‹ Les jeunes industrielsChapitre 13 sur 26 · ougc de ce côté Ta · texte numérisé non relu

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— « Oli c'est terrible! » dit Lucie,

regardant avec anxiété. » 11 faut que ce

soit une ville qui brûle. »

M. Wilson fait ici allusion à l'ancien adage anglais : Tout travail, sans plaisir, ferait de Jacques un ennuyeux enfant; tout amusement , sans travail, n'en ferait qu'un jouet*

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— « Papa ! n répéta Henri , trèsétomié du silence et de la tranquillité de son père, « ne voyez-vous pas cela ? »

— « Je le vois, mon enfant 3 mais ce n'est point une ville eu feu. Dans un moment, tu sauras ce que c'est. »

Un profond silence s'établit ; et le grand Panjandrum fut oublié , comme s'il n'en n'eût jamais été question. La voiture avançait : Henri se tenait la moitié du corps hors d'une portière , et Lucie se penchait à l'autre , tandis que de peur d'accident , sa mère la retenait par sa robe.

« Henri, que vois-tu? moi, je vois du feu, des flammes...! des étincelles qui vont jusqu'au ciel. Maintenant, j'aperçois..... Oh! maman, regardez donc une maison qui brûle... la, là, maman, la bas; les flammes sortent tout en haut ! »

— « De mon côté , ce sont des feux qui jaillissent de terre , » dit Henri. Lucie se jeta a la portière où se tenait Henri, le priant de regarder sa maison incendiée.

« Tout est brûlant ! le pays entier est en feu, » s'écria-t-elle.

— « Je suppose qu'on brûle des herbes, ou bien un bois, » dit Henri, cherchant a reprendre sa gravité accoutumée, et a se rendre compte de ce qu'il voyait; « mais pourtant, il y a bien sûr une maison qui brûle , papa ! c'est comme

une grande tour très -haute , et des ilammcs routes comme le sang s'élancent du faîte ! »

— « Et de moment en moment, nous en approchons davantage, » dit Lucie.

« La route, je le vois, passe tout au travers de ces feux; oh papa ! maman ! parlez au postillon, il se trompe sûrement. »

— (( Non, ma fille, il suit le bon chemin, » répondit madame VVilson ; « sois tranquille , il n'y a aucun danger , comme tu peux t'en assurer , envoyant, que ton père et moi, ne sommes alarmes ni pour vous, ni pour nous-mêmes. »

Ces mots prononcés avec calme appaisèrent les craintes de Lucie, et Henri se détermina a attendre l'événement, sans prononcer un mot de plus , quelque chose qu'il pût voir. La sérénité de son père lui prouvait qu'il n'y avait pas l'ombre d'un risque pour eux , ni pour personne ; mais , à mesure qu'il se tranquillisait, sa curiosité devenait plus vive. Il se demandait qu'est-ce qu'ils allaient voir , comment cela finirait, et par-dessus tout, qu'est-ce que ce pouvait être ?

Ils suivaient alors une route élevée , bordée de feux de chaque côté; a une distance de cent pas, des flammes semblaient s'élancer de terre: leur couleur d'un rouge sombre , et leur forme en

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langues pointues se détachait sur un fond noir, l'obscurité de la nuit enveloppant tous les autres objets, tandis que ces feux jetaient sur la route, aussi loin que l'œil pouvait atteindre , un éclat aussi vif que celui du jour.

« Papa avait bien raison de dire que nous aurions assez de lumière, » pensa Henri.

Lucie s'étonnait de ce que les chevaux ne paraissaient pas effrayés. Pendant quelque temps, la crainte qu'ils s'élançassent hors de la route élevée, et que la voiture fut précipitée et versée sur un des bas côtés du chemin, qu'ils prissent le mords aux dents, et que le postillonne fût désarçonne , lui faisait presque perdre la respiration. Mais quand elle vit que rien de tout cela n'arrivait, et que le postillon était si a son aise qu'il se penchait eu avant pour caresser ses chevaux; lorsqu'enfin , il poussa l'insouciance jusqu'à ôter son chapeau , en resserrer le ruban , l'essayer, l'ôter, l'essayer encore, jusqu'à ce qu'il allât a sa guise , Lucie commença a respirer librement, et a remarquer comme elle voyait bien l'homme , et les chevaux , et la belle ombre noire que la voiture faisait sur la route.

Voulant alors trouver quelque chose à dire pour montrer qu'elle n'avait pas

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peur, elle chercha des yeux la tour brûlante , mais elle était cachée par un coude ([lie formait le chemin, oîi elle se confondait dans l'éloignemcnt avec les autres flammes.

« C'est comme la contrée des adorateurs du feu , dans les Contes Arabes, » dit-elle enfin, « et ou croirait les voir eux-mêmes. » Elle montrait du doigt un groupe d'hommes, près de la route ; leurs figures pales comme des spectres, étaient fortement éclairées par la lumière d'un de ces étranges feux. Lucie pouvait distinguer les bras nuds d'un de ces hommes, et la pelle avec laquelle il remuait la masse brûlante. « Et, tenez, voila un petit garçon debout, à coté, et une femme avec un enfant dans ses bras ; c'est tout juste comme un tableau que j'ai vu quelque part. ))

— « Mais jamais nulle part tu n'as entrevu un semblable spectacle , » reprit Henri, « eu réalité du moins. Tous ces feux isolés, brûlants sur une surface de plusieurs milles, et pourquoi ? c'est ce que je ne puis imaginer. »

— « C'est comme les régions infernales! n'est-ce pas, Henri? »

— ce Je ne les ai jamais vues, non plus qu'aucune chose qui ressemble a ceci.

C'est merveilleux î pourquoi ces feux?...

seraient-ce des signaux ? » non , pensa Henri, il y en a trop, et sur un terrain plat. « Les feux pour des signaux sont toujours sur des hauteurs, n'est-ce pas, mon papa? A présent, je crois voir que ces flammes sortent de petits tas ou monceaux de terre. » Mais étaient-ils naturels ou artificiels? faits par la main des hom-» mes , ou poussés en dehors par des feux souterrains? Henri ne pouvait le deviner. Il ne voulait pas qu'on le lui apprît , tant il desirait faire cette découverte lui-même, mais il commençait presque à en désespérer.

u Papa, j'ai lu dans quelques livres de voyages, qu'il y avait des feux qui sortaient de terre, d'eux-mêmes • et j'ai entendu parler de quelques lacs de poix , ou de.... comment cela s'appelle-t-il? »

— « Est-ce de bitume , que tu veux dire? »

— « C'est cela même , papa ; sont-ce des feux de ce genre, de bitume, ou s'élancent-ils d'eux-mêmes, de la terre? y>

— « Ce n'est exactement ni l'un, ni l'autre, mon enfant; mais tous deux seraient possible, ce n'est donc pas trop mal deviné. »

— ((Encore la tour brûlante, mon frère! » s'écria Lucie. Ils en étaient alors assez

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près pour voir sa longue forme conique , et pour entendre le rugissement du feu. Le

corps de la flamme entier , sans augmenter ni diminuer, sortait comme un jet énorme de cette tour noire ; le vent l'agitait , et le poussait a droite, a gauche, sans que personne s'en approchât, ou y fît attention. Quand ils eurent dépasse la tour, et que de la route, ils aperçurent son autre face , ils virent une voûte rouge, ouverte audessous, et qui semblait remplie d'un lit de feu en pente.

Henri avait vu souvent des fours a chaux, brûlant de nuit.

« C'est un four a chaux , je crois , » ditil , (( mais d'une autre forme que ceux que je connais. )>

« Non, » repondit son père ; « cependant tu approches de la vérité. »

— a C'est une fonderie ! j'y suis , maintenant! je me rappelle la gravure dans notre Encyclopédie. C'est une fonderie pour fondre du fer, ou du cuivre. Oh je commence a tout comprendre. »

— <( Et voila d'autres fours tout pareils, mon frère. Qu'est-ce que c'est donc que cette grande chose noire qui se lève et se baisse régulièrement, et sans s'arrêter, comme une machine a vapeur ? »

— fr Comme le grand balancier. C'est

une machine a vapeur , » s'écria le triomphant Henri ; « j'en vois encore d'antres ! elles sont toutes a l'ouvrage, travaillant tout le long de la nuit, faisant toujours leur devoir d'elles-mêmes, et par ellesmêmes; oh comme c'est.... »

— « Sublime! » dit Lucie.

M. Wilson confirma Henri dans sa pensée. C'était effectivement des fonderies. Quant aux feux bas, la plupart étaient des sillons de charbons dont on faisait du coke pour le service des forges. Le procédé était très-simple: après avoir allumé le charbon de terre , un ouvrier s'occupait a le couvrir avec des cendres, a travers lesquelles la fumée put s'échapper jusqu'à ce qu'il fût suffisamment brûlé. Il leur apprit que le coke donnait une chaleur plus forte et plus intense quand on en avait extrait le gaz et la fumée. « Quelques uns de ces feux , » ajouta-t-il, « proviennent aussi de petits amas de charbon de rebut, qui sont sujets a s'enflammer spontanément, et qu'on laisse brûler, parce qu'on n'a aucun danger a en redouter dans cette terre déserte, d

L'intérêt et la curiosité de Lucie diminuèrent un peu par cette explication , qui détruisait tout le mystérieux, tout le merveilleux de la scène ; tandis que le

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plaisir de Henri s'accrut en considérant

cette étonnante réalité.

« Je serais bien content de voir tout ce pays-ici au grand jour, » dit-il , « et d'apprendre combien il y a de machines a vapeur à l'ouvrage. »

— w II faut remettre cela à demain, » répondit son vère.

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