II
Un homme promettait de porter une échelle en équilibre sur son menton. Un autre de faire tenir une table sur la corde, et même une chaise danslacpielle il serait assis, avec une bouteille de vin devant lui, dont il boirait un verre tout-a-fait a son aise . et avec autant de facilité que s'il était a terre.
Henri était fort curieux de ce spectacle : il assura Lucie que ce seraient d'excellcns exemples de tout ce qu'ils avaient dit le matin sur le centre de gravité : ces merveilleux tours de force ne pouvant s'exécuter , qu'en sachant se maintenir en équilibre. Plus il y pensait, plus il désirait voir les sauteurs. Lucie ne partageait pas sa curiosité : si elle avait eu le choix, elle eût bien mieux aime voir la nouvelle magicienne de Corse.
Leurs païens s'étaient décidés a coucher dans l'auberge où ils étaient descendus , et ils annoncèrent a Henri et a Lucie que le soir même ils les mèneraient voir la magicienne ou les danseurs de corde , à leur choix, mais qu'ils ne pouvaient les mener aux deux spectacles, qui étaient dans des quartiers tout-a-fait opposés. La petite îée Corse devait se montrer dans les entr'actes d'un concert. Lucie aimait la musique, Henri ne s'en souciait pas.
a Eh bien ! que préférez-vous? » dit
INDUSTRIELS. 2ig
leur père ; « je vous donne cinq minutes pour y penser: décidez-vous, car il faut aller retenir nos places, ou prendre des billets a temps. »
Lucie se rappela la résolution qu'elle avait prise, en partant pour ce voyage, d'imiter toujours la bonté et la complaisance de sa mère , dont elle avait vu tant d'exemples : elle abandonna donc généreusement son désir d'entendre le concert, et de voir la fée : elle le fit de si bonne grâce , qu'elle mit son frère tout-a-fait à Taise. Une fois le sacrifice fait, elle n'y pensa plus, et jouit avec Henri de tous les plaisirs du spectacle , qui , au lieu de lui donner des regrets, la laissa parfaitement contente des autres et d'elle-même.
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