‹ Les jeunes industrielsChapitre 12 sur 26 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

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« Henri, te rappelles-ta que madame Frankland a dit, hier soir , que nous aurions une surprise avant la fin de notre voyage d'aujourd'hui ? )>

— « Je m'en souviens ; mais j'ai été si heureux toute la journée , que je n'y ai pas pensé le moins du monde jusqu'à présent. »

— « J'ai été fort heureuse aussi, et pourtant j'y ai songé plus d'une fois : et maintenant que nous avons dîné , et que la soirée s'avance , c'est le moment d'y penser. Je ne peux deviner , Henri , ce que ce peut être, n

Lucie était alors debout dans le salon de l'auberge où ils avaient dîné, et tout en parlant elle promenait ses regards autour de la chambre , et hors de la fenêtre.

(( Il n'y a rien de surprenant ici , j'en suis sûre, » ajouta-t-elle , « et cependant j'ai entendu papa donner Tordre que les chevaux ne soient attelés que dans deux heures. Dis donc, Henri, sais-tu pourquoi? »

— « Je crois que nous devons nous promener dans quelque parc près de la ville, » repondit son frère, u et la voiture viendra nous prendre a la porte la plus éloignée; nous avons aussi une maison a voir. Viens, Lucie , viens vite ! papa nous appelle pour que nous allions avec lui. );

Lucie suivit son frère avec une vive joie , enchantée de ce qu'ils allaient enfin être surpris. Ils montèrent une avenue de hêtres, et atteignirent la maison sans avoir rien rencontré d'extraordinaire; et a son grand désappointement , la pauvre Lucie découvrit que son père et sa mère n'étaient venus la , que pour voir des tableaux. Ni Henri, ni sa sœur , n'avaient de goût pour la peinture , et leur mère les engagea a s'amuser a courir dans le jardin et les parterres; promenade dont ils eurent la permission de jouir, quand elle se fut faite caution, qu'ils ne toucheraient ni aux fleurs, ni aux arbustes. Ils examinèrent d'abord toutes les plates-bandes; puis, ils parcoururent le parc, suivirent Les bords d'une jolie rivière ? montèrent

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tout au travers d'un bois qui couvrait une colline , jusqu'à ce que la lumière rougeàtre du soleil couchant qu'ils voyaient briller sur le tronc des arbres, les avertît qu'il était temps de retourner d'où ils venaient. Ils craignaient d'arriver trop tard, et de faire attendre leurs parens; mais ils rencontrèrent heureusement le garde champêtre qui, en revenant de sa tournée, leur montra le plus court chemin pour se rendre a la maison. Au lieu d'être en retard , ils trouvèrent qu'ils auraient aussi bien fait de ne pas courir si vite, car M. et madame Wilson n'avaient pas encore fini de regarder les tableaux.

« Asseyons-nous donc, et reposons-nous tranquillement, » dit Lucie, « car j'ai bien chaud. Pense donc, Henri, papa et maman qui sont restés tout ce temps-là a regarder de la peinture! bon Dieu, que j'aurais été fatiguée, s'il m'avait fallu demeurer ainsi des heures entières, le colbien droit et les yeux tout grands ouverts fixés la-dessus. Henri, crois-tu que lorsque nous serons grands, et que nous commencerons nos voyages , nous soyons jamais assez passionnés de la peinture pour nous résoudre à la regarder ainsi, pendant des demi-journées? »

— a Peut-être bien, quoique nous ne

nous en souciions guères aujourd'hui. Je me rappelle qu'il n'y a pas encore bien long-temps , il ne m'arrivait jamais de m'occuper d'autres gravuresque de planches de machines ; mais depuis que j'ai vu les vignettes de Don Quichotte, j'en suis venu aies aimer beaucoup. »

— « Oui; te souviens-tu comme nous nous sommes amuses ensemble , a regarder les planches du microcosme de Pyne ? »

— « Vraiment , je les oubliais. Oh !

celles-là ont tant de ressemblances avec les choses et les gens que nous voyons tous les jours , qu'elles m'ont plu de tous temps. »

— (c Et les gravures des contes arabes , quoiqu'elles ne ressemblent , ni a ce que nous voyons tous les jours, ni a ce que nous verrons jamais , tu les aimes , j'espère , Henri ?

— a J'en aime; oui, quelques-unes. »

— « Quelques-unes, » répéta Lucie.

a Tu as raison, moi j'aime surtout celles qui sont semblables à l'idée que je me suis faite des sultans , des visirs , de leurs turbans , desFatimes et de Codgi-liassan. Mais il y en a d'autres qui ne me plaisent pas tant , par exemple celle du génie de la lampe d'Aladdin , et du magicien africain, parce qu'elles ne me montrent pas ce que

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mon imagination s'était figure. Henri , conte-moi donc un peu quelle idée tu t'es faite du magicien africain. »

C'était une tâche difficile , et Henri fut content d'en être soulagé , par les ordres de son père , qui l'envoya voir à la porte du parc, si la voiture était arrivée. Elle les attendait , et dans le temps qu'ils mirent a la joindre, le soleil se coucha, et le crépuscule devint de plus en plus sombre. Avant qu'ils eussent atteint la poste prochaine et prit le thé , la nuit était entièrement venue. Cependant ils avaient encore un relai a faire. Lucie, qui n'aimait pas beaucoup a voyager dans l'obscurité , fit remarquer , au moment où sa mère remontait dans la voiture , que les lanternes n'étaient pas allumées.

« Ne t'en inquiète pas, mon enfant, n dit M. Wilson , « nous aurons bientôt assez de lumière. »

— (( Bientôt! oh non, papa, je vous demande pardon , » s'écria Lucie, « II n'y aura pas de lune avant deux heures. Je peux vous montrer quand la lune se lèvera , dans mon nouveau calendrier. »

— (c Je n'en doute pas , ma chère ; mais , Lucie , ne reste donc pas ainsi a parler sur le marche-pied. »

A l'instant où son père lui donnait cet

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avis , un des chevaux fut effrayé par une clarté* soudaine , et causa une violente secousse a la voiture ; Lucie fut jetée en arrière , hors du marche-pied, et serait tombée sous la roue, si sou père ne l'eut saisie dans ses bras , et remise sur ses pieds. Elle monta de suite dans le carrosse, et tandis qu'elle tremblait encore de l'effroi qu'elle avait eu , son père répéta son avis.

« Tant que vous vivrez , enfant , ne restez jamais de cette manière sur un marche-pied, sans vous tenir a quelque chose. Je t'assure , Lucie , que tu te mettais la dans un danger beaucoup plus émineut, qu'il n'est vraisemblable que tu en puisses courir dans toute cette nuit, quelque grande que soit l'obscurité. »

Lucie se flattait que son père ne la prenait pas pour une poltronne , et après s'être tu par soumission pendant quelques minutes, elle exprima cette espérance, et commença à prôner son courage, en rappelant à. Henri tous les exemples dont elle pouvait se souvenir , et qui prouvaient qu'elle n'avait jamais eu peur en voiture. Henri ne répondait rien, a je ne puis pas voir ta figure , Henri ; mais j'espère que tu conviendras que je dis la vérité, n

— « Non , ma pauvre sœur ; je ne puis m'empécher de rire : car il me semble que

tu as passablement peur maintenant. Tu te colles, tant que tu peux, contre moi, parce que nous descendons. »

— (( En ce cas , pense et parle de quelqu'autre chose , » reprit sa mère ; « ne donne pas a entendre a Lucie qu'elle est peureuse , car ce serait le vrai moyen delà rendre telle. Lucie, ma chère, il n'y a pas le moindre danger. Mais quand même il y en aurait beaucoup, ta frayeur ne le diminuerait pas. »

— « C'est vrai, maman; mais seulement que le postillon n'aille pas touta-fait si vite. Voulez - vous le lui dire, maman? »

— « Non, je ne puis pas lui apprendre a conduire; le peux-tu, Lucie? »

— « Non, en vérité, maman, » répondit-elle , en riant ; ou en essayant de rire.

— « Nous ferons donc mieux de laisser le postillon faire son métier , puisqu'il le sait, et que nous n'y entendons rien. »

— « Très-bien , maman ; je sais que vous avez raison, et qu'il n'y a pas de danger maintenant. Nous sommes au bas de la descente , je le sens , et la route est toute unie a présent. Mais, maman, supposons qu'il y eût du danger, et que les chevaux eussent réellement pris le mords aux dents, qu'auriez-vous fait? »

— « Je serais restée tranquille : seule

précaution qu'il y eût a prendre , pour ne pas accroître le péril. »

— « Est-ce que vous ne pourriez pas sauter hors de la voiture , maman? »

— « Je le pourrais peut-être , mais je ne le tenterais pas; car je sais que c'est la chose la plus hasardeuse que l'on puisse faire. »

— ((Oui vraiment , » ajouta M. V\ ilson , « je crois qu'il n'y a pas eu autant de personnes tuées, et de membres rompus par les accidens arrivés aux voitures , que par l'imprudence de ceux qui cherchent a s'élancer dehors lorsque les chevaux s'emportent. Tous les gens qui ont quelque expérience vous diront , que la meilleure chose que l'on puisse faire en pareil cas est de rester tranquillement dans la voiture , jusqu'à ce que les chevaux s'arrêtent , ou soient arrêtés. Si vous faites quelque bruit, si vous jetez un cri, ou parlez a celui qui conduit, vous augmentez votre danger, puisque vous pouvez ainsi distraire son attention, et qu'il est bien certain qtl'il fait de son mieux , car très-probablement il prise autant sa propre vie , que vous estimez la votre , et probablement aussi ses talens pour conduire surpassent ceux dont vous pourriez faire preuve. »

— rc Certainement, papa; mais si... »

et Lucie s'arrêta.

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— a Si , quoi? ))

— « Je ne sais pas si c'est bien de le dire, papa; mais j'ai entendu affirmer , que les cochers et les postillons sont quelquefois ivres, et si le nôtre était ivre, il ne saurait plus conduire. »

— (( Et penses - tu que son ivresse t'apprendrait à guider ses chevaux ? » lui demanda M. Wilson.

Lucie se mit encore a rire , parce que son frère riait.

« Mais, papa, au moins le saurais-je un peu mieux que lui, s'il avait tout-àfait perdu la raison. »

— «Oui; mais je ne te conseillerais pas, en ta qualité de petite fille 5 ou même quand tu serais femme , de tenter de diriger un homme ivre, ou de discuter avec lui ; indépendamment du risque de recevoir une réponse grossière , le cocher, ou ne voudrait pas écouter , ou serait trop ivre pour comprendre; aussi long-temps qu'il peut concevoir quelque chose , il est probable que ce sera ce qu'habituellement il connaît le mieux, c'est-à-dire de mener ses chevaux. S'il est soûl au point de n'en être plus capable, il pourra encore bien moins comprendre tes raisons et tes avis , en supposant même qu'ils fussent toujours bons. )>

— (( C'est vrai, » dit Lucie, et elle

déclara qu'elle ne penserait plus a raisonner avec un cocher, ou un postillon ivre , mais qu'elle espérait n'être jamais a leur merci.

Sa mère se joignit à elle dans ce souhait, a Lucie , ma chère, » ajoutât-elle, « quand j'étais enfant, j'avais peur en voiture , et je te dirai ce qui m'a guérie. »

— - « Quoi donc , maman? »

— a Je fus délivrée de mes craintes pour moi-même , par de plus grandes inquiétudes pour une autre. On m'envoyait souvent prendre l'air avec une dame qui avait perdu l'usage de ses jambes : j'étais tellement effrayée pour elle, que je ne m'occupais plus de moi; elle était trèspeureuse , et je ne songeais qu'a calmer ses appréhensions. Je pus voir que neuf fois sur dix, ses alarmes n'étaient point fondées; cela m'encouragea pour la seconde promenade, et ainsi de suite : d'ailleurs le sentiment que, s'il y avait eu quelque danger, je devais agir et penser pour elle , me forçait à conserver toute ma présence d'esprit. »

— « Oh! quant a cela, » reprit Lucie, u je crois , ou du moins je crains que l'effet n'eût été tout contraire sur moi. Avec cette pauvre personne percluse, j'aurais eu dix fois plus peur. »

— (( Pour mon compte, » dit Henri, a j'aurais senti précisément comme ma

mère. »

— « Qu'est-ce qui arrête? qu'y a t-il? »

s'écria Lucie.

— « Ce qu'il y a? rien au monde, ma chère , » répondit son frère en riant ; (( seulement nous attendons que la barrière soit ouverte , et qu'un vieux homme avec une lanterne , ait pu fourcr la clef dans la serrure. »

Lucie se joignit de tout son cœur a la gaieté de Henri, et dit enfin : « c'est une très-bonne chose que le rire pour guérir les gens de ces sottes frayeurs. Quand tu ris , mon frère , je sais qu'il n'y a pas de danger , ou que tu ne serais pas si joyeux. Et a présent..., c'est bien drôle!... mais je n'ai pas plus peur que toi, Henri, et je te te prouverai , en pensant a tout ce qu'il te plaira; et, si tu veux, nous répéterons alternativement des vers : celui qui ne répétera pas , mettra la rime au bout des vers que dira l'autre. »

— (( Non , grand merci, ma chère. Je ne sais pas assez de vers pour faire assaut avec toi : le peu que j'en sais est de Shakspeare, et ce sont des vers blancs*;

* Ces vers ont la mesure, mais ne riment pas entre eux,

il n'y a donc pas moyen de mettre la rime »

— « Mais ils seront toujours bons a répéter. Récites-cn de la querelle de Brutus et de Cassius, que noir-; avons lue ensemble, n

— u J'essaierai; mais oii veux-tu que je commence , Lucie ? »

— « Commence au discours de Brutus.»

« Ami, quoi ? l'un de nous !

Du plus grand des mortels, n'avoir tranche' la vie

Que pour soutenir des brigands !

Pour souiller notre main des dons de l'avarice! »

Henri répéta ces vers en amateur , et il continua a. réciter tout le rôle de Brutus dans la querelle, assurant qu'il ne pouvait en rien oublier, parce qu'il le sentait bien. Il admirait Brutus, et Lucie plaignait Cassius. Madame V\ilson lit tout haut l'observation que son fils aimait mieux la poésie dramatique, que la poésie descriptive. Lucie pensait, que celle-ci avait cependant quelquefois son mérite , et elle répéta a. son frère la description de la reine Mab , et de son charriot taillé dans une noisette par l'écureuil menuisier, ,< de tout temps carrosier des fées. » Henri aimait cela; il aimait aussi quel-

qucs-uns des légers esprits dans « le Rêve d'une nuit d'été, » quand :

« Leurs torches s'allument , brillantes, Au feu des yeux du ver luisant. »

Henri admirait dans ce La Tempête, »

Ariel dont les gracieuses affaires, sont :

u D'unir la vase au sein des mers profondes ,

La foulant sous ses pas le'gers :

Sur l'aigre vent du nord chevauchant dans l'espace

De courir, le guidant au loin; De plonger dans le feu , galoper sur la nue ,

Ceindre le globe, en un moment, Du cercle, qu'en son vol tracent ses ailes bleues.

Et il concevait le plaisir du sylphe Ariel, quand il tue le ver qui ronge les boutons de rose , ou

Quand il luit sur le dos delà chauve-souris; Ou, dans un liseron, dort, bercé par Ze'phire.

Mais pour l'élégant Ariel de Pope, et ses (( cinquante nymphes d'illustre origine, » il s'en souciait fort peu : il savait trèsbien que sa mère les admirait, mais il avait une honnêteté trop naïve et trop

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brusque , pour pouvoir affecter une admiration qu'il ne sentaitpas.il s'accusait de ce manque de jugement ; madame VVilson le rassura, en lui disant, que peut-être plus tard, il aimerait ces mêmes vers, et qu'il ne devait pas désespérer de son goût pour la poésie.

Henri fit la remarque qu'il lui était Lien plus facile de retenir les choses dont il comprenait le sens, que d'apprendre par cœur des listes de noms. Il se rappelait d'avoir lu dans la vie du baron de Trenck, que le roi de Prusse voulant éprouver la mémoire de cet officier, lui donna à apprendre une liste de soixante noms bizarres des soldats d'un de ses régiments. Trenck les apprit très-vite.

u Je suis bien aise , » ajouta Henri , « de n'avoir pas été à sa place , car sa majesté m'aurait pris pour un imbécille, et aurait jugé que je n'avais pas du tout de mémo ire. Il est beaucoup plus difficile d'apprendre les choses qui ne signifient rien , que celles dont le sens est suivi; il y a dan*. le sens un je ne sais quoi, qui vous aide a poursuivre, w

— a Oh î quand ce sont de drôles de choses, des amphigouris plaisans, )» dit Lucie , « cela se retient encore ; pour moi, l'amusement que j'y trouve me le fixe dans l'esprit. »

Henri en doutait.

M. Wilsou offrit, s'ils y prenaient plaisir, d'en faire l'épreuve, en leur récitant quelques amphigouris assez drôles , que M. Foote, écrivain facétieux, avait réunis pour éprouver la mémoire d'un homme qui se vantait de pouvoir apprendre par cœur , quoi que ce fût , après l'avoir entendu seulement une fois.

« Oh écoutons cela! et essayons, u s'écria Lucie.

— «Soit, » reprit son frère , « essayons; mais je suis sûr que je ne serai pas capable d'en apprendre deux mots de suite* »

— (c Ce ne sera pas un grand malheur pour toi, » dit M. Wilson.

— « Maintenant Lucie , reste donc tranquille, el écoutons. »

Mais le pouvoir d'attention de Henri, qu'il se préparait a exercer dans toute son étendue, fut complètement en défaut, quand son père, avec autant de rapidité qu'il pouvait en mettre a prononcer les mots , répéta l'amphigouri suivant , et commença brusquement ainsi :

a Elle s'élança donc dans le jardin pour couper une feuille cfechou, afin d'en faire une tourte aux pommes • et dans le même temps une grande ourse remontant la rue , plongea sa tête dans la boutique. « Quoi ! point de savon? »Il en mourut, l'infortuné,

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et très -imprudemment elle épousa le barbier ; Ta, furent présens les Petisoisonis et les Joblilies cl les Garyulies, et le grand Panjandrum lui-même , avec sou petit bouton rond sur la tête ; et tous se mirent ajoucr au jeu d'attrappe qui peut, et si fort que la poudre a canon s'en allait par les talons de leurs bo lies. »

— k La poudre a canon par les talons de leurs bottes! horrible bètisc! » s'écria Henri; tandis que Lucie, redoublant ses éclats de rire eu écoutant les expressions d'indignation de son frère, desirait seulement qu'il fit un peu plus jour, pour voir la mine qu'il faisait.

« Hé bien, l'un de vous peut-il se rappeler et répéter quelque chose de cela? » demanda leur mère.

Sans le grand Panjandrum lui-même , Lucie était presque sûre qu'elle aurait été en état de réciter le tout; mais elle avait été si étonnée de le rencontrer là , encore; lui, le grand Panjandrum! et si divertie par son petit bouton rond sur la tête, qu'elle n'avait pu pensera rien autre chose ; d'ailleurs, le rire l'avait empêchée d'entendre le nom de toute la compagnie qui était présente au mariage du barbier. Cependant , elle se rappelait parfaitement des Petisoisonis; ctellc savait bien pourquoi , c'était parce que leur nom

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sonnait un peu comme petits oisons; et que ça l'avait fait souvenir d'une drôle d'histoire d'un nègre, qui, pour dire a son maître qu'un M. Loison était venu le voir un matin , assura, ne pouvant se rappeler le nom , que le monsieur s'appelait a petit enfant d'oie. »

— a Tu vois donc, Lucie , » reprit son père , a. que toi-même , qui semble faire un peu partie de la grande famille des Petisoisonis , tu ne peux te souvenir d'un amphigouri que par quelque rapport de sons ou d'idées qui aide a te le fixer dans la mémoire. ;>

— « Oh papa , ayez la bonté de nous le répéter. Maintenant , Henri 3 je t'en prie , essayons encore une fois. »

— (( J'aimerais mieux apprendre un verbe grec; au moins y a-t-ilquelque bon sens. Papa, pouvez-vous nous en dire un?»

— « Je le puis, mon enfant, mais je ne le veux pas. Laisse ta sœur s'amuser du grand Panjandrum , et ne fais pas trop l'homme raisonnable , Henri. Il est bon quelquefois de dire des bêtises ; et toujours de la science et du bon sens , feraient de Jacques, un ennuyeux garçon*. »

* tes futurs commentateurs , observeront que

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Le grand Panjandrum fut récité de

nouveau , et cette fois Henri ayant fait de sou mieux, se rappela « qu'elle fut dans le jardin pour couper, une feuille de chou, afin de faire nue tourte aux pommes; » et il avait note dans sa mémoire la grande ourse et l'absence de savon , mais faute de savoir qui mourut, il ne put arriver jusqu'au mariage du barbier. Lucie , moins scrupuleuse sur le nominatif, alla son train rondement et joyeusement, « et trèsimprudemment elle épousa le barbier. »

Mais a l'instant ou d'un air de triomphe , elle enumerait toute la compagnie présente aux noces , et qu'elle en était aux Joblilies, Henri, dont l'attention n'avait pas été si complètement absorbée qu'il lut sans yeux pour ce qui l'entourait , s'écria :

« Papa î papa ! regardez ! regardez ! a

cette portière. Le feu î le feu î ce doit être

un horrible incendie. Tout le ciel est

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