‹ Les jeunes Français de toutes les époquesChapitre 25 sur 55 · I.l.s il i NES l RAM US · texte numérisé non relu

I.l.s il i NES l RAM US

où il voit que celui de son rival b perdu la plus grande rorcede son i-laii : alors il lâche 1 • ■ bride au BitOj l'excite de L'éperon, tombe d'une course irrésistible sur Bon ennemi, Le frappe de Ba Lance »-u pleine poitrine, et, lui faisant vider Les arçons, L'envoie rouler pesamment a dix pieds sur !•• sol. Ou emporte sur un brancard le chevalier rudement contusionné. Le prix est au dernier venu. Mais avant de le recevoir il doit se soumettre à l'usage, <i proclamer sou nom et son cri d'arme.

« Beau chevalier noir, lui cric le baron] dis-nous ton nom. ei montre-nous ta bannière.

— Ma bannière, la voilà! » répond une voix juvénile, et en

me temps un des hommes du chevalier noir déroule aux yeux

d'Humbert une bannière sur laquelle brille l'image de saint Georges, avec ces mois lirodés en lettres d'or : a Saint (ieorges à la ville! » Malgré lui, Humbert se trouble, car il la connait cette bannière, il l'a vue souvent aux mains de Colgar-Boson... Quel est donc l'audacieux qui ose relever cette enseigne qu'il croyait tombée avec L'armurier ? 11 va bientôt le savoir :

« Ton nom? » reprend-il. ému d'une ardente curiosité.

Le chevalier noir relevant aussitôt sa visière :

« Léonard! répond-il à haute voix; Léonard, entends-tu, sire de Copie? le lils de Colgar-Boson, ta victime!

« Dames et seigneurs, soyez témoins, ajoute-t-il en se tournant vers l'assemblée... devant vous, je le dis hautement, cet homme est un lâche assassin , un traître , perfide envers les hommes et perfide envers Dieu; j'oftre de le lui prouver où et quand il voudra, avec telles armes qu'il lui plaira, à pied ou à cheval, à son gré. »

Lu même temps, ôtanl son gant de sa main, il le lança au milieu de la carrière.

« Tu en as menti par la gorge, vassal, lui répond Humbert ivre de colère; et d'ailleurs où sont tes titres de chevalerie pour que je le lasse l'honneur de tirer l'épée contre toi ?

— Mes litres, les voici ! » répliqua Léonard en lui montrant les quarante hommes de sa suite armés de toutes pièces; « te paraissent-ils suffisants ? Mais attends; tout à L'heure c'est moi qui te demanderai les tiens... Ecoute, entends-tu ces chants funèbres:1... In moment encore, et du haut de la puissance tu vas tomber plus bas que moi... »

En effet, des chants d'église lents et monotones remplissaient les airs, lointains encore, mais se rapprochant insensiblement.

L'assemblée était frappée d'un muet étonnement.

Bientôt on vit paraître, marchant à pas lents, une longue procession de frères bénédictins; ils pénétrèrent dans la lice, vide alors, Léonard s'étant rangé sur un des côtés, et se formèrent en demi-cercle devant le dais où se tenait Humbert. Un noble vieillard sortit alors des rangs, escorté de quatre clercs portant des cierges allumés-, il fit quelques pas en avant; on put alors reconnaître en lui Pierre le Vénérable, le puissant abbé de Cluny. A cette vue il se fit un silence profond parmi le peuple et la foule des seigneurs. L'abbé fit le signe de la croix, puis d'une voix sévère s'adressant à Humbert :

« A toi, Humbert, baron de Cosne, Chamblard, Surcey et autres lieux , convaincu d'avoir sciemment et volontairement enfreint les canons de notre sainte Église, en violant la trêve de Dieu pour accomplir perfidement une vengeance odieuse sur la personne de l'armurier Colgar, de Cosne; au nom du Dieu vengeur nous venons déclarer que l'Église te rejette de son sein; elle te déclare hérétique et maudit. Que pour toi la terre n'ait plus de fruits ni de moissons ; que la colère du Seigneur étende sur toi tous les désastres ; que tu meures privé de sépulture ; que tes restes soient la proie des vautours comme ton âme sera la proie de l'enfer: sois maudit dans ce monde et dans l'autre, et maudits soient comme toi tous ceux qui te porteront aide et assistance; maudit! maudit! maudit! »

Et les moines reprirent en cbœur : « Maudit ! maudit! maudit! »

LES lu NES FRANÇAIS

Puis, ce mol terrible Be prolongeant comme un écho, on entendil monter du fond de la plaine jusqu'au somme! de la colline des voix qui répétaient : « Maudit! maudit! maudit! »

C'était la vois d'un peuple tout entier qui s'unissait à l'Eglise pour anathématiser l'impie, le parjure, le meurtrier, l'oppresseur. Les clercs renversèrent leurs torches, <■( 1rs éteignirent eu en pressant avec le pied la mèche contre terre.

Aussitôt mi eût vu tous les chevaliers quitter le voisinage <!•' Humbert et s'éloigner en silence, l'isolant comme un lépreux ou un pestiféré: ses serviteurs eux-mêmes s'enfuirent pendant que la procession se retirait du même pas lent et grave, faisant entendre au loin les dièses mélancoliques du Dies irœ.

Emmeline et Blanche elles-mêmes osaient à peine se rapprocher de leur seigneur, tant était puissante la terreur que l'excommunication répandait autour d'elle'....

A peine l'abbé de Cluny avait-il disparu derrière la colline, que Léonard élevant la voix :

« Eh bien! orgueilleux baron, te voilà maintenant plus h;i^ qu'un juif, plus bas qu'un chien, car tu n'es plus un homme. Maintenant c'est moi qui te ferais honneur en me mesurant avec toi : mais te voilà tombé, tu ne feras plus de malheureux -, là se borne ma engeance : tu peux te retirer.

— Non! non ! crièrent tout à coup mille voix. Mort au parjure, au traître, à l'excommunié ! »

Ce cri n'était pas prononcé, que de tous côtés surgirent en foule des hommes armés, manants, serfs, bourgeois et vilains, tous les acteurs de la Valcreuse: en un moment Humbert en fut entouré... Ils étaient plus de trois mille, criant avec d'horribles menaces : « Mort à l'excommunié I qu'il périsse comme un chien. Humbert le Tricheur! » C'était ce moment que redoutait Léonard lui-même. Quels désastres allait commettre en sa fureur le peuple déchaîné? quel frein imposer à ses redoutables colères.'

C'en était donc fait de llumbert si un événement inattendu ne fût venu changer la face des choses. Comme le populaire se précipitait sur le Tricheur, des trompettes retentirent à quelque distance. Le peuple s'arrête et regarde : c'était une bataille de cent lances environ-, elle s'avançait conduite par ce jeune homme que nous avons déjà vu à Saint-Denis auprès de Petit-Pierre; celui-ci chevauchait sur une haquenée aux côtés de son ami.

« Le sire de Radonvilliers! s'écria Léonard.

— Oui; tu vas le connaître enfin, ton sire de Radonvilliers, lui murmura à l'oreille Guillaume, qui avait eu le temps de se rapprocher de son ami.

— Que veux-tu dire ?

— Ecoute, tu vas le savoir. »

A ce moment, Humbert se précipitant de sa place aux pieds du beau jeune homme :

« Aide et protection, monseigneur ! s'écria-t-il ; je me mets entre les mains de Votre Altesse.

— Que veux-tu de moi, baron de Cosne?

— Devenir votre humble vassal, monseigneur. Oui, délivrezmoi de ce populaire révolté; faites-moi relever de l'excommunication, et je deviens votre homme-lige.

— Fort bien. Et pourquoi ce peuple s'est-il mutiné?

— Quelques exigences inaccoutumées de ma part , monseigneur...

— Je comprends. Qu'y puis-je faire, baron? Tes vassaux ont raison de se révolter, je ne puis les contraindre à Se soumettre sans garantie. On se fie peu à ta parole en ce pays, baron de Cosne.

— Qu'ils parlent, je leur accorde d'avance ce qu'ils me demanderont.

— Commune! commune! sous la protection royale, clamèrent mille voix.

— Soit, Altesse; faites dresser la charte sous votre protection ; je suis prêt à la signer. »

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Grave tl silencieux, Léonard matait à cetti scène. Petit-Pierre

ut' lui avait dit qu'un mut. et ce mut lui avait >ulli. « Attendez, Léonard, vous aurez Notre tour. »

La charte par laquelle le miv de Gosnç se Faisait le vassal el l'homme-lige du roi lut dressée sur-le-champ. Le sire «le Kadonyilliers était an homme d'expédition. Humbert la scella de son sceau : puis se mettant à genoux, les mains dans les mains de son seigneur, il prononça la formule de l'hommage-lige.

La charte qui assurait à la ville de CosUti le droit de se gouverner par elle-même l'ut achevée en même temps, signée par Louis l'Eveillé, Humhert, et les magistrats improvisés de la commune.

Ceci achevé. Léonard s'approcha, et d'un ton grave et résolu :

« Et moi, monseigneur, qu'aurai-je?

— Le Jugement de Dieu si la cause est honne... »

Kn même temps, il le fit mettre à genoux devant lui. et le frappant doucement sur les épaules du plat de son épée :

« Pour l'honneur des dames, le service du roi, et le championnage de Dieu, lui dit-il, je te lais chevalier! n'en démérite jamais! »

Puis se tournant vers llumbert :

« Sire de Cosne, ce jeune homme t'accuse d'avoir traîtreusement tué son père. Le nies-tu?

— v Oui, Altesse; j'ai fait justice à mes droits, voilà tout.

— Eh bien! je t'accorde 1 épreuve judiciaire ; maintenant il est chevalier comme toi, tu ne peux refuser.

— J'accepte sur l'heure, Altesse, s'écria Humhert, à qui le courage n'avait jamais manqué.

— Oui, sur l'heure! répondit Léonard; la lice est prête : tu es couvert de tes armes et moi des miennes... Allons! et que Dieu décide entre nous. »

Ce fut une lutte longue et acharnée; Humhert était plus robuste, Léonard plus agile; ils se portèrent mutuellement des coups qu'ils paraient avec une égale habileté. Leurs armures défensives tombaient en larges écailles sous le tranchant du glaive à deux mains

et de la hache d'armes. Eniin Léonard porta à son ennemi un si furieux revers sur le sommet du heaume, que le baron, étourdi du coup, tomba de son cheval. Léonard ne fit qu'un bond sur son ennemi, et tira de sa gaine son poignard de miséricorde... A ce moment, deux grands cris se firent entendre, si déchirants, que le poignard lui échappa des mains. Blanche et Emmeline avaient poussé le premier; le second venait de Gertrude, secrètement présente à cette scène. « Léonard, mon (ils, lui disait-elle, pardonne au meurtrier! laisse à cette fille innocente son père qu'elle aime, à cette épouse vertueuse cet époux qu'elle chérit !

— Vous le voulez, ma mère! soyez obéie! » reprit Léonard, naturellement porté à la miséricorde. Puis, à demi-voix, mais de manière à être entendu de celle à qui il s'adressait : « Emmeline ! Emmeline! murmura-t-il, c'est vous surtout qui sauvez votre père! » Enfin, au baron, en lui tendant la main : « Relève-toi, sire de Cosne, dit-il, et que Dieu te pardonne comme je le fais moimême!... Puisses-tu consacrer au repentir la vie que je te laisse!

— Altesse, la journée est bonne pour vous, murmura tout bas Petit-Pierre à l'oreille de Louis.

— Dis pour la royauté, pour la prospérité de la France; car il faut que désormais le peuple et le roi fassent commune cause contre la féodalité! »

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