‹ Les jeunes Français de toutes les époquesChapitre 19 sur 55 · LES JEUNES FRAN( US · texte numérisé non relu

LES JEUNES FRAN( US

Tu m* parles ni n'entends! c'est ce que nous allons voir. ■■ Saisissanl alorsFolbert par le bras, il I»' conduisit devant Hastings lui-même, en faisant pari à celui-ci 1 1 « * — circonstances qui se rattachaient à la capture du jeune homme.

Hastings Mail un homme de trente-quatre à trente-cinq ans: rien en lui n'annonçait l'homme des bords du Borysthènes ou des rives de la Baltique. Une épaisse chevelure blonde couvrait ses épaules, et une longue barbe ombrageait son visage. Son aspect était dur et farouche. Assis sur un de ces grands sièges en fer pille-, sans doute dans un couvent, il donnait déjà ses ordres à ses capitaines; et quoique le soleil fût levé à peine, Hastings était revêtu de son armure de fer, comme s'il se fnt agi de livrer immédiatement une bataille. D'une main il s'appuyait sur une longue javeline, et de l'autre maintenait debout, à ses cotés, son bouclier, peint d'une multitude de couleurs, selon l'usage des Saxons.

« Ce jeune Frank est sourd-muet, Eiwind, ou c'est un espion. dit-il en fixant sur Folbert un regard scrutateur: tiens-toi derrière lui. Eiwind. et au premier signal que je te donnerai, fends-lui la tète d'un seul coup de ta hache! » Ses yeux terribles fouillaient dans les yeux du jeune homme. Si celui-ci eût laissé paraître sur son visage la plus légère émotion . il était perdu. Il demeura impassible, les yeux lixés sur Hastings avec ce regard hébété particulier aux sourds-muets chez qui l'éducation ne supplée pas aux organes que la nature leur a refusés.

« Tu te trompes. Eiwind, ce garçon est aussi sourd qu'un cadavre. Je le garderai près de moi; conduis-le à Barwerd, qui lui enseignera par signes à me servir à table. »

La méfiance d'Hastings n'était pas détruite, quoiqu'elle parût l'être; et plusieurs fois dans la journée, au moment où il devait le moins s'y attendre. Folbert subit de dangereuses épreuves. Heureusement il était doué d'une volonté inébranlable: il s'était promis d'être sourd et muet, il le fut. ïl dérouta si bien tous les

DE TOUTES l.£S ÉPOQUES. I il»

soupçons, qu'à la tin de la journée on ne doutait plus de sa double infirmité. Les Saxons se confiaient entre eux. en sa présence, tous leurs secrets, connue s'ils eussent été seuls : c'est ce que désirait Folbert; il espérait ainsi apprendre en quel endroit du camp on tenait les otages. Il sut, de cette manière, non sans frémir de douleur, qu'ils étaient parqués au milieu du camp et confondus avec les captifs. Il fallait donc songer à s'introduire parmi ceux-ci sans éveiller les soupçons : Folbert ne rêva plus dès lors qu'aux moyens de parvenir à ce résultat.

Le soir étant venu . selon son babitude , Hastings réunit à sa table ses chefs les plus fameux. Placé derrière le redoutable pirate, et muni d'une outre pleine de vin du Rbin, Folbert fut chargé du soin fatigant d'étancber la soif du barbare. L'hydromel capiteux était réservé pour la fin du repas, après que les pirates étaient repus des venaisons de toute espèce dont leur table était chargée, car leur principale nourriture se composait de gibier rôti au grand feu, comme nous le pratiquons encore aujourd'hui sous le nom de gibier à la tartare ; les Tartares nomades du Nord , en effet . étaient les inventeurs de cette rapide et facile préparation, et les Saxons, qui s'étaient, dans l'origine, mêlés aux Tartares. leur avaient emprunté plusieurs usages.

Comme tous les repas chez les Saxons, celui-ci se termina par les chants belliqueux que les scaldes improvisaient sur la harpe. A leur entrée, Hastings se leva, et, se tournant vers ses convives en étendant sa javeline vers eux : «. Laissez chanter les scaldes, » dit-il. Aussitôt le plus profond silence régna sous la tente. Après qu'ils eurent accordé leurs instruments, le plus ancien commença ainsi avec cette abondance de métaphores hardies qui forment le trait le plus caractéristique de leur poésie, tandis que les autres l'accompagnaient en imitant sur leurs harpes le bruit sourd des forêts et des vagues avant la tempête.

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