‹ Les jeunes industrielsChapitre 9 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

•I* \^olctvdw vieux UiLenàieuo ) llhowJc c^c JTLaDainc «JtanlifaiO ; ici lUnffU ; teà t3TCoufiu<J.

Il était tard, et fort tard , et le vieux monsieur qui était afl'amé, et qui avait attendu comme il le disait lui-même , une heure et demie au-delà de l'heure ordinaire du dîner, était bourru et très-bourru. Madame Frankland supporta tous ses reproches, et sa mine refrognée, de si bonne grâce , et avec une douceur si constante , que Lucie s'émerveilla qu'il pût encore garder sa colère. Elle pensa qu'il avait apparemment une faim dévorante , et que quand le dîner serait servi et qu'il aurait mangé , sa bonne humeur reviendrait. Mais non; a dîner il fut de plus en plus insupportable; tout était mauvais : le poisson était en bouillie , le rôti desséché; et il trouvait quelque défaut à chaque chose délicate que madame Frankland lui recommandait de la manière la plus persuasive.

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« Essayez de ceci, mou cher monsieur ! goûtez un peu de cela ! »

Mais rien de ce qu'on lui servait ne lui convenait. Madame Frankland prit un air de tristesse et chercha encore avec boute à l'adoucir , mais à la fin , il dit quelque chose de sec et d'offensant sur les femmes , qui ne sont jamais ponctuelles et qui ne pensent jamais à leurs amis absens. Henri ne put se contenir, et sa timidité naturelle cédant à l'indignation, il s'écria d'une voix forte :

« C'est très-iujuste ! »

Le vieux monsieur leva les yeux de dessus son assiette pour regarder Henri, qui était rouge jusqu'aux oreilles.

« A merveille , mon petit coq ! » dit-il , en riant a demi ; « qu'est-ce que vous avez à démêler dans cette affaire? »

— « C'est que tout est de ma faute , » répondit Henri.

Il s'expliqua , et raconta qu'il était resté trop long-temps a examiner un moulin , et à parler des roues de dessous et de dessus.

(( C'était fort bien pour vous, et votre moulin, » dit le vieux monsieur, d'un ton qui tenait le milieu entre la plaisanterie et la réprimande, « mais, je vous en prie ; mon petit homme, que prétendiez-

r A LES JEUNES

vous dire , avec votre , c'est très-injuste ? »

— « Qu'il était très-injuste d'accuser les dames de ne jamais penser à leurs amis absens, monsieur; carmadame Frankland qui est une dame , pense a ses amis absens , et particulièrement a vous. Elle s'est bien assez tourmentée pour revenir a temps , aiin de ne pas vous taire attendre le dîner, car elle disait que vous n'aimiez pas cela. »

— «Qui est-ce qui aime a attendre? »

s'écria le vieux monsieur , en riant ; « mais puisque c'est entièrement votre faute, je dois être satisfait, et je dois aussi être fort obligé a madame Frankland de ce qu'elle a pensé a moi. Ce lièvre^est très-tendre et cuit a point; ce qui, en considérant les choses, est véritablement merveilleux. Madame Frankland, me permettrez-vous de finir la querelle en buvant a votre santé? j>

Le caractère parfait de madame Frankland et son doux sourire avaient achevé de le gagner. Son front s'était déridé, il avait repris toute sa bonne humeur; et il se mit a parler de leurs anciens voisins, de son bon vieux ami Wedge-\vood,et du canal de Straflbrdshire , ou le Grand Trunh comme il l'appelait , pour lequel feu

M. YYetlgewood avait été le premier à proposer un projet, et qui enrichit tant d'individus qui avaient pris des actions au commencement de l'entreprise.

Apres dîner, quand les dames quittèrent la table * , Henri les suivit , car il ne comprenait rien a ce qui se disait sur les actions dans la navigation , et sur l'intérêt qu'elles rapportaient. Euprenantle café, la conversation se tourna . ou plutôt tomba sur le vieux monsieur de mauvaise humeur; et une des personnes qui étaient présentes , déclara qu'elle trouvait que madame Franklancl avait été mille fois trop bonne , et que pour sa part, si elle avait été a la place de la maîtresse de la maison , elle ne se serait pas crue obligée à plier devant un homme si bourru, et a se soumettre a sa brusquerie et a sa mauvaise humeur : elle poursuivit , en se moquant de ses goûts épicuriens.

Mais madame Franklancl l'arrêta, elle dit qu'elle était très-attachée ace monsieur qui était un vieil ami de la famille de son mari et de la sienne ; qu'il leur avait

* En Angleterre les dames vont prendre le thé ou le café ensemble au salon, pendant que les hommes restent à table à causer et à boire des vins étrangers et des liqueurs.

donne pendant long-temps (\cs preuves d'affection dont elle serait toujours reconnaissante , et que le seul moyen qu'elle eut de lui montrer sa gratitude , était de tâcher de lui rendre la vie douce et d'environner de bonheur ses derniers jours, ce qui ne se pouvait faire qu'en supportant ses petites faiblesses. Sa bienveillance réelle, son jugement excellent, son instruction effaçaient ces petites taches • ses vivacités duraient peu, et la tendresse, la honte de son cœur restaient toujours.

Lucie aima et admira encore plus madame Frankland pour la manière dont-elle venait de parler. Elle se promit qu'en devenant grande, elle tâcherait d'imiter cet heureux caractère , et de supporter les défauts de ses vieux amis, quand même il leur arriverait d'être grognons; et pardessus tout , elle résolut d'être aussi ferme que madame Frankland , a les défendre en leur absence.

Le soir, après que le vieux monsieur eut fait sa sieste, et qu'il se fut commodément établi dans son fauteuil , au coin du feu, comme Henri passait près de lui, il le saisit par le bras, et lui dit d'un ton de bonne humeur, quoique brusque :

u Contez-moi donc , mon petit homme , pourquoi vous êtes si curieux des moulins? Voulez-vous être meunier, ou con-

structcur de moulins , je vous prie î » Henri , qui, en gênerai, prenait ce qu'on lui disait a la lettre, répondit gravement qu'il ne se destinait a être ni meunier, ni constructeur; qu'il ne savait pas ce qu'il serait, mais que , quelle que fut sa situation dans le monde , il ne pourrait jamais se trouver mal d'avoir acquis autant d'instruction que possible, et que c'était pour s'amuser et s'instruire , qu'il avait voulu connaître ce qui concernait les moulins.

h Et qu'en avez-vous appris ? y> continua le monsieur; « pouvez-vousmedire ce qui fait tourner un moulin ? >j

— (( Le vent fait aller un moulin a vent, )) repondit Henri; « l'eau, un moulin a eau , et il y a quelques espèces de moulins qui sont tournes par des chevaux, d'autres par des hommes , et plusieurs par la vapeur. »*

* M. Casimir Périer a établi aux portes de Paris , à la barrière des Bons-Hommes, des moulins qui sont le meilleur exemple que l'on puisse citer des moulins à vapeur, ainsi que des proce'de's et des perfeclionnemensintroduilsdanslamouture. Une machine à vapeur de la force de 3o chevaux, dont le four et les chaudières sont disposés au-dessous du sol, fait remonter elle-même du fond d'un puits , Feau qui doit alimenter

— « Sur ma parole , voilà un jeune homme qui en sait Jon£ ! »

— « Non , monsieur , je sais très-p<

son condensateur, qui se débarrasse à mesure de l'eau déjà échauffée. Au premier étage, les pistons montent et descendent doucement dans les cylindres polis ; des stiiffmg-boxcs , espèce de boîtes doublées d'e'toupcs, el d'un fer aussi brillant que l'acier, ne laissent passer que l'axe du piston , et retiennent la vapeur prisonnière. Uénorme balancier n'est pas immédiatement attache' au piston , car en levant « son bras puissant o il le forcerait à décrire une courbe; une machine en fer et en cuivre rendue souple par les jointures qui la forment, et nommée parallélogramme, est entre le balancier et le piston; s'alongeant et biaisant à mesure que le bras du balancier s'élève, elle est calculc'e de. manière à lui prêter tout ce qu'il faut de largeur pour que le piston ne soit pas contrarié dans sa marche perpendiculaire, et qu'en faisant monter et descendre le balancier, il lui laisse former la courbe qu'une branche de compas décrirait en s'élevant sur un autre: mouvement nécessaire, puisque ce bras joue sur un centre. Un savant enchaînement de roues prenant leur action a celle que tourne l'autre bras du balancier font mouvoir , de chaque cote de cette grande machine , cinq énormes meules, et deux arbres en fer qui traversent perpendiculairement tout l'édilicc, et vont porter la vie à tous les étages. De larges courroies tournent les nombreuses roues ; la combinaison de grandes ou dç petites roues engrené-:? 1< lus autres, presse

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de choses, » dit Henri d'un air honteux vt mécontent.

— a Bien; je ne vous chagrinerai

ou ralentit le mouvement. Au sommet de l'édifice , un levier fort simple roule et déroule deux cordes qui montent et descendent les sacs : des trappes ou portes battantes, s'ouvrent de chaque côté, poussées par les sacs de bîe qui montent tranquillement jusqu'au faîte, où le garçon meunier n'a qu'à les vider dans une espèce de trémie , d'où le blé tombe dans une sorte de blutoir, qui le débarrasse de la poussière et le livre aux meules. La meule, après l'avoir écrasé, le verse dans des sacs qui remontent de même , comme par magie , et vont se vider dans des blutoirs presque semblables à ceux que Henri a eu tant de plaisir à regarder : et le son , le gruau , la farine sortant , chacun à part, de leur huchoir, passent dans des sacs , el vont s'emmagasiner conduite par la même force qui les a nettoyés, moulus , et séparés. Il entre pour deux millions de francs de blé par an dans cet établissement , et il en sort pour deux millions cinq cent mille francs de farine , parfaitement préparée, fine etpure de son et de poussière. Seize à dix-huit ouvriers suffisent sans fatigue au service de ce bel établissement, et se promènent dans les salles, où les sacs montent et descendent régulièreuiHit, où le blé, le son , la farine se broyent, se séparent, se rendent aux places qui leur sont désignées. Les garçons meuniers ont l'air des seigneurs d'une quantité de génies invisibles , et on croirait voir se réaliser l'espérance d'une spirituelle anglaise , qu'un

par mes louanges , puisque je vois que vous ne les aimez pas. A enez , h ajouta le vieux monsieur, en attirant Henri vers lui ; « vous verrez cependant que nous serons bons amis. Je vous ai vu hier jouer aux billes avec mon petit-fils: savez-vous comment on les fait? »

— « Non , monsieur, » répondit Henri , en en sortant une de sa poche , et en la regardant attentivement. « Je voudrais bien savoir comment on les rend si rondes et si polies. Je pense que ce doit elre trèsdiilicile. »

— « Oui vraiment , mon petit savant.

Mon ami M. Wedgewood m'a dit que c'était une des choses les plus difficiles qu'il

Jour, il n'y aura de peuple, de domestiques, que les machines à vapeur ; et que l'homme devenu véritablement roi de ces sujets de sa propre cre'ation , dirigera les travaux, et n'aura d'autre soin que d'éclairer son esprit et de perfectionner les serviteurs qu'il s'est faits. M. Périer, en donnant l'exemple aux manufacturiers, et en avançant la marche de l'industrie en France , fait dans la pratique autant de bien que ses discours pouvaient en faire dans la théorie, et prouve qu'il ne faut jamais abandonner l'espérance d'être utile à son pays. Lorsqu'une rouleaux améliorations et aux perfectionnemens se ferme, l'amour de l'humanité elle génie savent s'en frayer de nouvelles.

eût jamais tentées. Et quand je voyageais sur le continent, je m'informai de la manière dont on les fabriquait. »

— u Et comment est-ce qu'on les fabrique, monsieur? »

— « On coupe d'abord une certaine sorte de pierre ou grès en morceaux d'une forme irrëgulière , n'importe comment , mais a-peu-près de la grosseur d'une bille ordinaire. On jette ces morceaux dans un moulin de fer divisé en compartimens :

dans chaque compartiment , il y a une forte râpe fixée dans une direction oblique. Le moulin est tourné rapidement par le moyen de l'eau. Le frottement des pierres contre la râpe , et les unes contre les autres, les arrondit, et par degré les polit et les unit de la même façon que le gravier s'arrondit et devient lisse ? dans le lit d'une rivière. Quand les billes ont pris leur forme , elles tombent par des trous ronds qui sont pratiqués au fond du moulin , juste de la grandeur nécessaire pour les laisser passer. De Nuremberg, qui est la ville où on les fabrique , on leur fait descendre le Rhin jusqu'à Rotterdam , et de la , elles sont envoyées par toute l'Europe, dans tous les pays, dans tous les endroits où les petits garçons jouent aux billes, et où n'y jouent-ils pas ? Maintenant, vous en savez plus sur les marbres,

que neuf sur dix dans les centaines d'enfan.s de votre âge qui en ont leurs poches pleines. »

La table de trictrac où le vieux monsieur fanait ordinairement sa partie avec madame Frankiand était préparée ; mais, au lieu d'y aller , il resta a caus< t avec Henri, et lui conta plusieurs choses qu'il avait vues en Hollande.

« Quand j'allai pour la première foi> a Amsterdam, ;•> lui dit-il, « je me rappelle qu'en approchant vie la ville, je comptai qua six moulins à vent, tous en mou-

vement. Les Hollandais ont été pendant long-temps les plus habiles constructeurs moulins, et plusieurs des inventions et des perfectionn emens maintenant en usage dans nos moulins anglais, ont été apportés de Hollande. Par exemple, il y de ces inventions que vous avez pu voii dans votre voyage ici. N'avez vous

: remarqué sur quelques r.iov.liii> a veut e de petite roue en é\ entail qui est mi peu au-dessus du sommet ? »

— \< Oui , je sais ce que vous voulr/. dire , monsieur. »

— <( Et moi aussi , » s'écria Lucie quand j'en vis une d'abord, je pensai

que c'était un petit moulin a vent pour frayer les oiseaux, et les empêcher de ! blé, »

-— « Et maintenant , en savez vous l'usage? »

. — (( Oui, )> répondit Henri; « nlo père me L'a expliqué eu m'en faisant examiner une. Ces petites roues servent a tourner la roue a grandes ailes de toile du cote du vent , et cela , par le moyen du veut lui-même; de sorte que, de quelque point qu'il souffle , le moulin continue de travailler. Dans ceux qui n'ont pas cette ingénieuse invention, les ailes se reposera chaque fois que le vent change , et le meunier ne peut les remettre en mouvement, qu'en prenant beaucoup de peine :

il faut qu'il tourne la partie supérieure du moulin, et c'est une opération tout-lifait gauche et difficile. »

— « Pourquoi? Gomment? » demanda Lucie ; % Henri , explique-moi donc les deux manières pour tourner les moulins, ou pour faire en sorte qu'ils tournent tout seuls, et d'eux-mêmes : j'en ai bien quelque idée , mais j'ai oublié comment cela se fait exactement. »

— « Oh ! je suis sûr que tu le sais , », dit Henri.

— - (( Peut-être que je Vai su; mais explique-le moi , comme^si je ne me le rappelais pas, et commence par le commencement, s'il te plaît; par cette opération gauche qu'eu est obligé de faire quand

le moulin n'apas la petite roue a éventail. »

— u Le moulin commun , » répondit Henri, u s'appelle moulin à pivot , parce qu'il est soutenu par un pivot qui est fortement fi*é a la base , et qui traverse en long le milieu de Tin teneur de l'édifice en bois ou le corps même du moulin.

Cette partie est séparée du bâtiment en maçonnerie et des meules qui sont dedans : elle est soutenue par L'extrémité du grand pivot, ou arbre long, et peut être tournée dessus à volonté. »

— (( Voila, je crois, ce que tu veux dire , » reprit Lucie , en tenant son crayon de mine de plomb droit , et en le coiffant de son dé qu'elle faisait tourner. « Comme cela, n'est-ce pas? »

— « Oui, a peu de chose près , » répond it Henri. « Mais les grandes ailes du moulin sont fixées à cette tour de bois qui est quelquefois ronde et quelquefois carrée ; et Tonne peut tourner horizontalement l'une, sans déplacer en même temps les autres. Supposons que le vent change du nord au sud, alors on fait tourner la tour, jusqu'à ce que les ailes soient juste du côté opposé a celui où elles étaient d'abord. »

— « Comme cela doit être incommode !

Et comment le meunier en vient-il a bout? La tour, les ailes et tout cela, doit être d'un poids énorme. »

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— (( Il ne peut les mouvoir sans le secours d'un levier. Il y a une grande échelle qui tient par un bout au haut de la tour , et qui descend obliquement jusqu'à terre, de façon a servir d'étai ou d'arrêt, pour tenir le moulin fixe dans la position où il faut qu'il reste , ses ailes faisant face au vent. Mais le vent venant a changer , il faut orienter le moulin ; alors le meunier lève de terre l'extrémité inférieure de la grande échelle , et il s'en sert comme d'un long manche , ou levier, avec lequel il fait tourner le moulin, jusqu'à ce que les ailes soient de nouveau bien placées, »

— « Voila pour le moulin a pivot :

maintenant a l'autre , celui qui a la petite roue en éventail , comme tu la nommes. »

— cr Celui-là fait son affaire adroitement , sans que le meunier, ou personne s'en mêle. C'est le sommet, au lieu du corps entier, qui est mobile. L'axe de la grau de roue à ailes traverse le sommet ou chapeau , et par conséquent peut être tourné horizontalementaveclui. Ce sommet reposesur des petits rouleaux disposés dans une rainure, de façon ace qu'ilspuissentse mouvoir aisément sur le faite de la solide muraille de pierres qui forme le corps du moulin. Passons maintenant a la petite roue. »

— «Oui, à l'ingénieuse petite roue, »

dit Lucie.

— « Elle est placée de manière à recevoir le veut dès qu'il ne peut plus souiller sur les ailes Je la grande roue. Aussitôt donc que la grande roue s'arrête, la petite roue se met a tourner, et elle met en mouvement tout une suite de rouages qui s'engrènent les uns dans les autres, et que je n'ai que faire de te décrire. Je le dirai seulement qu'ils ont le pouvoir de tourner graduellement le sommet , jusqu'à < e que les ailes , placées dans la direction du vent, recommencent a tourner; alors la petite roue s'etant amenée d'elle-même hors du vent, s'arrête. Son affaire est faite , et elle se repose , jusqu'à ce que son mouvement redevienne :.kvccssaire. Quand le vent vient a changer , et a frapper de nouveau sur ses petites ailes, elle recommence à tourner , et oriente encore la grande roue, et ainsi de suite. >)

— « Très-hic n , ;> dit le vieux monsieur; «j'affirmerai que \ous comprenez cela à merveille, si je puis m'avain er autant sans que vous prisiez, que je vous ilatte. m

Henri se mit a rire; « mais, » repritil , « il y aune chose de ces moulins a vent, que je ne comprends pas du tout. J'en ai vu quelques uns rester tranquilles pendant que d'au 1res, dans la même situation à-^eû-près, tournaient, et cela parle même

vent : j'en ai cherche la raison, et tout ce que je puis imaginer c'est qu'il y a quelque différence dans la manière dont les ailes sont placées en Liais , ou obliquement, comme je crois qu'il faut dire. »

— k Je présume que vous avez bien jugé, mon jeune penseur. J'avais un ami eu France, un savant : il lit un moulin qui tournait lorsque tous les moulins du voisinage restaient immobiles. Les paysans avaient coutume de se rassembler autour, le regardant avec de grands yeux ébahis, et persuadés qu'il allait par sortilège , car ils ne pouvaient concevoir qu'il fallût moins d'air a ce moulin qu'aux leurs.

Cet avantage était dû a la judicieuse position des ailes, que mon ami avait disposées de façon a ce que le vent agît sur elles avec la plus grande force possible. »

— a Je voudrais bien connaître cette position exacte, » dit Henri; « j'aisouvent essayé de la trouver en faisant de pe tits moulins à vent; mais j'étais obligé de décider au hasard la pente que je donnais à mes ailes. J'aimerais bien a savoir exactement la règle, pour les poser, et connaître enfn quelle disposition est la meilleure, et par quelle raison. »

— ce Je serais moi-même enchanté de pouvoir vous dire tout cela, mon cher, mais c'est au-dessus de ma ?ri^iiCe. Des hommes

instruits ont pense et écrit beaucoup sur cette question ; mais je ne suis ni savant, ni mathématicien, par conséquent, je ne puis la résoudre : je ne puis que vous décrire ce que j'ai vu, et ce que je comprends. »

Il raconta alors a Henri , plusieurs observations qu'il avait faites a Amsterdam. Henri savait que cette ville était bâtie sur pilotis ; Lucie se rappelait d'avoir vu le compte de leur nombre, qui était prodigieux.

Henri demanda si quelques-uns avaient cédé, ou si les maisons restaient dessus parfaitement droites.

— (( Non, » dit le vieux monsieur; « la première idée que j'ai eue en entrant a Amsterdam , c'est que plusieurs des maisons étaient sur le point de s'écrouler, tant elles s'éloignaient de la ligne perpendiculaire , et cependant elles ne tombent pas. »

Henri allait en demander la raison , mais une autre question lui vint en tête, et rlans sa peur de l'oublier, il s'écria : <( Je vous en prie, monsieur, savez-vous si les Hollandais connaissent l'usage de la machine a vapeur ? »

— a Oui , certainement , ils le connaissent très-bien. »

— « Pourquoi alors, » continua Henri,

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a n'emploient- ils par la vapeur au lieu du vent, pour faire marcher leurs moulins ? »

— « Pourquoi le feraient-ils, mon petit ami? h

— (( Parce que le vent est incertain, qu'ils ne peuvent l'avoir a volonté; et quand il n'y a pas de vent il faut que le moulin se repose. S'il vient un orage, ils ne peuvent augmenter , ni diminuer le vent, selon qu'il leur faut plus ou moins de force ou de vitesse ; tandis que nous pouvons gouverner la vapeur a notre gré , dans toutes les époques , et par tous les temps. »

— u Très-juste, mon petit mécanicien ; les Hollandais commencent à se servir de la machine a vapeur, et de plus... m

Ce qu'il y avait de plus , il le dit, mais Lucie n'était pas pour le moment en état de l'entendre. Tout en causant, il avait laissé tomber une prise de tabac qu'il roulait entre ses doigts, et la pauvre Lucie fut saisie d'un accès d'éternuement qui semblait ne devoir jamais finir. Quand il fut calmé, elle entendit qu'il était question des levées, ou larges et hautes digues, que les Hollandais sont obligés d'établir pour se mettre à l'abri des inondations. Ces levées sont formées principalement par de grandes nattes de pailles ; attachées

avec dos branches de saules enlacées ensemble, qui se conservent api es que les nattes sont usées , et qui opposent la meilleure barrière a la force de la mer.

— a Des saules! » s'écria Lucie, « ces branches flexibles que je puis plier sans elïort î et elles arrêteraient la force de la

m tout entière ! n

— <c Oui, précisément par cette raisonla,» dit le vieux monsieur; « parce qu'elles ne résistent pas; comme vous avez pu voir les manières aimables et gracieuses être le rempart le plus sûr contre le torrent de la colère , et les femmes les plus douces subjuguer les hommes du caractère le plus violent. »

Lucie sourit ; elle était toujours enchantée des comparaisons, mais surtout de celle-ci et de son application particulière. Le cœur de Henri se dilatait : il se rapprocha du bras du fauteuil dont il s'était tenu auparavant a une certaine distance, et il commença a se livrer a son penchant pour les questions; liberté dont jusqu'à ce moment il n'avait usé qu'avec une grande réserve. Sa mère le rappela bientôt, et l'engagea a s'aller coucher ainsi que Lucie , parce qu'ils devaient se lever de bonne heure le lendemain, et poursuivre leur voyage. Ils étaient chagrins de ce prompt départ, et chacun les voyait

aussi partir avec peine. Le vieux monsieur demanda quelle route ils comptaient prendre , et quand le père de Henri lui eut répondu qu'ils se dirigeraient vers Coalhrook Dale, il ajouta qu'il s'en réjouissait pour ses jeunes amis.

« Peut-être ne serai-je pas levé demain matin quand vous partirez, » dit-il à.

Henri , « ainsi donnez moi une poignée de main , mon cher enfant. Bon voyage ! Il est heureux pour vous , que si jeune , vous ayez acquis un tel désir d'instruction.

Vous verrez demain... »

Madame Frankland l'interrompit : «mon cher monsieur, je vous en prie, ne lui dites pas ce qu'il verra ; laissez-lui le plaisir de la surprise. »

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