HAP1TRE TROISIEME
Sommaire.
Le jeune sourd-muet. — Le pirate HastingS. — Le banquet des pirates. — Chants des scaldes, sagas, etc. — Scènes d'abjuration. — Les dogues du Smaland. —Culte d'Odin. — La statue d'Hermansaiil. — Récit de Hastings. — La casate du Culvert. — Déchirante alternative. — Pauvres mères! pauvres enfants! — La majorité du Culvert. — Renoncement à ta famille eu présence des Missi Dominici. — Le choix d'une loi. — Un supplice inouï. — La vengeance. — L'ivresse du barbare. — La javeline enchantée. — Le parc aux captifs. — Les stratagèmes de l'amitié. — La fuite. — Poursuite, dangers nouveaux. — Le signal de nuit. — Intervention du vieil aveugle. — Les frères ennemis. — La malédiction paternelle. — Le châtiment d'un mauvais Bis.
Le camp des Saxons était situé sur la rive droite de la Seine. Ces barbares, pirates en naissant, ne quittaient guère les rivages ; conservant ainsi sous la main leurs légères embarcations, et toujours prêts à reprendre le chemin de la mer, ils vivaient dans une parfaite sécurité, certains de la lâcheté des Franks, et ne se donnaient pas même la peine d'ouvrir des tranchées autour de leurs camps : c'étaient tout simplement des tentes grossières formées de grosses toiles , ou des bois provenant de leurs pillages. Mais des gardes veillaient constamment autour de leurs bivacs. et il eût suffi d'un
cri jeté par l'un d'eux pour leur mettre à tous, en un instant, le-^ armes à la main.
C'était cependant ces hommes que Folbert allait braver !
Protégé par les ombres de la nuit, il s'approcha, autant qu'il le put, du camp; lorsqu'il jugea ne plus pouvoir avancer sans donner l'éveil, il s'étendit sur l'herbe et feignit de dormir profondément. Le premier Saxon qui sortit dès l'aurore l'aperçut, et le reconnaissant à son costume pour un Frank, il l'apostropha rudement : a Hé, l'espion, avance ici! » Quoiqu'il entendit fort bien, Folbert feignit de n'avoir pas entendu. « Ah! tu n'entends pas! dit le Saxon, je vais te faire entendre! » 11 saisit sa lance et s'approcha vivement du dormeur. Il y allait peut-être dé la vie de Folbert, mais tout son plan dépendait de cette circonstance critique; il conserva la même position en priant mentalement le Seigneur de le protéger.
Etonné de cette immobilité, le Saxon s'arrêta la lance levée : « Il dort comme un loir, dit-il ; il ne m'a pas entendu. » Pour le réveiller, il lui appliqua sur les reins un rude coup du bois de sa lance.
Folbert se dressa debout d'un seul bond 5 toutefois, au lieu de se tourner du côté du Saxon, il se tourna d'abord du côté opposé. h Par ici, lui dit l'homme à la lance, par ici ! » Folbert ne bougeant pas, il lui appliqua un nouveau coup de sa lance. Cette fois. Folbert se tourna vers lui.
« Que fais-tu là? tu es un espion, sans doute? Réponds. »
Folbert ne répondit rien.
« Tu ne veux pas répondre? Attends !... »
Il le menaça de nouveau de sa lance, et, cette fois, en lui posant le fer sur la poitrine. A cette vue , le jeune homme tomba à genoux, les mains jointes, avec tous les signes extérieurs de l'épouvante. Il jeta des sons rauques, inarticulés, et, montrant sa bouche et ses oreilles, avec des gestes désespérés, il s'efforça de faire comprendre qu'il était sourd et muet.