe de vingt cavaliers, à la tète desquels se distinguait Hartrad. descendit à toute vitesse la rampe de la montagne, et bientôt on eût pu la voir traversant au galop la plaine dans la direction de la manse incendiée.

« Courage, Folbert! courage! criait Hartrad, nous voici ! nous voici ! a

Il était temps : la manse brûlait toujours, et Folbert, blessé en plusieurs endroits, perdait son sang. Il profita de ce secours inespéré. Rentrer dans l'habitation et en sortir par la brèche ignorée dont nous avons parlé plus haut, ne fut pour lui qu'une même

chose. Il conduisait par la main le vieil aveugle, et s' enfonça avec lui dans les hautes bruyères qui couvraient la plaine de ce côté. Ces sentiers inconnus et déserts lui étaient familiers; il fut bientôt hors de vue et de danger. Nous le laisserons un instant continuer sa route avec son père pour retourner à Hartrad.

Les Normands, culbutés au premier choc, se reformèrent promptement. D'autres, accourus à leurs cris, se jetèrent sur la troupe de Harlrad. Un combat acharné s'établit autour de la manse; on se battait à la lueur des tlamnies. Profondément blessé des reproches trop imprudents de sa sœur, Hartrad. bouillant de colère, se prodiguait partout où l'appelait le danger, et frappait des coups auxquels on n'eût point reconnu son âge.

Voyant la résistance s'établir sur ce point, encouragés d'ailleurs par la présence des gens du burgh. les arimans et leurs serfs prirent les armes et vinrent en foule attaquer les Normands. Ceux-ci, presque accablés par le nombre, appelèrent de nouveaux compagnons. Bientôt des centaines d'hommes se pressèrent sur ce point, et cette lutte, commencée d'abord par deux enfants, menaçait de devenir une bataille. Les Normands furieux poussaient des cris sauvages et cherchaient sans hésiter un trépas qu'ils rendaient toujours avant de mourir. C'était la première fois, depuis bien longtemps, qu'on osait leur résister.

A ce moment Meltrude, revenue à elle, fit prévenir son père du danger que courait Hartrad. Le comte aurait laissé brûler et ravager tout le pays sans tirer L'épée; mais il s'agissait de son fils, son orgueil, sa joie, son espérance, le seul objet pour lequel il se sentit encore un cœur, il monta à cheval, et, suivi de cinquante cavaliers, il se dirigea vers le lieu du combat, bien résolu de périr ou de délivrer son tils. L'arrivée de cette nouvelle troupe fit accourir de nouveaux ennemis. Maintenant plus de six cents hommes combattaient de part et d'autre. Pendant plus de trois heures, ou ne sut de quel côté serait la victoire, tant la mêlée était confuse. L'incendie s'éteignait insensiblement; bientôt la plaine retomba dans

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les ténèbres de la nuit, et, ne voyant plus où portaient leurs coups, les combattants se séparèrent. Ceux de la montagne en reprirent Je chemin; les Saxons rentrèrent dans leur camp, et les arimans avec leurs serfc s'enfuirent dans 1rs Forêts. La bataille avait duré cinq heures.

Couvert de sang et de poussière, ses armes émoussées. son armure brisée en plusieurs endroits, son easrjue dépouillé du cimier, Mai trad. écrasé de Fatigue, rentra au burgfa ne ramenant avec lui que quarante hommes sur les soixante-dix <|ui étaient descendus dans la plaine, soit sous sa conduite, soit sous celle de son père. Quant au comte, on l'attendit vainement toute la nuit : il ne revint pas. Le lendemain, au point du jour, un envoyé de Ilastings vint apprendre aux gens du burgh que leur maître était prisonnier. annonçant, en même temps, qu'il mourrait, si, dans huit jours, on n'avait pas payé trois cents sols d'or pour sa rançon.

Adonne aux plaisirs, et prodigue des richesses qu'il arrachait aux autres, le comte faisait peu d'économies: son trésorier déclara n'avoir pas en sa possession seulement le tiers de cette somme. Il ne fallait pas songer à l'obtenir des habitants du pays; les Saxons venaient d'achever l'œuvre de l'empereur et du comte; la Campanie était absolument ruinée. Que faire donc? le comte devait-il périr ?

Ce fut une grande douleur pour Hartrad et sa sœur. Le premier se reprochait l'ardeur, généreuse pourtant, qui lui avait mis les armes à la main : Meltrude , dans sa désolation . s'accusait des paroles imprudentes que lui avait arrachées la vue du danger que courait le hrave et pieux Folhert. Que résoudre cependant?... Dans le même instant, on proposait, on rejetait, on reprenait les projets les plus incohérents, sans s'arrêter à aucun. En cette incertitude accablante, les heures semblaient avoir des ailes, et le soir vint qu'on n'avait encore rien résolu.

Que faisait Folhert ? n'avait-il pu encore trouver un asile assuré pour son père, qu'il ne venait pas consoler son ami .'

DE TOUTES LES ÉPOQUES. I :i

Une de ces pensées lumineuses, comme en conçoivent seuls les grands cœurs, éclaira l'esprit de Hartrad. « J'ai l'ait le mal, se disait-il, c'est à moi à le réparer. Je dois assumer sur moi seul toutes les conséquences de ma témérité. »

Sans faire part de son dessein à Meltrude, il lit venir Gomberg et lui donna la mission d'aller proposer à Hastings de rendre la liberté au comte en acceptant son fils pour otage : ainsi le Saxon laisserait à son prisonnier la faculté de réunir la somme fixée pour la rançon.

Ces conditions étaient trop avantageuses aux ennemis pour qu'ils ne les acceptassent pas avec empressement.

Le comte obtint de proroger d'un mois l'époque fixée pour sa rançon; il ne doutait pas de l'obtenir de Karl le Chauve, qu'il avait toujours fidèlement servi. Cette considération l'engagea seule à accepter le dévouement de son fils : il le croyait tout à fait sans danger.

Hartrad, suivi des siens, et le comte, entouré des Saxons, se rencontrèrent au milieu de la plaine, où l'échange s'opéra. Ce fut une touchante entrevue. Le dur capitaine, l'homme au cœur insensible, cet aventurier parvenu, au moyen de plus d'un crime, cet usurpateur qui paraissait n'avoir revêtu la pourpre qu'afin de confondre dans cette couleur le sang qu'il avait versé et celui qu'il verserait encore , cet homme, qui le croirait? ô mystères sacrés de la nature ! cet homme eut des pleurs dans les yeux en revovant son fils, et presque des sanglots quand on l'arracha de ses bras.

Ainsi les affections de la famille survivent, dans les âmes les plus perverses, à l'anéantissement de toutes les vertus. 11 est donc hien abandonné du ciel, celui dont l'âme est devenue incapable de ressentir ces douces émotions.

Qu'on juge du désespoir du comle de Vertud-Mont, quand le messager qu'il avait envoyé à l'empereur lui apporta de la pari de celui-ci un refus dédaigneux.

Insensé celui qui compte sur la reconnaissance des hommes;

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mai» deui foii insensé celui qui oenpte sut la reconnaissance des mis.

Le désespoir, l'orgueil blessé, l'amour paternel se livrèrent un rude combat dans rame «lu cetnle. Il était sans ressources; rien &p pouvait aujourd'hui sauver son Bis, son lil» pour lequel, sans hésiter, il eût donné sa i ie. Il regretta alors avec des larmes amères ces sommes immenses qu'il avait prodiguées dans il inutiles fêtes

Si, du ins, il s'était Fait aimer des Campaniens !... Aujourd'hui,

peut-être, en se cotisant tous, ils arracheraient Hartrad à la mort: mai> non, il les avait maltraités, opprimés, ruinés, Foulés aux pieds; il ne devait attendre <l 'eus que de la haine.

n Que résoudre, mon Dieu.1 mon Dieu, que faire? s'écriait le somte en ee promenant à grands pas dans son appartement, où il l'était renfermé. Faut-il que mon fils périsse? Mais je ne le venu pa>. moi! oli ! non. il faut qu'il vive: sa mort serait ma mort!... Si j'allais moi-même implorer Hastings? si j'allais me jeter à ses pieds pour lui redemander mon enfant.' » A cette réflexion, un sombre nuage couvrit son front; devant lui se dressèrent menaçants les fantômes de ceux dont il avait tant de fois repousse inhumainement les plus humbles supplications. Aussi reprit-il aussitôt :

Non! oh! non. pas ce moyen ! Hastinss se raillerait de ma faiblesse, et mon lils n'en périrait pas moins : les hommes de guerre >ont impitoyables! Cependant, il faut le sauver! et de tous côtés -élèvent devant moi d'insurmontables obstacles! Tout m'abandonne en cette affreuse extrémité ! Mon Dieu ! mon Dieu ! ne me secourrez-vous pas? dit-il en tombant à genoux. Mon Dieu! mon Dieu! »

H avait mille fois blasphème le Seigneur : il avait vécu dans l'insouciance de ses préceptes. Se rappelait -il seulement qu'il existât?... Mais Dieu étend sa droite, et le criminel terrassé, anéanti , humilie son front dans la poussière : le voila priant et pleurant, et comprenant enfin qu'en Dieu seul est la véritable force . la véritable puissance.

Mais Dieu (c'est lui-même qui l'a dit) punit dans les enfants, jusqu'à la troisième et la quatrième génération, les fautes des parents!... Toutefois, l'instant du châtiment n'était pas venu, et Hartrad ne (lovait point périr de la main des Saxons.

Meltrude. cependant, s'irritait de l'absence de Folbert : le devoir, l'amitié auraient dû déjà, selon elle, le ramener au burgb!.. Il sauverait peut-être Hartrad, pensait-elle: lui seul, du moins, serait assez dévoué pour le tenter!... El il ne revenait pas! Avaitil donc péri lui-même.'

A cette pensée, un froid pénétrant saisissait la jeune comtesse, et elle se reprochait aussitôt comme un crime de permettre qu'une autre douleur se partageât son àme avec celle que lui inspirait le sort de son frère : Hartrad n'eût-il pas dû l'occuper tout entière?

Vers le soir du même jour, on vit une ombre se glisser le long de la montagne ; puis, aux cris des nommes de garde, une voix répondit: «C'est moi! Folbert! ouvrez... »

Meltrude entendit ce nom et cette voix, et elle tressaillit; le comte aussi l'entendit, et une voix sauvage éclaira ses traits. Il allait donc avoir enfin sur qui venger le sort de son fils! Folbert n'était-il pas la cause première de tous ses malheurs ?

« Qu'on l'amène en ma présence! » s'écria-t-il. Puis, sitôt que le jeune homme fut devant lui : « Misérable ! sais-tu bien que Hartrad va périr à cause de toi ! Sais-tu qu'il est entre les mains d'Ilastings ! Maudit soit le jour où nous t'avons rencontré dans la forêt! Je ne sais à quoi tient que tu ne périsses à l'instant! » Et le saisissant d'une main, de l'autre il suspendait son poignard sur sa poitrine.

« V songez-vous, mon père? s'écria Meltrude en lui arrêtant le bras. Oubliez -vous que Folbert fut le libérateur de Har- I rad ? »

Folbert n'avait ni pâli ni tremblé: calme el maître de lui, ii subissait les menaces du comte comme si elles se fussent adressées à un nuire.

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. Laissez faire votre père, dit-il tranquillement. Je si\.n-> le malheur qui vous a Frappés, pi je venais offrir au comte l<' sacrifice de ma vie, risquée a la délivrance de son lil->: s'il préfère la prendre maintenant, il peul se satisfaire...

— La délivrance de mon fils! s'écria le comte, se rattachant aussitôt à Cette vague espérance... Tu voulais tenter sa déli- \ rance ?...

— Je n'ai [i;>^ cessé de le vouloir.

— Connais-tu les dangers de l'entreprise .'

— Je les connais : je n\ iens <ln camp tics Saxon-.

— As-tu vu Bartrad ?

— Je m'en suis bien gardé ! Pendant deux joui> et deux nuits, j'ai rôdé autour tlu camp pour en reconnaître toutes les dispositions. Je les connais maintenant.

— Et tu espères .'

— Plus i[ue jamais. 11 ne me manque qu'un peu d'argent pour gagner un seul homme, de qui dépend toute l'entreprise.

— Prends, sans compter, tout ce que renferme mon trésor, et ramène-moi mon lils. »

Le comte s'éloigna pour donner des ordres à son trésorier. h Oh! c'est bien. Folbert, ce que vous faites, lui dit Meltrude en rougissant ; je vous reconnais à ce trait généreux.

— Harlrad m'a conserve mon père: n'est-il pas juste qu'à mon tour je le rende au sien ? J'accomplis un devoir; d'ailleurs, j'aime Hartrad comme s'il était mon frère. Ave/ toujours les veux sur la ville ruinée, et si, d'une des maisons, vous voyez, la nuit, briller une flamme, réjouissez-vous, ce sera le signe de la délivrance de votre frère.

— Allez donc, lui dit Meltrude en rougissant davantage, allez. Folbert; qu'il vous doive encore une fois la vie ! Nos vœux vous accompagneront. Si vous triomphez, vous aurez acquis des droits éternels à notre reconnaissance. Si vous périssez... Elle s'arrêta un infant à ce mot. et des larmes brillèrent dans ses veux.

— Si je péris ?... reprit Folbert en la regardant tout ému.

— Je vous pleurerai pendant le reste de ma vie!... » Et elle s'éloigna précipitamment pour lui cacher les larmes qui mouillaient ses yeux.

« Maintenant, s'écria Folbert avec enthousiasme, je puis braver tous les dangers ! vainqueur ou vaincu, ma récompense est également belle! Je pénétrerai hardiment dans le camp des Saxons!... »

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