CHAPITRE PREMIER
c nluite-p c*> Jucic^avec ta, Ul\hxç^> ; ta/ ^anuu De
« Maman, vous rappelez-vous il y a deux ans, comment papa nous expliquait le thermomètre et le baromètre , et toutes les jolies petites expériences qu'il nous montrait? » dit Lucie en soupirant.
— ce Oui, ma clière , je me rappelle très-Lien de ce temps-la... Mais , pourquoi soupires-tu? »
— a Parce que j'étais bien heureuse alors! » reprit Lucie.
— - « Et ne Fes-tu pas encore aujourd'hui , ma ch ère enfant? »
— « Oui, maman; mais pas autant qu'autrefois , parce qu'a présent nous ne nous arrangeons plus Henri et moi , comme clans ce temps-là. »
— (c Pourquoi clone? J'espère que tu n'es pas en querelle avec ton frère ? »
— « En querelle! oh non maman, il serait impossible cle se fâcher contre Henri; il est si bon enfant, et je crois qu'il m'aime tout autant qu'il y a deux ans. Mais je ne sais pas comment cela se fait, nous ne nous arrangeons plus si bien ensemble ; nous ne sommes plus si souvent l'un avec l'autre ; je ne me mêle plus de tout ce qu'il fait; je ne sais plus tout ce qu'il pense à présent. »
— a Ma chère Lucie, voila quelque temps que vous apprenez, ton frère et toi, des choses toutes différentes; a mesure que vous grandissez vos occupations ne peuvent plus être les mêmes; vous en avez , chacun cle votre côté , qui vous séparent pendant la plus grande partie du jour, et c'est tant mieux : vous vous retrouvez avec plus cle plaisir aux heures de récréation. Ne le penses-tu pas toi-même? »
— ce Oui,maman; » dit Lucie ? «mais... »
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Et après ce mais , elle lit encore un soupir. * Mais les mêmes choses ne nous amusent pas toujours également; Henri est si occupe de mécaniques, il aime tant toutes sortes de sciences , qu'il est sans cesse a questionner là-dessus mon oncle ou mon papa. ))
— a Je croyais, Lucie , que toutes ces choses te plaisaient autant qu'a lui. »
— « J'aime bien aussi à en entendre parler , maman \ seulement ça ne m'amuse pas tout-a-fait autant qu'autrefois. Je ne sais trop pourquoi, mais cependant, )e m'imagine que c'est parce que je ne les comprends pas à beaucoup près si bien que Henri : il est bien plus avancé que
moi î »
— h C'est tout naturel, tu as employé ton temps a apprendre d'autres choses plus utiles a savoir pour une petite fille. »
— « Oui, maman, je me souviens que justement après cet heureux temps du baromètre, vous disiez que je ne pensais plus à. rien qu'aux expériences : et papa vous répondit que cela ne devait pas être. Et depuis il ne m'a plus permis d'aller dans sa chambre le matin avec Henri. Il est vrai que j'ai appris plus d'arithmétique, de dessin, de danse et d'ouvrage
a l'aiguille. »
— a Et ces occupations ne t'ont pas
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moins plu que les autres a ainsi tout est pour le mieux. Ce n'est pas Ta ce qui te rend moins heureuse ? »
— « Non, non, maman; mais vous vous souvenez bien du temps où nous avons été entièrement séparés Henri et moi ; ce long , cet éternel temps que dura votre maladie, maman, et que vous m'envoyâtes passer chez ma tante Pierrepoint. Quand j'étais chez elle , je ne lisais rien que des contes et des poésies, et j'entendais ma tante, et les personnes qui venaient la voir , lire haut des comédies. On me louait de ce que je comprenais les traits d'esprit, et de ce que je récitais Lien les vers; cela fit que j'aimais beaucoup ces deux choses. Mais Henri est si grave quand on lui raconte un bon mot; d'abord, il ne le comprend pas, et puis il demande après: « Est-ce tout? » Et pour les comparaisons, elles l'ennuient toujours, il dit qu'elles l'interrompent. »
— ce Elles l'ennuient! mais c'est peutêtre ta faute , si tu les fais mal a propos. »
— « Ça peut bien m'etre arrivé quelquefois , maman ; mais il trouvé' toujours quelque chose a reprendre : il ne trouve pas que mes comparaisons soient exactes, et c'est impatientant. Je ne vois pas pourquoi il tient si fort a l'exactitude. »
~ « Probablement parce que, dans les
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sciences qu'il étudie , il sent à chaque pas l'utilité, la nécessité de l'exactitude ; sans
elle, il ne pourrait pas plus avancer dans ses mesures que clans ses raisonnemens. »
— <! Maman, il y a des choses pour lesquelles je comprends la nécessite de l'exactitude. Par exemple , pour mettre une chose en perspective et en proportion. d'après une échelle de proportion , comme vous me l'avez enseigné. L'autre jour, Henri e.^t venu me prier de lui dessiner une carte, et j'ai été Lien contente de voir que je pourrais l'aider quelquefois. ))
— « Et je suis sure qu'il sera charme de t'aider a son tour. Vous savez tous deux différentes choses , que vous pourriez apprendre l'un de l'autre , et pour lesquelles vous vous prêteriez une assistance mutuelle, comme cela se doit entre amis. »
— • (( Oh je vous remercie, maman; vous me rendez bien heureuse. Je veux demander a Henri de me montrer le plus vite possible tout ce qu'il a appris, afin que nous puissions continuer a étudier ensemble comme autrefois. Si vous le trouvez bon, maman? »
*— ce Très-bon, ma chère Lucie; mais je t'avertis qu'il ne faut pas t'attendre à aller si vite; contente-toi d'aller sûre-
ment, et réfléchis, qu'il faudra te soumettre à céder le pas a ton frère pendant quelque temps. Cela pourra bien te sembler désagréable , mais c'est un inconvénient inévitable et qu'il faut savoir supporter. )>
-— -tt Eli bien, maman, je le supporterai; mais, )) ajouta Lucie en hésitant un peu , (( il y a encore une autre chose que je voudrais vous dire, pour être tout-a-fait contente, m
— « Dis-la moi donc, ma chère enfant : de quoi as-tu peur? ce n'est pas de moi, j'espère? »
■ — u Uh non, maman, je n ai pas peur de vous; mais je ne suis pas sure que la personne qui a dit ce que je voulais vous répéter, fut bien-aise que vous sachiez qu'elle a dit cela. »
— <( Ne peux-tu pas me raconter la chose, sans nommer quelqu'un? »
— « C'est vrai, je n'y pensais pas.
Tous saurez donc , maman , qu'un jour , pendant que j'étais chez ma tante Pierrepoint , elle dit a un monsieur, que papa m'enseignait toutes sortes de choses scientifiques comme à Henri , mais que depuis que je demeurais chez elle, je n'apprenais plus rien de ce genre-la. Et a présent , vous allez voir, maman !... le monsieur que je ne veux pas nommer, se mit à rire. »
*— « Eh bien , il n'y avait pas grand mal à cela. »
— i Non maman; seulement, c'est qu'il riait crime certaine manière , et comme en se moquant; puis il dit qu'il était heureux pour moi qu'on m'eût fait interrompre une pareille instruction :
que j'en serais beaucoup plus aimable , que les femmes n'avaient rien à démêler avec les sciences, et qu'elles ne devraient jamais s'en occuper. Il ajouta que les femmes savantes sont toujours a étaler ce qu'elles savent, ou ce qu'elles ne savent pas. Ce sont ses propres paroles : que les pédantes étaient son aversion ; et il faisait une mine comme s'il les détestait terriblement. J'étais bien fâchée, je vous assure, qu'il sut que mon papa m'avait donné les mêmes leçons qu'à Henri. Je me se'ntais toute honteuse, toute effrayée ; je craignais qu'on me trouvât ridicule.
Mais a présent, que je suis revenue à la maison, je pense qu'il vaut bien mieux être instruite; car je vois combien papa aime à vous parler dc^ choses scientifiques dont il s'occupe; je vois le plaisir que vous y prenez. C'est pourquoi je veux continuer à étudier avec Henri. Seulement, je souhaiterais que tout le monde fut du même avis la-dcsms. »
— • « Cela ne se peut pas, ma chère
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Lucie : tu trouveras que beaucoup de gens ont des idées Lien différentes sur ce sujet. Mais tous conviendront, avec ton monsieur sans nom, que lorsque les femmes prétendent comprendre ce qu'elles ne comprennentpas, soit dans les sciences, soit en toute autre chose, elles sont absurdes et ridicules. Et si elles parlent , même de ce qu'elles savent , uniquement pour faire parade de leur savoir , elles deviennent ennuyeuses et fatigantes. Il faut donc se bien garder de ces deux écueils. Les femmes doivent éviter de s'entretenir particulièrement de sciences, parce qu'il est rare qu'elles aient sur ce sujet des connaissances exactes et étendues. Elles sont exposées à faire de continuelles méprises, et a ennuyer les autres par leurs questions, ou a faire rire a leurs dépens, en montrant au grand jour leur ignorance et leurs prétentions. »
• — a C'est-a-dire, s reprit Lucie , « si elles veulent passer pour savantes ? »
— (( Oui, si leur vanité les pousse a afficher leur érudition, elles doivent en accepter les conséquences, et se résoudre a se voir détestées. »
— - (c Ah mon Dieu, maman, moi qui ai si grand peur d'être détestée! Mais quand elles n'ont pas de prétentions , est ce qu'elles sont toujours haïes? »
— r< Non , certes, ma chère; du moins pas par les personnes de bon sens. Autant que j'en puis piger, je crois que tout homme éclairé est toujours disposé a aider une femme sans affectation, sans prétention, et qui désire sincèrement s'instruire. Je pense même qu'il lui saura gré de s'intéresser a sa conversation, a ses écrits, et aux objets dont il s'occupe, »
— (c En ce cas, maman, j'espère que je ne serai ni orgueilleuse , ni affectée. »
— « Je l'espère au. si, ma chère enfant. Si ton père ne comptait pas là-dessus, il ne voudrait pas t'apprendre un mot de plus sur ce sujet. »
— r J'en serais Lien fâchée , » dit Lucie.
— « Et tu aurais raison : car même avec ton peu d'expérience , tu sens déjà qu'il y a un vrai plaisir a pouvoir suivre et partager les études de ton frère. »
— r Oui, en vérité, maman. »
— r A mesure que tu grandiras, tu t'aperceveras chaque jour davantage qu'en augmentant la somme de leurs connaissances, les femmes, non- seulement multiplient leurs moyens d'être d'agréables compagnes pour leurs pères , leurs frères, leurs maris ou leurs amis, si elles sont assez heureuses pour se trouver entourées de personnes instruites •
mais encore elles se créent une nouvelle source de jouissances , dans le plaisir qu'elles trouvent a lire ou à entendre parler d'expériences curieuses, de découvertes importantes* Elles acquièrent aussi en cultivant leur esprit, une foule de moyens pour s'occuper chez elles d'une manière indépendante. Le plus grand bienfait du savoir est d'agrandir et d'élcver l'ame , en la remplissant d'admiralion et de reconnaissance envers cette bienfaisante Providence , qui a établi de si belles et de si sages lois pour le bien-être et la conservation du monde. »
— (( Oui, maman, » reprit Lucie, «et après une pause pendant laquelle elle passait en revue tout ce que sa mère lui avait dit, elle revint a ce qui alarmait encore son imagination : « Mais pourtant, j'ai bien peur d'être détestée; et si la science allait me rendre vaine ; c'est la le danger. »
— - « Sans aucun doute; mais autant que j'ai pu l'observer, les femmes ignorantes sont tout aussi vaincs, et même souvent plus que celles qui sont fort instruites. Maintenant que l'éducation est généralement assez soignée en Angleterre pour que les jeunes personnes aient le goût de la littérature , et quelques connaissances dans les arts et les sciences,
il y a moins de danger que jamais d'être tentée de s'enorgueillir de ce qui n'est plus une distinction particulière. ))
— (( Oh, maman, j'aurai Lien soin de v Jillcr sur moi. Vous verrez plutôt quand je serai grande. J^'. vous remercie Lien de m'avoir explique tout cela. «
— k Peut-être , ma chère enfant, qu'une partie de ce que je t'ai dit est un peu audessus de ton intelligence. »
— (( Non, maman, pas du tout. S'il n'y a pas trop d'amour-propre à le dire , je crois avoir parfaitement compris. Je sais ce qui est Lien , ce qui est mal, et je n'aurai plus d'inquiétude. Je suis si heureuse, si contente, de pouvoirprendre encore de ces amusantes leçons de papa, et de les prendre avec Henri. Mais le voila qui vient, maman, je le vois de la fenêtre. Il vient le long du sentier qui mène chez znon fticle... Oh maman ! il tient un grand bâton , et il s'appuie dessus comme un vieux bon homme de cent dix ans. »
— « J'espère qu'il ne s'est pas fait mal, » dit la mère en s'approchautde la fenêtre.
— c< Non, non, maman, je crois que c'est pour jouer. Tenez voila le vieux honhomme qui se met à courir de toutes ses forces. Je vais descendre pour aller audevant de lui. »
Aussitôt que Lucie fut assez près pour se faire entendre , elle demanda a son frère pourquoi il marchait avec la canne de son oncle?
ce Ce n'est pas sa canne , » dit Henri , « c'est la mienne • mon oncle me l'a donnée. »
— ce La tienne1, mai; elle est toute neuve 5 je ne l'avais jamais vue. Comme elle est bien vernie : et quelle jolie pomme ! pourquoi donc mon oncle te l'at-il donnée, Henri? elle ne peut servir qu'a lui * elle ne te sera bonne a rien. »
— « C'est précisément ce qui te trompe. Je te demande pardon, Lucie :
elle me sera tout aussi utile qu'a mon oncle , et du même genre d'utilité encore. »
— (f Du même genre d'utilité ! mais de quelle utilité enfin? »
— » (c Devine , » dit Henri.
— . « Je suppose que c'est pour t'arauser à faire le vieux , comme tout à l'heure. »
— - (( Non, c'est d'une véritable utilité que je parle. »
— « Que peux-tu donc en faire? » demanda Lucie. « Tu es trop jeune pour t'en servir pour marcher , et trop vieux pour monter a cheval dessus. »
— a Trop vieux! je crois bien, » dit
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Henri avec indignation. « Il y a plus de cent ans que je n'ai monte à cheval sur un biton : devine encore. »
Lucie voulut alors examiner la merveilleuse canne de plus près, dans l'espoir de découvrir quel pouvait être sou mérite; mais comme Henri semblait ne pas vouloir la laisser sortir de ses mains, elle s'écria :
h Oh je sais ce que c^est : elle est remplie d'argent. C'est comme la baguette que tenait l'homme qu'on jugeait dans Don - Quichotte : Sancho devina qu'elle était remplie d'argent parce qu'il ne voulait ni la lâcher , ni la confier a personne. »
— « Je ne sais pas du tout ce que tu veux dire. D'abord, il n'y a point d'argent dans cette canne. »
— f< Eh bien donc, laisse-moi la regarder; je ne me sauveraipasavec... Tiens, comme elle est pesante;! » remarqua Lucie, rc de quel bois est-elle donc ?... en dehors ça ressemble a de l'acajou , mais je n'en ai jamais vu de si lourd. Ce n'est pas que du bois : je parie qu'elle est creuse , et qu'il y a quelque chose dedans. »
— « Finis donc, finis donc! ne la remue pas comme ça; ne la tourne pas sens dessus dessous, tu vas la gâter, » cria Henri.
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r — « Ho î ho ! il y a quelque chose dedans. J'ai toujours découvert cela. Et tu dis de ne pas la tourner sens dessus dessous ; comme ce qui était écrit sur le couvercle de la caisse de porcelaine et de verrerie, qui est arrivée la semaine dernière : Casuel, avoir soin détenir toujours ce côté en dessus. Ainsi, je gage qu'il y a du verre dans ta canne? Tu ris : j'ai bien deviné, du verre!... peut-être - 1e c'est une lunette d'approche... un télescope?., ou bien un verre grossissant... un microscope?... Non, rien de tout cela?...
Qu'est-ce que c'est donc? a quoi peut servir du yerre dans une canne, Henri? »
— ((A beaucoup de choses , comme tu verras quand tu l'auras deviné. Allons , cherche encore ; c'est une chose que tu as déjà vue. »
— - a Mais j'ai vu tant de choses! » dit Lucie.
— « Oui, mais tu en connais l'usage. »
— « Je connais l'usage de bien des choses! dis m'en un peu plus. A quoi ça sert-il a peu près? »
— aA peser quelque chose, » dit Henri; « attends : je ne suis pas sûr qu'on puisse dire que ça sert a peser une chose, et pour tant... »
— « Je le sais a présent, » s'écria Lucie • « ce mouvement que tu as fait de
haut en bas avec ta main comme si tu appuyais sur l'air, mfe Ta appris. Le quelque chose que ça sert a peser, c'est de l'air : c'est un bsromètre. »
— « Ta l'as trouve enfin, » reprit Henri.
— (( Et maintenant, je sais ce qui rend ton bâton si lourd : c'est le vif-argent; le •mercure. Je me rappelle bien comme ça pèse. Papa me mit un jour dans les mains deux soucoupes de même grandeur, l'une pleine d'eau, l'autre remplie de mercure : il y avait une belle différence entre les deux. Que j'étais donc sotte de ne pas penser a cela d'abord ! j'aurais deviné tout de suite que c'était un baromètre, m
Henri lui montra par où la canne s'ouvrait, et il lui fit voir dans l'intérieur un baromètre et un thermomètre. Il lui expliqua comment le vif-argent était comprimé, de manière a l'empêcher de remuer.
Il lui dit que cet instrument se nommait un baromètre portatif.
— « Oui i » interrompit Lucie; « c'està-dire qu'on peut facilement le porter d'un lieu a lin autre. Ce doit être bien commode pour les voyageurs. Mais , du reste , il n'est pas meilleur que le baromètre qui est suspendu dans la chambre de papa, ni que celui qui est soutenu sur trois pieds dans la bibliothèque de mon oncle ?»
Henri dit qu'il n'était pas sûr que le sien fût meilleur que les autres pour l'usage ordinaire: pour annoncer les changemcns de temps : « mais celui-ci , » ajoutat-il, a n'est pas seulement propre à cela; il a encore une autre destination. »
- — « Laquelle donc? )) «•— • (( Avant tout , laisse-moi te dire pourquoi mon oncle me Ta donné : c'est parce qu'il était content que je me fusse donné de la peine, il y a deux ans, pour comprendre ce que c'était qu'un baromètre , et parce qu'il a vu que je m'en souvenais bien. Alors il m'a dit d'essayer de découvrir l'usage particulier de ce baromètre portatif. »
— a Et l'as-tu découvert, Henri? »
— — « Oui, mais l'on m'a aidé. Papa, qui était présent, m'a mis sur la voie. J'étais bien stupide d'abord : mes idées s'en allaient d'un côté tout opposé; papa, qui est si bon et si patient, me ramenait toujours au bon point : ça n'allait pas encore hien Vite. Mon oncle crut que je ne pourrais jamais en venir a bout; il dit que c'était trop difficile, et qu'il fallait que papa me l'expliquât. Mais papa ne voulut pas, parce qu'il était sûr que je finirais bien par le trouver tout seul. Cela m'encouragea : j'essayai , je me mis à penser tout de plus telle, et mon oncle cessa de se promener
de long en large dans la chambre, comme il faisait quand je l'impatientais par ma bêtise. 11 fut assez hou pour prendre patience aussi. 0
— « C'était très-Lien de sa part! » dit Lucie, a Je sais qu'il est fort difficile d'être patient avec les gens qui sont lents a trouver une chose, surtout quand on la sait soimême. On a si grande envie de la leur dire, ou de les pousser tout près, ij
— (( Papa ne m'a \ïo'u\\ poussé, » reprit Henri : « cela m'aurait jetë parterre; mais il attirait mon esprit en avant par ses questions , il m'aidait doucement , pas a pas , comme il sait si bien le faire; etii la fin, il me l'a laissé trouver tout-à-fait seul et de moi-même. »
— « Eh bien! tu peux faire la même chose pour moi , Henri ? »
- — « Je veux bien essayer. »
— u Merci. Mais premièrement-laissemoi te conter tout ce que j'ai dit a maman , et tout ce qu'elle m'a répondu. »
Elle lui répéta sa conversation du mieux qu'elle put, et elle finit en disant : u Maman m'a permis de continuer a étudier avec toi, Henri, comme nous faisions autrefois ; et elle a dit qu'elle pensait que tu serais assez complaisant pour me faire regagner le temps perdu eu nt'apprenant tout ce que papa t'a enseigné. »
— (( Je veux Lien. »
— « J'espère que je ne te donnerai pas beaucoup de peine, et que je ne serai pas trop sotie. »
— (( Non, non, Lucie. Je suis Lien sûr que tu me comprendras. Il ne faut pas te mettre a penser que non : c'est une très-mauvaise manière , parce que la crainte qu'on a d'être sotte , et de ne pas Lien comprendre, remplit la tête, et empêche qu'on fasse attention a ce qu'on vous demande et à ce qu'on vous dit. A présent, Lucie, supposons que tu es au fond d'un puits très-profond. »
— * Si j'étais au fond d'un puits, eh bien, je trouverais la vérité; tu te souviens bien du proverbe que nous citait toujours M. Cranbourne : « La vérité est au fond d'un puits. »
— - « Ce sont des bêtises , Lucie ! » s'écria Henri :•« si tu veux faire de l'esprit, et conter ce que dit M. Cranbourne, je ne commencerai même pas à te parler du baromètre, »
— - h Eh bien, je ferai plus attention. Supposons donc que je suis au fond d'un puits. Mais ne serais-je pas noyée?» ajoutja.rt-elle a demi-voix.
«— u C'est vrai ; j'aurais dû dire au fond d'un grand creux , et non pas d'un puits. *>
*#* % Oh, c'est une autre affaire ! » in ter-
rompit encore Lucie , « j'aime mieux cela. Eh bien, donc , je suis au fond d'un grand creux. »
— « Oui. Et lequel croirais-tu le plus pesant, de l'air qui serait au fond de ce creux, ou de celui qui est sur le haut d'une grande maison? »
— « Je crois que celui du creux serait plus pesant. »
— (( Pourquoi? » demanda Henri.
— (( Oii ! mou cher, c'est une question bien facile. »
— h Réponds-y toujours, » dit Henri.
— « Parce que , au fond du creux, l'air qui y est déjà est ajouté a l'air qui est audessus , et ou pourrait aussi y ajouter tout celui qui atteint jusqu'au haut de la maison. »
— « Je crois que tu comprends. Supposons que tu aies ce baromètre au fond du creux, penses-tu que le mercure s'élèverait ou descendrait?.. Ma chère Lucie, je t'en prie , réfléchis avant de me répondre. ))
Lucie fit une pause et dit : « Je pense qu'il s'élèverait. »
— « Très-bien. À présent si tu l'emportais au haut de ia maison, monteraitil ou descendrait-il? »
— « Il descendrait, » répliqua Lucie.
— « Pourquoi? »
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— a Parce que alors le /poids qui presserait le vif-argent dans la coupe serait moindre , et par conséquent il entrerait moins de vif-argent dans le tuyau ou tube. »
— « Fort Lien, en vérité, Lucie; je vois que tu te rappelles tout ce que papa nous a enseigné sur le baromètre. A présent, supposons que le creux ait soixante pieds de profondeur, et que la maison ait quarante pieds de haut: quarante et soixante font cent, comme tu sais. »
— a Certainement, » dit Lucie. « Eh bien? »
— (c Eh bien, il faut aller lentement. Supposons que tu remarques exactement de combien le vif-argent est descendu quand tu l'as porté du fond du creux sur le haut de la maison , tu auras une mesure par laquelle tu pourras juger de toute la hauteur et de toute la profondeur. »
— (( Je comprends. Je vois l'usage du baromètre, » s'écria Lucie. « C'est trèsutile. »
— - « Tu ne vois pas encore tout. En remarquant ceci, tu saurais non seulement de combien le vif-argent descend a une différence de cent pieds , mais en divisant cette mesure , et en en faisant une échelle , tu pourrais savoir la même chose ensuite , n'importe pour quel nombre de pieds, et
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a quelle hauteur tu placerais le baromètre : et tu aurais ainsi un moyen facile de mesurer la hauteur des montagnes. »
— (( Que c'est bien invente ! que c'est donc commode! » dit Lucie. « A présent, je comprends a merveille l'utilité d'un baromètre portatif. »
— « Pas encore parfaitement. Il y a beaucoup d'autres choses a apprendre sur les différons degrés de chaleur, de temperature , sur la raréfaction de l'air. Mais je ne veux pas entreprend re de t'explique!1 tout cela , d'autant plus que je ne suis pas bien au fait moi-même. Tu sais toujours l'idée générale , les premières notions du baromètre, et papa dit que c'est tout-afait assez pour la première fois. »
— ~ (( Tout-a-fait assez pour moi, du moins, » reprit Lucie. « Merci, Henri, de ne pas m'en avoir dit davantage. »
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