‹ Les jeunes industrielsChapitre 22 sur 26 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

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aew) écufo àuo Du/ Stap utud.

En descendant de Clifton à Bristol , vous apercevez clans la ville au-dessous de vous une quantité debâtimens très-hauts, d'un aspect sombre , en forme de grands cônes; des tourbillons de fume'e d'une teinte encore plus obscure que les murailles , s'en exhalent continuellement, à flots noirs et pressés. Ces maisons coniques sont des verreries. Lucie se rappelait que son père lui avait dit de quoi se faisait le verre , et même le lui avait montré. Elle se souvenait du goût de Talkali , de la cendre des végétaux , du toucher et de la couleur du sable. Elle n'avait pas oublié non plus l'histoire de l'accident qui fut cause , a ce que l'on raconte , de la découverte du verre; et par-dessus tout, elle avait encore présent k la mémoire le

plaisir que son frère et elle-même avaient éprouvé en voyant le faiseur de thermomètres souiller, avec sa canne de fer creuse, des tubes et des bulles. Elle désirait beaucoup en savoir plus sur ce sujet , et M. Wilson la conduisit un jour avec Henri a l'un des ateliers où l'on souffle le verre. Le premier sentiment de Lucie , en entrant dans la verrerie , fut la frayeur j elle voyait une quantité d'hommes, qui, portant de grandes cuillers d'un feu rouge et liquide , a ce qu'il lui semblait, passaient près d'elle en courant , et se croisaient a chaque minute avec ces masses flamboyantes, toujours sur le point de se brûler l'un l'autre de la manière la plus dangereuse. Mais quand elle eut observé la dextérité de leurs mouvemens , leur air d'intrépidité; quand elle eut remarqué a quel point ils paraissaient a Taise au milieu du péril, elle se rassura petita-petit, et fut bientôt en état de jouir de ce spectacle. Elle vit, d'abord, des fournaises d'où l'on tirait des pots de terre remplis de verre fondu et rouge comme le feu. Ce qui l'embarrassait d'abord , c'est que les ouvriers appelaient le contenu de ces pots la pâte ; mais c'était seulement leur manière de le nommer; car , comme le dit Henri, c'était bien réellement du verre.

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Elle se divertit beaucoup a regarder comment on le soufflait. D'aloord , elle vit faire une bouteille , ensuite un gobelet. Une circonstance dans la manière de finir ce dernier objet la frappa particulièrement. Quand l'ouvrier coupa les bords ronds du verre avec une paire de forces* , la pâte , étant molle encore , céda a la pression de ces ciseaux , de sorte que le gobelet ne fut plus parfaitement rond, ni le bord parfaitement égal. Alors l'homme chauffa de nouveau le verre , et le faisant tourner adroitement , il le ramena a sa forme circulaire , et les bords redevinrent ronds et polis.

M. Wilson demanda a son fils d'où provenait cela.

Ce dernier répondit qu'il croyait, que cette forme ronde était produite par la pression de l'air, au moment où l'on faisait tourner cette pâte encore molle, de même que toute autre substance s'arron-

* Dans Fart de tondre les draps , on emploie d'e'normes ciseaux à ressort , d'une forme particulière , qu'on nomme forces; dans l'art de la verrerie , on se sert pour couper le verre, tandis qu'il est rouge, de ciseaux àpeu-près semblables, quant à la forme ; mais infiniment plus petits, et que par analogie, on de'signe aussi sous le nom de forces.

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dit sous la pression de l'outil lorsqu'il est fixé sur un tour. Il supposait que l'air qui se trouvait dans l'intérieur du gobelet, l'empêchait d'être enfoncé, et tenait a distance ses parois , qui , sans cela, cédant a la force de l'air extérieur , se seraient rapprochées et réunies.

Le père de Henri lui dit qu'il avait en partie raison , mais qu'il y avait encore une cause dont il ne parlait pas , et que cependant, il était en état de deviner.

M. Wilson n'en voulut pas dire plus , parce qu'Henri pourrait peut-être la découvrir lui-même en examinant plus attentivement une nouvelle opération : la fabrication d'une vitre , ou verre de Bohême ; car c'est ainsi qu'on nomme les plus beaux carreaux de vitre.

D'abord, l'ouvrier souffla un grand bouillon de verre , en forme de poire , d'environ un pied de diamètre, au bout d'un long tube de fer , auquel cette bulle resta attachée , la pâte en étant encore molle et brûlante. Ensuite , il roula cette matière en forme de poire sur une table de marbre poli , en continuant de la souffler. Il répéta alternativement cette opération plusieurs fois, et faisant tourbillonner rapidement cette bulle près d'un très-grand feu, le bottillon changea sa forme alongée en celle d'un globe. Le globe fut alors coupé a

l'extrémité opposée au tube auquel il adhérait encore; ainsi ouvert, on le tourna de nouveau avec la plus grande vitesse, les parois s'écartant toujours de plus en plus, jusqu'à ce qu'à force de répéter ce mouvement , il devint une grande pièce de verre circulaire et plate.

Henri s'aperçut alors de ce qui lui était échappé dans la fabrication du verre a boire ; l'action de la force centrifuge : c'est-a-dire, cette tendance qu'ont à s'écarter du centre toutes les parties d'un corps . que l'on tourne rapidement en rond.

Il continua son explication en quittant la verrerie.

a Je suppose , papa , que toutes les parties de la bulle en verre mou, cherchent as'écarter du centre , a mesure qu'on la fait tourner, et par-la agrandissent déplus en plus le globe; le plateau circulaire forme un cercle plus grand , et toutes les parties, s'éloignant également du milieu, les bords du gobelet deviennent exactement ronds. »

• — (( Je me rappelle , » reprit Lucie , « que la première fois que j'entendis parler de la force centrifuge, et que je pris quelque idée de ce que cela voulait dire , ce fut grâce a toi, Henri ; je faisais un pâté , mon papa. »

— a Un pâté ; ma chère ! je n'ai pas le

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moindre souvenir que jamais tu aies fait de pâté. »

— (( C'est peut-être un fromage , qu'il faut dire ; je sais qu'il y a des gens qui l'appellent ainsi. Ce n'est ni un pâté, ni un fromage à manger, au moins, papa ; je vous montrerai cela aussitôt que nous serons a la maison. )>

Lucie tint parole ; dès qu'elle fut dans la chambre de sa mère , elle se mit à tourner sur elle-même , de façon que les Lords de sa jupe s'écartaient en rond, et se plongeant tout-a-coup dans sa robe , qui s'élevait toute gonflée autour d'elle, elle s'écria : « voila un pâté , mon papa, ou un fromage , comme il vous plaira de l'appeler • cela se fait par la force centrifuge ; n'est-ce pas ,mon frère ?

« Je me suis bien amusée a voir souffler le verre , » continua-t-elle, « et toi, Henri? »

— « Beaucoup , en vérité , et cela m'a donné fort a penser et encore plus a demander. »

— « Quoi donc a demander? »

— « Beaucoup , » répéta Henri. « Entre autres choses, je ne comprends pas bien ce qu'on nomme remire le verre, ou l'assurer.»

— « Je me rappelle , » dit Lucie , « que quand l'homme a eu donné plusieurs tours au verre, et qu'il l'a eu lini, un jeune garçon est venu, tenant une longue paire

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de pincettes , et saisissant le verre, il s'est sauvé avec, le portant, comme disait l'homme , au fourneau à remisson. Et lorsque je lui demandai ce que c'était , et ce qu'on allait en faire , l'ouvrier me montra une terrine dans un four, et je vis notre gobelet , avec plusieurs autres que l'on y mettait pour les faire chauffer de nouveau, et les laisser ensuite refroidir lentement. L'homme me conta, qu'ils étaient plusieurs jours a refroidir. On fait cela , a ce qu'il dit, pour rendre le verre moins cassant , et c'est ce qu'on appel le l'assurer*. Que veux-tu savoir de plus là-dessus , Henri ? »

— « Beaucoup plus, si je puis1, Lucie. D'abord je ne sais pas du tout pourquoi ce procédé rend le verre moins cassant. »

— a Pourquoi ? oh c'est une autre affaire. Pourquoi?... je n'en sais rien non plus. »

— (( Et j'ai entendu papa parler avec le maître de la verrerie d'un fait curieux. 11 disait, que, qnand on laisse refroidir, immédiatement après qu'il est fait , un vase en verre d'une forme particulière , il est souvent assez fort pour résister au choc de la balle d'un pistolet, ou a n'importe quel autre corps lourd qu'on y puisse

* Voyez les notes,

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jeter d'une hauteur considérable : tandis qu'un petit morceau de pierre a fusil qui tombe tout doucement dedans, le brise en éclats. »

— « Vraiment! c'est très-singulier. »

— « C'est ce qu'a dit papa; et puis ils ont parlé des gouttes du prince Rupert. Oh Lucie , il y a bien d'autres choses , beaucoup plus curieuses à apprendre sur le verre; et tant de pourquois /... Ah plus que je n'en pourrai peut-être savoir dans toute ma vie ! »

— « Mais tu n'as pas besoin de connaître tous les pourquois, Henri. »

— « Du moins veux-je en savoir autant que je pourrai, ma chère. Il y a un homme, qui est venu dans la verrerie, pendant que nous y étions; l'as-tu vu , Lucie ? »

— « Oui. C'est un monsieur que tu veux dire? »

— « Je ne sais pas si c'était un monsieur , ou non , c'était un homme. »

— (c Moi j'ai vu que c'était un monsieur, )) dit Lucie.

— « Par son chapeau? son habit ? ou sa veste ? » demanda Henri , en souriant.

— u Nullement; par rien de tout cela ; par quelque chose de mieux ; c'est par sa manière de parler, son ton, son langage, que j'ai vu que c'était un homme distingué. »

— « Et moi d'après ce qu'il a dit j'ai juge que c'était un homme de sens. Il venait s'informer de la demeure d'un ouvrier qui polit les verres pour les télescopes. »

— a Oh alors ce doit certainement être un homme de bon sens ! » dit Lucie , souriant a son tour.

— a Mais , ma chère, tu n'as pas tout entendu. Il s'occupe d'expériences pour perfectionner la fabrication de ces verres. Je n'ai pas compris tout ce qu'il a dit, mais j'étais bien curieux d'en savoir davantage. »

— ce Je crois que ce monsieur a plu a mon papa. »

— « Oui. Papa et lui ont parlé de l'utilité de la découverte du verre, et du temps qui s'est écoulé avant qu'on pensât a l'employer a tous les usages auxquels il sert a présent. ))

Il se trouva , que le jour d'après , Henri alla avec son père chez un physicien , qui avait une belle bibliothèque, et pendant que ce savant et M. Wilson s'occupaient ensemble de leurs affaires, il demanda la permission de consulter quelques-uns des livres. Leur propriétaire le permit, et il se mit vite a l'ouvrage, cherchant un dictionnaire de Chimie ou une Encyclopédie , où il put trouver les détails et les

causes du procédé qu'il ne comprenait pas, la remisson du verre. Le volume qui renfermait IV manquait. Il en fut très-impatiente, d'abord ; mais^ comme la plupart des choses qui nous paraissent souvent contrariantes, ce désappointement fut au fond heureux pour lui. Quand même il eût trouvé cette explication, il n'aurait pu la comprendre; il n'avait pas les connaissances préliminaires indispensables pour cela, et il y auraitperdu son travail, et peut-être lassé sa patience. Il chercha l'article verre, et s'il n'entendit pas tout, du moins il en comprit une partie. Comme il était enthousiaste et infatigable tout a la fois , il parcourut l'article en entier et eut le très-grand plaisir de découvrir ça et là , des choses fort amusantes. S'emparant de tout ce qui était à sa portée , il laissa le reste pour une autre fois. Un passage qui décrivait ce qu'il avait vu , et ce qu'il aurait trouvé très-difficile d'expliquer, lui plut tellement , qu'il en griffonna une copie pour Lucie. Griffonné est le mot, car c'était a peine lisible. Quand il voulut en faire part a sa sœur , il ne put le déchiffrer, même avec l'assistance et le zèle de Lucie , qui lisait ordinairement sa main courante mieux que lui-même. Mais, comme elle le fit observer, la main décidément avait couru trop \7îte.

« Si tu savais , ma chère , dans quelle presse j'étais ! J'écrivais sur le dos d'une lettre toute chiffonnée , et avec un crayon qui n'était pas taillé; mon père debout , tout prêt a s'en aller , tenait son chapeau et ses gants. Pendant les trois dernières lignes, je croyais toujours qu'il partait , et je griffonnais, griffonnais, griffonnais aussi vite que le crayon pouvait aller, a

— « Je te remercie de tout mon cœur , mon cher Henri, d'avoir copié cela pour moi • mais qu'est-ce qu'il y a d'écrit ici k propos d'une chaîne , je n'ai pas vu de chaîne a la verrerie. »

— « Chaîne ! ma chère Lucie , c'est chaise qu'il y a. »

— « Chaise ! oh maintenant j'y suis î C'est la description de ce que nous avons vu. L'homme faisant le verre à boire.

L'homme assis dans une espèce de fauteuil, et soufflant a travers ce long tuyau de fer, tout en le roulant sur le bras du fauteuil ; l'autre ouvrier qui attache le pied du gobelet, et qui remplace ensuite son camarade. Oh ! je vois tout , comme si j'y étais encore. C'est très-bien expliqué.* ))

— « Je suis fort aise que tu le trouves

* Encyclopédie d'Edimbourg.

ainsi. C'est plus que n'espérait celui qui Ta décrit. »

— (c Qu'il n'espérait ! est-ce qu'il a pensé a moi? » s'écria Lucie , en ouvrant de grands yeux.

— a Non , non , ma chère , » reprit son frère , en riant. « Tu poux laisser redescendre tes sourcils. L'auteur ne s'est jamais avisé de penser a toi en particulier. Je parlais de ses lecteurs en général. »

— « Oh oui ! Je suppose qu'il s'adresse a ses « jeunes lecteurs, » comme l'on fait souvent dans les livres ; n'est ce pas ce que tu veux dire , Henri? »

— « Moi ! Je ne veux rien dire ; c'est l'écrivain qui assure qu'il ose a peine espérer que sa description, quelque exacte qu'elle soit , puisse faire comprendre comment on souffle le verre ; voilà tout. Passons maintenant a autre chose. »

— a De tout mon coeur. Tu as la quelques notes , Henri, encore plus griffonnées que les autres. Qu'est-ce que cela peut signifier? « Homme brave et vif!... Mains a travers les flammes... Couvert de peaux mouillées! ... Yeux de verre ! ... » Qu'estce que tout cela veut dire? »

— « Te rappelles-tu d'une grande fournaise dans la verrerie ? Tu as vu seulement l'extérieur. On ne peut montrer le dedans a personne , de peur qu'en Fou-

vrant, Pair froid ne s'y introduise. Ou met dans cette fournaise des pots de terre pleins de verre qui a déjà été cuit, et on le laisse prendre, comme on dit. Si un de ces pots se casse, c'est une difficulté terrible pour l'ôter, et en mettre un autre à la place. Enlever celui qui est brisé, est encore chose faisable pour l'ouvrier qui se tient éloigné du feu de toute la longueur de ses bras , et d'un long crochet de fer, ou d'une grande fourche ; mais celui qui met le nouveau pot ne peut employer ni fourche, ni crochet ; il faut qu'il le mette en place avec ses mains, et qu'il les passe à travers les flammes. ;>

— (( En vérité? tu as raison alors de l'appeler homme brave , et vif aussi. Il faut qu'il soit prompt comme l'éclair. »

— « Mais il ne peut pas le faire vivement, ni même le faire du tout , sans de grandes précautions. Figure-toi , ma chère, qu'il est tout habillé de peaux aussi mouillées que possible ; et, excepté ses yeux , tout son corps en est entièrement couvert. Il y a seulement deux trous pour qu'il y voie , et encore sont-ils garantis par des verres très-épais. »

— (( Tu es vraiment bien bon , Henri , de m'avoir recueilli tant de choses amusantes. Cet homme brave et vif, comme tu l'appelles , méritait qu'on lût tout

l'article verrerie , pour arriver jusqu'à lui. Combien de pages as- tu parcourues pour le trouver ? »

— « Je suis tombé' dessus par hasard ; mais j'ai rencontré beaucoup d'autres choses qui m'ont intéressé, et je m'imaginais qu'elles me resteraient dans la tête , et que je pourrais te les raconter. Je les ai bien quelque part la, mais je ne peux pas me les rappeler. Lorsque je me tourmente la tête comme cela , je ne puis rien en tirer. »

— « Alors, n'essaie pas. Quand je me donne trop de peine pour me souvenir de quelque chose , je n?en puis venir a bout , tandis que si je n'y songe plus, cela me revient tout seul. Maintenant , Henri , regarde donc ce joli petit gobelet que papa a acheté pour le nécessaire de maman, a la place de celui que j'avais cassé. Il est bien plus beau que le vieux. Yois donc sa jolie petite bordure en feuilles blanches. Papa dit que c'est du verre dépoli ; et le dessous qui a l'air de cristal , est en verre taillé. Papa m'a conté comment cela se fait. »

— « Voila justement deux des choses que j'essayais de me rappeler. Ce n'est plus la peine que je te les dise. »

— « Non. Combien j'aime le verre , et que je le trouve beau! C'est si clair ,

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si propre, si transparent; et comme c'est utile , et de combien de manières différentes ! Les verres a Loire , les miroirs.,. Tu n'as que faire de sourire, mon frère, car les hommes se servent de miroirs tout aussi Lien que les femmes. »

— «Oui vraiment, et même pour quelque chose de mieux que pour s'y regarder. Ils se servent de glaces , comme tu sais, pour des instrumeos astronomiques. »

— a Et pour se faire la LarLe aussi, sans quoi ils se couperaient la gorge : quelque haut que tu fasses sonner leurs instrumens astronomiques ! » ajouta-t-elle, en riant. « Mais laisse-moi te dire tout ce que je sais en L'honneur du verre. Indépendamment des glaces, il y a les verres grossissans, et les verres qui rapetissent, qui sont tout a la fois utiles et amusans. Et puis les lunettes! Oh, Henri! Qu'estce que ma grand' maman ferait sans lunettes ?. . et quel honneur qu'elle en ait ! A quatre-vingt-six ans, elle lit et elle écrit aussi Lien que moi. Quelle merveilleuse invention que celle qui permet aux gens de voir pendant un si grand nomLre d'années , et de conserver leurs yeux Lien plus long-temps qu'autrefois ! Décidément, Henri, je pense que les lunettes sont la chose la plus ingénieuse que l'on ait jamais faite avec le verre. »

— (( N'oublie pas les télescopes , Lucie ; la plus étonnante invention des hommes. ))

— a Et toutes ces choses . les lunettes, les télescopes , n'auraient jamais existé , et personne n'y eût pensé, sans ce premier petit morceau de verre observé par de pauvres matelots naufragés, qui faisaient bouillir leur marmite sur le. sable avec un feu d'herbes marines. Que cela est singulier ! Ne te rappelles-tu pas , Henri , que mon père nous a raconté cette histoire ? »

— « Je m'en souviens, et maintenant elle me remet en tête ce que je voulais te dire. C'était justement a propos de cela. Ce livre que je lisais aujourd'hui raconte la même aventure, et j'ai été bien aise de la retrouver. Mais il y a une petite différence ; les matelots élevèrent leur marmite sur le sable avec des morceaux d'alkali fossile et de nitre dont leur vaisseau était chargé. »

— ce Et dans la vieille histoire , » reprit Lucie , « le feu était fait d'herbes marines, et i'alkali venait des cendres , qui , brûlant avec le sable , formèrent le verre. C'est une très-petite différence, et cela revient toujours au même. »

— « Je le sais bien ; mais j'allais te dire quelque chose qui t'étonnera plus. »

3Ô4 I^ES jeunes

— a Dis donc alors, mon cher. »

— (( En quel temps penses-tu que cette histoire se passa ? »

— « Peu m'importe. Je ne m'inquiète jamais des dates ; je suppose que c'était autrefois... 11 y a bien, bien long- temps. »

— « Dans le temps de Pline , ou avant, » dit Henri : « c'est lui qui fait ce récit. »

— « Que ce soit lui, ou un autre, je ne m'en soucie guères. »

— « Mais, ma sœur , ce dont il faut que tu t'inquiètes, c'est du temps énorme qui s'est passé, depuis que le verre et le moyen de le fabriquer furent découverts par un heureux hasard. Comment ne t'étonnes-tu pas, que des siècles se soient écoulés avant qu'on s'en servît usuellement ? Tu sais bien que chez les anciens, les Grecs et les Romains, le verre n'était pas commun comme chez nous. »

— a Je croyais que dans le vieux temps des Romains, ils avaient des bouteilles de verre. Je me souviens que dans mon histoire romaine, il était question d'une bouteille qu'un homme apporta a. l'empereur, Tibère (je crois). Dans un accès de colère, il la jeta par terre, et elle se brisa en morceaux : et l'empereur le fit mourir pour cela seulement. Ne te rappelles-tu pas, Henri, comme tu te mis

en fureur contre ce méchant tyran, le jour que je lisais cela tout haut? »

— a Je m'en souviens fort Lien , mais c'était une bouteille toute seule , une bouteille qui avait peut-être quelque chose de particulier. »

— « Mais, outre cette bouteille , je suis sûre d'avoir entendu M. Frankland parler a maman de plateaux de verre trouvés dans les ruines d'Herculanum. »

— « Vraiment ? »

— (c Oui; et d'après cela, on supposait que les anciens se servaient de vitres pour leurs fenêtres. »

— ^ « Cela peut être ainsi. Mais, ma chère Lucie, sans aller plus loin que l'Angleterre, mon livre dit que, plusieurs siècles après cette découverte , les Anglais n'avaient point de vitres. On garnissait de toile les fenêtres des maisons et des églises , jusque vers la fin du dixième siècle. »

— « Est-ce jusqu'à l'année 999 que tu veux dire ? »

— (( Ce n'est qu'après le règne de la reine Elisabeth que les vitres sont devenues communes, et qu'on en a mis aux maisons des particuliers. »

— « Mon Dieu ! les gens étaient donc bien stupides autrefois ! »

— r « Cela semblerait ainsi, et pourtant

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