CHAPITRE VIII
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Le matin , quand ils visitèrent la terrible lande, ils ne virent qu'un désert noir et stérile, couvert de tas moitié brûlans, moitié fumans, de mâche-fer, de charbon et. de fraisil *. Des nuages de fumée de toute couleur, blanche , jaune et noire, tournoyant au-dessus des cheminées des fonderies et des forges, obscurcissaient l'air. Il n'y avait point de vue. Le pays d'alentour était plat et morne. L'athmosphère était épaissie, et chargée de fumée et d'odeur de charbon. Le peu de gazon , de haies , d'arbres qui survivaient encore, étaient tout noircis. Les mains et la figure des hommes, des femmes et des enfans
* C'est le nom de la cendre de charbon de terre qui s'aglomère.
étaient barbouillées de suie ! Il n'y avait pas jusqu'aux troupeaux de moutons qui ne lussent noirs : pas un agneau qui eut un flocon de laine blanche , ou un air de propreté. Celait la contrée la plus effrayante que Lucie eût jamais vue. Henri avouait bien qu'il n'y avait rien Ta de gracieux ou de joli : mais tout y elait merveilleux- c'était un genre de sublime. Et comment eût-il pu s'empêcher de sentir une profonde vénération pour l'endroit 7 où les machines a vapeur semblaient abonder , et où elles gouvernaient un monde qui leur appartenait presque exclusivement ? Elles travaillaient sans cesse , et vaquaient à de grands ouvrages variés a l'infini , remplissant les vastes soumets des forges, des fournaises , des fonderies ; élevant de minute en minute des tonnes d'eau pour dessécher les profondeurs des mines de charbon. Les coups des balanciers frappaient l'oreille a des intervalles réguliers, et clans l'éloigncmcut, on entendait le bruit du feu sortant par bouffées des fournaises. En approchant des fonderies, le fracas devint de plus en plus fort, et quand ils entrèrent dans le bâtiment , c'étaient d'effroyables mugisse mens de machines et de feux. Lucie retint son souffle, elle leva les yeux sur son père; elle voyait remuer ses lèvres, mais ne
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pouvait entendre ce qu'il disait. Elle se saisit de sa main, et demeura immobile. Elle vit une immense fournaise , pleine , a ce qu'elle pensait , d'un feu liquide ; mais c'était du fer fondu tout rouge. Un homme avec des bras couleur de bronze nus jusqu'aux épaules , et une figure toute luisante de transpiration , portait cette effrayante liqueur dans un grand sceau; un autre la versait dans des moules de sable. Quelques hommes, la tête couverte de chapeaux blancs , leurs pâles figures reflétées par le feu , couraient ça et la , portant dans d'énormes pinces a longs manches de grosses masses de métal rougi au feu. D'autres, que l'on voyait a quelque distance dans la forge , traînaient des barres de fer rouge, tandis que deux ouvriers, arme's de marteaux , les tenaient levés, attendant le moment de donner alternativement leurs coups. Lucie essaya de faire entendre a Henri que ces hommes lui faisaient l'effet de Cyclopes ; mais elle ne put en venir a bout. 11 semblait que la , c'était une vaine entreprise pour une créature humaine , que de chercher à élever la voix. Le vent , le feu , les marteaux, les' soufflets, les machines seules, jouissaient du privilège d'être entendues. Les hommes vaquaient en silence a leurs affaires, faisant signe seulement de
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s'écarter quand on se trouvait dans leur chemin.
Tandis qu'ils étaient à regarder la fonderie , ils rencontrèrent M. Watson, le propriétaire , pour qui le père de Henri avait une lettre de recommandation. Il s'excusa de n'avoir pu jusqu'alors les accompagner lui-même; mais maintenant il avait quelques heures a leur donner , dit-il, et avec une franche hospitalité, il les engagea à se rendre à sa maison qui était peu éloignée, et il les présenta a sa femme et a ses sœurs. Lucie et sa mère restèrent avec ces dames , tandis que M. Watson s'empara d'Henri et de son père , pour leur faire voir sa mine de charbon. Il fallait descendre les uns après les autres , au moyen d'une espèce de seau suspendu a uîie corde , dans les profondeurs de la mine , dont l'entrée ressemblait a un large puits. M. Watson , tournant les yeux vers Henri , demanda à son père , si l'enfant ne serait pas effrayé. Henri , eu rougissant jusqu'aux oreilles, répondit pour lui-même : « Non , monsieur ; je n'ai point peur d'aller, partout où va mon père. »
M. VVilson entra d'abord avec un des charbonniers dans le seau qui fut descendu à l'aide d'une corde déroulée par la machine a vapeur ; en peu de secondes,
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Henri le perdit de vue , et bientôt le seau reparut , ramenant seulement le charbonnier.
« Maintenant , descendez , ou non , a votre volonté , » dit M. Watson.
— (( Je descendrai, » répondit fièrement Henri.
— a Allons, ne vous pressez pas tant; laissez-moi vous mettre dans le seau. »
Il le prit par le bras , le souleva, et le fit entrer dedans. Le charbonnier lui recommanda de rester tranquille, il le fit, et le seau descendit. Plus ils avançaient, plus l'obscurité s'accroissait , jusqu'à ce qu'enfin , ils ne virent plus au-dessus d'eux qu'un petit point lumineux , comme une étoile. Tout ce qu'Henri pouvait faire , c'était de distinguer dans les ténèbres la main et le bras de l'homme qui repoussait les parois du puits pour tenir le seau au milieu , et afin qu'il ne pût frapper contre les côtés. Enfin , ils prirent terre au fond , sans accident. Une lampe éclairait la voûte , et Henri s'élança de sa singulière voiture , avec l'assistance de la main de son père , et se réjouit d'avoir eu le courage de descendre.
Aussitôt que M. Watson fut arrivé en bas , et les eut rejoints , il les conduisit à travers les galeries et les différens passages des mines de charbon , et montra a
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Henri, où, et comment les hommes travaillaient. Henri fut Surpris de voir le grand nombre d'ouvriers et de chariots qui étaient employés a transporter le charbon. 11 eut aussi le plaisir de voir la. ce qu'il avait tant désire connaître, la manière dont on se sert de la machine a vapeur pour pomper l'eau qui s'amasse dans les mines. L'inspecteur lui dit qu'avant que la vapeur eût été appliquée a cet usage , il fallait des années de travaux pénibles pour faire ce qui s'exécute maintenant en quelques jours.
Son père s'arrêta a examiner une espèce de lampe employée depuis quelque temps pour l'éclairage des mines, et que, d'après sa construction particulière , on nomme lampe de sûreté , attendu qu'elle prévient complètement les funestes accidens qu'occasionnait autrefois l'explosion des vapeurs inflammables , lorsqu'elles étaient allumées par la flamme d'une chandelle. Henri souhaitait beaucoup qu'on la lui expliquât, mais son père lui dit qu'il le ferait une autre fois, et qu'il ne pouv ait s'arrêter davantage, car le temps de M, Walson était précieux ; ce que ce dernier ne nia pas. Cependant il ne les pressa point , mais :1 parlait peu , et marchait Vite. Quand il eurent fait le tour de la mine, il cria a l'homme qui était au haut de
l'ouverture , de faire descendre le sceau. Ils remontèrent, comme ils étaient descendus, et Henri fut Lien aise de respirer de nouveau l'air frais, et de retrouver la clarté du jour, quoiqu'il en fut d'abord ébloui. Ils virent ensuite les routes a rainures de fer* , sur lesquelles de petites charrettes chargées de charbon , étaient aisément poussées par un homme, quel-
* Il y a deux manières de construire ces routes ; la première, en y enchâssant des sillons creux en fer, ou des rainures comme des espèces d'ornières, dans lesquelles des roues faites exprès s'enchâssent et glissent : mais on a reconnu à cette méthode des inconvéniens assez graves , et on l'a remplace'e par des barres de fer saillantes et arrondies; les roues qu'on y adapte sont creuses, et se mettent comme à cheval dessus : rien n'arrête alors le mouvement ; tandis que la boue ou le gravier entrant dans les rainures entravaient quelquefois la marche ou fatiguaient le fer par un frottement inutile. Enfin, comme l'esprit humain ne s'arrête pas quand il est sur la voie des perfectionnemens , on a imaginé depuis peu d'économiser encore les moyens, en ne mettant qu'une seule barre de fer arrondie, sur le milieu de la route, au lieu des côtés; les voitures sont alors fort basses , et d'une forme différente. Le milieu , garni en fer , est creux en dessous , et s'adapte parfaitement à la ligne de fer sur laquelle il doit glisser. Rote du Traducteur,
quefois même par un enfant qui les guidait ou les suivait. Ils arrivèrent bientôt à ce que M. Watson appelait le plan incliné. Henri vit deux routes en fer, placées a côté Tune de l'autre, et suivant une pente assez roide. Sur l'une, étaient plusieurs charrettes a charbon vides , attachées ensemble ; et sur l'autre, un chariot chargé, qui , a mesure qu'il descendait la pente , faisait remonter les charrettes vides. Cela s'eiFectuait au moyen d'une chaîne , qui était attachée par un bout au chariot chargé , et par l'autre, aux charrettes vides, et qui passait autour d'une grosse poulie , au haut de la pente , ou plan incliné ; de sorte que le lourd chariot, descendant par son propre poids sur une des routes , tirait en haut les autres chariots.
« Mon petit homme, vous pouvez faire une course du haut en bas , et du bas en haut, si vous voulez , vous serez assez en sûreté; et je vois que vous n'êtes pas un petit poltron, ni un beau monsieur 'qui craigne de s'asseoir dans une charrette à charbon , et qui soit l'esclave de sou habit ou de sa culotte. »
Henri sauta dans une des charrettes vides.
« Jetez-lui une botte de foin; il sera
assis comme un roi. La, tenez-vous ferme, ou gare au départ! Garçon, ayez l'œil sur lui. Bon voyage ! »
Henri monta ; arrive en haut , il regarda son père , qui était resté en bas , et pendant un moment, il eut peur de redescendre : la route lui paraissait si rapide î Un petit garçon , fils d'un des charbonniers, qui se trouvait Ta, lui dit qu'il montait et descendait par le même chemin, bien des fois par jour, sans qu'il lui fût jamais rien arrivé. Henri se dit a luimême : (( S'il n'arrive rien aux autres , pourquoi m'arriverait-il quelque chose k moi ? )> Et domptant ainsi la peur par la raison, il s'assit et redescendit.
« Papa ! )) s'ccria-t-il , aussitôt qu'il eut une jambe hors du chariot , « je suis bien aise que Lucie ne soit pas venue avec nous. Elle aurait été horriblement effrayée , en rue voyant redescendre si vite. )>
— « Prenez garde k vous , jeune homme , et tirez votre autre jambe du chariot, » dit M. Watson, « car il va remonter. »
— « Il est heureux que je me sois ôté* du chemin k temps, sans quoi j'aurais été jeté hors, de la charrette avec ce tas de charbon , » reprit Henri.
r— « Il faut avoir soin de ses jambes et
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de ses bras ici , » dit M. Watson , « et c'est
une précaution qu'il est utile de prendre
partout. ))
Tout brusque qu'était M. Watson
Henri l'aimait parce qu'il était bon homme, et que lorsqu'il avait le temps de penser a Henri, il avait soin de lui désigner ce qui valait la peine d'être vu : mais une l'ois il faillit le jeter dans un fossé , en voulant le faire sauter par-dessus une barrière : a la seconde , Henri lui dit , « j'aimerais mieux passer seul , monsieur, s'il vous plaît. »
— (( Passez mon petit atni, je croyais que vous ne le pourriez pas , mais je vois que vous savez vous tirer d'affaire, ainsi je ne m'inquiéterai plus de vous.
Us atteignirent la maison de M. Watson juste à l'heure du dîner. L'on se mit a table. Henri et Lucie firent honneur au repas, surtout Henri, dont l'appétit était encore aiguisé par l'exercice qu'il avait pris. Le dîner était abondant , quoique simple ; il y avait des crèmes et des fruits confits en grande quantité , car le maître du logis les aimait, et sa femme et ses sœurs étaient fort habiles dans l'art d'apprêter toute espèce de friandises. Au milieu du dessert , M. Watson se leva de table , après avoir bu un verre de vin à. la santé de ses hôtes. « Il faut que je vous
quitte, » leur dit-il, ft pour aller a mes affaires. »
Henri sauta en bas cle sa chaise, et le suivit jusqu'à la porte; mais sa mère le rappela en lui disant qu'elle craignait qu'il ne fût importun.
« M. Watson ne t'a pas prié d'aller avec lui, mon cher? »
h C'est vrai ; je n'ai pas pensé au petit garçon , » reprit M. Watson , en se retournant. « Je ne vais qu'assister au paiement de mes ouvriers qui a lieu tous les samedis soir ; ce ne serait pas bien divertissant pour vous , mon enfant. »
— « Oh, si, monsieur, » dit Henri; et il allait ajouter , « pourvu que cela ne vous gêne pas. » Mais M. Watson continua sa route.
— « Suivez-moi , en ce cas. Je vous réponds que vous ne me serez pas du tout incommode : je ne penserai pas plus à vous que si vous n'étiez pas avec moi. »
Tant mieux, se dit Henri , qui n'aimait rien tant que de pouvoir tout entendre et tout voir sans que personne s'occupât de lui. M. Watson s'enveloppa de sa redingotte comme il parlait, et en jeta les pans sur les yeux de Henri ; mais Henri n'était pas a cela près, et il n'en ralentit pas même sa marche. M. Watson traversa la cour a grandes enjambées , et
monta les escaliers du bureau , trois marches a la fois. La pièce où l'on payait était remplie d'hommes, qui se séparèrent de suite pour laisser passer le maître de la fonderie ; mais la foule s'èlant rapprochée de nouveau , Henri eut de la peine a se frayer un chemin. Cependant, a forcede se faire mince, et de se faufiler petit à petit sous les coudes des pins grands ouvriers, il atteignit un coin tout près de la table du commis, qui était assis, et qui avait devant lui un grand livre ouvert et un sac d'argent. Henri savait qu'il ne fallait déranger personne , aussi ne fit-il point de questions. Mais il monta sur un grand tabouret recouvert en cuir qui était a côté de la chaise du payeur, et de ce poste, il regardait tout ce qui se passait. Il s'amusa a examiner toutes les figures des hommes qui venaient chacun a leur tour se présenter devant le commis; il remarqua que M. Watson mettait une grande exactitude a s'assurer qu'on leur payait bien tout ce qui leur revenait. Une fois, il y eut quelque difliculté de la part d'un vieillard sourd et stupide , qui prétendait que la balance de son compte n'était pas juste; M. Watson vérifia luimême les livres, et recommença le calcul pour voir lequel avait raison, du vieux ou du>commis. Henri , qui écoutait de
toutes ses oreilles et regardait de tous ses yeux, aurait bien voulu savoir ce qu'on entendait par la balance du compte.
M. Watson fut plus complaisant qu'il ne l'avait annonce ; car , pendant l'intervalle qui s'écoula entre le départ d'une classe d'ouvriers, et la venue d'une autre, il trouva le temps d'expliquer la chose a Henri , qui , penché sur l'épaule du commis , s'était aventuré à dire a demi-voix, « où est donc la balance dont on parle? ))
— a Regardez ici : voila tout le mystère. Vous voyez au haut de ces pages et de toutes les pages du livre, Dr. et Cr. , ce qui veut dire, Débiteur et Créditeur. Débiteur sur la page à gauche : Créditeur sur la page a droite. Tout ce que cet homme me doit est mis sur le compte du Débiteur , ou sur le côté gauche du livre ; tout ce qui lui est dû , a lui , doit être mis sur le compte du Créditeur, ou sur le côté droit du registre. Additionnez ensemble toutes les sommes qui appartiennent au compte du Débiteur, et toutes celles qui appartiennent au compte du Créditeur , et voyez quelle est la plus lourde , ou la plus considérable ; déduisez-en la somme moindre , ou plus légère , et la différence , quelle qu'elle soit, se nomme la balance. On peut considérer un registre comme une paire de
balances , et les sommes inscrites de chaque côte comme des poids : les deux côtes se contrebalancent mutuellement. Par exemple, voici le compte de Jean Smith : côte du Débiteur , deux louis (48 francs); côte du Créditeur , quatre louis huit schillings* ; a présent , mon enfant , vous pouvez facilement trouver la balance , et me dire ce que je dois lui payer. Ecrivez votre réponse sur ce bout de papier , quand vous aurez fait votre calcul. Mais ôtez-vous de la, car il faut que j'expédie mon travail. »
Henri écrivit sa réponse avec un crayon, et la mit sur le pupitre devant M. "Watson , mais il se passa du temps avant qu'il la vît ou qu'il y pensât.
(( Deux louis huit schellings (2 louis et 9 fr. 12 sous), est la balance qui reste due a Jean Smith. »
— « Très-juste , » reprit M. Watson.
u On suit toujours la même méthode pour établir toute espèce de compte. L'argent payé par la personne qui tient le compte se met du côté du Débiteur, et l'argent reçu par elle , du côté du Créditeur, m
* Le schclling vaut vingt-quatre sous de France. La somme totale fait donc 4 louis ou 96 francs, et 9 francs, 12 sous de notre monnaie.
(( Est-ce la tout? » demanda Henri.
— u Tout, dans les comptes simples, reprit M. Watson. Mais la tenue des livres , quoique d'après le même principe , est beaucoup plus compliquée. »
Henri prit beaucoup d'intérêt a tout ce que M. Watson dit aux ouvriers. Il s'informait de leurs affaires domestiques, et ils lui racontaient tout ce qui les concernait, entrant dans le détail de leurs besoins, de leurs espérances et de leurs craintes.
Plusieurs laissaient une partie de leur argent^entre ses mains , afin qu'il le mît pour eux a la Caisse d'Epargne*. Henri comprit que par cette sage précaution, les ouvriers amassaient un petit fonds pour le temps de la maladie et de la vieillesse. Il y avait parmi les autres, un homme en guenilles , d'un aspect sale et négligé ;
* Les caisses d'épargne existent depuis long-temps en Angleterre. On en a fondé aussi une à Paris où l'on reçoit les plus petites sommes et où elles rapportent cinq pour cent d'intérêt. Cet établissement , dû à la bienfaisance de quelques-uns de nos capitalistes, a déjà été une ressource immense pour la classe ouvrière. Voyez pour plus de détails, le joli conte de M. Lemonley intitulé : les Trois Visites de M. Bruno , ou les bons effets de la caisse d'épargne et de prévoyance.
quanti il s'approcha pour recevoir sou paiement, M. Watson fronça le sourcil, et lui dit : « N'avez-vous pas de honte, Jacques, d'être tout déguenillé comme vous voila, quand vous gagnez tant? si vous mettiez moins d'argent dans votre verre, vous en auriez plus dans votre poche , et sur votre dos. »
Henri comprit ce que cela voulait dire , et l'homme déguenillé s'en alla tout honteux, tandis que ses compagnons riaient à ses dépens. M. VVatson était aussi ferme que bon maître pour ses ouvriers; il encourageait l'industrie et la frugalité , mais les paresseux et les ivrognes ne trouvaient point grâce devant lui; il les réprimandait avec sévérité. Du reste, il veillait sans cesse à ce que justice fût faite a tous également, et au lieu de se contenter de donner sur ce point des ordres, souvent mal suivis , il prenait la peine d'y voir lui-même.
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