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LA JEUNESSE ET LE SPORT

Par M. Georges Rozet,

Agathon m'invite à compléter son enquête sur la jeunesse d'aujourd'hui par un chapitre spécialement consacré à la jeunesse sportive, se refusant à lui-même l'autorité suffisante pour la bien juger. J'apprécie à la fois cet honneur et la loyauté scientifique dont il est le résultat. Mais le stylographe, le poids plume comme nous disons entre critiques de sport, ne m'en semble que plus lourd aujourd'hui. Réunir en quelques formules nettes, arrêtées, les espérances à peine écloses que nous donne la toute nouvelle « âme sportive » est chose bien délicate : on risque encore de prendre ses prévisions et surtout ses désirs pour la réalité.

Pourtant je retrouve quelque assurance à constater que plusieurs de mes observations coïncident avec celles d'Agathon lui-même et que — avec des points de départ différents, poussée par d'autres stimulants — l'âme sportive croise ou

double en plus d'un endroit cette ligne de conduite idéale attribuée par lui à la jeunesse intellectuelle, religieuse, politique. Car il n'est nullement artificiel, du moins pour l'instant et en attendant que soit scellée la conciliation finale, de distinguer assez rigoureusement encore, en France, entre les jeunes gens qui se passionnent plutôt pour les choses du corps et ceux qui s'obstinent à ue s'intéresser qu'à celles de l'âme ou de l'esprit.

Ce qui frappe avant tout dans la jeunesse sportive, c'est la tendance qu'elle a et l'entrain qu'elle met à se diriger et à s'organiser elle-même. Il y a là, dans le domaine du concret, un rapprochement curieux à établir avec ce goût de l'autodirection morale qu'Agathon souligne chez la jeunesse plus spécialement intellectuelle. La vie des clubs athlétiques étonnerait, s'ils y pouvaient assister de plus près, ceux qui ne connaissent, par leurs souvenirs, que la jeune génération d'il y a quinze ou vingt ans, qui vivait une vie assez morcelée, peu organisée, sauf peut-être pour le plaisir, et, pour tout dire, égoïste. Fortement administrés pour la plupart, malgré des ressources trop souvent minimes, divisés parfois à l'intérieur, mais en somme très unis dans la lutte contre les rivaux, les groupements athlétiques ont déjà une existence solide, rendue chaque jour plus drue par la multiplication des matches interclubs et par la concurrence grandissante. L'esprit de club athlétique n'est pas un vain mot : j'imagine qu'il égale

en intensité, en ferveur, ce que fut dans la première moitié du siècle dernier l'esprit de club philosophico-politique ou littéraire.

Il se traduit, hors du terrain de sport, par une aptitude singulière de la jeune génération athlétique à diriger et à défendre ses intérêts matériels. Il serait trop long d'expliquer ici combien la gérance de ces intérêts — achats ou location de terrains, installation et entretien desdits, élections de Commissions sportives ou autres, rédaction des Bulletins de clubs, etc. — est complexe et parfois fastidieuse ; nos jeunes sportifs en acceptent la corvée avec un enthousiasme, une ténacité surtout qui font plaisir à voir. Il semble qu'ils soient ravis de se mettre plus tôt que leurs aînés à l'apprentissage de la vie sociale. Ouvriers, bureaucrates ou étudiants, ils apportent à leurs réunions hebdomadaires, prises sur leurs loisirs, c'est-à-dire sur leur plaisir (de même que les cotisations sont prises sur leur argent de poche) un sérieux, une gravité dont on se fait difficilement une idée si l'on n'a pas assisté à quelques-unes de ces réunions. En un mot, grâce au sport, une importante fraction de la jeunesse française prend de meilleure heure la robe virile, et cela tout naturellement, sans esprit de parodie ni puérile forfanterie.

Car j'entends ici par « jeunesse » aussi bien le potache ou l'apprenti de quinze ans que les jeunes hommes de vingt à vingt-cinq. Et je sais bien que, dès l'adolescence, la génération précédente

faisait, elle aussi, des efforts pour s'organiser en face et à l'instar des grandes personnes, pour jouer à l'homme fait. En avons-nous vu, dans les lycées de province, avant l'époque des clubs sportifs, de ces sociétés juvéniles, littéraires ou dramatiques, de ces fondations de journaux minuscules, tirés en cachette, sur gélatine, par une vingtaine de rhétoriciens !... Tout cela se dissolvait et mourait vite, parce que les enfants eux-mêmes sentaient assez rapidement leur insuffisance, leur incapacité à de telles entreprises, bref, pour employer un terme fréquent en matière de sport, leur incompétence. Le sport, au contraire, leur a fourni tout d'un coup une matière exactement proportionnée à leurs facultés physiques et intellectuelles : leur âge même — de quinze à vingtcinq ans — y est une condition essentielle et ils sont nettement assurés, pour l'instant tout au moins, que leur compétence y égale, souvent même y dépasse celle de leurs aînés. Par le sport, plus mathématiquement que par tels principes nouveaux de religion, de morale, de politique ou d'art, les jeunes sportifs sentent qu'ils « existent », ou, selon une expression argotique qui leur est chère, qu'ils « se posent un peu là » en face de leurs ascendants.

Puisque j'ai prononcé les termes de politique, de religion et de morale, je crois pouvoir discerner de suite et très vivement qu'à l'égard du premier l'attitude de ces jeunes gens est le franc scepti-

cisme. J'entends à l'égard de la politique de mots, d'étiquettes et de nuances : habitués dès leur jeune âge à manier et à organiser des choses réelles, des forces musculo-mécaniques, je crois bien que nos jeunes sportifs ne donneront plus tard leur confiance qu'à des administrateurs lucides et actifs, non à des hommes épris de la scolastique politicienne. Leur attitude à l'égard de la religion et de la morale est moins évidente. Quant au premier de ces termes, j'avoue même que je ne la discerne pas très bien : scepticisme ou pudeur, les sportifs sont assez fermés sur ce sujet. Je puis dire seulement que je n'ai jamais entendu les diatribes antireligieuses prendre chez eux un ton bien passionné.

Encore qu'ils ne la formulent pas davantage, je discerne mieux leur profession de foi morale. Ils pratiquent assez naturellement, souvent, il faut le dire, par nécessité sportive, un certain nombre de vertus que j'appellerais négatives, la tempérance et la chasteté par exemple. Du moins, ils ne se livrent que par à-coup, non chroniquement, aux excès contraires, y gardent toujours une certaine réserve et comme un remords du péché, qui n'est peut-être que le remords physique d'avoir compromis leur « forme ». Surtout, et c'est là l'essentiel, moralement parlant, ils n'apportent point à la pratique de ces excès ou à leurs dévia-

tions (drogues, morphine, etc.. excès sensuels, amours illicites, adultère, etc..) cet esprit de parade, cette notion d'héroisme qu'y apportaient leurs aînés, n'ayant pas d'autres panaches dont ils pussent orner leur front.

En résumé, l'immoralité physique des jeunes sportifs, toutes les fois que j'ai pu l'observer, m'a fait l'effet d'être temporaire, individuelle, isolée en quelque sorte, non pas endémique, collective et systématique comme le fut trop souvent celle de leurs aînés. J'ajoute — autant qu'on peut prévoir ces choses — que leur attitude en face d'autrui, dans la lutte pour la vie, sera très probablement loyale et honnête : c'est une maxime assez répandue chez les sportifs de vingt à vingt-cinq ans, qui ont déjà débuté dans les affaires, que la probité stricte est aujourd'hui une valeur sociale et même la meilleure des habiletés. Ils me paraissaient avoir gardé de leurs jeux cette idée solide qu'il faut des règles précises dans le grand match de la vie. Morale plutôt utilitaire, mais qui n'est pas à dédaigner. C'est dire que leur honnêteté ne sera guère sentimentale et qu'elle s'accommodera fort bien, en face de l'adversaire, d'une rigueur tranquille, parfois même inflexible, qui ne sera que du « jeu serré ».

Précisément, le grand reproche qu'adressent à la génération sportive ceux qui ne considèrent que

son habitus extérieur, moins nerveux que celui de la génération précédente, c'est d'être froide, précise, brutale même au moral comme elle le paraît au physique. Pour être très franc à l'égard de jeunes camarades que j'estime, je ne veux pas les innocenter absolument de ce reproche. Sans désirer qu'ils reviennent à la nervosité maladive et aux grâces trop maniérées de la génération dite « artiste », j'aimerais cependant que certains d'entre eux, même parmi les mieux nés et les plus cultivés, ne rompissent pas aussi complètement avec des qualités d'urbanité, de sociabilité, qu'ils prennent peut-être à tort pour des marques de faiblesse. J'avoue même que la mentalité de champion, ou plutôt de demi-champion, assez analogue à celle du mauvais ténor, enlaidit moralement une partie de la jeunesse sportive et que la morgue en est tout aussi déplaisante que celle du faux artiste ou du littérateur manqué. Il y a plus : le sport — à la fois nouvelle philosophie pratique et science nouvelle — a ses « piqués » (c'est ainsi que disent les sportifs eux-mêmes), qui sont d'un commerce bien désagréable ; soit ses puritains et ses métaphysiciens qui n'admettent rien en dehors du sport et, dans le sport même, en dehors de l'idée qu'ils s'en sont faite, des définitions qu'ils en ont données, soit encore ses savants à lunettes et à fiches qui considèrent le sport comme une collection de petits faits précis, dont on n'a pas le droit de parler ni de tirer une apparence même

d'idée générale avant de s'y être taillé une formidable érudition. Le sport, si jeune en France, a déjà sa vieille Sorbonne de techniciens et de « compétences », qui, tout comme d'autres que nous connaissons, finissent par avoir tort à force d'avoir raison.

Pour en revenir à ce reproche plus général de froideur ou, pour mieux dire, à ce manque d'enthousiasme dont on accuse volontiers la jeune génération sportive, on peut y répondre ainsi. Il est évident que leurs aînés (sauf du moins ceux qui firent profession de douter de tout et de mépriser l'effort dans son essence) firent montre d'un enthousiasme plus expansif et plus tumultueux. Le sport a beaucoup réduit, dans les collèges, le nombre de ces enfants qui rêvaient d'être à la fois Napoléon et Victor Hugo, Edison et Paganini, ou, pour le moins, de remporter les quinze premiers prix de leur classe, et qui souvent d'ailleurs, très vite découragés de ne pouvoir réaliser tous ces espoirs en même temps, les abandonnaient tous en bloc. Enthousiasmes de purs nerveux, qui ne tenaient pas devant l'effort à accomplir.

La jeunesse athlétique paraît moins exigeante et moins ardente dans ses ambitions, en paroles surtout : je veux dire que ses aspirations sont plus raisonnées et plus tenaces. Je crois — et ceci me semble très important pour l'avenir de l'activité française — que le sport, en montrant à chaque adolescent, par des mesures ou des chronomé-

trages indiscutables, quelle est la limite maxima de ses forces physiques, l'entraîne, dès son début dans la vie, à l'art de se connaître soi-même, qu'il ne faut pas confondre d'ailleurs avec l'humilité ni avec la trop prompte résignation. Plus tôt que ses aînés, l'adolescent qui fait de la course et du saut doit être préparé à l'idée que ses autres facultés naturelles, même entraînées à fond, ne peuvent le situer, dans la vie, que dans la seconde ou la troisième catégorie. Cela ne l'empêchera pas de mettre toute son énergie à rester le premier de sa « série ». Il trouvera même un réel plaisir et une très suffisante satisfaction d'orgueil (toujours l'image et l'influence du sport) à se résigner dans la vie à une seule spécialité, qu'il perfectionnera avec amour. Le champion du lancement de disque dans un chef-lieu de canton de l'Ariège n'est ni moins heureux ni moins fier que le gagnant du 100 mètres plat d'une Olympiade. Dès maintenant, il me semble que l'éducation sportive a préparé notre Emile moderne à être bientôt (en allongeant légèrement la formule anglaise) « l'homme convenable et satisfait dans la place qui lui convient ». Ce serait un joli résultat.

Il ne me reste pas assez de place pour résumer ces notes et les condenser en un portrait qui devrait être nettement arrêté et coloré, mais que je voudrais avant tout et franchement sympathique. Peut-être vaut-il mieux que ces notes sur une physionomie très nouvelle de la jeunesse

française gardent le caractère imprécis ou du moins provisoire d'une simple esquisse.

A l'étude de Georges Rozet, joignons cette confession personnelle, que nous adresse un jeune écrivain sportif, J. Raymond Guasco, l'auteur d'attachantes notes psychologiques sur l'âme anglaise, intitulées John BuWs Island. Elle est un témoignage direct des transformations morales que le sport suscite parmi les jeunes.

La contribution que j'apporterai à votre Enquête sur la jeunesse d'aujourd'hui sera, si vous le voulez bien, d'ordre concret. Son caractère autobiographique et son authenticité feront oublier, je l'espère, l'absence d'idées générales et l'inaptitude foncière à philosopher qu'elle manifestera fort clairement.

Ce sera donc l'histoire mentale abrégée du jeune homme que je fus entre 1905 et 1910, ou, plus exactement, celle du groupe dont je faisais alors partie et qui devait s'appeler plus tard « les sportifs ».

Tout d'abord, j'ai un aveu à vous faire, un aveu qui m'attirera, j'en suis sûr, toutes vos sympathies attristées. Je fus compris dans la fournée liminaire des « jeunes premiers » de l'Université, en d'autres termes, je suis un produit des nouveaux programmes tant haïs par vous. Et cela expliquera le manque de composition de cette réponse et l'inattendu un peu choquant de ses considérations.

A l'époque dont je veux vous parler, j'ignorais tout ce que mon cas avait de pendable, et je n'avais nulle honte de compter parmi les élèves de la section B.

Je lisais mes classiques, je faisais du latin, j'apprenais l'anglais et, il me semble bien, aussi l'allemand. Mes camarades faisaient de même.

— Et le dimanche, quelles étaient vos occupations? demanderez-vous avec une certaine hâte, manifestant par là le désir d'avoir quelques renseignements sur ma vie spirituelle.

— Le dimanche, mon cher Agathon, je faisais du cross-country, du foot-ball, ou de l'athlétisme suivant la saison.

— Et le jeudi?

— Le jeudi, je faisais de l'athlétisme, du foot-ball ou du cross-country.

Ce fut à ces occupations variées que se passa mon année de rhétorique, pardon, de première, et vous ne serez pas étonné que je n'eusse durant ce temps aucune préoccupation philosophique, morale ou politique.

L'année suivante, survint un changement profond. Au bout de deux mois de philosophie, j'étais — je puis même dire nous étions, mes camarades et moi — farouchement socialistes. Parfaitement socialistes, et la lecture des œuvres de Menger n'était pas une des moindres causes de cet état mental.

Mais, d'un autre côté, j'étais — et nous étions également — des sportifs. C'est-à-dire que nous avions une admiration irraisonnée de la force, que nous nous soumettions à une discipline sévère, que nous reconnaissions un chef, qu'il fût l'entraîneur, le recordman ou le capitaine de l'équipe, que nous avions une notion concrète de l'inégalité des hommes.

Toutes choses antithétiques, comme vous le voyez, avec nos tendances socialistes.

Là-dessus vint s'ajouter une crise d'ordre littéraire. Elle fut causée — dans mon groupe du moins — par la lecture de Rudyard Kipling.

Tous avec Mowgli, nous parcourûmes la jungle à la poursuite des Chiens rouges du Dekkan, tous nous sentîmes avec le Dick de la Lumière la fièvre du départ faire bouillir notre jeune sang, tous nous fûmes ivres d'horizons nouveaux et d'océans inconnus, et les bateaux qui passaient sur la rivière, le soir, emportaient nos espoirs et nos joies.

La morale de « l'homme blanc » devint notre morale, l'idéal anglo-saxon devint notre idéal et bientôt Y Evénement surgit.

Alors que, dans la génération précédente, l'influence de Kipling se fût manifestée par une surproduction de romans sur la vie indienne, dans la nôtre, éprise de réalisation, elle se manifesta par des actes.

Et ces actes furent enfantins, comme bien vous le pensez. Il y eut d'abord une épidémie de départs vers les « contrées vierges où l'énergie de l'homme peut se donner libre cours ». Pour ma part, je disparus un jour vers l'Algérie en compagnie d'un de mes amis, après avoir dépensé la majeure partie de notre argent disponible à acheter des revolvers. Je ne vous raconterai pas notre vie sur les quais à Alger, nos démêlés avec la police, peu « éprise de réalisation », et la difficulté qu'il y a à gagner sa nourriture en embarquant les primeurs ou en surveillant le déchargement du cardiff. Tout cela, je le garderai pour moi... jusqu'à mon prochain roman, si vous le voulez bien, Agathon.

Cependant la littérature ne devait pas être la cause principale des changements profonds qui allaient survenir dans nos idées. Ce rôle était réservé au sport. Car, bien entendu, le foot-ball et l'athlétisme nous occupaient encore. Ils nous occupaient d'autant plus que l'espoir de devenir des champions paraissait plus proche. Et ce fut lui qui nous façonna à notre insu. Nos idées semblaient toujours les mêmes. Éga-

lité, fraternité, socialisme, ces concepts hantaient toujours nos cerveaux. Mais le dimanche, alors qu'il fallait dépasser un concurrent en tendant toutes ses forces comme un arc, ou bien lorsqu'en possession du petit ballon ovale, nous filions vers la ligne de but avec le désir sauvage d'arriver coûte que coûte, ces idées disparaissaient. Et la morale des forts était introduite en nous à coups de talons et de genoux. Nous ne le savions d'ailleurs pas et nous continuions dans les Universités populaires à élucider les mystères de Kant devant de pauvres bougres fatigués par l'usine et que saoulaient nos idées générales.

Puis un jour vint la boxe, cette reine incontestée des sports. Ce ne fut pas, comme on pourrait le croire, Nietzsche et son appel maladif vers la santé qui nous guérirent, ce fut elle, la boxe anglaise dont on a tant médit. Son influence sur la jeunesse actuelle n'a pas encore été assez mise en lumière. Elle nous enseigna le courage et le sang-froid, elle nous apprit à souffrir, à encaisser, à réserver nos forces, à deviner dans les yeux de « l'autre » la défaillance fatale, elle nous redonna enfin le goût du sang.

Et ce jour-là, ce fut la fin.

Nous fûmes obligés de nous avouer qu'on nous avait menti. Non, la guerre n'était pas une chose bête, cruelle et haïssable. C'était du « sport pour de vrai », tout simplement. Elle était nécessaire comme la maladie et la mort... pour donner du goût à la vie.

Voilà où j'en suis, et tous les sportifs avec moi.

Je sais que cette courbe d'évolution ne fut pas la même pour tous.

Il en est qui quittèrent le socialisme, parce qu'ils découvrirent tardivement que, quoi qu'il fasse, l'artiste est toujours un aristocrate.

Il en est d'autres qui le quittèrent pour des raisons

intellectuelles, et ce sont ceux que vous avez si bien décrits, Agathon.

Quant à moi, et à tous ceux de mon groupe, ce fut le sport qui m'éclaira sur moi-même et sur mes vrais sentiments.

D'aucuns jugeront peut-être inférieure et banale la cause de notre évolution. Qu'importe ! Pour nous autres, pragmatistes, seul le résultat compte.

Et ce résultat, il est tangible, il est là, il est même un peu là, comme nous nous plaisons à dire dans notre argot, avec une forfanterie que vous nous pardonnerez en faveur de nos bonnes intentions.

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