II. I X
je suppose qu'ils n'étaient pas naturellement plus bâtes que nous ne le sommes nous-mêmes. Rappelle-toi Homère et Virgile, ma chère. Mais, c'est que chez les anciens, il n'y avait pas tant de savans. »
— «Et ensuite sont venus les siècles de barbarie. Je suppose que dans le moyen âge, comme nos historiens l'appellent, tout le monde était endormi , et les gens ne pensaient ni au verre , ni a rien autre chose; et même, quand ils commencèrent à se reveiller, a peine si quelques-uns savaient lire et écrire. N'est-ce pas, Henri?»
— « D'abord , ils avaient très-peu de livres ; tout au plus quelques anciens ouvrages grecs ou romains , et peu , ou point de livres d'expériences savantes , à ce que je présume. »
— u Ils n'avaient que des manuscrits de parchemin ou de papyrus 7 » reprit Lucie, a Je me rappelle que papa m'a montré une fois dans un Muséum, un manuscrit en papyrus ; et j'y vis aussi de ces rouleaux de parchemin que les anciens appelaient des livres. »
— a Quel travail ce devait être , que de faire un assez grand nombre de copies de tous ces livres manuscrits pour qu'on put les lire ; et après tout, l'homme le plus laborieux ne pouvait faire que bien peu de copies , même en ne faisant que cela î »
— a II n'est donc pas étonnant que les gens fussent ignorans. »
— « Mais , Lucie , heureusement qu'alors fut inventé le grand art de l'Imprimerie. ))
— « Oui , je me rappelle d'avoir vu cette invention notée en lettres majuscules dans les Bvènemens Mémorables.
Quand je le lus pour la première fois, je ne savais pas pourquoi on en disait tant sur cette belle découverte. Mais je commence à mieux comprendre son importance, a présent. En parlant de cela, Henri, tu as vu une presse a imprimer • moi , je n'en ai jamais vu, et j'aimerais pourtant a savoir comment on imprime. Je crois que mon papa prenait hier quelques informations sur les presses de Bristol. »
— «Oui ; il m'a dit qu'il t'en mènerait voir une , s'il avait le temps. »
— «Je voudrais Lien que ce fût demain. Nous n'avons plus que peu de jours a rester a Clifton; j'espère que papa aura le temps de me faire voir une imprimerie. Mais, Henri, en attendant, veux-tu jouer au bilboquet avec moi?
Regarde quel joli petit bilboquet , et quelle gentille boule d'ivoire maman m'a donnée! J'y ai pensé plus d'une fois, pendant que tu me parlais du verre, mais je ne voulais pas t'interrompre. Maintenant,
essayons-nous : voyons qui est-ce qui recevra le plus de fois la boule dans la coupe et sur la pointe ? Veux-tu tordre la ficelle pour moi ? j>
— « A quoi cela sert-il, Lucie ? »
C'était une question aisée a faire , mais trop difficile a résoudre pour Lucie, surtout quand son attention était absorbée par son amusement favori.
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