I. Parjure
dit le proconsul, et les soldats de verser dans la bouche du Saint les liquides bouillants. « Comment ly preux ly fist entoner oile et plomb, » lisions-nous aussi dans la légende qui surmontait, sur les peintures maintenant détruites de la chapelle Saint-Privat de Cou\ ron, une scène semblable de torture i. Kn iiK-iiie temps des charbons ardents vont être apportés
De quelque cheminée
De charbonnière ou de minière.
Comme à la première scène du supplice au second acte, Rictius Varus et Tapotre échangent encoi'e de courtes phrases de défi. On apprête de nouveau la poix fondante, et ces alîreux breuvages inspirent au Fou, qui apparaît en gambadait, ce rondeau, souvenir d'ivrogne :
Donnés à boire à marotelle * ; Elle a bien gaigniet le chaude!.
Pour avaler une croustelle, Donnés à boire à marotelle.
En Hou d'une grosse croustelle Dont elle masche le tourtel, Donnés à boire à marotelle, Elle a bien gaigniet le chaudel.
Pendant cjue le Fol parle à l'auditoire, les démons excitent la rage des bourreaux. Ceux-ci appliquent des torches ardentes aux flancs du martyr qui, par une grâce toute divine, ne sent aucune soulTrance et que les flammes baignent comme d'une douce fraîcheur, ((ui le «prestent en félicité réfrigère», et lui flonnent sa
Nourrissance,
Comme rousée qui descend
Du ciel dessubz la flourissance Des herbes en leur temps décent '
Rictiovaire se désespère de ne pouvoir triompher de Quentin «par liqueur, par 1er, ne par feu. » Rayai aura « la fille bastarde» du proconsul Rictiovaire (|ui le promet et le jure, s'il invente « ung venin », s'il «brasse un brouet plein de malheur, de vin aigre et de moustarde », une boisson enfin si affreuse, que (Quentin, ne pouvant l'avaler, se décide à abjurer son Christ. Souvenir d'un maléfice de sorcières du moyen âge, voilà que les soldats se mettent à composer un breuvage où entrent, sur les indications de Rayai qui pourrait bien avoir fréquenté le sabbat :
D'une langue serpentinoise, D'une queue escorpionnoise,
Des pastes d'ung crappau velu, Des trippes d'ung homme pendu,
) . Voir notre travail sur les « Peintures murales des églises du département de l'Aisne ».
2 Diminutif de marotte.
,3. « Chaudel », le chaudeau, boisson chaude qu'on servait le matin aux nouveaux époux. Dans Ui fable de !'« Ivrogne et sa femme », La Fontaine dit encore on plein xvii*' siècle : « Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer ».