‹ Les jeunes industrielsChapitre 7 sur 26 · UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY · texte numérisé non relu

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les raisins. Quand ils curent vu les arbres à

fruit, ils parcoururent la serre, où madame Frankland leur fit remarquer un arbre étranger , le Carica papaja qu'on lui avait apporte depuis peu de l'Amérique ; îe monsieur de qui elle le tenait, lui avait dit, qu'il croissait de vingt pieds en trois ans; que son jus avait la singulière propriété d'attendrir la viande; que si l'on en frottait du bœuf il devenait tendre comme du veau; et qu'un vieux ccq pendu au tronc de cet arbre , était au bout de quelques heures aussi tendre qu'un jeune poulet. Ce fait, selon lui, était parfaitement et depuis long-temps connu de ceux qui avaient résidé en Amérique. Mais madame Frankland ajouta que, comme elle n'en avait pas encore fait l'expérience , elle ne pouvait assurer que cela fut exact. Dans ce moment, Henri mit la main sur l'ouverture d'un des tuyaux, ou conduits de chaleur de la serre , et s'aperçut que l'air qui en sortait était chaud; mais madame Frankland lui dit, qu'il ne l'était pas encore assez, et que par conséquent la serre n'était pas suffisamment chauffée. Elle ajouta qu'un ouvrier était justement occupé a changer , et a ce qu'elle espérait, à améliorer les moyens de chauffage. Henri entendit son père qui parlait a cet liomme a l'autre bout du bâtiment , et

il y courut pour voir ce qui se faisait. Son père se tournant vers lui, lui demanda s'il mettrait les conduits de chaleur, dans le haut, on dans le Las de la serre, en cas qu'il fût chargé de les placer.

— a Dans le Las, » répondit Henri; « parce que je sais que Pair chaud est plus léger que l'air froid , et par conséquent s'il est au Las du Lâtiement il se mêlera a l'air plus froid, et échauffera graduellement toute la serre , en s'élevant jusqu'au sommet. »

Lucie en allant et venant avec son frère, lui demanda comment il savait que l'air chaud était plus léger que l'air froid.

— (( Comme tu le sais toi-même , »

répondit Henri, « si tu veux te rappeler un amusement qui nous plaisait Leaucoup quand nous étions-euifans, et que j'aimerais presqu'encore maintenant. » En disant cela, il gonfla ses joues , et soufra a travers sa main , en tournant son visage vers le ciel. x>

— « C'est soufler des Lulles de savon que tu veux dire ! » reprit Lucie , « mais qu'est-ce que cela signifie? »

— « Que penses-tu qui fasse monter la Lulle? » demanda Henri.

— « Elle monte parce qu'elle est plus légère que l'air. »

— « Et d'où vient cela? qu'est-ce qu'il y a dedans? qu'est-ce qui la gonfle ? »

u Elle est remplie d'air que Ton souflle avec la bouche , à travers une pipe , ou un tuyau de paille. »

— « Peu importe , qu'il soit souflle a travers une pipe , ou non, » dit Henri, a penses-tu que cet air sorte de ta bouche plus chaud ou plus froid que l'air extérieur, quand la bulle part? »

— a Oh! plus chaud, bien sûr; maintenant je sais ce que tu veux dire. Les bulles montent parce qu'elles sont remplies d'air chaulFé. En vérité j'aurais pu apprendre par-Fa , que l'air chaud est plus léger; mais je ne me le serais jamais rappelé, comme cela; tout juste lorsqu'il le fallait. Je ne comprends pas comment tu t'en es souvenu si a point. »

Henri raconta qu'indépendamment des bulles, une autre chose avait fixé cela dans son esprit: c'était une machine qu'il avait vue , lorsqu'elle n'était pas a la maison : Un ballon, qui s'enleva, parce qu'il était rempli d'air chaulFé, Henri était un de ceux qui tenaient le grand sac au-de>sus d'un feu de paille.

« Il était tout flasque d'abord, n dit-il, a comme mou père le disait de la vessie que tu te rappelles qu'il nous a montrée, n

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— k Oui, )> reprit Lucie, ce et quand votre ballon se remplit d'air chaud, il dut se gonfler et se tendre , je sais cela. »

— « Oh oui , mais tu ne sais pas comme il tirait. Je le sentis d'abord s'échapper de n*es mains, à mesure qu'il se remplissait; et enfin quand il fut tout plein, il tirait si fort que je pouvais a peine le retenir. Mais on me dit de serrer ferme , et je le fis , quoique tout le dedans de ma main fût brûlant. Au moment où papa cria:

« laissez aller, » nous lâchâmes tous, et il s'éleva a une grande hauteur, jusque dans les nuages. Oh î le plaisir de le voir monter ! et aussi la douleur de mes jointures qui étaient toutes pleines d'ampoules, ont bien fixe cela dans ma tête; tu ne dois pas t'étouner que je me le rappelle. »

Pendant qu'ils causaient ainsi , leur père parlait toujours du poêle avec l'ouvrier; ils se rapprochèrent pour écouter. L'homme demandait à M. Frankland s'il avait vu la nouvelle méthode d'échauffer les maisons employée dans la ville voisine. 11 la connaissait , et l'admirait beaucoup. Le premier essai s'était fait dans lamaisonde l'inventeur lui-même , et elle avait été chauffée mieux et plus facilement que jamais. On en avait fait l'épreuve dans l'Hôpital du Comté, où elle avait

réussi a la satisfaction des médecins et des malades. Celte invention était due à un homme riche , qui , pendant plusieurs années, avait exerce de grandes connaissances en mécanique, dans le but d'accroître les jouissances domestiques, et qui, de la manière la plus libérale, avait dévoué sa fortune, son temps et son génie inventif, a des travaux publics, utiles à sa ville natale en particulier , et au genre humain en général.

Dans ce moment ils furent interrompus.

Quelques visites étaient arrivées , et ils retournèrent a la maison. Henri en y entrant, vit des dames sans chapeaux, et l'une d'elles avait des fleurs artificielles dans les cheveux. Quoique peu connaisseur en étiquette , le triste Henri pensa que cela avait tout l'air de gens qui ne venaient pas en visites du matin, mais qui resteraient a dîner ; ce qui , comme Lucie le vit bien à sa mine, le chagrinait beaucoup.

La première fois qu'ils se retrouvèrent seuls dans le cabinet de toilette de madame Wilson, le soir, après le départ de la compagnie, Lucie demanda a son frère, s'il n'avait pas élé malheureux toute la journée , depuis qu'ils avaient été dérangés au poêle ; mais Henri assura au contraire, qu'il avait passé son tempsagréa-

blement , et qu'il avait entendu des choses très-amusantes.

« D'abord , » dit-il , « quand j'ai vu cette dame avec des fleurs artificielles sur la tète , j'ai pensé qu'on ferait salon tout le jour , et que nous allions bien nous ennuyer. »

— « Cette dame a été très-bonne pour moi, » interrompit Lucie, « et m'a appris quelque chose sur les fleurs artificielles qu'elle portait. Les as-tu remarquées ? n

— « Non, » répondit Henri. « Mais si... attends... je crois que je les ai vues. Oui , c'était un lilas , et j'étais bien aise qu'il n'eût pas d'odeur, car je ne puis souffrir le parfum du lilas dans une chambre.

Mais qu'est-ce qu'elle t'a. dit de ces fleurs? »

— a Qu'elle les avait apportées d'Italie. Elle m'a demandé de deviner de quoi elles étaient faites. Je lésai alors regardées tout près et touchées: car elle me l'avait permis. Ce n'était ni du papier, ni de la soie , ni de la gaze, ni de la batiste : je ne pouvais deviner ce que c'était , quoique j'eusse un souvenir confus d'avoir vu quelque part je ne savais quoi de semblable. Hé bien , c'était des cocons de vers a soie. Tu sais qu'il y en a une grande quantité en Italie , dans le pays même

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«les vers a soie. Et c'est très - bien de rendre ces cocons utiles , au lieu de les jeter. »

— « Oui , » répondit Henri, a s'il est nécessaire qu'il y ait des fleurs artificielles, et je présume qu'elles sont indispensables. Cette dame a raconte aussi une histoire intéressante de quelques voyageurs qui ont été arrêtés par des bandits, entre Home et Naples. »

— « Oui , oui ; et l'histoire aussi de cette petite fille a qui l'on avait donné les joyaux de sa mère a garder, qui les cacha dans le berceau de sa poupée, et passa tout le temps que les voleurs cherchaient dans la voiture , a bercer sa poupée , cl a lui parler, de sorte qu'ils ne soupçonnèrent jamais où était Técrin ; et ils s'en furent sans l'avoir trouvé. Je crois que je n'aurais jamais eu la présence d'esprit et le courage d'en faire autant. Je voudrais bien le pouvoir. »

— a Tu ne peux savoir si tu le pourrais , ou non, jusqu'à ce que tu aies été mise a l'épreuve , » dit Henri.

— « Mais, qu'est-ce donc que j'allais te dire? Je ne peux pas me le rappeler. » reprit Lucie, « Oh ! j'allais justement te demander si tu as entendu ce que cette même dame nous apprenait sur les chapeaux de paille ! »

.- « Non , j'ai bien entendu qu'elle

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commençait a raconter quelque chose sur le prix et la finesse des chapeaux. Affaires de femmes, ai-je pensé, que je n'ai pas besoin d'écouter. »

— u Cependant ça valait la peine d'être

entendu. Quoiqu'il ne fût question que de chapeaux , les messieurs écoutaient tout aussi bien que les dames. »

— « Je suis prêt a l'entendre , maintenant, )> dit Henri.

— (f D'abord , Henri , sais-tu de quoi sont faits les chapeaux de Livourne , ou d'Italie?»

— « Je crois que oui; ce doit être une espèce de chapeaux de paille ; je reconnais ces sortes de choses, quand je les vois. »

— (( Très-bien , et tu dois savoir aursi que les dames les trouvent beaucoup meilleurs que les autres, parce qu'ils sont plus chers. Non, je veux dire qu'ils sont beaucoup plus chers, parce qu'ils sont meilleurs, i;

— « Es-tu sûre de savoir lequel des deux ? » demanda son frère en riant.

— f( Parfaitement sûre. Ils sont réellement meilleurs; ils se portent beaucoup plus long-temps, et peuvent être mouilles et chiffonnés , sans être perdus. Ils sont infiniment meilleurs. ))

-r- « Tu dois le savoir mieux que moi.

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Ainsi , je suis routent ; voila qui est accorde : ils sont plus chers, parce qu'ils sont meilleurs , poursuivons. »

— f< Et tu penses qu'ils doivent être beaucoup plus chers que les chapeaux de paille communs qui se font en Angleterre, puisqu'ils sont apportes de très-loin , de l'Italie. »

— k Oui, de Livourne , je le suppose d'après leur nom. »

— <{ Ils furent faits d'abord a Livourne, je crois, et pendant long temps, j'oserais dire, pendant des centaines d'années, enfin, depuis qu'on porte ces chapeaux, personne ne s'était imagine qu'il fut possible d'en faire autre part qu'en Italie. La paille est différemment tressée , et l'on pensait que ce n'était que Ta que l'on pouvait avoir de cette sorte de paille. Bref, on n'avait jamais songe à chercher ou a essayer ce que l'on pouvait faire dans ce genre , jusqu'à ces derniers temps. Mais il y a des gens maintenant qui ont trouve ; d'abord en Amérique , je crois , ensuite en Angleterre, cl enfin en Irlande ; Pauvre Irlande î qui ont trouvé , te dis-je , une sorte d'herbe dont la paille peut servir a cela, et ils ont appris à la tresser, aussi bien qu'on la tresse en Italie. Cette dame nous a montré deux chapeaux , le sien et celui de sa lille ; le sien a été

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apporte d'Italie ; mais celui de sa fille a été fait en Irlande , et autant que j'ai pu voir, c'est l'irlandais qui est le plus beau des deux. Et de Lien meilleurs juges que moi, des gens qui ont regarde a travers des lunettes , et avec des loupes , en disent autant. Plusieurs dames en Irlande ont , a ce qu'elle nous a dit, pris beaucoup de peine pour enseigner a de pauvres filles cette manière de travailler la paille. Une dame qui l'avait apprise toute seule d'après quelques indications qu'elle avait trouvées dans les journaux , s'est mise a l'ouvrage , et a fait des expériences. »

— « L'intelligente femme ï » interrompit Henri.

— « Et bonne aussi , car c'était pour faire du bien; et après beaucoup d'essais , elle a fait un chapeau tout entier, de sa propre main, depuis la première préparation de la paille , jusqu'à la fin ; et elle a remporté le prix pour ce chapeau , le plus beau qui ait jamais été fait, je crois. »

— « Oh! maintenant, Lucie, tu vas trop loin , comment peux-tu savoir si c'était le plus beau ? »

— a Je ne te dis que tout juste ce qu'on m'a dit, mon cher; une personne qui l'a vu , et comparé avec un autre qui avait été envoyé d'Italie a une princesse française, a déclaré que le chapeau irlandais était

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tout-a-fait aussi beau que le plus beau de tous les chapeaux deLivourue qui coûtent cinquante Ruinées. Et ce chapeau d'Irlande était fait d'une herbe très-commune appelée la Oetcllc* , qui croît même sur les mauvaises terres. Les tiges de ces fleurs sont si remarquablement dures et coriaces que les troupeaux ne les touchent pas, quoiqu'ils mangent les tiges sèches de plusieurs autres espèces d'herbes. Mais celleslà restent tout l'hiver inutiles dans les champs ; et en irlandais, elles sont appelées trawnycens. Quand une chose n'est bonne à rien , les Irlandais disent qu'elle ne vaut pas un trawnyeen. Mais maintenant, voilà que la crctelle est bonne à quelque chose, et a une très-belle chose. »

— « Connaîtrais-tu cette herbe, si tu la voyais? » demanda Henri.

— a Oui, m repondit Lucie, ff je la connais très-bien, et je te la montrerai, la première fois que nous irons dans un champ ou il y en aura. »

— « Ne l'oublie pas, »dit Henri, a J'aime la femme qui n'a pas voulu quitter le chapeau , qu'elle n'eût réussi aie faire. »

— (( Elle réussit à bien autre chose qu'a faire un beau chapeau. Gela n'aurai tpaseté si admirable;cen'étaitqu'adroit,voira tout.

* Cynosurus Cristatus,

J'ai Lien autre chose a te conter que cela. Cette bonne dame enseigna a plusieurs pauvres jeunes filles irlandaises a tresser cette paille, et deux d'entr'elles qui n'avaient pas plus de quatorze ans , travaillant dans leurs propres chaumières. ( Cabins , comme elles les appellent , ) firent en un an douze chapeaux , indépendamment de tout l'ouvrage de leur maison , comme a l'ordinaire. Les douze chapeaux lurent vendus une guinëe pièce. Un grand nombre d'autres ont été commandés , et doivent être envoyés à Londres. Les enfans de ces pauvres villageois * qui mouraient presque de faim l'hiver dernier, à ce que nous avons entendu dire , ont maintenant une bonne manière toute trouvée de gagner de l'argent pour leurs pères et mères. »

* M. Oconnel a fait une description effrayante de l'état des paysans en Irlande : « Leur misère est si grande, » dit- il, «qu'on ne comprendpas qu'ils puissent vivre. L'existence des plus vils animaux en Angleterre est préférable à la leur. Le combustible pour cuire leurs pommes de terre et l'eau même leur manquent souvent. Leurs misérables cabanes en argile sont couvertes de roseaux qui ne les préservent pas toujours de la pluie. Une cloison sépare l'habitation de l'élable. Toute la famille vit dans la même chambre, ayant pour lit de la paille étendue par terre, recouverte d'une

— (( C'est vraiment très-bien , » dit Henri. « Je suis sûr que la femme qui a fait le premier chapeau , et qui leur a tout enseigne, doit cire bien contente. »

— k Oh ! oui, je suis Lien sûre que je le serais , si j'étais a sa place. Et , Henri , maman m'a dit que si je pouvais apprendre cette manière de tresser la paille , je l'enseignerais aux filles de notre pauvre veuve Wilson. Aujourd'hui, j'ai vu un petit morceau de cette tresse que la dame qui nous a dit tout cela, avait danssonsac a ouvrage. Elle m'en a laisse défaire un petit bout, pour voir comment c'est fait; elle nous a donne un peu de paille , et nous avons commence a essayer. »

mauvaise couverture de laine: une armoire, ou une table sont des objets de luxe, rares parmi eux. La plupart ne possèdent qu'un pot de terre et un panier, et entre l'e'poquc à laquelle finit la provision des pommes de terre, et celle où commence la récolle, ils sont pendant des mois entiers dans une véritable famine qui se reproduit ainsi régulièrement chaque année. Le prix des journées est extrêmement modique, et le travail est si peu commun que sur vingt hommes il y en a , à peine un , qui puisse parvenir à s'en procurer. Même, près de leur < apitalc , près de Dublin, la misère est telle, que des renseignemens exacts ont fait connaître que sur sept à huit familles, une seule , possédait une couverture de laine, m

— a Maintenant, je sais pourquoi vous étiez tous si affaires à tresser de la paille. Jjne pouvais concevoir quelle fureur vous avait saisies , quand , en revenant de jouer , je vous trouvai toutes a l'ouvrage avec ardeur. Mais a présent , Lucie , nous en avons assez de cela , passons a autre chose. As- tu remarqué le vieux monsieur qui était dans le fauteuil au coin du feu ? a

— « Ce même monsieur qui, le premier jour a dîner , parla de la porcelaine de Wedgewood , et des plats en forme de croûte de pâté pour mettre les légumes.

ui vraiment , je 1 ai vu, » répondit Lucie, a II prend une si grande quantité de tabac, que je ne puis souffrir... »

— « Quoi ? »

— « Oh î Henri, c'est horrible!... Son mouchoir de poche... »

— ce Je ne l'ai pas vu , » dit Henri.

— (( J'ensuis bien aise, » reprit Lucie ; je n'aime pas l'homme , non plus. »

— (( Tu ne l'aimes pas , ma chère? Je t'assure que c'est un homme très-instruit; car je l'ai entendu parler avec papa et M. Frankland sur les poêles , les conduits , les foyers et l'air chaud. »

— « Je le crois, » dit Lucie, « mais je voudrais bien qu'il n'eût pas ces deux grandes raies de tabac, le long des plis de son gilet. »

— (( Ne fais pas attention a cela. J'allais te conter quelque chose d'intéressant qu'il m'a dit. »

— c< Hé Lien , raconte alors ; j'aime mieux l'entendre raconter par toi que par lui. J'espère, Henri , que tu ne prendras jamais de tabac ? »

— « Non, non, ma chère, il n'y a pas de danger. »

— a Mais, quand tu deviendras vieux, mon frère , il y aura grand danger. Il y a tant de vieilles gens qui en prennent , et des jeunes aussi. Tiens , je vais te dire les noms de tous les preneurs de tabac que je

' connais. »

— « Non , non , non , ma chère Lucie , u s'écria Henri, en se Louchant les oreilles, «je t'en prie, laisse-moi plutôt te raconter mon histoire. Il est question d'un petit oiseau. »

— « D'un petit oiseau!... Oh c'est une autre affaire... Je pensais que tu allais seulement me parler de poêles. Qu'estce que tu as a me dire d'un petit ôiseaùT»

— a J'ai aussi a te parler des poêles, ma sœur ; et il faut que ta écoutes cela , avant d'en venir a l'oiseau. Te rappellestu que quelqu'un a dit que le poêle donnait une odeur désagréable dans le passage? »

— « Oui, et l'on a commencé a discuter si c'éiait une odeur de fumée , ou d'air brûlé. ))

— ce Alors ce vieux monsieur m'a demandé si je savais ce que l'on entendait par air brûlé > et il a commence' a me parler d'un docteur chose... * qui essaya quelques expériences pour déterminer si le fer chauffe mêlait quelque substance nuisible a l'air qui passe dessus , et s'il lui ôtait quelque qualité, de manière enfin à le rendre peu propre a la respiration. »

— « Ainsi, il prit un oiseau, a ce que je suppose. »

— a Attends, attends- il prit d'abord un petit cercle de fer, et le chauffa a une forte chaleur. Je suis fâché d'avoir oublié le degré. »

— « Ne t'en inquiète pas, « dit Lucie, « voyons l'oiseau î »

— « Et il le mit dans un récipient vide.»

— « L'oiseau î » dit Lucie.

— a Non, ma chère, le cercle de fer.

Je voudrais ne t'avoir jamais dit un mot de cet oiseau î »

— « Bien , bien , je ne serai pas comme un oiseau sans cervelle. Tu sais bien que papa m'a dit une fois que j'étais un étourncau. Mais, pardon , Henri , maintenant , conte-moi; il prit le cercle de fer, et le mit dans le récipient vide, »

Le docteur Desagulicrs.

— « Oui, il plaça le cercle de fer île manière a ce que lorsque Pair entrerait, il ne pût pénétrer qu'eu passant a travers un trou dans le fer chaud. »

— « Tu ne m'as parlé d'aucun trou dans le fer chaud. »

— « J'ai eu tort , j'aurais du te dire qu'il avait fait d'abord un trou qui traversait le cercle de fer ; alors il laissa entrer l'air qui, pour pénétrer dans le récipient , traversa le fer chaud , et passa dessus : et quand le récrient fut rempli d'air, il y mit un petit oiseau qui respira sans paraître souffrir le moins du monde , ou sentir quelque différence entre cet air là, et le grand air. »

— « Mais l'oiseau ne pouvait pas parler, et nous ne sommes pas sûrs qu'il se trouva bien Ta -dedans. »

— « Pas entièrement sûrs , c'est vrai ; mais maintenant, écoute l'expérience qui suit, et tu sauras ce qui arriva. L'homme Ht la même expérience avec un cube de la même grandeur en cuivre chauffé, et mit le même oiseau dans le même récipient, après qu'il eut été vidé , et rempli de l'air qui avait traversé le cuivre chaud. »

— ■ (c Hé bien, » dit Lucie , ;> qu'arriva-t-il ? )>

— « L'oieeau mourut, en peu de minutes, n

— « Pauvre oiseau ! L'homme était très-méchant ; je veux dire que l'expérience était cruelle.

— « Mais non , il l'essayait dans un Lut utile, pour sauver la vie et la santé de créatures humaines. r>

— « A la bonne heure \ mais je pense qu'il aurait pu faire l'expérience , tout aussi Lien, sans tuer l'oiseau. Il aurait dû l'ôter, quand il le vit haletant pour respirer , comme je suis sûre qu'il a fait avant de mourir , et il serait revenu au grand air. »

— « C'est vrai, c'était cruel, de tuer l'oiseau , puisque ce n'était pas nécessaire. Mais, excepté cette méprise, n'était-ce pas une bonne expérience? »

Lucie admit que c'était une bonne expérience ; mais elle fit observer que les poumons des oiseaux et des hommes sont difFérens , et elle en conclut que parce qu'un oiseau ne pouvait pas vivre dans telle atmosphère , il ne s'en suivait pas que cet air dût être nécessairementmalsain pour une créature humaine. Sa mère a laquelle elle en appela , dit que c'était juste , et Henri fut aussi de cet avis.

« Combien nous aurons adiré et a penser sur ce qui s'est passé aujourd'hui ! » dit Lucie. « Combien de faits curieux et d'histoires amusantes nous avons entendu

rjo LES JEUNES

raconter , quoique nous fussions si contrariés quand Les visites arrivèrent. »

— « Oui, » dit Henri , « j'ai pensé à cela , et je trouve que mon père a eu raison de me dire, que Ton pouvait souvent apprendre autant dans la couver ation que dans les livres. »

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