CHAPITRE IV
Le vi' e nous séduit par tant d'artifices, nous gagne par tant d'attraits , nous pénètre par tant d'avenues, qu'il faut une prévoyance infinie, une puissance sans bornes et un soutien sans relâche pour nous sauver de ses pièges.
BossuET, Sermons.
Cependant Julie, que nous avons laissée pour quelque temps , continuait à faire partie de l'ouvroir. C'était celui où l'ouvrage se payait le mieux, et la nécessité lui faisait une loi de s'y tenir; mais l'insensée maudissait plus que jamais une telle obligation. Forcée, par la froideur que lui témoignait Louise, de se renfermer dans les bornes
d*une grande réserve, elle s'ennuyait à périr, et n'avait pas pourtant renoncé à ses coupables projets de séduction. Il semblait même que le profond enuui qu'elle éprouvait leur donnât une nouvelle ténacité; mais jusqu'alors Farichette s'était montrée une surveillante si attentive, qu'ils n'avaient pu être mis à exécution.
Malheureusement cette surveillance, qui avait été si utile à la jeune orpheline, vint à cesser tout à coup : Fanchette fut obligée de se rendre en province, auprès d'une sœur de sa mère qui était disposée à la doter. Elle partit sans avoir à peine le temps de prendre congé des deux amies , et son départ laissa la pauvre Louise sans défense.
Julie, néanmoins, se garda bien d'employer alors des moyens semblables à ceux dont elle s'était servie précédemment. Plus prudente cette fois, ce fut par une feinte tristesse , par mille petits soins, qu'elle commença à attaquer la sensibilité de l'innocente enfant, et bientôt elle parvint à réveiller dans
son cœur Tintérêt qu'elle y avait fait naître dans le commencement de leur liaison.
Ainsi peu à peu on reprit les causeries mystérieuses. Elles ne roulèrent d'abord que sur des généralités sans importance; mais ensuite mille récits attrayants vinrent les animer et leur donner un caractère plus intime. Julie parla de bals, de spectacles: elle avoua qu'un de ses frères , qui était la complaisance même, lui procurait cbaque dimancbe l'un de ces plaisirs, où d'ailleurs la décence régnait dans toute sa pureté, où l'oreille la plus chaste ne pouvait trouver le plus petit mot à reprendre; puis elle finit par déplorer le sort des pauvres jeunes personnes qu'une éducation trop austère privait de ces charmantes distractions.
On comprend que de tels discours, ménagés avec art et répétés sous mille formes différentes , ne pouvaient manquer leur funeste effet sur celle qui se protait à les écouter. C'est presque toujours dans ces sortes d'entretiens que les personnes sans
expérience se familiarisent avec la pensée du mal. Il s'y montre sous une apparence si candide, si séduisante, et la vertu y est peinte en même temps sous des couleurs si lugubres , qu'il ne tarde guère à exciter contre elle le murmure, et trop souvent à la faire déserter.
Ainsi Louise , attirée de nouveau vers Julie, reprit insensiblement du dégoût pour sa profession, et en vint à désirer sa part des plaisirs dont on lui faisait une si attrayante peinture, se persuadant qu'on lui en avait beaucoup trop exagéré le danger.
De là à la volonté d'en jouir il n'y avait pas loin ; aussi cette volonté ne tarda-t-elle pas à se manifester; seulement on ne savait comment la satisfaire. Le moindre mot dit à ce sujet perdrait indubitablement Julie dans l'esprit de Cécile, et son renvoi serait le résultat d'une telle imprudence. D'un autre côté , recourir à l'adresse , au mensonge , était une chose à laquelle Louise ne pouvait consentir; en cela, du moins, elle
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avait encore le courage de résister à sa perfide compagne ; mais une circonstance inattendue vint favoriser les projets de cette dernière.
La confection d'un riche trousseau obligea Cécile à faire un voyage à quarante kilomètres de Paris; elle partit, laissant sa jeune amie à la tête de l'ouvroir: dès lors toutes les diilicultés se trouvèrent aplanies.
Bien des craintes cependant assaillirent l'orpheline au moment de l'exécution; il s'agissait d'un bal pour le lendemain soir; elle reculait encore devant l'idée d'y assister à rinsu de sa bienfaitrice; mais l'odieuse Julie, dont le zèle se trouvait stimulé dans cette occasion par un motif secret , combattit ses scrupules avec tant d'art , elle la força de s'occuper si activement des apprêts nécessaires, que les réflexions cédèrent d'abord à ce funeste ascendant.
Enfin l'heure est arrivée, la toilette commence, et mille sentiments divers viennent de nouveau agiter le cœur de la malheu-
reuse enfant... Ehî pourquoi donc tant d'émotion? C'est une chose fort ordinaire que d'aller au bal, diront peut-être quelques-unes de nos jeunes lectrices qui se livrent à ces sortes de divertissements , sans croire qu'ils puissent leur ofiPrir le moindre danger.
Oui, sans doute, c'est une chose très ordinaire ; mais l'habitude n'exclut pas le péril ; quand le nautonier affronte volontairement les écueils, il s'expose à s'y briser, et l'imiter serait une folie. Louise, d'ailleurs, n'avait personne auprès d'elle qui piit la protéger contre les attaques auxquelles sa jeunesse allait être en butte. Elle sentait confusément que la honte l'attendait au milieu de cet essaim d'étourdis et de jeunes débauchés qui composent d'ordinaire les réunions où chacun est libre de se faire admettre; et la rougeur qui déjà couvrait son front semblait Tavertir qu'elle allait commettre une faute.
Toutefois Julie, ayant achevé de la parer, la conduisit devant un grand miroir, et là
ses répugnances furent vaincues; les dangers du lieu où on allait la conduire, le chagrin qu'elle préparait à Tamie de son enfance, si cette dernière venait à découvrir sa téméraire action , tout disparut devant le plaisir qu'elle goûta en contemplant sa beauté.
Oui, se dit-elle intérieurement, Julie a raison; ce serait réellement dommage que l'on ne me vît pas. Ces fleurs, ces rubans me vont à ravir. Quelle différence de cette charmante coiffure à celle que Cécile me fait porter! Vraiment c'est à peine si je me reconnais moi-même... Oh ! que du moins une fois dans ma vie j'aie la joie de me montrer ainsi.
Et, dans son impatience du triomphe, elle presse sa compagne de hâter son départ. Celle-ci cependant n'a pas encore mis la dernière main à sa toilette.
Pendant qu'elle la termine, Louise croit entendre quelque bruit dans le dortoir des jeunes filles confiées à ses soins. Inquiète, elle prend une lumière, entre d'un pas léger
dans un oratoire contigu à cette pièce; puis, ayant écouté attentivement, elle reconnaît que tout est tranquille , et va pour retourner auprès de Julie, quand tout à coup une puissance irrésistible l'arrête. En passant elle a jeté un regard furtif sur un grand christ devant lequel elle a l'habitude d'aller se prosterner chaque jour, et la voilà maintenant tremblante, éperdue, n'osant plus lever les yeux sur le signe sacré de notre rédemption: elle veut fuir et reste immobile; une sueur froide inonde son visage, une profonde terreur glace son âme; elle essaye de lutter contre cette force invincible qui la retient; mais mille peosées viennent l'accabler à la fois, elle entend le cri de sa conscience, elle voit l'abîme où elle allait se précipiter; alors tombant à genoux et jetant loin d'elle les fleurs qui ornent sa tête :
c( Grâce ! grâce ! mon Dieu, dit -elle, je vous oubliais, j'allais vous offenser; pardonnez-moi ce moment d'erreur ! je suis toujours votre enfant; mon cœur a entendu votre
voix miséricordieuse; il est encore à vous tout entier et pour jamais. »
En achevant ces mots, elle ose enfin contempler l'image du Sauveur, et les larmes qu'elle répand lui rendent une paix délicieuse.
C'est en ce moment que paraît Julie.
« Que signifient cette posture, ces fleurs, ces rubans épars! dit-elle stupéfaite. Oubliezvous, chère Louise , qu'il faut partir, que déjà mon frère nous attend en bas, avec les autres personnes qui doivent nous accompagner au bal ?
— Je n'y veux plus aller, répond l'orpheline en demeurant à genoux, et je demande pardon à Dieu d'avoir pu céder à un projet si coupable. Retirez-vous d'ici ; vos plaisirs ne me tentent plus.
— Que je me retire! vous n'y songez pas; il faut que vous me suiviez; vous l'avez promis, votre refus actuel est un caprice sans exemple : on ne se joue pas ainsi des gens.
Allons, point d'enfantillage; venez, je vous
en supplie. »
En même temps la misérable s'efforce de faire relever Louise ; mais celle-ci la repousse en disant :
c( Laissez-moi, ou j'appelle à l'instant toutes les jeunes filles de l'ouvroir.
— Eh bien! moi aussi j'appellerai, » réplique Julie furieuse.
En même temps elle se précipite dans la pièce voisine, puis sur l'escalier, ayant l'intention sans doute de faire monter son frère, afin qu'il l'aide à entraîner Louise.
Heureusement ce dessein ne put s'accomplir; elle fut à peine sortie, que cette dernière courut vers la porte, et la barricada si bien , que toute tentative pour l'ouvrir en dehors fut rendue impossible. Cependant les craintes de la pauvre enfant ne s'apaisèrent qu'après le départ de Julie, et ce ne fut qu'au bout d'un quart d'heure d'inutiles instances que celle-ci se décida à s'éloigner.
Délivrée de ses importunités, Louise re-
tourna aussitôt au pied de la croix pour y épancher son cœur. Elle comprenait que le changement subit qui venait de s'opérer en elle était une inspiration céleste, et cette pensée la touchait si profondément, que son émotion ne pouvait se traduire que par des larmes.
L'impie qui lirait ces lignes les taxerait sans doute d'exagération; car il ignore la joie ineffable qui se répand dans une âme chrétienne quand Dieu daigne lui faire sentir un mouvement de sa grâce ; mais cette joie si délicieuse éprouvée par Louise, les cœurs purs la comprendront; ils y trouveront un nouvel exemple de l'efficacité de la foi, et de nouveaux motifs pour persister dans les principes religieux , sans lesquels la vertu n'est qu'un vain mot, et le monde un vaste écueil.
Ainsi revenue tout entière à cette foi sublime qui seule peut nous faire traverser la vie avec sûreté , l'orpheline reconnut tout ce qu'elle devait à la bonté de Dieu , et sa con-
viction sur ce point devint d'autant plus profonde, que peu d'instants après une lettre tombée sous sa main acheva de l'éclairer sur le danger qu'elle avait couru.
On se rappelle que depuis longtemps l'odieuse Julie cherchait à sortir de l'obscurité qui blessait son orgueil. Pour y parvenir, elle avait vainement tenté les plus vils moyens, lorsque tout à coup elle imagina de faire servir l'innocente Louise au succès de ses vues. Il s'agissait d'entrer comme figurante à la solde d'un directeur de théâtre qui se montrait difficile dans le choix de ses sujets. Déjà il avait refusé d'admettre Julie parce que son extérieur ne lui semblait pas assez séduisant; mais on vint à lui parler de la jenne orpheline : on lui vanta ses grâces, sa beauté, et il promit de recevoir les deux compagnes à la fois , si la plus jeune était telle qu'on la lui représentait. Par suite de cette convention faite àl'insu de la trop crédule enfant, on avait donc mis tout en usage pour la décider à se rendre au bal, où l'infâme
marché devait se conclure, et sa perte était assurée, si elle eût eu le malheur de céder à la misérable qui avait résolu de la faire descendre à son niveau.
Louise n'était pas encore revenue de ses premières émotions, lorsque la Providence fit tomber sous sa main la lettre où cette horrible intrigue se trouvait expliquée. Dans sa précipitation, Julie avait sans doute laissé échapper ce papier. Il ne portait aucune suscription, et l'orpheline le déplia sans rien soupçonner. Apercevant toutefois son propre nom dès la première ligne, elle continua sa lecture, et rien ne saurait rendre ce qu'elle éprouva après l'avoir achevée. Dans son saisissement, elle demeura d'abord comme anéantie, puis, ramassant le fatal écrit, qu'elle avait laissé tomber à ses pieds, elle le relut, cherchant encore à se persuader qu'elle en avait mal interprété le sens; mais le projet de l'avilir, de l'enlever à son amie, à sa vie innocente et paisible, pour en faire une fille de théâtre, était trop clairement
expliqué pour que l'ombre d'un cloute put lui rester longtemps sur ce point; et ce fut alors surtout qu'elle comprit toute la gravité de la faute qu'elle avait commise en renouant avec une créature si perverse la liaison dont l'honnête Fanchette lui avait montré le danger. Se retraçant en même temps son ingratitude envers la généreuse Cécile , l'abus de confiance dont elle avait été sur le point de se rendre coupable en quittant furtivement une maison confiée à sa garde , elle demeura accablée sous le poids de ces pensées amères, et s'abandonna au plus vif chagrin.
Cependant il fallut bientôt qu'elle composât ses traits pour paraître devant les jeunes ouvrières, qui se rassemblèrent dès le point du jour, et qui vinrent lui parler de leur maîtresse chérie, attendue le soir même.
Cécile s'était toujours montrée si bonne, si juste envers ses élèves, qu'elle en avait obtenu un attachement presque filial. Aussi ce fut d'un commun accord qu'elles improvise-
rent une petite fête pour célébrer son retour.
Le siège où elle devait s'asseoir fut entouré (le fleurs; la plus savante de la bande joyeuse composa des couplets, que Ton trouva charmants; ils furent appris et répétés en chœur avec tout l'élan d'une franche gaieté, et Ton se remit ensuite à l'ouvrage avec tant d'ardeur, que les intérêts de la maison ne souffrirent aucunement du temps qu'on avait perdu.
Durant ces divers préparatifs, Louise, toujours plus accablée de douleur, demeura comme suspendue entre le désir de revoir son amie, et la crainte de l'aborder.
«Hélas! se disait-elle avec amertume, toutes ces jeunes filles vont l'embrasser avec joie, car elles n'ont rien à se reprocher. Protégées par leur humilité, elles ont échappé aux regards du vice ; tandis que moi, malheureuse, j'ai été désignée par lui comme une proie facile... 0 toi qui m'as comblée de tant de soins, de tant de bienfaits, que dirastu lorsque tu sauras dans quel piège ta sœur
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d'adoption allait tomber? Ah! n'est-ce pas déjà être flétrie que d'avoir donné lieu à des entreprises aussi infâmes? »
Ce fat au milieu de ces tristes pensées que la pauvre enfant vit arriver Cécile. Elle réussit néanmoins, dans le premier moment, à lui dérober son trouble ; mais quand les élèves se furent retirées , quand elle se trouva seule en présence de cette amie, dont elle avait blessé la généreuse affection , ses pleurs, trop longtemps retenus, coulèrent en abondance, et le pénible aveu lui échappa. Peignant tour à tour sans nul déguisement ses intentions, ses combats intérieurs, son imprudente confiance en la perfide Julie, elle en vint à raconter toutes les circonstances de la nuit précédente, et finit par montrer à son amie la lettre qu'elle avait trouvée. En la lisant, cette dernière éprouva une si vive indignation, ses traits peignirent en même temps une peine si profonde, que l'orpheline se crut à jamais perdue dans son cœur; mais, rassurée aussitôt par les
plus doux témoignages d'attachement, elle s'écria à travers ses larmes :
«Eh quoi! tu me pardonnes, tu ne me reproches ni l'inconséquence de maconduite, ni la noire ingratitude dont j'ai payé tes bienfaits?
— Pauvre enfant, lui répondit Cécile, quels reproches pourrais-je t'adresser, que déjà tu ne te sois faits à toi-même? Serai-je donc plus sévère que ce Dieu de bonté qui a daigné te retenir au bord de l'abime? Non, quelque pénible que me soit cette épreuve, loin d'altérer mes sentiments pour toi, elle redoublera ma sollicitude. Dans tout ceci d'ailleurs je ne suis pas exempte d'imprudence : j'aurais dû admettre moins légèrement la misérable Julie, et veiller avec plus de soin sur le dépôt que la Providence m'a confié, c'est un devoir que je m'engage à mieux remplir désormais. Ne t'alïlige donc plus; le Ciel est pour nous; nous saurons déjouer les pièges des méchants. Cependant n'oublie pas que le choix d'une amie est
une chose très importante, surtout à ton âge : si le choix est bon, il nous maintient dans le chemin de l'honneur et de la vertu ; s'il est mauvais, il nous ouvre presque infailliblement celui du vice. Ainsi l'espérance de la perhde qui t'abusait était bien de t'y conduire. Une fois dans ses mains et dans celles de ses complices, vainement tu aurais cherché à leur échapper ; de telles gens ne reculent pas devant le crime, et ta perte était assurée. »
Ces dernières paroles, quoique prononcées du ton le plus doux, portaient en ellesmêmes un tel caractère de vérité, qu'elles ajoutèrent encore aux craintes ainsi qu'aux regrets de Louise; cependant son amie la rassura de nouveau avec tant d'affection, qu'elle finit par retrouver un peu de calme.
Le lendemain de ces diverses scènes, Julie se présenta à l'ouvroir. Elle s'était aperçue de la disparition de sa lettre ; aussi , maudissant son imprudence, elle arriva de très bonne heure, espérant trouver un moment
favorable pour parler en secret à TorpLeline : son attente fut trompée; elle ne vit que Cécile.
« Que voulez-vous? lui demanda celle-ci d'un ton sévère ; et comment osez-vous vous présenter encore dans une maison où je me reproche amèrement de vous avoir admise? Retirez-vous, et surtout n'ayez jamais la hardiesse d'aborder aucune des jeunes personnes confiées à mes soins; sans quoi la preuve de votre infamie passerait a l'instant même entre les mains de l'autorité , et vous savez quelle serait votre punition. »
Julie voulut répliquer par un audacieux mensonge; mais Cécile, indignée, reprit aussitôt : « Vous ne sauriez m'abuser, vos pièges me sont connus; sortez, vous dis -je, si vous n'aimez mieux être chassée honteusement. »
Ici Julie, espérant toucher l'excellente fille, tomba à ses pieds et fondit en larmes. Cécile , en effet , cédant à un mouvement de pitié , lui dit d'un accent plus doux :
u Ce n'est pas devant moi qu'il faut vous prosterner, c'est devant Celui qui punit le méchant , et qui peut aussi lui faire miséricorde, s'il le voit abjurer ses fautes. Si donc il était vrai que le repentir entrât dans votre âme, parlez sans crainte; je puis encore vous aider, non en vous employant ici, mais en vous faisant ouvrir une sainte maison où vous pourrez rentrer dans la voie du bien et réparer vos funestes erreurs. »
A cette proposition, Julie sourit dédaigneusement.
c( Je vous entends, reprit Cécile ; ce n'était pas à un tel but que tendaient vos feintes larmes; vous me dressiez un nouveau piège, espérant ainsi renouer avec une innocente enfant la liaison qui a failli la perdre. Allez donc, puisque le vice s'est à ce point emparé de votre cœur; demeurez son esclave. Je vous avertis pourtant qu'un jour vous regretterez amèrement d'avoir rejeté mes otfres, parce que tôt ou tard la main de Dieu s'appesantira sur vous ; alors vos larmes seront sincères ;
mais elles ne remédieront pas aux maux que vous vous serez si volontairement attirés. )>
Plus irritée qu'attendrie de ce langage, celle à qui il s'adressait se hâta de sortir; et la bonne Cécile, qui déplorait un tel endurcissement, alla apprendre à Louise ce qui venait de se passer. Cette dernière, en l'écoutant, rougit encore d'avoir pu s'attacher à une fille aussi perverse, et renouvela à son amie la promesse qu'elle s'était faite à ellemême de ne jamais contracter aucune liaison à son insu.
Cette promesse, elle la tint religieusement, et les réflexions que lui suggéra le danger qu'elle avait couru fortiSèrent tellement sa raison et sa piété , qu'elle n'eut plus aucun effort à faire pour éloigner entièrement de son cœur les mouvements de vanité qui avaient failli l'entraîner vers les plaisirs du monde.
Jusque-là aussi, Louise n'avait pas su mettre ses loisirs assez à profit pour se livrer à des lectures qui pussent. J'intéresser et dé-