CHAPITRE IX
« A présent , papa, voulez-vous demander a Lucie de vous expliquer ce qu'elle sait du principe de la machine a vapeur? » dit Henri, en s'approchant de la table a thé, et prenant une figure composée.
— « D'abord, Henri, tu me permettras de faire lire a ta mère cette lettre, sur laquelle j'ai beaucoup d'observations a lui faire. »
Henri prit un air résigné, s'assit, avala son thé, mangea sa tartine de pain et de beurre , sans entendre un mot de la conversation , jusqu'au moment où son père se tournant enfin vers Lucie , lui dit : « Maintenant , ma chère , je suis tout à toi , et a la machine a vapeur. »
Lucie, qui avait écouté la lettre et les remarques auxquelles son contenu avait donné lieu , déclara qu'elle avait grand' peur que toutes les explications de machines ne fussent déjà sorties de sa tête.
Tout étonné, Henri tressaillit, en la re~
gardant , et s'écria avec indignation : « Estil possible , Lucie ! »
— « Chut , ne m'effraie donc pas , et peut-être que je pourrai me rappeler quelque chose. »
Elle essava, chercha et se ressouvint de tout ce qu'Henri lui avait appris : elle parla distinctement, « ne dit que juste ce qu'il fallait dire , » et son père fut doublement charme de la clarté qu'elle avait mise dans son explication, car cela prouvait que Henri avait parfaitement compris ce qu'on lui avait enseigne.
— « Je vous promets a tous deux , »
dit-il , « de vous montrer une machine a vapeur, à. la première occasion qui se présentera. »
Henri fut enchante de cette promesse ; et Lucie, frappant des mains , s'écria : a Je sais que l'occasion ne tardera pas. »
Henri allait lui demander comment elle savait cela ; mais son attention fut détournée par une remarque de son père, qui le louait d'avoir su résister a la tentation d'expliquer à sa sœur les détails de la machine.
« Ça n'a pas été du tout difficile pour moi, papa,,» dit Lucie; « il m'a tout fait comprendre petit a petit. Et j'ai été fort surprise quand j'ai vu que j'avais tout deviné. Je ne savais où il en voulait venir
avec cette assiette froide , et l'urne à the' , et la force d'expansion de la vapeur , et comment elle se résout en eau . Puis , j'ai vu clairement de quoi il était question. C'était juste , comme lorsqu'il s'amuse a me mener les yeux Landes dans l'allée. Je ne sais , ni où je suis, ni où je vais, jusqu'à ce qu'il m'ôte le bandeau , et alors je suis toute surprise de ce que je vois devant moi. »
— - « Ali, ah, Lucie! je pensais Lien que tu ne t'en tirerais pas sans quelque comparaison , » dit Henri. Mais il était assez content de celle-là. Il était si radieux de l'encouragement que lui avait donné son père, de l'espoir de voir une machine a vapeur, un La t eau à vapeur, et du succès de Lucie , et du sien , qu'il ne put s'empêcher de dire un peu plus que juste ce qu'il fallait dire. Il allait commencer a lui citer les noms du premier, du second, du troisième et du quatrième inventeur de la machine à vapeur, et de ceux qui l'avaient perfectionnée, lorsqu'il fut heureusement arrêté par son père, qui lui demandait de lui atteindre un livre dans lequel il pourrait trouver une description poétique des merveilles opérées par la force expansive de la vapeur.
(( Oh , je connais Lien c« livre î » dit Lucie : « Henri, c'est celui dans lequel
il y a des vers sur le baromètre et la pompe a air. »
— « La description de la machine k vapeur, » reprit le père, « commence par riiommage dû à celui, qui, le premier:
« De la vapeur, domptant la terrible puissance, En gouttes condensa tout son volume immense. »
(( Qui était-ce , Lucie ? »
— u C'est l'homme qui a inventé cette machine ; le premier qui a songé a jeter de l'eau froide dessus pour condenser la vapeur. »
— « Savary , ou le marquis de Worcester; je ne sais lequel,» dit Henri, a Yous savez , papa , qu'il y a eu beaucoup de disputes pour l'honneur de cette grande invention. »
— « Oui ; mais laissons cela pour le moment, Henri; c'est de Savary qu'il est question dans ces vers. »
— « Lisez-nous donc encore, papa, »
dit Lucie , « j'aime tant les vers ! »
Le père continua :
« Le piston soudain tombe , et sous l'air qui le presse ,
Dans sa prison d'airain, sans obstacle il s'abaisse;
Elevant lour-à-tour ses bras garnis d'acier ,
Sur son pied de géant, l'énorme balancier
Se joue , et s'abaissant il fait trembler la terre :
Le terrible pouvoir déracine la pierre ?
Aux entrailles du monde il plonge un bras puissant. Dans le profond abîme, en vain se débattant, L'ondè jaillit: la terre, au pouvoir qui l'explore., Cède le noir charbon, ou le métal sonore. (2) »
— (( Oui , j'entends : cela décrit la machine a vapeur pompant l'eau qui est dans le fond des mines , et en arrachant des charretées de charbon, comme Henri m'a dit qu'elle le pouvait faire. »
Le père continua de lire :
« Lé vent résiste en vain , souffle à souffle il l'enserre, Et dans des flancs de chêne avec effort le serre. L'orage emprisonné mugit dans ses naseaux , Et fait jaillir la flamme , et couler les métaux. »
— <c Voila les grands soufflets de forges et de fonderies, mis en mouvement par la vapeur , » dit Henri ; » je n'aurais jamais pensé qu'ils pussent si bien ronffler en vers. Je vous en prie , papa 7 voyons encore. »
r< Ici, dans l'air, sa force amène un flot docile; La tour doublée en plomb, la citerne d'argile, Servent de réservoir, et de nombreux canaux Versent pour les cités leurs abondantes eaux. Là, sur un fond tremblant la meule tourbillonne, Et de ces biens dorés que chaque été nous donne, Sa pression tournoyante a broyé tous les grains , Et préparé l'espoir de nos joyeux festins, u
- — (( Comprends-tu , Lucie ? je ne sais plus si je t'ai dit que la machine a vapeur fait mouvoir des meules cic moulins a Lié et de toutes sortes de moulins. »
Lucie fit signe qu'oui. « N'interromps donc pas toujours mon papa, » dit-elle ; (( quand je ne comprendrai pas, je saurai bien le dire , et j'ai tout entendu jusqu'ici. )>
a Dans Palticre Mona, sur les cimes arides j
Sur les sommets fendus , pour les mortels avides
Arrachant les trésors dans le roc enserré ,
Sa forte main saisit le métal azuré.
Par des lèvres de fer la barre comprimée,
S'allonge lentement', sous leur force, élimée;
Avec vigueur poussé, l'impétueux volant,
Tourne l'épaisse vis qui crie en descendant:
Le métal aplati, qu'en rond elle façonne,
Sous le poids de l'acier qui bientôt s'y cramponne,'
Quand les marteaux massifs tombent avec effort ,
Reçoit la riche empreinte : et le coin qui le mord
Du lion brilannique a paré sa surface ,
Et sur le médaillon la harpe au lis s'enlace, »
— (( Je suis sur , Lucie, rue tu n'entends pas cela, » reprit Henri.
— (c Lion , mais justement j allais le dire a mon papa; -j'attendais seulement qu'il arrivât a un point. Je sais , par
exemple , que Mona veut dire Ànglesey (*). )>
Son père lui dit qu'elle ne se trompait pas, que les métaux azurés faisaient allusion aux mines de cuivre qui sont dans l'île d'Anglesey ou Mona, et qui sont exploitées par la machine a vapeur. Le cuivre dans la mine étant bleuâtre , le poète l'appelle : « le métal azuré de Mona. ))
ce Les vers qui suivent décrivent les machines employées pour monnoyer le cuivre ; roulant d'abord ses épaisses barres en lames minces comme un sou, puis coupant ces mêmes lames en formes circulaires , et les frappant enfin des armes d'Irlande , de France et d'Angleterre , la harpe, le lis et le lion. Tout cela est exécuté par des machines , sans secours de mains d'hommes, et le tout, mis en action par la force et le mouvement d'une machine a vapeur. »
Henri était triomphant , tandis que
* Celte île située dans la mer d'Irlande , au nord-ouest du pays de Galles, a huit lieues de long sur six de large. La montagne de Parys ou Paiys , Mountain y contient une mine qui donne une grande quantité de cuivre»
son père parlait des merveilles produites par la vapeur, et Lucie ne concevait pas comment cela se pouvait faire. Son papa répéta sa promesse qu'aussitôt que l'occasion s'en présenterait , il lui montrerait comment marchaient ces machines , et Lucie murmura a l'oreille d'Henri : « e,t ce sera bientôt peut-être. »
— u Est-ce qu'il n'y a plus rien, papa? N'y a-t-il pas de vers sur le bateau a vapeur? » demanda Henri.
— « Il y en a quelques-uns, mon enfant, et il est curieux qu'ils aient été écrits plusieurs années avant que l'on se servit des bateaux a vapeur , et dans un temps où un très-petit nombre de personnes instruites et ingénieuses avaient le courage de croire qu'un jour, la machine a vapeur pourrait être employée utilement , et avec sûreté, a faire marcher les vaisseaux. Cette prophétie, dans le temps où elle fut faite, semblait a presque tout le monde , purement poétique; et bien loin d'espérer qu'elle fût sitôt accomplie, on ne croyait pas qu'elle pût jamais s'elfectuer :
« Et ta force puissante , invincible Vapeur ! Bientôt , du char rapide , et de la barque lente , Traînera sur tes pas la marche triomphante. »
— H La a barque lente n marche mainte-
nant aussi vite qu'il nous plaît, » dit Henri ; « le char rapide est a venir, mais j'ose dire qu'il viendra bientôt; le croyezvous, papa? oh! lisez encore ceci : il y a quelque chose sur un char volant, que nous n'avons pas entendu. »
« Qu'un jour , guide du char qui vole sur les veats , Ton pouvoir le dirige en des sentiers mouvans, »
C'était a dessein que son père avait omis. ces vers, et il s'abstint prudemment de donner son opinion.
Henri, devenu pensif et silencieux depuis quelques minutes, s'occupait abrûler un morceau de sucre dont il mettait les gouttes couleur d'ambre, a mesure qu'elles tombaient et se refroidissaient, dans la bouche de Lucie. Quand le sucrier fut enlevé , il trouva une nouvelle récréation pour ses doigts et ses pensées, dans le crochet a broder de sa mère qu'il tira , tourna sens-dessus-dessous, brouillant la soie, dérangeant le papier qui couvrait l'ouvrage , jusqu'à ce que sa mère, ayant pris l'aiguille de ses mains, il ne lui restât d'autre ressource que de la regarder travailler. Les deux coudes appuyés sur le bord du métier , il suivait de l'oeil le mouvement du crochet. Lucie murmtiîait cle temps en temps a son oreille :
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f< Ne veux-tu pas venir jouer aux Voyageurs avec moi? »Mais en vain elle le tirait par le bras, il restait immobile.
— « L'ouvrage de maman est comme une chaîne^ » dit-il enfin; « chaînon après chaînon, maille dans maille. »
— « Oui, n dit Lucie, a c'est pourquoi cela s'appelle un point de chaînette. )>
Il regardait comment s'allongeait la chaîne , qui, avec le petit bruit vif de continuelles piqûres , s'avançait vers lui, formant, d'un bout du métier a Fautre, une ligue qui fut finie en deux minutes justes comptées a la montre. Alors les festons et les feuilles rondes et pointues, commencèrent a paraître sous la main de Fliabile brodeuse. Rien ne semblait difficile à l'adroite aiguille a crochet.
<t Cela va si aisément, )) dit Henri, (( il semblerait que ça se fait tout seul. »
— a Et penses-tu, Henri, que tu pourrais faire comme maman? Oh, maman, je vous en prie, laissez-lui prendre le crochet pour essayer. »
Henri doutait peu qu'il ne réussit , si on le laissait faire, parce qu'il avait tièssoigneu>ement observé comment s'y prenait sa mère; il avait épié sa main sous le tambour, et avait vu , a ce qu'il disait , a comment , par un petit mouvement vif,
elle accrochait le coton ou la soie sur la pointe recourbée de l'aiguille; comment elle les tirait tous deux ensemble à travers la mousseline , exactement au milieu du dernier chaînon, et alors formait une nouvelle maille , avec un nouveau petit mouvement de tirailler et de tordre, puis enfonçait de nouveau l'aiguille. »
— « Fort bien observé , exactement décrit, je te l'accorde, » dit sa mère; « la théorie est parfaite ; voyons maintenant la pratique. »
Elle mit l'aiguille a crochet dans les mains de Henri, qui la trouva commode a tenir, parce que son manche d'ivoire était aussi gros qu'un porte-crayon , et d'un maniement facile pour un homme.
« Maintenant nous verrons comment les hommes brodent au tambour, » dit Lucie. « Oui-da, plonge le crochet, perce la mousseline , cela est aisé ; mais remonte à présent, ramène le crochet et la soie, s'il te plaît, et si tu peux. »
Henri tourna le manche d'ivoire en dedans et en dehors de son mieux, le pencha d'un côté, de l'autre ; tortilla et détortilla la soie en dessous sur le crochet, et tira, et tirailla; le tout inutilement, et arriva enfin aux: «ouf!... etaye! ne me regarde donc pas, je te prie : je ne puis rien faire quand on me regarde. »
— u Ni quand on ne te regarde pas, » dit Lucie.
— « J'ai fini ! » s'écria-t-il enfin , tirant de force le crochet , et faisant un grand trou dans la mousseline , a travers laquelle il l'arrachait avec effort.
— « Oh , Henri , quel trou ! »
— « Je ne sais comment cela s'est fait, » dit Henri , « mais l'aiguille est venue a tout prix et le chaînon avec : j'ai fait un de ces anneaux que vous appelez un point; et maintenant a l'autre, vous verrez que je le ferai mieux. »
Il essaya encore, mais le trou rendait la chose impossible. Il arracha son premier , son seul chaînon et recommença dans un autre coin. Rien jamais n'éprouva autant sa patience , ou, comme il le pensait, la patience humaine. Mais, en réfléchissant davantage, il parvint cette fois a amener le crochet et la soie a travers la mousseline sans la déchirer. Il persévéra, et aubont d'un quart d'heure , il eut réellement fait un quart de pouce de points de chaînettes, tortus, fatigués, formés de mailles irrégulières courtes et longues; enfin, comme l'appelait Lucie , un triste point de chaînette : mais n'importe, c'en était un, il était fait, elle ne pouvait le nier. Les doigts de Henri étaient si chauds' qu'il les étendit sur la, tahle pour les
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rafraîchir, puis il soupira, reprit haleine ; enfin \ comme le remarqua son père, um porte-faix n'en aurait pas fait davantage, après avoir déposé le, plus pesant fardeau.
C'était le tour de son père d'essayer le crochet ; il avait une théorie aussi parfaite, quelque peu plus de défiance de luimême : ses succès ne furent pas beaucoup plus brillans. Il y avait un tour de main, une adresse que la pratique seule pouvait donner. Les deux apprentis discutèrent très-savamment sur ce sujet, et s'accordèrent a convenir que leur parfaite théorie les avait aidés, ou tout au moins aurait dû les aider Beaucoup.
a Mais comme maman le fait merveilleusement vite! )) dit Henri- « travaillez encore, maman, je vous en prie.
Gomment pouvez -vous avancer si rapidement? )>
— « Tu trouves que je vais vite ! pourtant tout ce que je fais en un jour, Henri, serait fait par une machine en une heure, et par quelle machine encore, qu'en penses-tu? par ta chère machine à vapeur î C'est un de ses usages auquel tu n'aurais jamais songé. »
— « Est-il possible ? » s'écria Henri.
— (( Quoi, ces petits festons si nets et si jolis, ces feuilles pointues, tout cela serait fait par une machine a vapeur? « dit Lucie,
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— « Une grande machine a vapeur! »
dit Hou ri.
— (( Maman , que j'aimerais a la voir travailler au tambour. î »
— « Peut-être que je pourrai te la montrer, mon cher, » reprit son père.
-— • « Et cela bientôt, » souilla Lucie dans l'oreille de Henri.
— « Que veux- tu dire? je t'entends toujours répéter ton bientôt. »
— « Est-ce crue tu n'as pas entendu la lettre, mon cher, et tout ce que papa et maman eu ont dit? »
— a iSon , en vérité, b
— « Mais tu étais assis a la table à thé a coté de moi, pendant tout ce tempslà. »
— « C'est vrai, mais je n'ai pas entendu un mot de ce qui se disait. »
— « A quoi pensais-tu donc? »
— « Je ne sais trop , » répondit Henri ; « je crois pourtant que c'était à un ressort de sonnette. Quand je vis maman tirer le cordon , je songeai que je te montrerais demain le levier de la sonnette dans Je passage , et qu'il m'aiderait a t'ex cliquer le levier de la machine a vapeur, w
— « Il faut que ta tête soit bien remplie de machines a vapeur, » dit Lucie.
— « Et de toi, chère sœur, puisque je pensais à te montrer quelque chose. £
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— (( Merci, bon. frère; je te dirai donc tout ce que tu n'as pas entendu. La lettre était une réponse de papa a monsieur chose; l'homme... le monsieur... le mari de cette dame qui raconta le naufrage , le matin où je tachai ma robe avec l'eau sale de la mare et de la pompe. »
— (c Comment puis-je me rappeler cela maintenant? mais explique-moi donc, ma chère, de quoi il est question. »
— « La lettre de papa était pour remercier ce monsieur de la peine qu'il a prise de chercher une maison quelque part, dans un endroit bien loin d'ici, sur les bords de la mer. »
— « Et pourquoi papa le remerciaitil de cela? » dit Henri.
— (c Mais , mon cher Henri , que tu es donc lent a comprendre ! la maison est pour papa et maman; et s'il y a assez de place pour nous , nous irons avec eux. »
— (( Vraiment? » s'écria Henri, en tressaillant de surprise et de joie.
— « Très-vrai. Je l'ai entendu de mss propres oreilles, et ce sont de bonnes oreilles, et papa m'avait dit que je pouvais écouter. Sa lettre finissait comme ça : a J'espère qu'il y aura deux petites chambres pour Henri et Lucie : leur mère et moi, désirons les emmener avec nous. »
*ré g Qu'il est bon ! oh quelque petit
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trou de chambre que ce soit, un petit taudis! je coucherais dans un tiroir, dans une coquille de noixî et toi aussi, Lucie, n'est-ce pas? »
— (( Certainement j mais si on ne peut trouver de place pour nous , il faudra que nous restions chez mon oncle. »
— « Oh! » cria Henri, poussant une sorte de gémissement , « j'espère que nous ne resterons pas chez mon oncle , quoiqu'ordinairement j'aime beaucoup a être avec lui : mais je n'ai jamais fait de voyages, et un long voyage , encore avec papa et maman! Lucie, pense donc comme cela serait ravissant! voir des montagnes et y monter avec mon baromètre portatif! »
— « Et sur le bord de la mer ! je n'ai jamais vu la mer, moi, Henri. Je ramasserai de jolies coquilles sur le rivage , des herbes marines , des hérissons de mer, et nous vivrons dans une petite chaumière ! oh ! pense donc, Henri , dans une chaumière ! »
— « Nous verrons le bateau a vapeur, la machine a vapeur, » reprit Henri; « oh, je comprends a présent. Mais rappelle-toi , Lucie , qu'il n'est pas certain que nous y allions. Il faut tâcher de ne plus y penser, de peur d'être attrapés a la fin. »
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