En leur saison
De l'oreille d'une vaudoise ' 1 D'ung cocq basile en lieu repus, I De la poudrette d'oribus ^,
(>t tant cUautres matières que la licence du langage d'alors permettait de nommer, mais t(ui offenseraient ]3ar leur crudité malodorante notre politesse moderne. Arsenict| déclare que tous ces ingrédients « coùstent grand avoir », mais qu'on ne doit se plaindre point de la dépense, si cette « venimeuse poison » , à laquelle Rayai fait encore ajouter de l'ail et « de la chaulx ung grand quartier ->. fait renier à Quentin son Dieu.
YsENGRiN. 'Verse là, verse.
Clacquedent. Entonne, entonne.
Rayal. Écouste là dedens tonner.
Absenicq. Dieu scet comment on le cotonne.
YsENGRiiN. 'Verse là, verse.
r.LAcot'EDK.NT. Entonne, entonne.
Arseniçq. Il a bien crueuse tonne.
YsENGRiN. Affin qu'on le puist estonner,
Verse là, verse.
Clacquedent. Entonne, entonne.
Rayal. Escoutés là dedens tonner.
C'est tout. Je n'ay plus que donner.
Laissons-le là. Nul n'y atouclie.
Quentin. Mon Dieu, que doulz sont en ma bouche!
Je suis plain de bénignité!
Il excède la liqueur doulce
De miel et de suavité.
Et Rictiovaire, une fois de plus vaincu, s'écrie :
Ahors, ahors! je suis dampné.
Je suis raby
Il blasphème et se voue aux dieux infernaux :
Fourdre du ciel, crueux tonoire, 1 Et emportés mon ame noire
Confondés-moy de corps soudain, | En enffer, courans comme dain.
« Tarquiu, regardés à ses mains», dit à l'un de ses collègues maître Honoré , le conseiller, qui craint que Rictiovaire ne se désespère et n'attente à ses jours. On frappe à la porte de l'enfer. — Qui est là ? — C'est moi , Satan. Ce diable était parti , le matin , pour Amiens où il devait certainement recueillir l'âme de Quentin dont Lucifer connaissait le prochain supplice. Si Satan s'en revient aussi vite, c'est qu'il apporte l'àme du martyr qu'une plainte, un soupir, un
i. Au xii« siècle, les hérétiques vaudois furent regardés et traités comme sorciers. — L'honnêteté nous commande de supprimer le vers qui suit celui que nous remplaçons par des points. 2. De la poudre d'or.
— eo —
murnuire, un mouvement d'impatience auront perdue. Lucifer réclame à grand bruit « cette àme quentinoisc ». Satan n'apporte rien. Le sanhédrin infernal s'assemble et délibère sur la punition (jui lui sera infligée. « Le voilez -vous rosli , bouli, ou mis en paste »? demande Lucifer à ses conseillers. Astaroth, qui d(^vait. se souvenir qu'il n'a pas non plus montré toujours grande habileté, propose (ju'on inflige à Satan le maladroit « la punission dont on a fait provision » pour Ouentin. Cerberus, l'exécuteur des hautes- œuvres du prince des ténèbres, plonge Satan dans l'eau jusqu'aux dents; il l'enfonce du pied et , chaque fois que le pauvre diable reparaît à la surface , ses camarades le criblent de coups de « fourchettes et de gros fouets ».
r4omme à la fin du second acte, et au moment où le troisième s'achève, Rictiovairese console de sa défaite en se mettant à table; il va noyer son désespoir dans le vin avec Rayai, le plus inventif de ses sicaires.
Nous irons ensamble soupppr I Quérans ' tous de l'envelopper
Et nous deviserons à table, I En quelque torment détestable.