‹ Les Jeux de DieuChapitre 31 sur 36 · Probablement sa Icpre · texte numérisé non relu

Probablement sa Icpre

paraît paiiaileinent au courant des traditions des temps héroïques, arUiinc que

Oncques Hector qui fut des preux, N'eult la face aussi rouvelente.

« Icy Baïon se mire en touschant son visaige », et ne se reconnaît plus, S()|)hic dit les circonstances de sa rencontre avec le prisonnier romain. — Où est cet homme? où se dirigeait son escorte? — Or, répond la chaFiibriéiv :

Or, ils n'ont point pris la sente- Devers Paris, ne devers Mans; Us s'en vont tout droict à Vernian<.

Bayon, (jui se sent aussi allègre et léger que s'il était « en son âge de trente ans » . s(î met immédiatement sur les traces de celui qu'il veut remercier. Sui- la route, il aperçoit de loin «des chevaliers romains», qu'il reconnaît à leurs armes luisantes. Il s'approche, il demande c{uel est cet homme qu'ils ont lié et malmené comm;^ un malfaiteur. — C'est le chef des chrétiens d'Amiens, répond Tarquin; un jeune noble de haute naissance et de famille très-riche; mais il est pauvre et chargé de honte parce qu'il croit en Jésus-Christ. B;iyon réclame et met à prix la liberté du prisonnier; elle lui est refusée durement. «Je suis seigneur de Villers icy près», dit avec hauteur le chevalier en croyant elfraycMpar rénumération de ses titres la bande cruelle. « Ce n'est qu'ung papelart ! » dit avec mépris Ysengrin ù Clacquedent. Bayon raconte le miracle de sa guéris;)n : s'il ne peut obt(Miir la grâce de son sauveur, au moins qu'on lui i)ermette d'aj)prochei" du jeune homme. Quentin l'exhorte à déserter le culte des idoles . et Bayon, touché par la grâce, se convertit au Dieu des chrétiens, h ce Dieu (\[U'. I^ar un souvenir virgilien, il appelle l'« Altissonant».

Sus, cheminons sans plus attendre, Ils nous font trop long preschement,

dit Tarquin aux soldats qui se remettent en marche en frappant Quentin . Tun

du bois de sa pique, l'autre du manche de sa hache. Au loin, on aperçoit les

murs d'Aouste, la cité très-forte, l'Auguste des Vermandois, Alglsta Yjko-

MANDUORLM, la vilIc dc Saint-Qucntiu *. Le martyr est averti pai- un seciet

pressentiment , message du cii^l, que sa fin est proche, et il chante son hymne

de mort :

Vécy le païs et la terre Où je doy terminer mes jours, Où peuple, petit et grant, erre, Vecy le païs et la terre.

Mon vray Dieu, secours-moy grant (.tic, Soies mon protecteur tousiours.

Vecy le païs et la terre Où je doy terminer mes jours.

I. Un quartier de Saint-Quentin a conservé le nom de quartier d Aouste.

- Oi —

Comme il faut (jue la percée ii lion ou plutôt ses épisodes se déroulent à la l'ois, le poëte nous ramène à Soissons, où Cirignart et Crépi viennent de rentrer «d'argent tout nuds et sans ung denier menu». Crispin et Crispinicn, avec l'aide de Wautrequin (jui n"a point trop gâté d'ouvrage, ont empli de bonne in.irchandise la boutique de leur patron. En apprenant le retour des deux \oyageurs, les voisins accourent, curieux d'apprendre ce qu'ils ont vu à Amiens. Crignart et Crépi célèbrent à l'envi le courage du martyr Quentin :

On la bail] vilainement,

On la détors de grans cordeaux,

On l'a picquiet de urans ralfeaiix.

On l'a brasé de fort ciment, On l'a flambé hydeusement, On l'a abreuvé de venin.

« Et eiilin est-il mort? » demande (iuel([u'un. « Nennin », fait Grignart. Crispin en rend grâce au ciel. Crispinien n'a point assez d'éloges pour le courage de son ami, d'admiration pour le pouvoir du Dieu qui l'a soutenu en de telles soulTrances. Il n'y a que le Dieu des chrétiens et les chrétiens de ce Dieu pour inspirer l'un, et les autres accomplir de si rares merveilles. Saget, le clerc du prévôt de Soissons, se tait pour cacher son émotion, ou peut-être la trahison qu'il préparc. « Vous ne rcspondez tait ne quant », lui dit Grignart. 'i .\on, fait Saget, non, mais je n'en pense pas moins»; et, h part lui, il se promet de chercher « en son livre » si ce que disent les voyageurs peut être vrai. Poline est convaincue.

Au palais de l'empereur Maximien, Valois, le prévôt de Soissons, demande à Saget des nouvelles et apprend de lui ce qu'il vient d'entendre dans la boutique du cordonnier Crépi. Mais les chrétiens foisonnent donc paiiout ! Il faut en informer l'empereiu'. «Il escript». Maximien, qui se disposait à partir pour Rome, suspend ses préparatifs.

Ici le drame se précipite avec une impétuosité fiévreuse cjui ne permet plus de suivre les détails de l'action. La scène est à Soissons avec Maximien; sur le chemin d'Aouste oi!i Rictiovaire se hâte d'arriver; à Rome oi!i Dioctétien reçoit un messager de Maximien qui annonce son prochain retour; à Marteville, petit \illage près de Vermind, où Maillefer, « fèvre à marteuil^», forgeron à mar-

1. Le poëte picard a fait ici un jeu de mots qu'un habitant de la conlréc de Saint-Quentin peut seul comprendre. « Fèvrcà marteuil », peut se lire et s'entendre sous deux sens : forgeron à marteau ou forgeron à Marle\ille. La tradition veut que les clous dont saint Quentin fut transpercé aient été forgés à Marteville par un maréchal du lieu, ipii les aurait fabri(pirs sur une pierre qui se voit encore dans les fossés du camp romain de Vermand. La légende populaire, qui s'est perpétuée jus(|u"à nous, ajoute (pie ce forgeron nourut d'enflure, et que, (Ie|)uis lors, nul maréchal ne put s'établir à Maitevil'e sans mourir plus ou moins tôt d'iiydropi-ie. « Faucher de Cauiaincourt, seigneur de Marteville, y en établit, dit-on, un qu'il avait amené de Normandie dans le \v* siècle; une fatale hydro|)isie le lui enleva en peu de tenij-r;. Avant ce seigneur, et depuis ceUe

teau, s'occupe avec son valet Gusset à serrer les mailles d'une chaîne énorme. «Vous forgés estranges ferrures», dit un bourgeois c|ui passe. Maillefer nous apprend que

C'est une chaisne pour hocquier

Des larrons qu'on va tanlost pendio.

Ce sont des préparatifs de persécution et de supplice pour les chrétiens.

Maillefer. Soufïle, Gosset.

GossET. Maistre, ossi feray-jo.

Je suis plus noir qu'ung charbonnier.

Maillefeb. Que tu aye du deschergaigc, '

Souille, Gosset.

GossET. Maistre, ossi feiay-je.

.le souffle de mon gros visaige

Et de becq, quand il est mestier.

« Ils font manière de forgier ».

Revenons vite à Rome. Un songe vient d'effrayer la « mère Saint-Quentin ». Dans son sommeil, elle a senti douze dards qui la transperçaient. Pauline, sa parente, «femme prudente et angéline», se charge d'expliquer cette vision : les douze dards dont a rêvé la pauvre mère « sont douze doux de fer agu » dont le corps de son fils sera traversé. Zenon gronde Pauline et ne veut point croire aux pronostics par les songes.

Sompnia ne cures,

Nam fallunt sompnia sepe,

a dit le savant Cathon, le « maistre d'école », qui ne parvient point à rassurer la mère en pleurs.

Le messager de Maximien est arrivé de Gaule au palais de Dioclétien. Il dit la résistance des chrétiens, la colère de Rictiovaire, les tourments qu'il leur inflige. Il apporte pour preuve « les rasteaux de fer », inventés par le proconsul d'Amiens pour écorcher à vif le corps du jeune Quentin. L'empereur veut voir ces instruments de torture.

FouRDRE. Taste qu'ils sont bien affilez

Comment ils sont grants et dantus.

EscLiSTRE. H en fault le patron avoir

Affin qu'on en face de tels.

Fatalité! Zenon arrive pendant ces horribles récits, pendant ces horribles

épo<iue, il est constant, ajoute-t-on, qu'aucun ouvrier de cette profession ne s'est fixé dans Marteville et n'ose entreprendre de le faire ». — Colliette, « Mémoires pour l'histoire du Vermandois », tome I, p 93.

4, Une bonne jojrrée, un bon gige.

démonstrations. Dioclétien, avec un rire féroce, lui montre les peignes où pendent des lambeaux de chair.

Le sang de mon fils ! il lient encore ! Ostés-les, que plus ne les voye, Prince puissant, digne de glore,

s'écrie le malheureux père en se cachant les yeux. « Icy se part Zenon dolant ».

Comment le machiniste changeait-il ses décors? Comment suffisait-il à la rudtt

besogne de montrer tant de lieux divers? Nous rentrons à la forge ardente du

« fèvre à marteuil ». Le prévôt s'impatiente de ce que la besogne n'avance pas :

Souffle, Gossel, souffle, tigneux, Autant du becq (lue de la trogne,

hurle Maillefer avec un geste de menace de son robuste poing; et le pauvre Gosset de se plaindre et de demander

De bonne bière qui soit fresche; J'ay si soif que je me dclesche De ces viculx soufflés manier, Car j'en ay la langue plus sesche Que n'est la pelle d'ung fournier.

Maintenant, c'est l'enfer qui revomit ses diables ennuyeux. Maintenant, c'est le « marissal » qui reparaît dans Saint-Quentin, tenant les douze clous dont a rêvé la mère du martyr, ces douze clous que Rictiovaire remet à son fidèle Rayai en lui disant :

Sans luy eslre miséricors

Luy fischeras parmy son cors

Ces deux grants doux, mais que lu puisses

Percer le cervel jusqu'aux cuisses.

Après cela, fais, tu le dois,

Fischer dix doux en ses dix dois Entre les ongles et la char.

On ferre aux piets les bons chevaulx Mais cestui est ferré aux pattes,

dit Arsenicq avec un ricanement sinistre; et de sa masse à deux mains, au bruit des railleries de ses acolytes, il enfonce les clous dans la tête du Saint que Maillefer se prépare à entourer de chahics rougies au feu. « Écoutés! 11 va preschier »> dit Rictius Varus. Saint Quentin s'écrie :

Dieu de paix, de compassion,

.l'endure ceste passion

Pour Ion nom et volonté franche,

En joyc, en exultation,

Pour donner exaltation

A la foy. Au païs de Franco

Tu veiilx, par divine ordonnance.

Que ceste ville et nation Soit dédiée en ta créance Ue mon sang par effusion.

Douze enffans sommes-nous partis De Rome et venus es partis '

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