CHAPITRE XII
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La raffinerie que Henri et Lucie allaient visiter , était un grand édifice , haut de huit étages. La première circonstance qui les frappa , en y entrant et en traversant plusieurs salles spacieuses, où la besogne semblait marcher, fut le petit nombre d'ouvriers. Lucie supposa que c'était l'heure du dîner, et qu'ils étaient absens pour leur repas , comme dans d'autres manufactures qu'elle avait vues • mais on lui dit que non, et que tous les hommes employés habituellement dans la raffinerie étaient présens. Il en fallait fort peu, tant les machines faisaient de choses , et ce peu même semblait presque inutile , ou du moins d'une très-petite importance. On eût dit que les ouvriers n'étaient que les domestiques en sous ordre des machines j qu'on ne les chargeait que des baga-
telles , auxquelles le mécanicien et le chimiste n'avaient pas pensé , et pour lesquelles ils ne s'étaient pas donné la peine d'inventer des moyens plus sûrs et plus expéditifs.
Lucie remarqua que les grandes salles et jusques aux corridors étaient chauffés, et cependant , elle n'apercevait de feu nulle part. Elle demanda comment cela se faisait; on lui répondit qu'elle le saurait bientôt, car on allait les conduire à l'endroit d'où venait toute la chaleur.
Leur guide, le contre-maître qui avait la Lonté de leur montrer l'établissement , les mena en effet a un bâtiment séparé , où était une machine a vapeur. Le feu sous les chaudières était le seul allumé dans la fabrique. Toutes les pièces étaient chauffées par la vapeur qui passait a travers des tuyaux dans les murs, ou sous les planchers.
Henri fut enchanté, et prit un air orgueilleux et ravi, en entendant détailler tout ce que faisait une seule machine a vapeur. Elle distribuait dans ce vaste édifice, une chaleur égale , et fournissait toute l'eau dont on avait besoin pour les diverses opérations : elle mettait en mouvement un moulin pour écraser le sucre et d'autres substances dont on se sert pour le raffiner ; et elle soulevait et abaissait
les pistons d'une immense pompe a air.
Après avoir vu, ou entendu conter tout ce que faisait cette merveilleuse machine, la grande puissance active dont dépendait tout le reste , nos curieux suivirent leur guide dans une espèce de dépendance , ou chambre basse , dans laquelle on préparait l'alun , en ajoutant à la solution de la chaux vive.
Ils entrèrent ensuite dans la partie du bâtiment , où se faisaient les opérations préparatoires au nettoyage du sucre. Ils virent d'abord quelques ouvriers, les bras nus, et très-peu vêtus, a cause de la chaleur du travail, occupés a remuer avec d'énormes pelles dans une grande chaudière , le sucre brut, tel qu'on l'apporte des Indes occidentales. Ils le brassaient avec une petite quantité d'eau , trop petite pour le dissoudre. Ce mélange ressemblait a de la thériaque. On le versa ensuite dans des moules de terre qui étaient rangés la en grand nombre, et qui avaient la forme d'un pain de sucre , comme ceux que leur père leur avait décrits. Au fond de chacun, il y avait un trou , tout-a-fait a la pointe qui était tournée en bas ; on devait laisser le sucre dans ces moules pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps la mélasse coulant dans des pots placés sous les moules, le sucre,