‹ Les jeunes Français de toutes les époquesChapitre 21 sur 55 · EX l»I AT ION · texte numérisé non relu

EX l»I AT ION

Sommaire.

Une dernière grâce de Dieu. — Fin chrétienne d'un homme coupable. — Majorité des filles nobles. — Le pauvre ermite. — L'inconfès. — La légende d'Egberl le damné.

Le comte de Vertud-Mont , ou plutôt Filibert tout simplement, car les noms de famille ne datent que du dixième siècle, Filibert lut pendant plusieurs jours en proie à une fièvre violente que troublaient d'effrayantes hallucinations. Des images fantastiques passaient et repassaient devant ses yeux. Souvent il murmurait les dernières paroles du vieil aveugle. « Je suis Leidrade, ton père ! » et alors il frissonnait de tous ses membres. « Maudit! maudit! s'écriait-il tout à coup en pâlissant; la malédiction des pères est irrévocable! malheur à moi! » Puis, criant et pleurant, il appelait son fds, son cher Hartrad, couché sous la froide pierre du tombeau. Les consolations mêmes de Meltrude étaient impuissantes à calmer ses fureurs; pendant dix jours elle veilla près de lui sans prendre un instant de repos. Vers le matin du dixième jour, Dieu, qui avait si sévèrement vengé en sa personne la majesté paternelle outragée, Dieu lui ht la grâce d'une mort chrétienne; il revint à

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lui; son premier soin lui de demander un prêtre; il se repenti) sincèrement, confessa ses péchés, el mourut paisiblement dans les bras de >ii fille, réconcilié avec L'Église.

Comme les biens qu'il laissait à Meltrude se trouvaient sans défenseur, son deuil expiré, elle «lui songer à se choisir un époux. Elle venait d'atteindre sa quatorzième année, et la loi déclarait majeures et libres de leur volonté, sous la condition de choisir un époux. Les lilles orphelines qui avaient de grands biens à administrer.

Le choix de .Meltrude ne pouvait être douteux; elle avait trop éprouvé la pieté, le courage, les vertus de Folbert, pour confier à un autre que lui le soin de son bonheur.

Le vieux Leidrade, son grand-père, les unit à l'autel. Folbert devint comte de Yertud-Mont. Ainsi se réalisa la prédiction du vieil aveugle.

Sous l'administration paternelle de Folbert, le pays se releva de sa ruine : son nom y devint le synonyme de toutes les vertus.

De lui sortirent ces comtes de Yertud-Mont, qui, plus tard, sous les aïeux de Hugues Capet, sous Eudes, Robert le Fort, Hugues le Grand, signalèrent leur courage contre les Normands, et contribuèrent puissamment à leur faire lever le siège de Paris.

Ils furent les partisans zélés de la troisième race de nos rois, dont ils soutinrent puissamment les fondateurs, car la dynastie de Charlemagne s'éteignait de jour en jour dans des rois sans caractère et sans énergie.

Le dixième siècle vit leur chute définitive et l'élévation des Capétiens.

Nous aurons lieu, dans la suite de cet ouvrage, d'apprécier la lévolution profonde que cet événement produisit dans le pays. Que devint Hastings? on n'a que des conjectures sur son sort. Voici cependant à son égard la tradition que nous avons recueillie sur les lieux mêmes des événements :

Trente ans après l'incendie de Vertud. un étranger parut dans

La Comtesse Meltrude

le pays; son front ravagé par les passions plus que par l'âge, ses yeux creux qui jetaient encore par instants un feu sombre, ses rides profondes, sa haute taille voûtée et comme pliant sous un accablant fardeau, le tremblement nerveux, qui l'agitait sans cesse, tout en lui annonçait un homme arrivé à cet âge reculé où la vie s'en va d'elle-même. Il paraissait quatre-vingts ans; il n'en avait pourtant pas soixante-cinq !

Il erra longtemps sans abri, car il inspirait une horreur insurmontable, quoiqu'on ignorât jusqu'à son nom ; on le fuyait, et toutes les portes se fermaient devant lui. 11 fut réduit à se construire lui-même un ermitage dans l'endroit le plus reculé de la forêt.

Ceux qui passaient par hasard près de cet endroit y entendaient des gémissements douloureux, des prières prononcées au milieu de sanglots dans lesquels on distinguait ces mots : « Pardonnezmoi, Seigneur, mes iniquités ! » Plusieurs fois cet homme voulut s'approcher du tribunal de la pénitence ; mais bientôt on le voyait s'enfuir, les cheveux dressés sur la tête, les yeux égarés, et s'écriant : « Misérable ! fuis loin des lieux saints, la malédiction du ciel est sur toi! » Ainsi, comme Cain, il désespérait de la miséricorde divine... Avait-il donc, comme Cain, trempé ses mains dans le sang de ses frères? Quels crimes atroces avait-il commis ? Quels étaient le nombre et l'horreur de ses iniquités?

Il traîna ainsi une vie languissante pendant quelques mois. Un jour on n'entendit plus rien à l'ermitage. Il était mort... mort seul, sans les consolations delà religion, sans recevoir la rémission de ses crimes !

Selon l'usage du temps, qui refusait la terre bénite aux dépouilles mortelles des i?ico?ifès, on creusa une fosse dans la forêt, et on l'y jeta.

Mais on prétend que la nuit même le démon vint exhumer son corps et l'emporta dans les enfers, au milieu des cris et des rires des damnés.

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Pendanl bien longtemps, disent les superstitieux paysans, <»n entendil à cel endroil de sinistres plaintes mêlées à des rires sataniques. (Tétait un homme dont l'ame en peine vonail implorer après sa mort L'absolution qui lui avait manqué de son vivant*, el si vous leur demandez Le nom Ar cet homme, ils vous répondronl en faisan! le signe de la croix : t< C'était l'âme damnée d'Egnert, du pirate Hastings!... »

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