I. infimiie
douceur, à cette hypocrisie. Sa réponse est décisive, énergique, digne du Di(;ii qu'il sert. Elle est marquée à un tel point de grandeur et de poésie, qu'elle fait déjà pressentir la grandeur et la poésie de la langue que parleront les martyrs de Corneille, qui ne vint pourtant que deux siècles plus tard. Voici la réponse de Quentin :
Lou ravissant et comme chien
Plain de raby foursénement,
Quant follement et sans engien
Cognois-tu mes sens clrioment.
Tu les cuidc totalement
Subvertir par dons et promesses,
Et malereux assemblement
D'honneur mondain et de richesses!
Mais tes richesses avecque toy
S'en iront à perdition.
De la constance de ma fo\
Ne puis faire mutation ;
Elle est en disposiiion
De Dieu Jhesucrist nostre sire.
C il est povre en sa mansion
Qui est riche en Dieu qu'on désire.
La richesse de Jhesucrist
Est éternelle et tousjours dure.
Qui le prent ou qui le mérit
Faulte et indigence n'endure.
J'aime et en convoite l'ardure,
Et pour telle richesse grande Suis prest, non pas à dure paine.
Mais à la mort s'il le commande.
Vostre honneur et vostre richesse Et vos |)Ossessions temporelles, C'est ung plaisir qui tost se cesse Comme fumée ou estincelles.
Celles que Dieu donne sont telles Que œil humain, oreille ou ceur Ne vyt, n'agit, ne pensa telles, Tant sont d'excellente vigeur.
J'aime trop qu'on me délivre
Par mort pour Crist, par glave ou fus,
Que comme malereux ou jure '
'Vivre au monde et estre confus.
Ceste mort et ces griefs torments
Qui par toy me sont préparés
Me font vie et préparement
De gloire et haulx biens conférés.
Le proconsul, ainsi mis au déli, a livré le Saint à ses bourreaux (jui lui tordent les bras, les mains et tous les membres, et le serrent dans les nœuds et replis « de cordeaux et cordèles .>. Au milieu de leurs cris de rage, on entend lu voix du martyr qui offre à Dieu ses affreuses douleurs. Grignart, arrivé dans Amiens juste à temps pour as.sister à ce terrible spectacle, joue le rôle du chœiuantique et applaudit à la grande con.^tance de Quentin. Rayai, Claquedent et Ysengrin, fatigués des vains efforts qu'ils ont faits tout h l'heure, déchirent maintenant le corps du patient avec des peignes de fer, « d'aulcuns rasteaux gros et menus, » sans parvenir à ébranler son courage. Dragon, Arsenicq et Serpent se raillent de ces tourmenteurs malhabiles. « Sont-ils malois ! » s'écrici Dragon. « Sont-ils coqcus ! » fait Serpent. Escorpion ajoute : « Sont-ils nouveaux pour larder chas et chiens! «L'huile et la poix bouillante grésillent eji fondant sur un brasier ardent.
S'il est versé de toi brouet 11 nest doleur qui la rasamble,