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chambre garnie, sobrement et silencieusement, d'une pension que lui faisait un prince italien, protecteur des mathématiques, se croyant obligé de publier tous les ans ou tous les deux ans quelque mémoire, afin de mériter l'argent qu'il recevait. Son travail n'avait aucune récompense, pas même la gloire; quelques savants estimaient ses recherches et c'était tout... Il passait la journée à collationner des textes aux bibliothèques et à suivre au Collège de France des cours de hautes mathématiques et de langues orientales. La nuit, il écrivait. Sa vie était d'une régularité minutieuse... Il sentait sa jeunesse usée, sa santé ébranlée, ses forces amoindries, ses recherches limitées, ses espérances réduites. Au milieu de tant de regrets, un regret profond et sourd perçait par intervalles.il était né géomètre, et croyait s'être trompé en tournantsa vie vers l'histoire. Néanmoins il vivait résigné et calme, pénétré par le sentiment des nécessités qui nous plient et nous traînent, persuadé que toute la sagesse consiste à les comprendre et à les accepter ' ».
Nous citerons encore, comme appartenant à ce groupe, Archimède, Kepler, Newton, Gauss, Spinoza, Leibniz qui, au rapport de Fontenelle, ne dormait souvent qu'assis sur une chaise, « étudiait de suite des mois entiers sans quitter le siège », Pic de la
(1) Taine, Souveaux essais de critique et d'histoire, ù20-3îi5.
ôO LES CARACTÈRES
Mirandole, Magliabecclii, Bayle, Baillet, Montesquieu, Mabillon, Cuvier, Gibbon, Ampère, Taine, Bordas- Oemoulin qui, ayant donné le peu qu'il avait, dénué de tout, mourant de faim, dépensait dans un cabinet de lecture les quelques sous qui lui restaient et, après avoir passé sa vie à faire de la métaphysique dans une mansarde de Paris, mourut vierge, n'ayant jamais trouvé le temps d'aimer ^ — « L'algèbre
(!) Letourneau, Vliysiulogic des passions. — Ib., p. 23, est rapporté, d'après Descuret [Médecine des passions), le cas du hongrois Meutelli, philologue et mathématicien, qui, pour le seul plaisir d'apprendre, consacra son existence entière à l'étude. « Vivant à Paris, dans un réduit infect qui lui avait été accordé par charité, il avait retranché de ses dépenses tout ce qui n'était pas absolument indispensable pour vivre. Sa dépense, à part l'achat des livres, était de sept sous par jour, dont trois pour la nourriture et quatre pour l'éclairage; car il travaillait vingt heures par jour, ne s'interrompant qu'un seul jour pour donner des leçons de mathématiques dont le prix lui était nécessaire pour vivre. De l'eau qu'il allait chercher lui-même, des pommes de terre qu'il cuisait sur sa lampe, de l'huile pour alimenter celle-ci, du pain de munition, c'est là tout ce dont il avait besoin. 11 couchait dans une grande boîte où il mettait le jour ses pieds enveloppés d'une couverture de laine ou d'un peu de foin. Un vieux fauteuil, une table, une cruche, un pot de fer-blanc, un morceau d'étain grossièrement courbé, servant de lampe, couiposaient tout le reste de l'ameublement. Mentelli avait supprimé tous les frais de blanchissage en supprimant le linge. Une capote de soldat, achetée à la caserne et qu'il ne remplaçait qu'à la dernière extrémité, un pantalon de nankin, une casq^utte de peau et d'énormes sabots composaient tout son costume. En 1814, les boulets des Alliés, tombant autour du réduit qu'il occupait alors, ne le troublèrent nullement... Durant la première épidémie de choléra à Paris, il fallut employer la force armée pour contraindre cet anachorète scientifique à interrompre ses éludes, afin de nettoyer sa crllule infecte. Il vécut ainsi trente ans, sans être jamais malade, sans se plaindre, très heureux. Enfin, le
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seule, dit, à propos de Karl Marx, M. Lafargue, son j^endre, l'algèbre seule pouvait consoler les moments les plus tristes de sa vie agitée. Pendant la maladie de sa femme, en proie au^ouci de la perdre, il écrivait un traité sur le calcul infinitésimal, alîn de se transporter loin des réalités douloureuses, dans les régions sereines de l'abstraction transcendante. » — Qui ne connaît le portrait pittoresque que Michelet a tracé de Kant : « Au fond des mers du Nord, il y avait une bizarre et puissante créature ; un homme? Non, un système, une scholastique vivante, hérissée, dure; un roc, un écueil taillé à pointes de diamant f'ans le granit de la Baltique. On l'appelait Emmanuel Kant; lui s'appelait « Critique ». Soixante ans durant, cet être tout abstrait, sans rapports humains, sortait juste à la même heure et, sans parler à personne, accomplissait pendant un nombre donné de minutes précisément le même tour, comme on voit aux vieilles horloges des villes l'homme de fer sortir, battre l'heure, et puis rentrer... » Kant ne s'est point marié et ne s'éloigna jamais de sa ville natale.
Pour base physiologique, il faut probablement assigner à cette classe de caractères le tempérament lymphatique,unià une prédisposition spécialeducerveau.
22 décembre 1836, à l'âge de soi.xaiîte ans, étant allé comme dliabitude renouveler sa provision d'eau à la Seine, son pied {,'lis.sa. il tomba dans la rivière qui était très haute et se noya- Mentelli n'a laissé aucun ouvrage, aucune trace de àea lon^çues rechercher. »