‹ Les Jeux de DieuChapitre 30 sur 36 · Quérans, qnierans », picard, pour » ctierrliant n · texte numérisé non relu

Quérans, qnierans », picard, pour » ctierrliant n

savent ce qui se prépare et suivent de loin le corlége. «lis se parti'ut t(jus ensemble ». Cîrignart le tavernier et le cordonnier Crépi quittent Amiens pour aller « au pays Soissonois raconter les durs esbanois » du saint martyr, (jui « est numpareil entre ung mille ».

Le théâtre nous montre maintenant le château de Bayon , chevalier et seigneur de Villers en Picardie^. Le noble homme est lentement dévoré par iine alïreuse maladie qui ne lui laisse ni trêve, ni repos. Comme Philoctète blessé et abandonné par les Grecs dans une île déserte , il se désespère ; il accuse les Dieux à hauts cris. Son écuyer Playsant lui conseille de se consoler avec « ses grant montjoyes d'or » ; mais le malade repousse ces consolations banales par cette désolante question : « Que vault richesse à quy n'a joye? » Bayon a besoin, — pardon du détail, — d'une « nouvelle chemise ». Il prie Muguet, « serviteur », de « hucher Sophie la chambrière » . Sophie coule la lessive du lépreux avec « Bayette la meschine », et dit à cette dernière :

Baïï'lte, mamieUe cliière,

Il to faiilt meslre on colle niando

Nostre buée noire et grande AfTni (lu'on la puist ressiiicior

Bayon réclame son linge; t()ul(>s les chemises sont au « salle ». Sophie iccommande à Bayeltc de se hâter de l'aller étendre» sur la hayctte^ », afm ([(if la buée bien blanche sèche promptement. « Begarde, j'en suis rebracie^'», (ail Bayette, que le seigneur remercie en l'aj^pelant une « femme de bien ». l^esdeux fillettes s'en vont sur le pré séch'er leur linge. Bayette a mal aux doigts à force de tordre, pour en étanchcr l'eau, « ces ors^ drappeaulx ». Elle aimerait mieux, dit -elle, faire des » houzeaulx » i)Our son amoureux,

Qui souvent dcssoubz son chappoau Porte ung grief mal doloureux.

Sophie est moins sensible au martyre de celui (jui l'adore; (^lle s'écriait : « Lais- « sons languir les langoreux », lorsqu'arrivent Tarquin , Panthéon , les soldats romains et leur prisonnier Quentin. — Oh! ces soldats, qu'ils sont laids! dit

i. Une tradition vulgaire nous apprend que saint Quentin, en venant d'Amiens on rAugustc du Vermandois, passa par un village appelé Bayonvillers en Santerre. Là, dit-on, le Saint échangea sd chemise arrosée de ses sueurs contre une autre qu'il reçut d'une femme qu'il avait rencontrée. Cette femme, ajoute-t-on, porta la chemise de Quentin à son seigneur nommé Bayon. Celui-ci était lépreux; il fut guéri de son infirmité, dès qu'il l'eut vêtue. — Voir Collielte. « .Mémoires sur l'histoire du Vermandois », tome i.

2. « Mande », picard : manne, panier. « Buée », de « buire », picard; « buire», vaisseau |)uui mettre de l'eau; « buée », la lessive qui trempe. « Ressuicier », ressuyer, sécher."

3. Les haies sur lesquelles les gens de campagne étendent leur linge au soleil.

4. J'en ai plein les bras, une <■ braise, ou brassie », mot picard, pour une charge à bnis. o. « Ors », sales.

Sophie. « Vecy terrible progénie! » — En quel état horrible ont -ils mis cet homme ! ajoute Bayette la meschine. Quentin a le visage inondé de sueur. A défaut d'autre linge, Sophie « luy baille la chemise de Bayon, et Quentin en -< essuyé son visaige et luy rend ». Bayette pousse des exclamations d'épouvante; mais ce linge infect est tout souillé de la sanie des plaies du seigneur malade ! l^remier miracle : en sortant des mains du captif, la chemise se trouve « sans ordure ».

En quittant les deux servantes, les Romains et leurs prisonniers s'en vont droit à Vermand. Panthéon sollicite et obtient l'hospitalité. Le valet Barbazan les introduit dans la ville et les conduit au « chastelain de Vermans », qui invite ses hôtes à se ralTraîchir. « Essaies, «leur dit-il, «de mon vin ; vêla du crut de ce pais. » Il paraît qu'au xiv'' siècle la Picardie .produisait encore du vin passable ; car Ysengrin qui , en sa qualité d'Italien , doit s'y connaître, le déclare, — est-ce par pure politesse? — « très -bon et resveillant ». Quant à Quentin, le valet Barbazan l'a « bouté » en une prison où il « n'ora garde que le vent lui voit sifflant par les oreilles ».

Les deux lavandières, qui vont rentrer au château de Bayon, recueillent de çà, de là, sur l'herbe verte, sur les haies des sureaux en fleur, dans la saussaie, leur linge sec à point. Quand elles relèvent la chemise dont Quentin s'est essuyé le visage :

Sophie. Vois, elle est embalsmée,

T;int est doulce et souef flairant.

Oncques nul jour de mon vivant

Je ne senty si bonne odeur. Baiette. Touste joye m'est ravivant,

Tant sent fort et de grant ardure;

C'est grant bonté.

Sophie. C'est grant valeur.

Baiette. C'est fin balsme ; c'est fine espice.

Oncque ne senty fleur de cesse '

Plus douce ne plus odorant.

On s'empresse de porter la chemise au malade qui s'écrie :

C'est pigment odoriférant,

Fleur de graine, myrrhe ou encens.

« On luy vest sa chemise et doit cheoir sa mesgrève 2. » — 0 miracle! « Sa face' est clère et luysante », fait Playsant en levant les mains au ci(^l. Sophie, qui

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