I. Sans me fairi' lan;îuu" loni^leiiips
Virgile en son chant bucolique Dit qu'on ne se doit trop fier En beauté d'enffant angélique Qui prétend soy glorifier ;
Car on voit souvent tresbuschier La blanche ligustre ' dolante Et le fis au vent esplucliier Qu'estoit fraiche et redolante.
Maximinus donne à son opinion une teinte plus religieuse; il conseille h l'Empereur de mettre sous la protection des Dieux le désir qu'il se sent d'avoir un héritier de sa race, « une divine parture». 11 est convenu qu'on offrira un sacrifice à Jupiter, et on ne peut trouver prêtre plus digne de le présenter au maître de l'Olympe que Marcellin, l'ancien pape des chrétiens, ce prêtre dont le paganisme récent doit être plus fervent, plus enthousiaste, plus propice et mieux accueilli « devant le hault trosne angelin ». On le mande au palais où le suivent Claudien et Quirinus, deux de ses prêtres qui n'ont pas voulu l'abandonner en cette circonstance suprême, en ce péril mortel. L'Empereur expos(; ses désirs à Marcellin : c'est lui seul qui est digne
Par grâce infuse et célestine De faire la sacrifiance Aux dieulx de facture argentine Ayans au ciel glorifiance.
« A vos dieulx ne sacrifieray-je ! » s'écrie le pape avec un courage qui n'aurait dû jamais l'abandonner. «Plutôt mourir! » — Domitien ne se connaît pas de fureur. Il convoque au conseil les sénateurs.
Par Boréas qui fait la glace Vous en mourrez, et toy, et toy,
fait-il en s'adressant au pape et à ses prêtres. Zenon, Quintus Eabius, Eustorgie, Faustinien, les sénateurs enfin qui ont perdu leurs fils et juré de venger leur outrage, accourent et apprennent de l'empereur ce qui vient de se passer. «Je dis qu'il est digne de mort», telle est la sentence qu'ils prononcent, en la motivant sur les méfaits dont ils souffrent chacun. Les martyrs sont liés et .■mmenés par Esclistre, Tonnoire, Tempeste et Fourdre. Ils sont arrivés suile théâtre de leur supplice.
Esclistre. Ployés les genoulx sans rigeur.
Marcellin. Nous le ferons de très bon cueur.
(^L.\i'DiEN. Laissés nous prier nostre Dieu.
Esclistre. Ne soyés point long barbeteur.
Quirinus. Ung mot à nostre créateur.
Esclistre. Acop ! j'aguisc mon hostieu.
Tonnoire réclame l'honneur, « comme anchien ■>, de décapiter les condamnés.
I La lleui du troésiif
Esclistre l'accuse de ne pas être bon à tuer même un chien ; mais Sévère accorde une tête à Tonnoire. Esclistre donne un dernier fil à son glaive. « Arrière cpie les tappe !» s'écrie-t-il en brandissant son arme. « Je n'en feray pas deux morceaulx ». — « Il coppe ». La tête du pape tombe, et Esclistre demande à ses compagnons, d'un ton d'artiste satisfait :
Est elle gentiment tranchiée?
Que dites vous de mon arroy?
— Qu'en diroit-on"? Tu es le roy De tous les bourreaulx du pays,
répond Fourdre en applaudissant du geste et de la voix. Tonnoire doit prouver à son tour que, tout « anchien » qu'il soit, il a de la main encore et du savoirfaire.
Je ne suis gaires esbahis
De faire mieulx ma jubilée.
Vecy Durendal l'affilée
Plus clinquant que fine mitraille,
Qui rogne, qui ret et qui taille
Comme ung frais rasoir de Gineant
Je monstreray ung tour fringant Pour l'envoyer en Galilée.
( // coppe ) Est elle bien affistolée?
Que dites vous de ma haultaine?
Et Tempeste, digne appréciateur d'un tel exploit, de dire :
Encore es-tu le capitaine Des putiers et le champion.
La tête du troisième martyr a sauté sous le coup d' Esclistre. «Grecque ce poix ! », fait Eourdre en riant d'un rire féroce. « Taste si hoche ! » , riposte Esclistre en lui montrant le cadavre étendu sur la scène.
Dans le palais du sénateur Zenon, la mère de saint Quentin se réjouit d'être enfin vengée du ravisseur de son enfant ; sa rancune s'exhale en des termes d'une violence indigne d'elle.
Pendant que cette tragédie s'est accomplie à Rome, les souliers de Grignart, le tavernier soissonnais, sont finis, à ce qu'afBrme Grispin à « Thostelain » pressé de partir pour Amiens.
Ils sont commenciés et parfès
Des her soir qu'on les mist en forme.
Il ne s'agit plus que de les essayer.
(^RISPI.N.
Or, Grignart, sées-vous icy, Vecy ouvraige riche et chier.
I. Peutrètre une ville (Guingamp) où l'on faisait au moyen âge do bonne coutollerie. Peut-être im coutelier renommé.
Grignart.
Les solers sont bons, sans mercy ,
Et semblent ung cler marbre poly,
Tant sont noirs et bien encraciés *.
Crispin.
Bailliés le piet et le haiiciés.
Grignart.
Gardés que vous ne me bléciés.
Crispin.
Bouttés le talion. Il est ens '.
Grignart.
Pour Dieu, gardés mon nid d'agacés
Vous me feriez grigner les dents *.
Crispin.
Bouttés le talion.
Grignart.
Il est ens.
Sus, tost à l'aultre.
Crispin.
Je retends
Afin qu'au piet je ne méface *.
Bouttés le talion. Il est ens.
Grignart est enfin dans la boîte à saint Crépin ; c'est ainsi qu'une locution vulgaire en usage dans le pays soissonnais nomme encore les souliers, en rappelant l'humble condition des deux saints patrons de la contrée. Grignart fait des contorsions de douleur : les souliers le serrent et le blessent. 11 crie de plus belle :
Pour Dieu, gardés mon nid d'agacé,
Car je feroye une grimace
Plus laide quung singe monin.
Crispin. Quoy! vous ai-je bléciet?
Grignart. Nennin.
Oncques homme ne me chaussa
Qu'il ne me bléça çà et là
Sinon toy. Tu as bonne touche.
Mes solers ne font point le louche ;
Ils sont propres, de bonne marge,
De bon cuir, de bonne vasche,
Beaulx et bons; j'ay le pied au large,
Et bien je m'en los.
Crispin. Preu vou face.
Et Grignart se met en route pour Amiens où un nouveau miracle vient de s'accomplir. L'ange Raphaël a pénétré dans la prison où Quentin a été enfermé; il a délié les chaînes du captif, ouvert la porte du cachot et mis le martyr en liberté. Le mayeur d'Amiens, le geôlier Matagot, le sergent Brisebarre,
\ . Cirés. — 2. Dedans.
3. o Agace », en picard une pie. « Nid d'agacé », probablement des cors au pied, un œil de peidrix, un durillon.
i. Picard. Encore usité pour grincer des dents. On remarquera le jeu de mots qui est dans l'intention du poète : « Grignart, grinceur, et grigner des dents ».