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Ici '!«' saints hommes prient pour nous: ici, vous trouverez de généreux secours! Courage donc! encore un peu de coure Venez! venez, on vous attend! » Le Dieu des chrétiens inspire donc ;i ses sen iteurs les moyens les plus ingénieux de servir leurs frères; car ils nomment de ce tendre nom tous les hommes et même leurs ennemis! Dieu des chrétiens, tu serasdésormais le seul Dieu de Cédric! »
En même temps, le pauvre père doublait la rapidité de ses pas. Le son de la cloche devenait plus distinct; il se rapprochait, et le cœur de Cédric battait de joie : bientôt il a quitte la forêt : de hauts murs se dressent à l'horizon! C'est le couvent de Saint-Eleuthère. Cédric arrive, saisit le lourd marteau qui tient à la porte massive du couvent, il frappe : presque aussitôt elle s'ouvre devant lui comme si, en effet, il eût été attendu. C'est qu'alors la charité était vigilante, elle veillait, elle attendait toujours! Cédric fait trois pas dans la cour, et déposant le corps inanimé de Ilik-Mark entre les bras d'un religieux : « Au nom du Christ, dit-il, sauvez mon fils! » Et lui-même, épuisé de fatigue et d'émotions, il tombe sans connaissance...
L'histoire n'offre pas de spectacle plus touchant et plus sublime à la fois que celui de l'établissement du christianisme dans les Gaules. En aucun autre lieu du monde le contraste entre le paganisme et la religion révélée ne fut plus saisissant.
Mais c'était surtout entre la vie des pontifes païens et celle des apôtres de Jésus que se manifestait avec plus d'éclat la différence des deux religions.
Les pontifes païens, les druides notamment, puisque nous nous occupons des Gaules, se recrutaient parmi l'aristocratie du pays; ils se faisaient de leur ministère un prétexte et un instrument irrésistible pour conquérir, conserver, fortifier le pouvoir tyrannique qu'ils exerçaient sur les peuples, pour accroître leurs immenses richesses: ils s'entouraient de splendeur, et vivaient aux dépens des pauvres, dans le luxe et l'abondance.
Les saints apôtres de Jésus-Christ allaient, couverts de la chape du pauvre, surmontée du pallium, signe de leur mission. Proclamant leur indigence et leur humilité, ils ne conservaient autour de la tète qu'une humble couronne de cheveux, rasant sur le sommet cette chevelure dont la longueur flottante était V indice de la noblesse du sang chez les Barbares. Leurs demeures étaient simples comme leurs habits, plus que simples-, leur table était d'une frugalité rigide: leurs jours s'écoulaient laborieusement, employés aux bonnes œuvres, à secourir tous leurs frères païens ou chrétiens, à soigner les malades, à nourrir les pauvres. S'ils propageaient par leurs discours la doctrine du divin Maître, ils la propageaient bien plus encore par leurs actions. Aussi les peuples appelaient Y Église leur mère commune, et se réfugiaient dans son sein comme en un asile inviolable, toujours ouvert à ses enfants.
Livrés aux mains intelligentes d'un frère, entourés des soins les plus empressés, Rik-Mark et Cédric ne tardèrent pas à revenir à la vie. Mais tel avait été chez eux l'ébranlement de toutes les forces vitales, qu'ils retombèrent presque aussitôt dans un sommeil pesant, suite ordinaire des crises violentes; accablement si profond, qu'il ressemblerait à la mort, si les songes fantastiques, images fugaces de la vérité, si le délire, ne venaient trop souvent l'agiter. . La salle dans laquelle on avait transporté les deux malades était une de ces cellules étroites qu'habitaient ordinairement les moines! Deux lits jumeaux y tenaient à peine ; au-dessus de chacun de ces lits s'élevait une croix de bois noir; entre les deux lits était une table de bois blanc chargée de fioles et de tisanes rafraîchissantes ; devant cette table, assis sur un escabeau, veillait un néophyte chargé de présenter plusieurs fois dans l'intervalle d'une heure les boissons à Cédric et à son lils; deux néophytes devaient se partager la nuit entière.
Celui qui veillait avait déjà retourné quatre fois le sablier qui marquait la marche du temps, quand parut celui qui deyail le remplacer.
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\ ses traits déjà pâlis par L'abstinence, à son front grave el sévère, à ses regards méditatifs <<u Lui eûl donné plus de vingt ans:
un examen plus attentif ne tardait pas à combattre cette première impression : on reconnaissait alors en lui un homme à peine sorti de l'adolescence; la jeunesse mûrissait vite dans les cloîtres.
Ce jeune nropliN te sortait de la chapelle <»u il venait de célébrer matines avec ses pères : abaissant son capuchon sur sa tète, à cause de la fraîcheur de la nuit, il prit silencieusement la place de son prédécesseur.
La première fois qu'il offrit à Gédric la potion câlinante, quand celui-ci tourna vers lui son visage altéré on s'ouvraient des \en\ presque sans pensées, nu cri s'échappa de la poitrine du jeune gardien, el le vase faillit tomber de ses mains. Puis aussitôt il s'agenouilla devant le lit du vieux Gaulois, et, levant les yeux vers le signe de la rédemption, il murmura une ardente prièFe pendant que ses regards fixés sur le vieillard suivaient ses moindres mouvements dans une anxieuse sollicitude.
C'est qu'en effet les symptômes alarmants d'une crise prochaine se manifestaient chez Gédric. Son visage, où le sang affluait, se colorait d'un rouge ardent. Sa respiration se précipitait avec bruit; des mouvements désordonnés agitaient ses membres. Bientôt des mots entrecoupés, des cris signalèrent le délire. Tout à coup, l'œil hagard, les cheveux hérissés, Cédric se dressa sur son séant. Rik- Mark dormait paisiblement.
«Brune-Hilde! Brune-Hilde! disait le vieillard, où es-tu?... Rik- Markl... Théodore!... où sont mes fils?... Thuclaî impitoyable prêtresse!... Gertrude! Marie! cœur tendre et pitoyable, sauveznous!... Christ... Dieu! seul vrai Dieu!... Viens, mon enfant! fuyons! encore quelques pas... Il tombe!... il meurt! Helas! hélas!» Et le vieillard se prit à pleurer amèrement... Le jeune novice pleurait aussi 5 car, vous l'avez pressenti sans doute, ce jeune novice, c'était Théodore, et dans ce malheureux qu'agitait le délire, il venait de reconnaître son père!
Cependant la lièvre de Cédric devenait plus brûlante, et avec elle, augmentait le délire.
« Thuclaî... dit-il avec un accent de terreur suppliante, laissemoi celui-ci!... » Puis, avec des cris de fureur : «Que vois-je! c'est lui, c'est Théodore, étendu sur le dolmen! Le couteau brille!... le sang coule! Arrêtez, barbares, arrêtez! »
Et dans le paroxysme de son délire, Cédric, debout sur son lit, allait se précipiter de toute sa hauteur; il se serait peut-être blessé mortellement :
« Mon père! mon père! s'écria le jeune novice en le saisissant dans ses bras avec une vigueur bien au-dessus de son âge, mon père, arrêtez! ne me reconnaissez-vous pas? je suis Théodore, votre fds Théodore! » Et voyant le vieillard fixer sur lui des yeux sans expression : « 0 mon Dieu ! ajouta-t-il en levant au ciel des regards suppliants; mon Dieu! faites qu'il me reconnaisse, rendezlui la raison! »
Dieu protège les fils pieux ; il entendit les vœux de Théodore ; il les exauça.
Tout à coup un rayon d'intelligence illumina le front de Cédric ; un sourire de bonheur entr'ouvrit ses lèvres ; puis jetant ses bras au cou de son fils avec un grand cri : « Théodore, mon fils, mon fils bien-aimé, dit-il, c'est toi!» Ensuite, comme se parlant à luimême : « Oui. c'est bien lui, murmura-t-il; où donc étais-je et que s'est-il passé? J'ai fait un rêve affreux! Il me semblait que j'allais mourir sans t' avoir dit combien je t'aime, mon enfant. Oh! mais ce n'était qu'un rêve, n'est-pas? répète-le-moi bien !
— Non, ce n'était pas un rêve, interrompit une voix triste et fortement accentuée, c'était la vérité, Cédric ; tu allais mourir si je ne t'avais sauvé, épris tout à coup d'une folle affection pour toi : je t'aurais aimé bien tendrement, moi aussi, si tu l'avais voulu ! » Ainsi parlait Rik-Mark debout, grave et sombre au chevet de son lit; réveillé au cri de Cédric, il avait entendu la fin de la scelle que nous venons de raconter: il continua avec une amère tristesse:
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Mais tuas retrouvé ton Bis, i<m vrai fils, et ton cœur t si t r< »j> droit pour contenir un autre sentiment! Adieu, je vais demander aux Sarronides le iu>t«- châtiment de mon sacrilège... 8 D*un pas résolu dans sa lenteur, il se dirigea vers la porte. Gédric l'y avait devancé d'un bond : placé devant l'issue, il la couvrait presque tout entière de son corps:
« Attends, jeune homme, attends un moment encore, dit-il : je ne sii> ou je t'ai vu déjà; mais je te reconnais... oui... et mon cœur va au devant de toi... nue parles-tu des Sarronides?... Ah! uni... la mémoire nie revient avec la raison.,. Non, ce n'était pas un rêve !... je vois encore la grotte souterraine, j'entends ta voix consolatrice •. voici la marque des cordes qui m'enchaînaient; nous fuyons ensemble — l'orage éclate, la foudre gronde.... nous fuyons... puis tu tombes en prononçant un nom... RnVMark !... Rik-Mark, lu as sauvé la vie à ton père!... Théodore, Rik-Mark, venez tous deux sur mon cœur y puiser l'un pour l'autre une éternelle amitié!...
— Ce jeune homme serait-il réellement mon frère Rik-Mark, enlevé si jeune à notre amour par la prêtresse des faux dieux ? demanda Théodore.
— C'est lui-même, mon Théodore: Dieu nous le rend aujourd'hui; et quand lu sauras par quel miracle, tu admireras bien plus encore la providence éternelle.
— Les voies de Dieu sont impénétrables.» dit gravement le jeune chrétien: alors passant le bras droit autour de la taille de son frère, tandis que son autre bras s'appuyait sur Cédric : « Je suis bien réellement ton frère par le sang comme je le suis par l'amour, Rik-Mark... Le ciel nous a rapprochés, c'est pour nous rendre heureux tous trois par un mutuel dévouement, c'est surtout pour nous rendre plus facile la voie du salut où nous nous soutiendrons mutuellement désormais. Tombons donc à genoux aux pieds du divin Rédempteur, et rendons-lui grâces de ses bontés!... »
Dans sa pieuse gratitude. Théodore oubliait de quelle religion
étail son frère; aussi celui-ci, relevant fièrement la tète, s'écria : « Ton Dieu ne saurait être le mien, il ne le sera jamais !
— Avant demain tu n'en connaîtras point d'autre, » reprit le
novice souriant paisiblement : se jetant à genoux à coté de son
père, d'une voix onctueuse et pénétrante, il improvisa la prière suivante :
« Jésus, fils du Dieu tout-puissant, du Dieu juste et miséricor- « dieux, Jésus fait homme pour sauver les hommes, soyez béni, « soyez loué à jamais par ceux que vous avez sauvés! par moi. « Théodore, que vous avez conservé pour connaître et chérir mes « parents: par cet homme qui est mon père, à qui vous avez gardé « ses deux iils pour l'aimer 5 par ce jeune homme, enfin, que vous « avez tiré miraculeusement de la solitude païenne et des mystères « sanglants des faux dieux, pour lui rendre un père, une mère. « un frère qui le pleuraient depuis de longues années, pour lui pro- « diguer en un seul jour toutes les joies du cœur, tous les bonheurs « de la famille, toutes les félicités d'une vie désormais consacrée à « vous connaître, c'est-à-dire à vous aimer! »
Comme, en achevant ces derniers mots, il retournait la tète vers son frère, il le vit agenouillé près de lui :
« Toi aussi. Rit-Mark, lui dit-il avec un inetVable sourire, je l'espérais.
— Oui, moi aussi, répondit le jeune barbare : eu l'écoutant, je ne sais quelle force irrésistible, mystérieuse, a ployé mes genoux ; en vain j'ai voulu résister à cette puissance inconnue... il a fallu céder !
— Cette puissance inconnue, Rik-Mark, bientôt tu la connaîtras, et alors lu gémiras de l'avoir ignorée si longtemps. »