LES OBLATS
Sommaire.
La Famille j-a =* n l < »i — « - se réunh en Dieu.
La convalescence des deux malades dura presque un mois. Marie vint habiter le voisinage, afin d'être plus à portée de donner ses soins à son époux et à son lils Rik-Mark.
Nous renonçons à rendre la joie de leur première réunion. Dieu avait accordé au jeune Sarronide un cœur capable de ressentir les plus nobles sentiments ; ses maîtres farouches n'avaient pu assez le dénaturer pour que les affections de la famille n'y prissent pas rapidement de profondes racines. L'amitié surtout que lui avait inspirée son frère tenait presque de la passion : il ne pouvait plus s'en séparer : souvent, tous deux se prenant le bras, ils se promenaient de longues heures sous les arbres ombreux qui peuplaient le grand jardin du couvent; ils se faisaient alors le récit des années qu'ils avaient passées inconnus l'un à l'autre. Après que Rik-Mark eut dit à son frère, dans tous les détails que nous connaissons déjà, son existence sous la direction des Sarronides, ce fut le tour du novice de prendre la parole :
LES JEUNES FRANÇAIS DE TOI TES l ES ÉPOQ1 ES. 38
« Et loi, Théodore, lui dit son frère, tu m'as raconte, et j'en
suis encore ému. comment une femme chrétienne t'avait soustrait
a la mort quelques jours après ta naissance : dis-moi maintenant
quelle est ta vie dans ce lieu retiré, quelles sont tes occultations':'
— Je suis encore au nombre de ces entants abandonnés que recueille chaque jour la charité chrétienne et qu'on nomme les oôlats, d'après un mol latin qui signifie offerts à Dieu. Et en effet, presque tous mes compagnons ont été offerts à l'Eglise par leurs parents, pauvres gens accablés de misère ou poursuivis par des ennemis puissants: à l'abri des autels, ils assurent à leurs enfants un asile inviolable, une existence tranquille.
— En échange de ces bienfaits, qu'exige de vous votre religion '}
— Rien ; au contraire , elle nous accorde de nouvelles faveurs. Les saints religieux qui nous élèvent développent avec soin notre intelligence et notre àme ; ils nous apprennent à connaître, a aimer le Dieu d'amour et de justice, à soigner nos frères soutirants, à devenir à notre tour les consolateurs des atlligés: ils nous enseignent l'art précieux de fixer nos pensées par des signes convenus, à interpréter ce qu'ont écrit les hommes les plus savants avant cl depuis l'avènement du Fils de Dieu.
— Et vos occupations ?
— Tu as pu les observer; nous sommes charges d entretenir toutes choses dans un état de constante propreté; nous renouvelons, en temps utile, les nappes des autels; nous avons, chacun à notre tour, la garde des armoires où sont contenus les vêtements sacerdotaux, les chasubles, les chapes brodées d'or et de soie, les surplis de lin d'une blancheur éclatante, les colobes à manches courtes, les palliums dont la couleur change selon le rituel; nous conservons dans leur éclat les vases sacrés, Les -oints ciboires d argent, les burettes de cristal qui servent au sacrifice non sanglant de la messe. Chaque jour nous la servons à nos pères; faveur précieuse qui nous fait en quelque sorte participants aux grâces que Jésus-Christ leur accorde en descendant à leur prière sur l'au-
i i s lu NES I RANl US tel ; à ictus, enfin, appartiennenl toutes 1rs attributions inférieures du sacerdoce, el en attendant l'heure ardemment désirée où nous serons revêtus de ce saint caractère, nous sommes comme les serviteurs des serviteurs de Dieu 5 nous leur reniions tous lesser- \ Ices qu'un lil> « 1 < » î i à son père.
— Ne sont-ils pas vos pères, en effet .'
— Ils le sont à double titre-, nous leur devons la vie de l'âme el celle du corps. »
A la suite (lt> ces fraternelles conversations. Uik-Mark ressentait toujours plus de répugnance pour ses anciennes et barbares croyances, plus de sympathies pour celles de son frère. Dieu s'était servi deGertrude pour sauver Théodore, et celui-ci. devenu l'instrument docile de sa providence, avait opéré la conversion de sa mère, puis celle de son père, qui n'attendait que le moment d'abjurer solennellement ses erreurs, et enfin son frère allait le suivre au pied des saints autels.
Ce fut un beau jour pour Gertrude, plus beau encore pour Brune-Hilde, ou plutôt Marie ; les moines, adorant la main de Dieu, ressentaient une sainte joie-, les fidèles étaient dans l'allégresse, Théodore dans le ravissement.
Comme si le ciel eût voulu témoigner hautement de la part qu'il prenait à cette fête, un soleil magnifique éclairait la contrée, versant sur la pieuse assemblée ses rayons éblouissants; le chant romain aussi versait sur les fidèles les flots de son austère et puissante mélodie: la foule, prosternée au pied des autels, se recueillait mentalement ; il se fit tout à coup un calme religieux dans toute l'assemblée. La famille gauloise, traversant la nef, vint s'agenouiller devant l'officiant, Beaucoup des habitants du pays qu'avait si longtemps gouverné l'ancien Vergobreith, un grand nombre de ses esclaves et de ses serviteurs qui l'étaient venus rejoindre, reçurent le baptême après lui.
Rik-Mark et Théodore, revêtus tous deux de la chape de laine blanche, se présentèrent à leur tour, assistés de leur père et de leur
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mère. La charitable diaconesse fut la marraine de Kik-Mark el Théodore son parrain •. le nom païen du jeune néophyte l'ut changé en celui de Théodulphe, et celui de Gédric en Fortunat.
Au moment où le prêtre allait commencer l'évangile, Marie et Fortunat présentèrent leur lils Théodulphe couronné de fleurs, et portant dans ses mains le pain et le vin destinés au sacrifice ; le prêtre reçut l'offrande. Aussitôt ses parents prirent la main droite du jeune homme qui, encore mineur, ne pouvait contracter d'engagement pour lui-même : ils la lui enveloppèrent dans la nappe de l'autel, jurant que ni par eux ni par d'autres personnes, ils ne le porteraient à quitter l'ordre où il entrait.
Ensuite, pour rendre leur engagement irrévocable, ils mirent sur l'autel un écrit qui contenait cette promesse, avec un legs généreux qu'ils faisaient au monastère, en faveur de l'enfant qu'on v recevait.
Le Te Deum entonné par mille voix couronna cette brillante solennité.
L'œuvre de la rédemption était consommée dans la famille de l'ancien Vergobreith de Dunarbec.
Moins d'un demi-siècle plus tard, elle s'accomplit dans la Gaule entière.
Théodore et Théodulphe devinrent l'exemple des néophytes les plus ardents ; tous deux, par la suite, contribuèrent puissamment à la propagation de la foi, et par leurs exemples et par leurs discours.
La conspiration des druides eut le sort de toutes celles qui l'avaient précédée : Ililde-Rik triompha si rapidement des Romains, que la Gaule n'eut pas le temps de se soulever. Le vaillant Koning s'empara du pays jusqu'à la Loire, préparant ainsi le règne glorieux de son tils Jllod-Wig : celui-ci réunit sous son sceptre la vaste étendue de territoire qui, plus tard, devait former la France. et mérita le surnom de premier roi chrétien.
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