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CHAPITRE IV

7Q voinvncièe efj 'VoaXcaw ; [*y 'Udatt<tdc ; îc caiux£

Le troisième et dernier jour de leur visite chez M. Frankland, Henri et Lucie furent invités a une partie sur Feau , qu'avait arrangée leur hôte, et de laquelle ils se promettaient tous deux beaucoup de plaisir. Ils n'avaient jamais été en bateau. Celui dans lequel ils devaient naviguer , était a rames et sans voiles. Ils suivirent le bord de la rivière qui coulait à travers les terres, jusqu'à une petite crique où la barque était amarrée à un poteau. Lucie pensa qu'il pouvait être un peu dangereux de passer sur la planche qui était jetée du bord du bateau au rivage, et elle allait demandera un des matelots de la conduire par le bras ? quand elle vit Henri marcher dessus hardiment ; elle le suivit aans vouloir de secours. On les engagea a s'asseoir , aussitôt qu'ils furent dans la barque, et l'on dit quelque chose sur la manière de Varimer.

y 2 LES JEUNES

Comment . et pourquoi un Lateau devait être arimé, c'était ce que Lucie ne pouvait deviner, non plus que la signification de ce mot, et elle était curieuse de voir ce qui arriverait. Mais il ne se passa rien d'extraordinaire , chacun se tint tranquille, excepte un des bateliers qui éloigna le Lateau du rivage en appuyant fortement sa rame contre terre , puis la passant par-dessus la tète de Lucie, il la salua d'un brusque : « avec votre permission, mamzelle, » et il réussit ainsi a faire sortir le bateau de la petite crique où il était amarré.

Il était maintenant a flots , et tous les bateliers commencèrent a ramer, un homme s'assit au bout de la barque pour la diriger dans sa route , au moyen du timon ou gouvernail, dont il tenait le manche sous son bras.

Quand on eut ramé un moment, cet homme fit changer de place a. un de ses compagnons avec un autre, qui semblait beaucoup plus lourd , et paraissant satisfait, il dit: a elle est bien arimee, a présent. » Lucie vit alors que elle voulait dire la barque, et comprit que par arimé on entendait que le poids de chaque côté du bateau, fut exactement balancé, et que l'équilibre fût parfait.

Tout était nouveau, tout était amusant

pour Lucie ; elle écoutait le bruit des rames , et suivait de l'œil les gouttes brillantes qui étiucelaient, suspendues a leurs bords , a mesure que les hommes les sortaient de l'eau. Ils ne les levaient pas de côté, ils coupaient l'air avec le bord tranchant et mince , et tenant toujours la partie large, le plat de la rame clans une position horizontale; Henri devina que c'était pour diminuer la résistance de l'air, lorsqu'on reportait les rames en avant , pour les replonger plus loin dans l'eau.

(( Maintenant, je sais ce que veulent dire les vers de la chanson du jeune batelier , que vous aimez tant , mon papa, » s'écria Lucie.

« Le jeune batelier sait gouverner la rame

Fidèle au bras qui la conduit ; De son bord il fend Pair , puis il coupe la lame ,

L'onde s'ouvre , le bateau fuit. »

En avançant, ils virent une jolie maison de campagne sur les bords de la rivière. Lucie se leva tout-a-coup, et demanda à Henri s'il n'aimerait pas bien à demeurer dans ce charmant pavillon, qui avait un si joli portique décoré de fleurs!

u Tiens-toi tranquille, ma chère, » lui dit madame Wilson, « car si tu renverses le bateau, tu ne demeureras jamais nulle part. ))

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Lucie, calmée par celte observation , se ras>it de suite, et resta immobile, jouissant de la beauté du jour, et de la riante perspective desmaisons, des jardins, des parcs, des bois qui se succédaient , tandis que le bateau glissait doucement le long du rivage, et qu'elle observait avec plaisir la réilexiou des arbres et des bàtimeus dans l'eau limpide. Un oiseau effleurait de ses ailes blanches, cette surface unie et argentée ; Lucie aurait bien voulu le montrer à son frère , mais Henri restait collé au coude de son père, attentif à ce que M. Frankland racontait de quelques étrangers, qui, tout récemment en parcourant l'Angleterre , s'étaient arrêtés chez lui. Il leur avait fait faire cette même promenade en bateau, et en descendant cette parjtie de la rivière, ils avaient été particulièrement frappés, non seulement de la beauté pittoresque des sites , mais encore, des apparences de richesses, de confortai ilitè , de gaieté et d'élégance des maisons qu'habitent les gentilshommes-dé campagne anglais. Les grandes propriétés, les palais , comme ils les appelaient, de la haute noblesse d'Angleterre , ne les avaient pas surpris autant que la variété de jolies plaines, de maisons de plaisances, de parcs boisés appartenant aux propriétaires campagnards. Un de ces étrangers

était français, l'autre italien. Les nobles d'Italie ont de délicieuses campagnes, de saperbes jardins; mais en revanche , ou ne voit nulle part de ces habitations commodes , qui rassemblent toutes les jouissances de la vie domestique , et qui conviennent surtout a la bourgeoisie et aux classes mitoyennes. Le Français compara ces charmantes demeures , aux anciens et incommodes châteaux de France, et n'hésita pas a donner la préférence aux premières*. Ces deux étrangers avaient visité plusieurs gentilshommes de campagne anglais , et goûtaient beaucoup leur manière de vivre. Ce qui frappait sur-

* J'ai ici des excuses à faire : il semble qu'on ne puisse altérer la moindre chose , de ce qu'a écrit une personne si remplie d'observation, d'exactitude et de philanthropie que Miss Edgeworth, sans faire tort à la fois, à elle et aux lecteurs. Cependant quelques préjugés nationaux se sont glissés dans le re'cit de M. Frankland , et j'ai cru pouvoir passer légèrement sur les remarques d'un français qui semblait tout prêt à donner des éloges à l'Angleterre, aux de'pens de sa pairie. Il est possible que nos voyageurs poussent jusqu'à ce point l'urbanité lorsqu'ils sont dans les pays étrangers, mais on ne peut se prévaloir de leur politesse. Miss Edgeworth n'ignore pas , que le meilleur pays est celui où l'on est né, et que nos affections et nos souvenirs d'enfance embellissent.

tout l'Italien , c'élait la liberté dont on jouissait, et l'égale reparti lion de la justice. Il savait (jue plusieurs des hommes les plus distingues de l'Angleterre avaient fait leur fortune , et s'étaient élevés par leurs propres talens, et par leur mérite, aux premiers rangs de la société. Il trouvait que quoique la naissance eût chez les Anglais de grands avantages, l'éducation en donnait encore plus: et que l'industrie et le génie y ouvraient a tous la route de la gloire , des richesses et des honneurs. Il concluait de la, qu'il valait mieux naître en Angleterre, même dans une condition très-Lasse , que parmi les plus hautes classes d'un autre pays, où les lois et la liberté ne régneraient pas également , et où l'on ne pourrait avoir d'aussi puissant motifs de développer ses facultés et son énergie.

Henri comprenait tout cela, bien que ce fût un peu au-dessus de son âge , et peut-être y prenait-il plus de plaisir par cette raison-là même; d'ailleurs, il jouissait en écoutant les louanges de sa chère vieille Angleterre.

Un des bateliers avait une belle voix, et savait plusieurs chansons de matelots; un jeune Ecossais l'accompagna sur sa flûte , et chaula à son tour plusieurs des, jolis airs de l'Ecosse.

Ce divertissement fut interrompu par l'homme qui tenait le timon. Il appela , sans aucune cérémonie, le jeune garçon qui jouait de la flûte , en lui disant d'en finir avec son bruit, parce qu'ils avaient autre chose à faire maintenant. Ils approchaient , a ce qu'il dit , du barrage ; et les hommes qui s'étaient reposés sur leurs rames , laissant le bateau suivre le cours de la rivière pendant qu'ils écoutaient la musique , se remirent a ramer vigoureusement à travers le courant, qui les emportait avec une vélocité croissante.

Lucie pensa bien qu'il y avait quelque danger, mais quel était-il? c'est ce qu'elle ne savait pas. Ni elle, ni Henri n'avaient jamais vu de barrage ; et quand son frère aurait su ce que c'était , le moment n'était pas favorable pour en causer avec lui. Tous étaient silencieux. L'homme qui dirigeait le bateau , paraissait s'appliquer à. lui faire traverser prbmptement le courant, et les rameurs redoublant d'énergie atteignirent sans accident une petite crique, où ils purent amarrer la barque , en jetant autour d'un tronc d'arbre une corde attachée a bord par un anneau.

Quand ils furent tous en sûreté sur la rive , et tandis que les bateliers s'essuyaient le front , Henri s'informa s'il y avait eu du danger, et demanda ce que

l'on voulait dire par barrage. M. Frankland offrit de le lui montrer a l'instant ; mais on ne pouvait le voir de l'endroit où ils avaient débarque. Ils firent quelques pas sur le rivage, et commencèrent a entendre un grand bruit de chute d'eau; ils ne pouvaient distinguer d'où venait le son. Mais, a mesure qu'ils avançaient , il devenait de plus fort en plus fort , jusqu'à ce qu'ayant dépassé un saule dont les branches pendantes interceptaient la vue, ils aperçurent ce qui causait ce fracas. L'eau s'élançait par-dessus une marche formée par un long banc de pierre , ou chaussée , qui traversait obliquement la rivière. Cette digue était le barrage ; et il aurait pu y avoir quelque danger, si le bateau avait été entraîné trop près de cette chute par la force du courant.

Ils devaient de la se rendre a un autre endroit , pour prendre encore un bateau . et remonter un cariai. Comme ils suivaient la rive , vis-à-vis de la digue , ils purent l'examiner à leur aise. L'eau , faisant voûte sur le bord arrondi , formait une longue cascade égale et basse , alternativement verte et blanche , étincelante au soleil , et s'cmbellissant dans sa chute de tous les accidens variés de la lumière et de l'ombre.

Tandis que Lucie suivait de l'œil ces.

changemens, et les admirait, Henri demandait a quoi pouvait servir cette marche, ou barrage , qui n'était pas , comme il le voyait bien, une inégalité naturelle dans* le lit de la rivière, mais qui semblait bâtie eu maçonnerie dans quelque but particulier.

M. Frankland lui montra un moulin sur la rive , et lui dit que l'usage de cette chaussée était de retenir la rivière , de manière a s'assurer une constante provision d'eau , et à produire et alimenter ainsi une chute suffisante pour tenir toujours la roue du moulin en mouvement.

Henri désirait beaucoup voir cela de plus près. Il avait visité et examiné des moulins k vent , mais il n'en avait aperçu k eau que de la route. M. Frankland était d'avis qu'il suffirait d'une demi-heure pour aller et revenir, et qu'on pouvait accorder a Henri sa demande. Madame Frankland avait de la peine a le refuser, et néanmoins elle paraissait indécise ; elle regarda à sa montre ; elle craignait qu'ils eussent a peine le temps nécessaire ; et dit enfin , qu'elle tenait beaucoup a être rendue chez elle a l'heure juste du dîner, pour ne pas faire attendre un vieil ami : que cependant, s'il ne fallait qu'une demiheure pour voir le moulin , elle pensait que , sans se mettre trop en retard , elle

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pouvait attendre Ifeiivi. Madame Wilson alla s'asseoir sur un tronc d'arbre, et se

mit à dessiner la jolie vue du moulin, pendant que son fils allait l'examiner.

Henri n'eut pas pins tôt obtenu la permission qu'il partit comme un trait , Lien sûr d'elle de retour en moins d'une demiheure : mais le temps passe bien vite , quand on s'amuse , quand on se livre a son goût favori. D'abord , il fallut voir la grande roue avec ses aubes* ; et Henri demeura quelques momens a observer comment l'eau la faisait tourner. C'était, à ce que leur dit le garçon meunier qui vint a eux , une roue de dessus**. Alors il fallut expliquer à Henri ce que c'était qu'une roue de dessus, et en quoi elle différait d'une roue de dessous-

* Ce sont par rapport auxmoulins à eau et aux roues que l'on fait mouvoir, ce que sont les ailes des moulins à vent. Les aubes sont des planches fixées à la circonférence de la roue , et sur lesquelles vient s'exercer l'impulsion de l'eau qui les chasse l'une après l'autre ; ce qui produit le mouvement de rotation.

¥* Une roue, de dessus est celle dont l'axe est audessus de la chute, et dont par conséquent les aubes inférieures reçoivent l'eau près de l'endroit d'oii elle s'élance, et sont poussées par rimpu'sion qui la porte à suivre sa pente que le barrage rend plus rapide. La roue de dessous a son axe plus bas que la chute, et

INDUSTRIELS. Si

C'était un moulin a grain 'Henri en avait vu de semblables mis en mouvement par le vent, et comme la construction de Pinterieur était, a ce que lui dit son père , apeu-pres la même dans celui-ci que dans ceux qu'il connaissait , ce n'était pas la peine de s'y arrêter. Henri serait bien revenu de suite , mais il voulut regarder une grue qui servait à descendre les sacs quand le blé était moulu. Il crut n'avoir mis que peu de minutes a en considérer le mécanisme , et il en passa quelquesunes de plus a voir monter un sac ; une certaine macbine a bluter, dont l'opération, expliquée par le surveillant , l'intéressa beaucoup , l'arrêta encore cinq autres minutes.

Cet homme lui montra que le blé , quand il avait passé sous la meule, en sortait écrasé ou broyé- mais que les parties les plus fines et les plus grossières de la farine , aussi bien que le son , ou enveloppe extérieure du grain, étaient mêlées ensemble. Dans cet état on l'étendait

l'eau tombe sur les aubes supérieures. Quelquefois pour augmenter la vitesse, et suppléera une plus grande quantité d'eau , on construit ces roues creuses avec des compartimens ouverts par le haut, de manière à recevoir l'eau ; on les nomme alors roues à pots.

d'abord dans un grenier pour le refroidir; ensuite on le jetait par un entonnoir de Lois ou trémie dans le bout le plus élevé du blutoir. C'était un long cylindre creux, entouré d'une espèce de toile eu métal, ressemblant a de la gaze, mais de trois " différons degrés de finesse. Il était disposé en pente , et l'ouvrier ayant obligeamment arrêté le mouvement de la machine , montra a Henri qu'il y avait dans le cylindre un petit axe en fer qui le traversait en entier, et qui était tout entouré de brosses , avec le poil en dehors. Le garçon meunier, en tirant une corde, mit de nouveau cet axe en mouvement; et Henri aperçut que la farine, ainsi rejetée par les brosses qui tournaient rapidement, était chassée de force a travers les mailles de la toile métallique : la plus belle fleur de farine passant à travers la division la plus haute et la plus serrée de cette espèce de gaze, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ne restât plus rien que le son qui tombait par l'extrémité la plus basse du cylindre. * Chaque espèce de fa-

* II y a des blutoirs semblables qui divisent la farine en quatre ou cinq qualités dans les beaux moulins que M. Casimir Perncr vient d'établir à la barrière d^i Bons-Hommes.

rine était reçue dans des boîtes séparées, d'où elle était mise dans des sacs, pour être ensuite employée aux différer) s usages auxquels on la destinait. La fleur de farine , servant a faire la plus belle sorte de pain, ou la pâtisserie: la plus grossière, le pain de ménage; et le son s'employant a différens usages domestiques.

Ayant pris un vif intérêt à ce qu'il avait vu, parce que le patient surveillant lui avait tout fait comprendre à merveille , Henri retourna en hâte vers sa mère, et ne fut pas peu surpris en apprenant qu'il avait été absent une heure, au lieu d'une demi-heure.

Madame Frankland , qui espérait toujours que tout irait le mieux possible , dit qu'en se rendant de suite à l'endroit où ils devaient prendre le bateau , on pourrait , peut-être , réparer le temps perdu.

« Pasaccéléré! en avant marche! » s'écria M. Frankland, et ils marchèrent aussi vite qu'ils purent, jusqu'à ce qu'ils atteignissent le canal. C'était un grand sillon verdâtre, d'une eau dormante, qui n'avait pas meilleure apparence , comme Lucie en fit l'observation a Henri, qu'un large fossé. Elle vit sur ce canal plusieurs grands bateaux chargés de charbon ; d'autres portant diverses marchandises ; et quelques-

uns remplis de monde. A sa grande mortification, ils prirent un de ces derniers, et commencèrent a avancer lentement.

Il n'y avait pins de joyeux bruit de rames : au lieu d'être conduit par des matelots , ce bateau était traîne par un cheval, qui y était attelé avec une longue corde, et qui , marchant sur un sentier près du bord, nommé le chemin de hallage, tirait de toutes ses forces, tenant sa tête basse et avançant pas a pas, levant un pied, puis l'autre. Lucie trouvait qu'il avait l'air tout-a-fait engourdi, comme s'il eût marche en dormant. « Pourquoi donc fait-on des canaux, papa? » demanda-t-elle.

Son père lui expliqua que les canaux suppléaient aux rivières dans les endroits où elles cessaient d'être navigables , ou dans des lieux où leur pente ne les amène pas naturellement. Il lui apprit que les canaux étaient extrêmement utiles pour transporter aisément , et à bon marché, des marchandises pesantes et de nombreux passagers.

Henri émit la supposition que l'on ne pouvait faire de canaux que dans les pays plats, et dans des terres d'un niveau parfait. Mais son père lui répondit qu'on pouvait en ouvrir même dans des endroits toul-a-fait montueux et inégaux.

« Et comment fait-on alors, quand le

canal arrive devant des hauteurs , on ne peut pas faire monter l'eau ; nous ne pourrions pas, je suppose, descendre tranquillement une montagne en bateau , ni même des marches. Tous savez que ce matin, nous avons été obliges de prendre terre avant d'arriver a cette chaussée, ce petit degré dans la rivière , qu'on appelle le barrage. »

— (( Oui, » ajouta Lucie, « un des bateliers a dit, et mon propre bon sens me le montrait bien , qu'il était très-dangereux d'en approcher ; le bateau aurait été lancé en avant, rempli d'eau, et nous aurions été tous noyés. »

— « Papa , comment est-ce que l'on fait alors sur des terrains inégaux ? » répéta Henri, « Peut-être que , comme nous avons fait aujourd'hui , on prend terre , et l'on marche , jusqu'à ce qu'on ait dépassé la hauteur , et ensuite on se rembarque. »

— (( C'est ce que l'on faisait dans les premiers temps , » répondit son père , a et celte méthode est encore en usage dans quelques endroits* par exemple, en Amérique , et même en Angleterre , dans quelques marais du Lincoluslijre , on est obligé, non seulement de descendre de bateau, Henri , et de marcher , mais de prendre sa barque, et de l'emporter avec

soi , tantôt a travers les terres , tantôt a travers les marais, d'un lieu où le canal s'arrête , jusqu'à un autre , où la terre étant redevenue de niveau , il peut reprendre son cours; mais si cela est désagréable , mon enfant , même a des passagers, considère ce que c'est, quand il y a des marchandises et des charges pesantes a transporter. »

— (( C'est fort incommode , en vérité... Je suppose que les gens prennent grand soin de choisir les terres les plus de niveau dans le pays , pour y établir leurs canaux , et qu'ils tournent les hauteurs , au lieu de les traverser. »

— « Très-certainement, mon fils, mais quelquefois on ne peut pas les tourner. Que faut-il faire en pareil cas, Henri ? »

— « Je ne vois autre chose a faire , que de couper la montagne, comme une de ces hauteurs que nous avons vues dans notre voyage; il était évident, par l'élévation des bords , où la route était encaissée, que l'on avait coupé plusieurs pieds de terrain, pour la tracer: la même chose doit, a ce que je peuse , être faite pour les canaux ; et lorsque de grandes pierres, des rochers obstruent le passage, on doit les faire sauter avec de la poudre, de même que nous avons vu des hommes miner un grand rocher, pour établir une

nouvelle route. On déblaie les décombres, les pierres et la terre, et on laisse un beau lit bien nivelé pour le canal. »

— « Doit 9 est un mot aisément dit, Henri , mais tout ce travail de creuser ,

»de miner, de transporter des terres et des rochers , est extrêmement long , fatigant et coûteux ; de sorte qu'il eût été impraticable d'ouvrir des canaux a travers certaines parties du pays , s'il avait été nécessaire d'unir ou de niveler parfaitement les lits où ils coulent maintenant. On obvie a cette difficulté par une invention ingénieuse , appelée une écluse. Nous allons en rencontrer bientôt une dans ce canal même , et alors tu verras comment il se fait, que nous passions sur des inégalités de terrain, sans être obligés de quitter le bateau , et sans courir le risque de sombrer. ))

— (f Que c'est curieux ! u dit Lucie ,' « il n'y a pas de danger du tout , papa ? »

— ■ u Aucun, ma chère; si tes yeux et tes oreilles étaient fermés , tu ne t'apercevrais peut-être pas que nous traverserons une écluse. »

Henri était cependant déterminé a bien ouvrir ses yeux et ses oreille?. Ils approchaient alors de deux larges portes de bois, qui auraient arrêté le passage a travers ce canal , si elles eussent été fermées,

mais elles étaient toutes grandes ouvertes. Leur bateau passa eutr'elles, sans que les passagers sentissent la plus légère différence dans son mouvement, ou qu'Use lit aucun changement dans leur position.

Les portes se fermèrent alors derrière eux, et ils se trouvèrent dans une espèce de bassin , ou réservoir rempli d'eau , justement assez large , pour que leur bateau pût y tenir , sans frapper contre les bords en maçonnerie des deux côtés, ou contre les portes de bois.

Vis-a-vis de celles par où ils étaient entrés, il y en avait deux autres qu'ils trouvèrent fermées ; mais aussitôt qu'ils furent clans cette espèce de réservoir, on leva une trappe, ou porte glissante, par laquelle l'eau qui était dans le bassin s'écoula graduellement, de sorte que sa surface s'abaissa par un mouvement imperceptible, et descendit tout doucement avec le bateau qui était dessus. Lucie , comme elle en faisait elle-même l'observation, ne s'apercevait qu'ils avaient descendu , qu'en regardant la hauteur derrière eux, et en voyant les traces de l'eau sur les murs du bassin a l'endroit où elle arrivait quand ils y étaient entrés. Ils continuèrent à enfoncer ainsi tranquillement jusqu'à ce qu'ils fussent au même niveau que le canal de l'autre coté des portes a travers

lesquelles il leur fallait passer encore ; des hommes ouvrirent alors ces portes, et le bateau poursuivit sa route sans difficulté. M. VVilson engagea Henri a regarder la partie du canal qu'ils avaient parcourue avant d'arriver a l'écluse , afin de juger de quelle hauteur ils avaient descendu.

« Maintenant, Henri, dis-moi comment il se fait, qu'en arrivant nous ayons trouve l'eau du petit bassin de niveau avec celle qui nous avait portés jusque-là? »

Henri répondit, qu'il supposait qu'avant qu'ils arrivassent aux premières grandes portes , les hommes les avaient ouvertes pour que l'eau se précipitât dans le réservoir et le remplît , l'amenant au même niveau que le canal.

a Non, pas les grandes portes , Henri; réfléchis encore : la masse entière des eaux du canal en se précipitant ainsi, aurait causé une secousse trop violeute. »

Henri réfléchit de nouveau; il pensait que de petites portes glissantes , semblables a celles qu'il avait vues s'ouvrir dans les secondes grandes portes qu'ils avaient passées, se trouvaient dans les premières, et il supposa qu'avant leur arrivée , on avait levé ces écluses et laissé ainsi l'eau entrer tout doucement dans le bassin.

Son père lui dit (fie c'était exactement ce qui était arrive , et il Je fit ressouvenir d'un coup de sifflet qui avait été donné par un de leurs bateliers, quelque temps avant qu'ils arrivassent a l'écluse. C'était un signal pour l'homme chargé de l'ouvrir.

Henri fut charmé d'une invention aussi ingénieuse: « cela a l'air si aisé, » dit-il , ((qu'il me semble que j'aurais pu l'inventer moi-même. )>

— (( C'est l'effet que font presque toujours les bonnes inventions, » répondit son père.

— (( Comme nous descendions gentiment et doucement dans le bateau , » dit Lucie, a sur la surface unie du bassin, tandis que l'eau s'écoulait par la trappe! Comme le disait papa, je suis sûre que si j7avais eu les yeux fermés, je ne m'en serais seulement pas doutée. A quelle profondeur nous sommes arrivés ! quelle marche a descendre pour un bateau , Henri! impossible sans une écluse. Mais si l'on peut monter et descendre des escaliers dans un canal?... »

— a Des escaliers! )> répéta Henri , « je ne crois pas que cela se puisse ; à la bonne heure une marche. »

M. Wilson dit a Lucie, qu'il avait vu en Ecosse , dans le canal Calédonien , sept ou huit écluses qui se suivaient immédia-

tement ; « les gens du pays les nommaient les escaliers de Neptune. ( i ) »

M. Franckland fut enchanté qu'Henri et Lucie eussent pris plaisir a visiter cette écluse, car c'était principalement pour la leur faire voir qu'il était revenu chez lui par le canal. Bientôt après, ils débarquèrent sur un côté de la route où ils avaient donné rendez-vous a leur voiture. Madame Frankland se réjouit de l'y trouver, et elle regarda encore une fois a sa montre , comme si elle craignait d'être en retard.

Cp LES JEU SES

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