CHAPITRE XI
ppCMé U\J S^mOHMê / iïo \& Ciaûfi cation etc.
ÏSos voyageurs arrivèrent à Clilton le lendemain soir. Henri et Lucie furent enchantés de l'aspect de ce joli endroit, et se réjouirent d'apprendre qu'ils devaient y passer quelques jours, pour que leur mère pût s'y reposer. Le lendemain de leur arrivée , ils allèrent se promener sur les dunes : du haut d'une montagne escarpée , ils virent la rivière de l'Avon* qui coulait au-dessous. Ils descendirent pour gagner les bords de l'eau , par une nouvelle route qu'on venait d'ouvrir , et à laquelle travaillaient encore Un grand nombre d'ouvriers. Quelques-uns s'occu-
* Elle arrose une partie du Comte' de Glocester , et se jette dans l'embouchure de la Sévern au-dessus de BvistoL
INDUSTRIELS. lit
paient a briser des pierres creuses, qui s'étaient détachées des rochers qui bordaient le chemin. L'intérieur de ces pierres était garni de cristaux brillans. Lucie en ramassa quelques morceaux dans l'intention de les ajouter a la collection qu'elle avait faite a Matlock. Les pierres qui étineelaient de cristaux se nommaient j a ce qu'on lui apprit i cailloux de Bristol, et les cristaux mêmes , Diamans de Bris* toi. Lucie vit ensuite chez une dame de Clifton , une croix faite avec ces diamans, et une de vrais brillans: en les mettant toutes deux l'une à côté de l'autre, on pouvait a peine en distinguer la différence.
Après une demi-heure de marche , ils parvinrent aux bords de la rivière , où ils restèrent quelque temps a admirer la hauteur appelée Rocher de Saint-Vincent.
Ils allèrent ensuite visiter une vaste carrière, où des mineurs faisaient sauter des quartiers de roc avec de la poudre à canon, lis s'informèrent de l'inspecteur des travaux, a quel usage on employaitcespierres. Il leur en montra qui étaient taillées en bloc, et qu'on destinait a paver les rues de Bath et de Bristol. Les éclats n'étaient point abandonnés comme inutiles. Après les avoir brisés en très-petits cailloux , on s'en servait pour raccommoder et entre tenir les routes. Le roc était de pierre
calcaire : Henri en vit qu'on brûlait dans un four : on lui dit que cette pierre était dure , et que, taillée et polie, elle ressemblait au marbre, et pouvait le remplacer. 11 y en avait de rongeâtres , de grises et de noires; mais toutes, en brûlant, se changeaient en une chaux trèsblanche.
« La chaux que nous faisons ici, » dit l'inspecteur, « est fort recherchée , nonseulement dans le voisinage , mais aussi dans les pays étrangers. Nous en expédions des tonneaux jusqu'aux Indes occidentales. »
— « Savez-vous , mes enfans , » dit le père. « quel usage on fait de la chaux dans les Indes occidentales ? »
Henri et Lucie répondirent qu'ils supposaient que la chaux servait là, comme en Angleterre, a faire du mortier, et a engraisser les terres.
« On l'emploie aussi a faire le sucre, » reprit leur père.
Henri et Lucie le prièrent de leur expliquer comment.
a Je suis bien aise , » répliqua-t-il , « que notre visite a cette carrière ait attiré noire attention sur la manière de fabriquer le sucre ; car nous aurons de fréquentes occasions pendant notre séjour ici , de nous instruire a fond sur ce sujet.
Nous verrons dans le port de Bristol des vaisseaux arrivant des Indes occidentales, débarquer leurs cargaisons de sucre ; et nous serons peut-être assez heureux pour trouver a Lord de ces navires quelques tiges de la plante appelée canne a sucre. Dans les manufactures que nous visiterons, nous pourrons examiner l'appareil, ou machine a faire le sucre , qui. doit être transportée sous peu dans les Colonies ; il y a de plus ici d'immenses raffineries , où l'on extrait du sucre brut cette substance si pure et si blanche, qu'onnous sert tC'JS les matins a déjeuner. Rendons-nous de suite a Bris loi . eu nous promenant , et essayons de satisfaire nôtre curiosité. Mais, dites-moi, enfans, avez-vous déjà quelques idées sur la manière dont on fait le sucre ? m
Ils avaient lu dans un voyage aux Indes occidentales par Edwards, une description dei plantations de la Jamaïque, des cannes et des moulins a sucre.
Lucie, a qui son père s'adressa d'abord, se rappelait que la canne a sucre est une espèce de roseau ou jonc à nœuds , d'un jaune pâle , couleur de paille , dont l'épaisseur varie depuis la grosseur d'une canne ordinaire, jusqu'à celle d'un gros bambou. ((Elle croit, en général, à hauteur d'homme,* a l'extrémité de la tige, sont
des feuilles comme des pavillons. Les Cannes se coupent eu automne, et le temps où Ton fait le sucre , est une époque de réjouissance et de festins pour l'homme et pour les animaux , surtout pour les pauvres nègres , qui travaillent aux plantations. »
Ici Lucie faillit s'écarter de son sujet , et laisser là la fabrication du sucre pour parler des pauvres nègres. Mais son père l'arrêta par une question : a Que faiton des cannes après qu'elles sont coupées ? »
— m On les lie par petits paquets en fagots , et on les porte au moulin qui en fait sortir tout le jus en les pressant... » Lucie regarda Henri , comme pour l'appeler a son aide à l'endroit difficile.
— « Le meulin se compose , » reprit ce dernier, « c'e trois grands cylindres en fer qui tournent par le moyen du vent, ou de l'eau , de chevaux ou de bœufs; peut-être qu'a présent , on a appris à les faire marcher par la vapeur» Les paquets de cannes passent entre les cylindres, qui les serrent si bien, et a tant de reprises, que tout le jus s'en écoule. Il tombe dans une gouttière en bois doublée de plomb, et se rend dans l'endroit où on le fait
^bouillir. Il est, dit-on, d'une grande importance de le faire bouillir aussi vite que
possible, mais je ne sais pas pourquoi. » — . <( De peur qu'il ne fermente , h répliqua son père. « Sais-tu dans quelle intention on le fait bouillir, Lucie? »
— « Afin que Peau qui est mêlée au jus puisse s'évaporer, et qu'en lai sant refroidir la liqueur , le sucre se cristallise, l'eau étant en trop petite quantité , pour qu'il reste fondu ou dissous ; justement comme nous avons vu se cristalliser l'alun de ma corbeille. »
— « Il est aussi nécessaire de le faire bouillir, » dit son père , «'pour que les parties végétales contenues dans le jus , s'en séparent, et forment l'écume qu'on enlève à la surface avec un écumoir.
C'est alors que la chaux est d'un grand secours en purifiant complètement la liqueur des matières étrangères qui s'y trouvent mêlées : elle rend aussi le liquide plus clair et moins visqueux, de sorte que les particules de sucre, pouvant se mouvoir librement , se réunissent plus tôt , et se cristallisent plus vite. Te souviens-tu, Henri, du nom de cette portion du sirop qui file , et ne peut pas se cristalliser? »
— « C'est la mélasse , » répondit Henri. <( Quand le sucre est cristallisé, on le met dans des tonneaux percés de trous au fond, et la mélasse s'égoutte, et filtre au dehors par ces trous. »
Henri , Lucie, et leur père discutaient encore sur la manière de faire le sucre, quand ils arrivèrent au port de Bristol. Ils s'arrêtèrent a examiner un vaste bassin plein d'eau , et connu aux marins anglais et français , sous le nom des Wet- Doclcs de Bristol. On l'avait forme en plaçant des écluses au travers de l'ancien lit de l'Avon , (le cours de la rivière ayant été changé et dirigé dans un canal artificiel ) ; les écluses empêchaient l'eau qui était dans l'intérieur du bassin de redescendre avec le reflux , de sorte que les vaisseaux étaient toujours a flot, même à marée basse.
Nos voyageurs y trouvèrent une foule de bâtimens. Ils distinguèrent ceux qui arrivaient des Indes occidentales par les tonneaux de sucre que l'équipage était occupé a débarquer , et par les noirs qui étaient a bord. Des matelots et quelques mousses suçaient de temps en temps des morceaux de canne a sucre tombés sur le pont, ce qui n'échappa pas a l'attention des deux petits observateurs. Henri remarqua aussi , tout en marchant le lchg du quai , les parties d'un moulin a cylindre pour écraser les cannes , et des chaudières de fer et de enivre propres à bouillir le jus, qu'on emballait et qu'on chargeait a bord pour les Iles. Ils conli-
nuèreiit leur promenade jusqu'au bout du bassin , puis ils reprirent le chemin de Clifton, charmés de tout ce qu'ils avaient vu dans leur course.
Le lendemain matin , comme ils se mettaient a table pour déjeuner , ils reprirent la conversation de la veille sur la manière de faire le sucre.
« L'art , tel qu'il se pratique dans les Iles, ou Indes Occidentales , est encore fort imparfait , » dit leur père : et une grande partie du sucre mêlé avec le jus, se perd par des procédés maladroits. Le jus contient deux substances douces : le sucre qui se cristallise aisément , et la mélasse qui reste toujours liquide. Le planteur, ou propriétaire de cannes, doit essayer de tirer du jus tout le sucre qu'il renferme , a la première opération, en y laissant entrer aussi peu de mélasse que possible. Mais en étant trop chauffé, le sucre perd la faculté de se cristalliser , et se change en une substance , ressemblante a la mélasse. En faisant bouillir le jus trop rapidement, on s'expose donc a gâter beaucoup de sucre , et la quantité ainsi sacrifiée augmente la mélasse en proportion. »
— * « J'ai souvent fait h iVer un morceau de sucre alacliandelle,» repritHenri. « Après l'avoir pas:é au feu, il reste doux,
mais il devient brun , mou et gluant. »
— (( Le même changement a lieu , »
poursuivit son père , « lorsqu'on fait chauffer dans un vase sur le feu , une forte solution de sucre. Dès qu'il est un peu plus chaud que l'eau bouillante, il rougit, et devient, comme tu le décris ; de sorte qu'une partie perd la propriété de se cristalliser en refroidissant. »
Henri et Lucie furent très-fâchés d'apprendre que tant de sucre, dû aux pénibles travaux des pauvres nègres , fût ainsi gaspillé , et ils exprimèrent l'espérance qu'on trouverait remède à ce mal.
« Une grande partie du sucre apporté en Angleterre élait effectivement gaspillée de cette sorte; mais cela n'arrive plus, grâce à de nouveaux perfectionnemens, dans cette fabrication. »
— a Et quels sont donc ces perfectionnemens , papa? )) demanda Henri.
— a C'est ce que je me propose de vous montrer ce matin même ; car je compte vous faire voir les nouveaux procédés en usage dans une des premières rafmerics de Bristol. C'est Fa-dessus qu'il faut que nous causions , afin que vous puissiez comprendre ce que font les ouvriers.
Avcz-vous lu, ou appris quelque chose sur la manière de raffiner le sucre ? »
Henri avait ouï dire qu'on se servait de
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sang de bœuf dans les raffineries; mais comment, et pourquoi, c'est ce qu'il ne savait pas.
« Quand le sucre brut a été dissous dans l'eau , » dit son père , a on emploie le sang de bœuf pour le clarifier, c'est-a-dire, pour en séparer toutes les matières étrangères. Il faut que le sang soit liquide , au moment d'être mêlé avec la solution froide de sucre. Il se coagule a une chaleur modérée , et s'élève a la surface ; c'est l'écume qu'on a soin d'enlever, et qui entraîne avec elle tout ce que le sirop contient de moins pur. Mais clans la raffinerie que nous allons visiter , cette méthode de clarification a été abandonnée, parce qu'on a trouvé que beaucoup de sucre se perdait, en se mêlant a l'écume, de laquelle on ne pouvait ensuite le séparer. »
— « Ne te souviens-tu pas, Henri , »
dit Lucie, « d'une histoire sur unprocédé appelé terrer; et du hasard qui fit découvrir que certaine qualité de terre était bonne pour le sucre; je veux dire, bonne pour blanchir le sucre ? »
— « Non , en vérité. »
— « Tant mieux, car j'aurai le plaisir de te le raconter. C'est très-singulier : il y est question d'une poule... »
— - ((Je te conseille de nous le conter,
ma chère Lucie, » reprit sa mère, ft sans exciter d'avance notre curiosité, de peur que tu ne puisses ensuite la satisfaire complettement. »
— a Eh bien, maman, vous saurez qu'un jour , une poule qui avait marche dans un terrain humide et gras, et qui avait de la terre glaise aux pattes, s'avisa d'aller se percher sur un pain de sucre. On remarqua bientôt après , je ne sais comment , que les endroits où elle avait passe , étaient beaucoup plus blancs que le reste. D'après cette observation, on imagina de faire des expériences, et de se servir de cette terre pour blanchir le sucre. »
— « C'est très-curieux ! » dit Henri ; o et Lucie se l'est rappelé juste a propos ; n'est-ce pas, maman? je l'avais tout-a-fait oublié : mais je m'en souviens a merveille a présent. On met le sucre dans un vase qui a la forme d'un cône, ou pain de sucre, et qu'on place de manière a ce que le petit bout soit en bas. Alors, on met une couche de terre détrempée avec de l'eau, sur le large bout du pain , et l'eau se dégage peu à peu de la terre, et filtre trèidoucement au travers du sucre. Elle se mêle a la mêlasse , la délaie et l'entraîne avec elle. J'aurais du te dire qu'il y a toujours un trou au fond de la forme. On le bouche d'abord avec un tampon, que les
ouvriers appèlent tappe, puis, vient un ouvrier qui ôte le tampon , et tout ce qui a filtre jusqu'en Las, s'écoule, et tombe goutte à goutte, n
— « Ainsi , c est une poule qui a appris aux hommes à terrer le sucre : nous devons Lien lui en savoir gre' , maman; pour ma part, je ne me doutais pas que je lui eusse une si grande obligation. La prochaine fois que je verrai du sucre bien blanc, je dirai en moi-même; « grand merci, bonne poule. »
— (c Tu lui feras beaucoup plus d'honneur qu'elle n'en mérite , » répliqua M. Wilson. « Car dans la radinerie où je vais vous conduire, l'opération dont parle Henri, est tout-a-fait mise de côté. L'art de raffiner, tel qu'il se pratique maintenant, est une nouvelle découverte, qui n'est pas due a un simple hasard heureux, mais à une sage combinaison de principes savans, joints a une observation exacte et éclairée. »
— « Comment cela? » demanda Henri , en rapprochant sa chaise, et en écoutant de toutes ses oreilles.
— <( C'est une des plus heureuses applications de la science aux choses ordinaires de la vie et a nos besoins journaliers, » reprit M. Wilson. « Car perfectionner
la fabrication d'une substance si agréable, et qui nous est devenue presque nécessaire , est un service rendu a toute la société. Nous avons appris bier comment on extrait le sucre brut du jus de la canne à sucre. Il nous reste a savoir comment on convertit ce même sucre brut , en cristaux durs, et blancs, comme ceux que nous mettons tous les jours dans le thé oupe café. 11 faut connaître la nature et les propriétés des ingrédiens étrangers qui se trouvent dans le sucre brut , pour pouvoir parvenir a les en séparer. Outre différentes matières, le sucre brut se compose , comme je vous l'ai déjà dit , de deux substances douces: le sucre qui se cristallise, et la mélasse qui reste toujours à demi liquide; cette dernière se combine avec une matière brune colorante qui donne a la cassonnade la teinte jaunâtre que vous lui voyez. La mélasse difïere du sucre en ce qu'elle ne peut , comme lui , se consolider. Maintenant , si l'on ajoute une petite quantité d'eau à un mélange de mélasse et de sucre, toute la mélasse deviendra fluide, tandis cpie le sucre sera plus long et plus difficile a fondre : de sorte qu'au moyen de l'eau , ou peut séparer les parues qui constituent le sucre brut. »
— (( Je vous comprends, » reprit Henri: « en mêlant un peu d'eau a du sucre brut , et en mettant ce mélange dans un moule , comme ceux dont on se sert pour terrer , je viendrai a bout de dégager mon sucre d'une grande partie de sa mêlasse. »
— v Très-bien: je vois qu'en t'expliquant un petit nombre de faits, et en te faisant quelques questions, je pourrai t'amener à inventer seul les nouveaux perfectionnemcns. )>
— « Oh ! essayez, je vous en prie, mon papa. 11 n'y a rien qui me fasse plus de plaisir que d'apprendre les choses de cette manière-la. »
— « C'est un excellent exercice pour toi , et pour tout le monde, » dit son père.
mm (( Pourvu que vous nous aidiez, papa , quand nous ne pourrons pas avancer seuls, » ajouta Lucie.
— a Eh bien donc, pour avancer seuls, quelques explications vous sont encore nécessaires. Ce ne sont que les petits cristaux contenus dans le sucre brut que nous avons appris a dégager de la mélasse. Pour arriver jusqu'à la matière liquide renfermée au-dedans des gros cristaux , il faut commencer par les faire dissoudre complettement dans l'eau, et avant qu'ils soient recristallisés, le sirop doitêtre purgé de tout corps étranger et de toute ma-
tièrc brune. Mais comment s'y prendre, pour séparer du sirop cette substance colorante ? »
— (( Je sais (pie les teinturiers se servent d'alun pour séparer les couleurs des liquides, » reprit vivement Lucie.
— « En effet ; cette propriété dépend de la terre que contient l'alun, » dit M. V*, ilson • « et cette terre, se mêlant au sirop , attire à elle la couleur qui le brunit. Du Ohalbcs fait avec des os brûlés , et qu'à cause de cela, on appelle charbon animal , s'emploie souvent dans le même" but. Ajoute aux vins les plus foncés , il peut, selon la quantité, les décolorer complètement.
(c Quand ce procédé est fini, on enlève la terre d'alun ou le charbon , ainsi que les autres malpropretés , en faisant passer la liqueur par un filtre : il faut ensuite faire évaporer l'eau. »
— a Je sais, papa, » interrompit Lucie , « d'après ce que vous-même nous avez expliqué , qu'il ne faut pas faire chaufferie sirop dans un vase ou dans une chaudière a même le feu. Et cependant, je ne puis imaginer comment on peut faire bouillir l'eau , afin qu'elle s'en aille en vapeur, autrement que sur le-feu. »
— a Je t'ai dit, » reprit son père , « que le sucre serait gâté ; si on l'exposait a
une chaleur plus forte que celle de l'eau bouillante. »
— a Je crois que je sais à présent, comment je m'en tirerais. Je le ferais cuire , comme on fait cuire les crèmes , au bain marie, ou bien encore à la vapeur. Il me semble vous avoir entendu dire, papa, qu'il y avait de grands édifices chauffés par la vapeur. Je ne sais pas trop exactement comment je m'y prendrais: mais je persiste à croire qu'on pourrait faire bouillir le sucre par la vapeur. »
— « Ce n'est pas si mal pensé , » dit Henri. « Moi , je conduirais la vapeur à travers des tuyaux, jusque sous la chaudière où serait le sucre. »
— « Vous êtes tous deux sur la route du principal perfectionnement adopté pour la cuisson* du sucre ; mais cependant vous n'avez pas encore vaincu la plus grande difficulté. Avec votre méthode , on pourrait parvenir à chauffer le sucre , mais non, à le faire bouillir. Car vous savez qu'une solution de sucre , si elle est dans un vase découvert , a besoin pour bouillir, d'une beaucoup plus grande chaleur que l'eau. »
— « Mais, je croirais, » reprit Henri,
En lerme de raffinerie , la Cuite,
« qu'en renfermant la vapeur, on pourrait la rendre beaucoup plus chaude que l'eau bouillante, et dans ce cas, je pourrais faire bouillir le sirop , à force de comprimer la vapeur. »
— a Tu le pourrais sans doute. Quelques personnes emploient même ce moyen pour la cuite : mais la vapeur à haute pression (c'est ainsi qu'on la nomme ,) est fort dangereuse à diriger , et de plus , on risque dans cette opération , de trop chauncr ic sucre, ciuc ic changer en caramel. Tourne donc tes idées d'un autre côte, et au lieu d'élever la température de la Vapeur, réfléchis, et cherche les moyens de faire bouillir du sirop, ou tout autre fluide, en l'exposant à une temperature au-dessous de celle de l'athmosphère , ou air extérieur. »
Henri réfléchit pendant quelque temps, et dit enfin : « Je ne suis pas certain que cela put réussir pour le sirop ; mais j'ai vu de l'eau qui n'avait qu'une chaleur modérée , bouillir , dès qu'on la mettait sous le récipient d'une pompe à air. »
— a Et pourquoi cela arrivait-il?»
demanda son père.
— « Parce qu'il y avait un vide, » répondit Henri , « et que l'athmosphère ne pesait pas dessus. Si nous pouvions placer la chaudière sous le récipient d'une pompe
à air , pcut-êlrc parviendrions-nous à mettre le sucre en ébullition : mais la quantité est ce qui m'embarrasse. Les chaudières sont, je crois, fort grandes. Je n'en pourrais faire bouillir qu'une petite quantité a la fois dans une pompe a air; de sorte qu'après tout, cela ne pourrait pas servir. »
— a Et pourquoi pas ? » dit M. Wilson : (( n'abandonne point tes idées trop vite ; ne cours pas a autre chose , avant d'être bien sûr que tes projets sont inexécutables. Il ne faut pas fixer ton imagination sur le récipient de la seule pompe a air que tu aies vue, comme s'il n'y avait que celui-là dans le monde entier. Assurément, tu ne pourrais pas, malgré tous tes efforts , faire entrer une chaudière a sucre sous le petit récipient de la pompe a air de ton oncle, a
— « Non, bien sûr; » repli qua-t- il, en riant : mais il reprit son air grave , et se remit a penser : « Voyons, comment m'y prendrai-je ? il est impossible de souffler une cloche de verre assez grande pour servir de récipient à une chaudière. »
— * Pourquoi t'attacher a l'idée d'avoir un récipient en verre, Henri? Croistu essentiel pour produire un vide , que la cloche soit de verre ? )>
— y Non , certainement : ce n'est pas
essentiel du loul. Seulement, je pensais à l'avoir ainsi, pavée que le seul récipient que j'aie vu , était en verre. Mais je crois que toute aulrc substance impénétrable a l'air, sera tout aussi bonne. Que j'étais donc sot !.. Je me rappelle à présent le corps de pompe, et le cylindre de la machine à vapeur, dans lequel se fait le vide. Il est assez grand, j'espère, et on pourrait faire un récipient en fonte, ou en cuivre, de la même dimension; plus ou moins large, selon qu'il le faudrait. »
— « T'v voila, enfin! On fait bouillir le sucre dans un vide; et l'on produit ce vide au moyen d'une pompe à air. Je ne connais pas les détails précis de cette opération, ne l'ayant pas encore vue par moi-même, mais j'espère en pouvoir juger aujourd'hui. Prenez donc vos chapeaux, et partons. »
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