‹ Les jeux des enfantsChapitre 19 sur 31 · LES FACTECRS BT LES FORMES DU CARACTÈRE · texte numérisé non relu

LES FACTECRS BT LES FORMES DU CARACTÈRE

les occupations favorables à la santé; il se perd, au milieu des fatigues, par la privation du bien-êlre et par l'abattement physique. L'exception apparente de la gaieté qui peut exister avec le dépérissement du corps, le jeûne et les pratiques ascétiques, ne détruit pas le principe en ge'néral, mais pose seulement un autre principe, celui de la possibilité de nourrir une partie du système en abaissant et en usant prématurément les autres. — Une seconde présomption nous est fournie encore par l'expérience de tous les jours. Le tempérament et le caractère joyeux et gai se montrent ordinairement associés à quelques signes bien marqués de vigueur physique. Les gens gais sont en général bien bâtis ; ils ont souvent une charpente solide et bien développée, une circulation et une digestion vigoureuses; ils supportent bien la fatigue, la peine et les plaisirs. » Un exemple notoire de cette constitution est fourni par Charles-James Fox et lord Palmerston, dont la sociabilité, l'enjouement, la gaieté, la force de résistance aux plaisirs mondains faisaient l'étonnement de leur temps. « Il est aussi impossible à une personne de constitution ordinaire de rivaliser avec la verve et l'animation de ces hommes, qu'il l'est de digérer avec l*estomac d'un autre ou d'accomplir les douze travaux d'Hercuîe '. »

(1) L'esprit el le corps, p. ioO-^OÎ.

Conséquence évidente : les causes diverses, climat, nutrition, aération, qui influent sur le tempérament, agissent par contre-coup sur les penchants. 11 ne dépend point d'une complexion molle et lymphatique, comme celle du Hollandais nourri de laitage et de bière, d'avoir la vivacité ardente de l'Italien brûlé au soleil de Naples ou de la Toscane ; mais en revanche l'énergie tenace des peuples du Nord fait contraste avec la paresse des peuples du Midi. Dans les pays à paludisme, on trouve fréquemment la torpeur intellectuelle et l'engourdissement général. « Cette apathie modifie le caractère, l'état' moral de l'impaludé. Le fatalisme stupide des Sologauts signalé par Montfalcon, on le retrouve chez l'Arabe; il se montre parfois chez nos soldats, chez nos colons et pèse d'un poids considérable sur les difficultés de la colonisation. Nous ne vivons pas, nous mourons, di-aient les habitants de l'Agro Romano à quelqu'un qui s'étonnait de leur vie misérable ; mais aussi bien que ces fils de Romains, les Dombistes, les Solognots, les Arabes ne faisaient rien pour sortir de leur anéantissement. En Sologne, les administrateurs remarquaient la rareté des crimes passionnels, l'absence d'amour de la famille*. >

A cette action du tempérament dans la constitution du naturel, il faut en joindre une autre qui

(1) D' Galrin, Le paludisme chronique, p. 80.

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explique pourquoi avec la même complexion deux hommes peus'eiit naître prédisposés à des sentiments et à des goûts divers S d'un mot à un caractère différent. Ce facteur nouveau est Yhérédité. A ceux qui nous ont donné la vie, nous devons plus ou moins de nos qualités d'esprit et de nos tendances morales t Le physique, ce père du moral, transmet le caractère de père en fils pendant des siècles. Les Appius furent toujours fiers et inflexibles; les Gâtons toujours sévères. Toute la lignée des Guises fut audacieuse, téméraire, factieuse, pétrie du plus insolent orgueil et de la politesse la plus séduisante*. »

Néanmoins il ne faut pas toujours s'attendre à retrouver ainsi, dans chaque enfant, l'image exacte et comme la répétition pure et simple du père, de la mère ou d'un aïeul, c Je suis, écrit M. Marion, le terme et le produit d'une longue suite de généralions, par conséquent le point de rencontre d'une multitude d'influences, les unes plus fortes que les autres, mais toutes persistantes à l'état latent, et du

^1) Voir Ribot, L'hérédité psychologique, 1" partie, ch.v.

(2) Voltaire, Dict. philosophique, art. Gaton. • Je lis dans un livre de médecine que les Uuvergier de Hauranne « sont ordinairement bilieux et rageurs, mais convaincus et rigides ». — La seconde partie de la définition pourra leur faire passer condamnation sur la première. — Ce tempérament et ce caractère remonteraient assez haut dans le passé, puisque le cardinal de Richelieu disait de M. Duvergier de Hauranne, de Port-Royal (le fameux abbé de Saint-Cyran) : « Le cerveau lui fume constamment. » (E. Deschanel, Physiologie des écrivains et des artistes, p. 131.)

mélange desquelles résulte précisément ma nature individuelle. Dans ces conditions, l'étrange serait que mon caractère fût de tout point identique à celui de tel ascendant, à l'exclusion de tous les autres. Quoiqu'il y ait des exemples de cette ressemblance trait pour trait qui frappe tout le monde, elle ne peut être qu'exceptionnelle et, à y bien regarder, elle n'est jamais que partielle. » Probablement, Œ à la somme entière de nos ancêtres nous devons nos dispositions les plus générales ; de nos ascendants les plus rapprochés nous tenons les plus particulières. Voilà pourquoi c'est avec nos proches que nous avons, en général, les ressemblances les plus étroites : les analogies doivent être plus nombreuses ou plus profondes, à mesure qu'on a plus d'ancêtres communs. A voir les choses d'ensemble et de haut, il est certain que deux Français de la même province se ressemblent plus (et cela au moral comme au physique) qu'un Français et un Allemand '; qu'entre les membres d'une même famille il y a le plus souvent un air de parenté^ et que les ressemblances de détail sont, en moyenne, plus nombreuses entre frères qu'entre cousins^ r.

(1) Sur la permanence liéréditaire du caractère national^

consulter l'.iljot, ouvr. cité, V* partie, ch. vu; — Taine, Philosophie de l'art, 1' partie, De l'idéal dans l'art ; — Le Bv n, Lois psychologiques de l'évolutiu?i des pe '(pies, — et Fouillée La psychologie des peuples et l'anthropoloyie, dans la Revue des Deux Mondes, n" du 15 mars 1895.

("2,1 De la solidarité morale, 4" édil., p. Ô9-60.

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L'hérédité du caractère n'est qu'un cùs particulier de la loi d'hérédité : elle s'explique par le maintien et la transmission des mœurs et des habitudes des ancêtres, dont elle rend ainâi leurs descendants solidaires. Gela nous amène à parler du second facteur essentiel du caractère, savoir le» habitudes personnelles.

L'homme, dans la première jeunesse surtout, subit fortement l'influence de l'exemple et de l'éducation. Suivant la famille à laquelle il appartient, l'époque et la société où il vit, il est porté à contracter des habitudes très dissemblables. Sans nul doute, un enfant européen, élevé chez quelque peuplade sauvage, présentera bien des traits de caractère communs avec les enfants de cette tribu; et réciproquement l'un de ceux-ci transporté dans une nation civilisée ne tardera pas à se modifier profondément. Il est nécessaire d'ailleurs qu'il en soit ainsi ; sinon, apportant à la naissance un caractère immuable, nous ne pourrions en rien nous ployer aux circonstances locales, politiques et morales, qui en exigeraient un autre, et nous resterions à tout jamais étrangers au milieu où parfois il nous serait donné de vivre. — Pareillement, des qualités ou des défauts moraux, tels que la véracité, la fourberie, l'obéissance, l'obligeance, lapoHtesse, l'émulation, l'orgueil, la modestie, etc., étant étrangers à notre physique, et provenant des habitudes engendrées par nos

nourrices, par nos mères, par tous ceux qui agissent sur nous en bien ou en mal, il est clair que chacun serait autre, si à sa nourrice, à sa mère, à ses professeurs, aux personnes qui l'entourent, on eût substitué un milieu différent. C'est cette malléabilité du naturel, variable suivant les individus, qui fait l'importance de l'éducation et qui a autorisé maints auteurs à écrire, sans trop d'invraisemblance, que notre caractère n'est autre chose que notre première habitude. « Je trouve, a dit Montaigne, que nos plus grands vices prennent leur pli dès notre plus tendre enfance, et qae notre principal gouvernement est entre les mains des nourrices. » Fénelon a exprimé la même idée : « Les premières habitudes sont les plus fortes. » Et J.-J. Rousseau : « L'éducation de l'homme commence h sa naissance- » Comme nous aurons plus loin ^ l'occasion de revenir sur cette question, nous n'y insisterons pas pour le moment.

Telle est, en somme, la part respective du naturel et de l'habitude dans la constitution du caractère. On peut donc à ce point de vue le définir : une C7'islallisalion d'habitudes autour d'un noyau central qui est le tempérament primitif.

'1) Voir le ch. viii. — A cette action du milieu moral et social sur la furmalion du caraclùre il importe de joiniii-e celle de l'expérience individuelle, de la vie avec ses crises diverses : amour, déceptions, deuils, maladies, revers, etc., <]ui viennent parfois rompre le cours des habitudes, — celle aussi de la volonté, «lui peut être un important facteur de transformation du caractère, en créant des habitudes autres (voy. p. J29 et suiv.j

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