‹ Les jeunes industrielsChapitre 15 sur 26 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

j~ciu Qùjilauiôahon ) v c^ocpéviencc^ ; \<A CUvaae'eà.

Tandis que Henri assistait a la paie des ouvriers , et s'instruisait sur la balance d'un compte, Lucie apprenait de son côté une foule de choses également intéressantes pour elle , concernant les dragées et le sucre candi ; une des sœurs de M. Watson possédait a fond , en pratique , et en théorie , l'art du confiseur. Dès que Henri rentra, Lucie courut a lui pour lui dire ce qui l'occupait dans le moment, et il fut obligé de remettre a une autre fois l'histoire des calculs du créditeur, du débiteur, et de tout ce qu'il avait vu.

« Henri, mon cher Henri! tu sais bien ces petites, petites dragées roses, bleues et blanches, qui ne sont pas plus grosses que Ja tête d'un camion?... »

— « Je crois que je connais les dragées que tu veux dire, » reprit Henri; « on les appelle de la nompareille; mais je ne con-

nais pas un camion , ni la grosseur de sa te Le. »

— « C'est vrai , je ne pensais pas que tu étais un garçon, et que tu ne pouvais pas connaître les camions si Lien que moi. Ce sont de petites épingles a attacher la dentelle. Quant aux dragées, tu en as vu aujourd'hui même, sur les œufs a la neige. »

— « Je sais , » dit Henri. « Eh Lien? »

— (( Eh Lien, tu ne peux pas te faire d'idée de toute la peine qu'il faut prendre pour faire ces petites dragées. MissWatson m'a expliqué comment on fait du sucre au gingemLrc, et je lui ai demandé ensuite si elle pourrait me dire , ou me montrer, comment on faisait ces petites dragées. Elle m'a répondu qu'elle ne pouvait pas me le montrer , parce qu'il lui était impossiLle de supporter le degré de chaleur nécessaire a leur cuisson. Elle m'a dit aussi que la Lassinc dans laquelle on les faisait Louillir , se mettait sur un feu trèsardent , et qu'il fallait continuer a remuer toujours le sucre, malgré la grande chaleur. C'est ordinairement un homme qui se charge de remuer avec une spatule , ou un grand écumoir à long manche , et il arrive souvent que les plus roLustes se trouvent mal. »

Henri s'étonna qu'on n'eût pas invente* quelque manière de faire Lrasscr le sucre

dans la bassine par quelque machine ingénieuse , et il allait continuer a questionner Lucie là-dessus, mais elle était trop pressée d'en venir au sucre candi.

« Henri , sais-tu comment se fait le sucre candi ? je vais te le dire , car je viens de l'apprendre tout-a-l'heure. Quand le sucre est dissous, on le verse dans des pots où Ton a mis, en travers, de petits morceaux de bois très, très-minces, ou des fils tendus a une petite distance les uns des autres. Ces espèces de moules, ou pots, qui renferment le sucre liquide, doivent tous être bien recouverts , et tenus dans un endroit très-chaud pendant un certain temps, sans que personne y touche. On les place dans une chambre chauffée comme une étuve par un grand poêle; on prend bien soin qu'il n'y entre pas d'air, car on dit que le moindre dérangement gâte tout, et empêche le sucre de se former en jolis cristaux bien réguliers, comme tu en as vu dans le sucre candi. Si on ne dérange pas les pots, ces petits cristaux se forment autour des morceaux de bois dont j'ai parlé, ou sur les fils. Je parierais que tu te souviens d'avoir souvent trouvé du fil dans le sucre candi; et à présent, tu sais à quoi cela sert. »

— at Mais qu'entends-tu par des cristaux ? Explique-toi au moins. »

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— f< Je croyais autrefois, » dit Lucie, u que par cristaux , ou n'entendait que des morceaux de cette chose blanche et transparente qui ressemble a du verre ;

mais miss Watsou m'a explique qu'il y a des cristaux de différentes espèces, et de diverses substances , de sucre par exemple , comme ceux du sucre candi , et de je, ne sais combien de sortes de sels,* enfin de toutes les substances qui peuvent se cristalliser : ce sont ses propres paroles , et je crois bien me les rappeler. »

— ce C'est très - probable , » reprit Henri; « mais je ne comprends pas encore exactement ce que tu veux dire par ce que tu appelles se cristalliser. »

— a Se changer en cristaux. Que veuxtu de plus? Voici ce qu'on nomme un cristal de sucre candi: voila ses côtés réguliers , ou ses facettes ; tu sais que les cristaux ont toujours des facettes régulières, et en nombre égal. Pugardc-ie , touches-y , et goûte-le si tu veux. »

Henri regarda, toucha et goûta; mais, n'étant pas encore complètement satisfait, il dit : a Je voudrais bien savoir quelle différence il y a dans une chose , avant et après sa cristallisation. »

— a Ladillérence est très- simple. Avant que la chose fut cristallisée , elle était en sirop , c'est-à-dire en sucre et en eau, et

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maintenant tu vois qu'elle est devenue solide. »

— u Trt if ])ien, je comprends cela; mais comment , ou pourquoi, les fluides se cristallisent-ils? »

Lucie avoua qu'elle n'en savait rien , et fut charmée que la conversation en restât Fa. Quelques iustans après, elle remarqua un ornement sur le manteau de la cheminée : c'était une petite corbeille , qui semblait composée de cristaux en verre, ou de spath blanc.

Miss Watson lui dit, que ce n'était ni du verre, ni du spath; et elle ajouta : «c'est moi qui l'ai faite. »

— « Yous î comment avez-vous pu y parvenir? » demanda Lucie , « et de quoi est-ce donc fait? cela ressemble bien un peu au sucre candi blanc; peut-être est-ce fait de la même manière. C'est peut-être aussi une espèce de sucre candi? »

— « Le goût décidera bientôt la question, » dit Henri. « Puis-je y goûter avec le bout de ma langue? »

Miss Watson lui en donna permission, mais elle l'avertit qu'il pourrait bien ne pas le trouver bon.

« Oh î je devine ce que c'est, » dit enfin Henri , après avoir appliqué sa langue sur un des cristaux ; « au goût je suis sur que c'est de l'alun. »

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11 ne se trompait pas. Lucie avait vu des morceaux d'alun , mais aucun ne lui avait -semblé assez grand pour qu'on pût le creuser, et en faire une corbeille semblable a celle de miss VTatson, et il eu été difficile de le tailler en formes aussi régulières. Elle en revint donc a sa première idée de la ressemblance avec le sucre candi, et elle continua a penser que cela s'opérait parles mêmes moyens. Miss Watson lui dit, que jusque-là elle devinait juste ; que, de même que le sucre candi , cela se faisait par la cristallisation. Elle lui montra tout le procédé, qui est fort simple. D'abord, elle mit de l'eau dans un pot de terre, avec autant d'alun que cette quantité d'eau en pouvait dissoudre ; elle le fit bouillir jusqu'à ce que l'alun fût fondu; elle apprit alors à Lucie qu'elle avait obtenu une solution saturée d'alun , c'est-a-dire qu'il s'était dissous autant d'alun que l'eau pouvait en contenir.

Miss Watson prit ensuite un petit panier d'osier , et le suspendit par l'anse sur un bâton posé en travers a l'ouverture du pot, de manière a ce que le panier et Tanse fussent tout-a-fait plongés dans l'alun, sans pourtant toucher par aucun point au fond du vase. Comme le panier était fort léger , il ne se serait point enfoncé dans l'eau, sans un petit poids

qu'on avait eu soin d'y mettre. Le tout fut ensuite recouvert d'un morceau de drap de coton grossier, et déposé dans un endroit frais, où personne ne devait entrer. Miss Watson conseilla a Lucie de n'y point regarder pendant un jour et une nuit, pour donner a la cristallisation le temps de se faire lentement , et de former des cristaux parfaits, ce qui ne peut s'obtenir que par Tévaporation lente et régulière de l'eau.

Lucie semblait encore avoir la tête préoccupée de quelque difficulté qu'elle ne pouvait résoudre, et regardant Henri, elle dit :

(( Je crois que nous pensons tous deux a la même chose , Henri; je voudrais bien savoir exactement ce qu'on entend par cristallisation. »

— « C'est a quoi je réfléchissais, » reprit Henri, « et je souhaitais avoir un livre que nous avons laissé chez nous , dans lequel je sais qu'il y a une explication lk-dessus. )>

Miss "Watson demanda si ce livre ne serait pas par hasard les Conversations sur la Chimie.

« C'est cela même ! » srécria Lucie , « comme vous l'avez deviné tout de suite! et vous ravez?quel bonheur! » Miss Watson prit le livre dans la bibliothèque ,

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et le donna a. Lucie, qui chercha le passage dont Henri venait de parler. Il commençait ainsi :

a Je ne comprends pas toul-à-fait le sens du mot cristallisation , » dit Emilie*.

— rc Voilà précisément ce que j'ai éprouve, » reprit Henri.

— « Et ce que j'aurais du éprouver aussi, » dit Lucie, u Mais je n'ai vu que je n'y comprenais rien , que lorsque tu m'as demande de te l'expliquer , Henri. Continuons à lire. »

Après quelques lignes elle en vint au mot calorique , et demanda si cela signifiait la même chose que chaleur.

« Pas exactement, » dit miss Watson; « mais la différence est expliquée dans ce livre même. »

Elle feuilleta le volume, et montra a Lucie Le passage qui définit la différence entre la chaleur et le calorique ** . Le sujet était neuf pour Lucie, et presqu'a chaque ligne elle avait besoin d'explication. Elle s'arrêta et murmura tout bas a Henri 7 qu'elle n'était pas sûre de savoir ce qu'on entendait par les parties intégrales d'un

* Conversations sur la Chimie, vol. i , page 34i •> huitième édition.

** Ibid. vol. i ? page 35.

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corps. Miss "Watson ouvrit le livre au commencement, et lui montra une explication parfaitement claire des parties intégrales*.

ce Oh î mon Dieu , comme vous connaissez bien tout cela î » reprit Lucie, ce vous savez où trouver tout, dans ce volume. »

Miss Watson dit que cela n'était pas étonnant, parce qu'elle l'avait lu et relu bien des fois.

<c Mais , d'abord , a la première lecture, cela ne vous a-t-il pas semblé bien difficile? » demanda Lucie.

Elle répondit que non; qu'au contraire il lui avait paru clair et très-facile à comprendre.

ce Ah ! parce que vous ne l'avez lu que depuis que vous êtes grande, à ce que je suppose ? i)

Miss Watson dit qu'elle ne croyait pas que ce fût Ta la raison qui le lui avait fait aimer, attendu qu'elle avait vu beaucoup de jeunes personnes de l'âge de Lucie le comprendre a merveille. '

ce C'est pourtant bien singulier que je sois- obligée de m'arrêter, comme vous

* Conversations sur la Chimie , vol. î, page 9, huitième e'dition.

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voyez, deux ou trois fois, avant d'avoir lu une seule page, pour demander le sens des mots, n

— « Parce que vous avez ouvert le livre au milieu ; vous n'avez pas lu l'ouvrage dès le commence ment ; sans cela , vous auriez vu que tous les termes sont expliques a mesure qu'on avance. »

— « Même comme cela je les aurais oublies, » reprit Lucie en soupirant; r< il faut que vous ayez une Lien bonne mémoire pour vous les rappeler tous. »

Miss Watson lui dit , que non seulement elle avait lu le livre dès le commencement, mais que souvent, elle remontait aux définitions des mots, et aux explications , lorsqu'elle ne se trouvait pas bien au fait.

La conversation tourna ensuite sur di férens sujets qui n'intéressaient pas Lucie; elle suivit donc Henri, qui, tenant toujours son livre , alla s'installer dans un coin de la chambre, où il pût être tranquille; la, selon sa manière lente, mais sûre, il se mit à réfléchir sur ce qu'il lisait, afin de le mieux comprendre. Lucie était plus vive et moins appliquée , et lorsque sa mère et Miss Watson passèrent près d'eux, elle saisit la première par sa robe, et dit :

« Je comprends ce passage sur la cristallisation à présent, je crois. C'est fort clair, n

— a Je ne doute pas que cela ne soit très-clair, ma chère, » reprit sa mère ; K mais es-tu bien sûre de l'entendre ? »

— « Oui , maman , si vous voulez seulement regarder dans le livre. Tenez, voilà le passage : « la cristallisation est simplement... ))

— « Je ne veux pas le lire , ma chère Lucie, ni te l'entendre lire • raconte-lemoi de toi-même. »

— « Mais, maman, quoique je le comprenne bien, vous savez qu'il est impossible que je vous le dise aussi bien que dans le livre. »

-— (( Je sais cela, Lucie, mais explique-le-moi, n'importe comment, pourvu que tu exprimes bien ce que tu veux dire; alors , tu seras certaine de ce que tu sais , ou de ce que tu ne sais pas. »

— (( Eh bien, maman, d'abord, supposez un corps, c'est-à-dire, une substance... ))

— « Quelle espèce de corps ? Quelle espèce de substance ? » demanda sa mère.

— (c II faut que ce soit un fluide , » dit Lucie, a Oui, maman, avant de se cristalliser, il faut que ce soit un fluide. Com-

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mcnccz donc par supposer un fluide. ~i, Non, non, je crois qu'avant tout, avant de devenir fluide , ce doit être un corps solide. Hein , Henri ! Que dirai-je a maman de supposer , un fluide , ou un corps solide? »

— « Décide cela toi-même, ma chère Lucie , » reprit sa mère • m cela ne peut dépendre de ce que pense Henri, mais de ce qui est réellement le fait. »

— « Je me le rappelle tout, maman , » dit Lucie , après une courte pause, « et je vais commencer parmi corps solide, maman. Supposons donc qu'une substance dure, du sucre, par exemple , ou de l'alun, soit dissoute par la chaleur ou par l'eau; et supposons qu'aucune de ses parties originaires , c'est-a-dire, les parties dont elle était originairement composée , i ne se soient perdues en se dissolvant, mais ' soient seulement séparées, pour ainsi dire , par l'eau ou par la chaleur qui les a dissoutes. Alors , maman , si vous pouviez ôtcrla chaleur ou l'eau, les parties originaires de la substance , de l'alun , par exemple, se rapprocheraient et se réuniraient, dès que ce qui les séparait, serait ôté : c'est Ta la cristallisation. Vous pouvez ôter la chaleur, en laissant refroidir, et les premières parties se réunissent et reprennent une forme solide. Ou vous pouvez faire évaporer l'eau par la cha-

leur, et c'est la même chose : les parties se rejoignent et se cristallisent. De quelque manière qu'on s'y prenne , soit par le chaud, soit par le froid, si l'opération n'est pas troublée ou dérangée par quelque accident, les facettes se forment, et la cristallisation s'opère. »

— a Tu t'es passablement Lien tire'e de ton explication, Lucie, » dit sa mère.

— « Mais il y a encore une chose que tu aurais dû dire , » reprit Henri.

— « Quoi donc? »

— a C'est que différentes substances se forment en crsitaux de différentes coupes. Mais les cristaux de certaines substances , comme je viens de l'apprendre , » continua Henri, ci ont toujours le même nombre régulier de côtés ou facettes ; de sorte qu'en voyant un niorceau de cristallisation, vous pouvez dire , après avoir compté les facettes, de quoi il se compose ; ou bien encore, l'on peut prévoir d'avance le nombre de faces, et la forme des cristaux que donnera un sel , ou une substance connue, qu'on a fait dissoudre, et qu'on veut faire cristalliser. »

— « De l'alun , par exemple , » s'écria Lucie. « Nous savons que l'alun qui a été fondu dans l'eau chaude , et que miss Watson a serré pour qu'il se cristallise , aura des cristaux de la même

forme que ceux de celte corbeille qui est sur la cheminée , et qui est faite depuis long-temps. Je vais compter les facettes, et je t'en dirai le nombre. »

Henri fit l'observation que miss Watson pourrait , si elle le voulait , en dire le nombre sans les compter : ce qu'elle fit aussitôt.

— « Comme il doit être difficile d'apprendre par cœur, et de retenir le nombre de faces qui appartient a toutes les diverses espèces de cristaux ! »

— « Ce n'est pas nécessaire, » dit miss Watson ; « on en trouve la liste dans plusieurs livres qu'on peut consulter au besoin. »

— « Mais vous saviez le nombre pour l'alun, sans le chercher dans un livre.»

— « Oui, parce que je suis accoutumée à voir ses cristaux» Comme je vous l'ai déjà dit, plusieurs faits de chimie ou de minéralogie qu'il serait difficile de se rappeler séparément , ou pour les avoir lus , ou entendu raconter , se gravent aisément dans la mémoire , lorsqu'on essaie de faire soi-même des expériences, et qu'on les rattache a d'autres faits, ou a ses propres observations. »

Miss Watson raconta a Lucie qu'elle avait pris un goût particulier pour cette étude, parce que son père étant chimiste,

il lui arrivait souvent de rester clans son laboratoire , pendant qu'il travaillait.

« A moins d'avoir vu les choses mêmes, » ajouta-t-elle , « je suis sûre que je ne me serais jamais souvenue des descriptions qu'on m'en avait faites. D'ailleurs, je prenais un si vif intérêt aux expériences de mon père, j'étais si curieuse de savoir si elles réussiraient, comme il l'avait prévu , que tout m'est resté dans l'esprit. Si je n'avais pas rencontré ainsi dans ma famille une personne dont je partageais les projets et les goûts , et dont les découvertes m'intéressaient si vivement, il est probable que j'aurais oublié le peu que j'avais appris. »

— « Mais cela vous rend bien heureuse, n'est-ce pas? » demanda Lucie.

— (( Etes-vous plus heureuse , ou moins heureuse , que si vous ne connaissiez pas cette science? » dit Henri.

Miss Watson sourit de la vivacité avec laquelle ils la questionnaient tous deux : elle répondit qu'elle se croyait fort heureuse d'avoir cette occupation qui ne l'empêchait pourtant jamais de se livrer aux choses qu'elle jugeait plus nécessaires.

Son frère joignit son témoignage au sien.

«Pour être tant soit peu chimiste, » ditil, « elle n'en est pas moins bonne pâtissière

et bon confiseur. Au contraire, clic y a gagne de savoir toujours la raison de ce qu'elle fait. Tous les confiseurs et tous les cuisiniers font plus on moins de chimie; mais ils ne connaissent pas les causes qui les font réussir un jour, et manquer Tau- Ire. Avec eux, tout va au hasard, selon la bonne ou mauvaise chance. Leur plus grand savoir est ce que nous nommons la pratique, ou l'habitude de faire toujours de même 7 quand une fois on a réussi.

(c Voyez , )) continua M. Watson, « voici un vieux livre de recettes qui appartenait a la grand' grand' mère d'une famille noble , célèbre sans doute dans son temps pour ses gâteaux, ses poudings et ses confitures , ainsi que pour la guérison de toute espèce d'entorses, de coups, de meurtrissures, etc. Lisez-en quelques lignes, et vous verrez que , parmi d'assez bonnes choses , il y a bien de la graine de niais. Que d'ingrédiens inutiles sont mis dans ces recettes, soit pour embarrasser et étourdir ceux qui voudraient en deviner le secret , soit par ignorance et par une sorte de croyance superstitieuse , qu'il fallait du mystère dans la manière d'apprêter ces drogues. »

Henri et Lucie s'amusèrent a parcourir quelques-unes de ces vieilles ordonnances,

qui étaient cependant assez difficiles a déchiffrer. L'encre était jaune , les mots vieux, et l'orthographe incorrecte.

Le lendemain était un dimanche. Les deux enfans accompagnèrent leurs parens, M. Watson et sa famille à l'église qui était dans le village. Gomme on retournait au logis ? M. Watson leur demanda s'ils désireraient visiter quelques-unes des maisons où demeuraient ses ouvriers, et les chaumières du voisinage. Henri et Lucie acceptèrent avec empressement cette proposition, et Henri se tint près de M. Watson pour mieux observer.

Dans la première maison où ils entrèrent, le maître du logis, homme trèsgros et très-grand, était a table, et se préparait a dîner. Uu canard rôti et un plat de choufleurs fumaient devant lui tandis que sa femme pâle, et avec l'air affamé , se tenait debout derrière sa chaise pour le servir : ses enfans étaient entassés dans un coin , a quelque distance; il ne souffrait jamais qu'aucun d'eux mangeât avec lui. Quand les étrangers arrivèrent, il posa un moment sur la table son couteau et sa fourchette , et s'efforça d'adoucir, autant qu'il pût, son air bourru et sournois M. Watson parla avec bonté , a la femme et aux enfans, mais il n'adressa rien a l'homme qu'il affecta de ne pas

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