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Dès son entrée clans la vie, l'enfant Spartiate était à la disposition de l'État; celui-ci se réservait le droit d'examiner la constitution du nouveau-né. On exposait sur le Taygète les faibles et les infirmes; ceux qui étaient sains et bien constitués devaient être élevés par leurs parents. A Athènes, quand un enfant naissait, c'était au père de décider s'il voulait le garder et l'élever, ou le repousser en l'exposant. Le sort de l'enfant faible ou contrefait était fatal : on le regardait comme un présage de malheur, connue la preuve de la colère des dieux. Mais il n'était pas rare que l'enfant, quoique bien venu, fût la victime de parents égoïstes ; même les riches
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exposaient ])arf()is leur enfant. L'o])inion générale était d'Iiahitude très indulgente sur ce point.
A Rome aussi les lois des XII Tables ordonnaient d'expOser les enfants faibles ; l'histoire nous apprend qu'il n'était pas rare de voir étendre cette mesure aux enfants robustes. En général, dans l'antiquité, le pouvoir du père sur le nouveau-né était presque illimité.
Aussitôt que le père annonçait sa décision de reconnaître l'enfant comme membre de la famille, les parents et les amis de la maison venaient apporter leurs félicitations et leurs cadeaux. Cette cérémonie avait lieu cinq jours après la naissance. En signe de fête on ornait la maison ; au-dessus de la porte était suspendue une couronne de rameaux d'olivier ou un rul)an de laine : l'olivier était le symbole de la valeur du futur citoyen^ la laine était le signe de l'activité delà femme avenir. Une femme, portant l'enfant, faisait plusieurs fois le tour du foyer que l'on ornait pour la circonstance : c'est ce qui explique le nom d'Ampliidromies donné à cette fête. Un banquet où les choux, la poitrine d'agneau et la seiche frite étaient des plats traditionnels, marquait la fui de cette solennité qui avait un caractère religieux. Cinq jours après avait lieu une autre fête à l'occasion
du nom qu'on donnait à l'enfant. Outre les sacrifices et les prières à Apollon, â Artémis, aux nymphes, aux divinités des fleuves et aux autres protecteurs de la jeunesse, on faisait, suivant la fortune de la famille, une large part aux réjouissances et aux banquets. La cérémonie njême montrait à tous que l'enfant était regardé comme légitime et reconnu par la famille.
A Rome, c'était le huitième jour qu'on donnait un nom aux filles, le neuvième aux garçons; pour l'ensemble, la fête répondait aux Amphidromies des Grecs.
Outre les cadeaux que le père et la mère faisaient k l'enfant, les invités apportaient de petits anneaux d'or, des croissants, des épées, des chaînettes d'argent, des colliers et des parures, des crécelles et des jouets dont l'éclat devait réjouir l'enfant, ou qui, comme certaines amulettes pleines de grains magiques, devaient le préserver des sorciers.
Nous ne savons pas si le jour de naissance était déjà fêté annuellement chez les Grecs du temps de Périclès, ou si cette coutume date de la domination macédonienne. Elle existait certainement à Rome, où l'on échangeait des félicitations et des cadeaux. Avec le temps, ces fêtes devinrent de plus en plus des occasions de
l'ivaliser de nia<^-nificence et les empereurs romains célébraient leur jour de naissance par des largesses et des réjo-uissances publiques.
Dès que l'enfant ouvrait les yeux à la lumière, il était, selon la croyance répandue dans toute l'antiquité, soumis à l'inlluonce des Divinités (|ui président aux destinées. Les devins et les devineresses recherchaient la chambre du nouveau-né et étaient richement récompensés quand ils tiraient un présage heureux des rêves de la mère ou de tout autre événement. Mais l'enfant était aussi exposé aux puissances malveilhmtes : la mort était imminente si un ennemi appelait sur le berceau Hécate ou les Kères. Aussi la mère, pour préserver son enfant sans défense, avait-elle recours à tous les moyens et, entre autres, aux objets magiques dont nous avons parlé. A Rome on suspendait au cou des (infants la bulle : c'était une petite boîte d'or, l'onde ou en forme de cœur, dans laquelle était renfermée une amulette.
On peut se faire une idée des berceuses antiques par ces quelques vers de Théocrite. Alcmène berce le petit Hercule âgé de dix mois avec son demi-frère Iphiclès sur le bouclier d'Amphitryon et chante :
« Dormez, mes enfants, dormez et reposez doucement, dormez, vous, ma vie, charmants
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petits êtres, endormez-vous heureux et rëveillez-vous heureux uu matin '. »
Dans les fouilles d'Olympie on a trouvé un Hermès que l'on attribue à Praxitèle. Il porte dans ses bras le petit Dionysos qu'il va livrer aux soins des nymphes ; il cherche à amuser l'enfant. Le bras droit manque, de sorte qu'on ne sait pas au juste ce qu'il tenait. Mais comme sur beaucoup de statues, Hermès est représenté une bourse à la main, il est probable que là aussi il tenait une bourse dont il faisait résonner le contenu pour amuser le petit enfant '.
Chez les Grecs, la nourrice régnait en maîtresse dans la chambre des enfants. A Rome les enfants n'étaient pas laissés entièrement aux soins d'une esclave, ils vivaient avec leur mère qui veillait sur eux et sur la maison. Jusqu'à l'âge de six ans filles et garçons grandissaient ensemble sous la direction de la mère et de la nourrice en écoutant avec bonheur les contes et les histoires dont la nourrice n'était jamais à court.
C'était l'histoire de la Gorgone, le monstre volant, dont les regards pétrifiaient, qui avait
(1) Théocr. Idyl. XXIV.
(2) D'après deux copies plus ou moins parfaites de la morne statue, trouvées en Gaule, on pense aujourd'hui que l'Hermès de Praxilèle tenait en main une grappe de raisin. (N. des traducteurs.)
des serpents sur la tète et autour du corps ; ou bien l'histoire d'Enipuse, autre fantôme qui mangeait les hommes et qui avait des pieds d'âne; plus tard venait les histoires des Lamies, d'Acco et d'autres esprits qu'on appelait du nom générique de Mormocyles : ils volaient les enfants et les mangeaient. On racontait aussi les exploits d'Héraclès, qui, encore enfant, avait étranglé deux serpents ; ceux d'Hermès, ({ui, aussitôt après sa naissance, jeta bas ses langes et vola cinquante bœufs qu'Apollon faisait paître en Piérie ; ou bien c'étaient les légendes de Phrixos ou d'Hellé que Nephèlè enleva sur un bélier à toison d'or ; de Phaéton, fils du soleil qui embrasa la terre dans sa course et fut foudroyé ; ses sœurs qui le pleuraient furent changées en aunes et en j)eupliers; et bien d'autres histoires fantastiques. Les jeunes garçons prenaient plaisir au récit du combat des rats et des grenouilles ainsi qu'à des fables dans le genre de celles qu'Ésope nous a laissées. Ces récits commençaient en général par une formule dans le genre de la nôtre : « il était une fois » ; d'autres se sont perpétuées dans la tradition sous forme de chansons.
Nous avons déjà parlé des crécelles, qui furent, dit-on, inventées ou perfectionnées par Archytas, homme d'État, général, philosophe
et mathématicien de la grande Grèce. Pour une obole on pouvait acheter une petite voiture comme celle dont parle Aristophane dans les « Nuées », où Philocléon dit à son fils :
« Un jour je t'achetai, mon enfant^ quand tu avais six ans — tu bégayais encore, je m'en souviens — avec la première obole de mon traitement déjuge, ime jolie petite voiture aux l'êtes des Diosies ' . »
Pausanias nous parle d'un petit lit incrusté d'ivoire qui se trouvait dans l'Heraion d'Olympie : c'était un jouet de la princesse piséenne Hippodameia qui devint la femme de Pélops, peut-être le lit de sa poupée. Ces poupées étaient en terre cuite peinte; quelc^ues-imes étaient en cire et articulées. Il y avait de plus en fait de jouets toutes sortes de statuettes en terre cuite : des oiseaux, des lièvres, des tortues, des grenouilles, des singes, des serpents, de petites figures de soldats et de généraux que les enfants enfermaient dans un cheval de Troie, comme les nôtres enferment leurs animaux dans une arche de Noé ; enfin il y avait des services et des petits ménages.
Aristophane dit du génie inventif des enfants grecs : « N'hésite pas à le prendre connue élève j il est ingénieux : tout petit il fabriquait déjà
(1) Fêtes de Zeus.
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des maisons de cire, construisait des bateaux, et faisait des voitures de cuir; avec les écorces des grenades il fabriquait des grenouilles \ »
On trouve beaucoup de ces jouets, surtout des poupées, dans les tombeaux : on aimait en elïet laisser aux enfants morts les objets qui leur avaient fait plaisir. Les filles gardaient leurs poupées jusqu'à leur mariage et les consacraient ce jour-là à la divinité. C'est ce que montre un fragment de Sappho : « O Aphrodite, ne méprise pas les voiles de pourpre de ma poupée, moi, Sappho, je te consacre ces dons précieux.»
En fait d'animaux vivants, les enfants avaient des chiens, des lapins, des oies, des canards, des cygnes, des singes. Les peintures nous montrent des petits garçons qui tiennent un oiseau par un fil attaché à sa patte ; les hannetons pendus à un fil ne manquent pas non plus. Horace, dans le second livre des satires, parle d'une souris qu'on attelait à une petite voiture. Enfin les enfants prenaient un plaisir particulier aux combats de cailles et de coqs; ces sortes de batailles étaient une réduction de la lutte des athlètes. Nous avons plusieurs représentations de ces combats. L'une d'elles figure une lutte déjà terminée; le coq vaincu baisse la tête pendant que son maître, le vainqueur,
(1) Aristophaae, Les Nuées.
emporte avec fierté la couronne, prix de la lutte. Chez les hommes, les combats de cailles et de coqs étaient souvent l'occasion de paris ; le propriétaire d'un bon coq de combat était estimé très heureux '.
Sur beaucoup de peintures de vases nous voyons des enfants à cheval sur de longs roseaux ou sur des bâtons à tête de cheval. Plutarque nous montre Agésilas jouant à ce jeu avec ses enfants; Valére Maxime raconte qu'Alcibiade trouva un jour Socrate s'amusant de la même façon avec les siens.
Les enfants s'amusaient aussi â jouer au cerceau : le cerceau était en métal garni d'anneaux ou de grelots, le bâton était en fer. Ce jeu paraît avoir eu une vogue extraordinaire à Rome ; les enfants luttaient â qui aurait le plus beau cerceau et saurait le mieux le conduire. Le succès de ce jeu . explique le nombre des peintures et des camées qui le représentent ainsi que toutes les allusions qu'y font les écrivains latins.
(1) Au Salon de 1890, M. Georges Rochegrosse, qui ainif^ l'antiquité grecque et latine, a exposé un excellent tableau représeutant un combat «le cailles. La famille est groupée autour de la table ; deux cailles combattent, les ailes éployées ; l'une est morte, sur le dos, les pattes crispées ; deux petites cages en bois sont près des combattantes. (N. des traducteurs.)
Sur uii bas-relief provenant d'un tombeau romain on voit le cerceau, le disque, le masque et les bêtes préférées d'un petit gtxrçon : une caille, un lapin et une chèvre. Les enfants avaient aussi des sabots, que l'on faisait tourner avec un fouet de cuir, des totons qu'on mettait en marche à la main, et môme des toupies qu'on lançait au moyen d'une ficelle. On jouait au sabot dans les maisons et dans les rues. Il y avait des escarpolettes analogues à celles de maintenant ainsi que de grandes balançoires à quatre cordes. La figure 1 nous montre un gui- (jame ou planche à bascule : deux femmes sont debout chacune à une extrémité d'une planche posée sur une sorte de pieu ou de billot fixé en terre. On sautait à la corde, on montait sur des écliasses; les garçons jouaient à saute-mouton.
Nous avons vu les Jeunes filles consacrer leurs poupées à la déesse le jour de leur mariage; de même les jeunes gens, quand ils atteignaient l'âge d'homme, consacraient leurs jouets à Hermès ; les vers suivants en font foi :
« Cette balle préférée et ce jouet de son enfance, la bruyante crécelle de buis ; ces osselets si longtemps désirés et cette toupie ronflante, Philoclés les a suspendus comme offrande à Hermès. »
Nous connaissons par les monuments une
sorte de colin-maillard, où l'enfant qui a les yeux bandés doit trouver ceux qui sont cacliës.
attraper ceux qui se sauvent et deviner ceux qu'il prend. On bandait les yeux d'un joueur qui tournait en rond en criant : « Je vais à la cliasse
d'une mouche d'airain » (cf. l'italien moscaceca); les autres répondaient : « Tu peux la chercher, tu ne la trouveras pas », le frappaient à coups de courroie, le tiraillaient et le taquinaient jusqu'à ce Cjue l'un d'eux fût pris. Un autre jeu consistait en ce que l'un des joueurs s'asseyait, les yeux bandés, au milieu d'un cercle d'enfants, et dès qu'il s'était levé pour attraper un des joueurs cachés, chacun cherchait à s'emparer de la place du milieu. Cette place était le but.
Le jeu de course se jouait de la façon suivante : il y avait un but à atteindre où l'on était en sûreté. A une certaine distance de ce but, les joueurs se plaçaient, divisés en deux camps séparés par une ligne. Un des joueurs jetait en l'air mi disque ou un coquillage, noir d'un côté et blanc de l'autre, en criant « jour ou nuit ». Si le disque tombait du côté « jour » le camp adverse se sauvait vers le but ; si c'était le côté « nuit », le camp cj[ui avait jeté la co- ([uille tâchait d'arriver premier au but. Tout joueur pris devait s'asseoir à terre et prenait le nom « d'âne ». Comme punition les vaincus l)ortaient les vainqueurs, ce qui était commun â beaucoup d'autres jeux (fig. 2). Il faut citer aussi la course à cloche-pied et particulièrement le saut à cloche-pied sur une outre : ilfallait se tenir sur une jambe, debout sur l'outre enduite de
LES JEUX DU PREMIER AUK i:;
graisse ou d'huile, sauter et tâcher de ne pas
tomber. Les petits Romains s'amusaient aussi à jeter une pièce de monnaie en l'air et à deviner
de quel côté elle tomberait ; mais, au lieu de crier « pile ou face » ils disaient <( tête ou bateau». L'une des faces portait en effet une tête de dieu et l'autre une proue de navire. Il y avait aussi un jeu qui ressemblait un peu au jeu du « diable boiteux » d'aujourd'hui. Les joueurs se mettaient ci* rond ; l'un d'eux marchait autour du cercle une corde à la main : il essayait de poser cette corde en cachette aux pieds d'un des joueurs immobiles ; si ce dernier ne s'en apercevait pas il devait subir dans l'intérieur du cercle tous les coups des joueurs ; dans l'autre cas il poursuivait le joueur qui tenait la corde. A ces jeux il faut joindre le jeu (( du roi ». Hérodote en parle ti propos de la jeunesse de Cyrus \ Cyrus, qu'Astyage croyait mort, mais qui avait grandi caché chez un berger, était, à l'âge de dix ans, « le roi » parmi les garçons du village; les uns faisaient les courtisans, d'autres les soldats, les autres étaient la police secrète ou bien jouaient le rôle de sujets en présentant au roi des rapports ou des placets et en amenant devant lui les étrangers. « Le roi » punit le fils du noble Astyage un jour qu'il n'avait pas voulu lui obéir. Aux jeux de course on appelait roi celui que nous appelons aujourd'hui « chef de camp ».
(1) Ilérod. Ilist. Liv. I.
Les enfants jouaient encore à lancer des pierres contre un but; d'ailleurs les jeux où il fallait atteindre un but avec un projectile quelconque . étaient nombreux : les Lamentations d'un noyer en sont la jDrcuve :
« Je suis pour la bande joyeuse des garçons, un souffre-douleurs, un but vers lequel ils lancent des pierres. Cette grêle a hache ma couronne de fleurs et casse toutes mes branches. ^ L'arbre ne vaudra plus rien après la récolte : c'est pour mon propre malheur que j'ai porté des fruits. »
Citons encore un amusement tout particulier. A Rhodes, au commencement du printemps, les enfants se promenaient masqués, en bande, tenant une hirondelle de bois à la main. Ils allaient de maison en maison et réclamaient dans leurs chansons toutes sortes de choses à boire et à manger.
Voici leur chant : « L'hirondelle, l'hirondelle est de retour, elle amène le prii;itemps et les beaux jours, elle a le ventre blanc, le dos noir. Donne-nous une figue de ton beau jardin, une coupe de vin, un panier de fromage et de farine. L'hirondelle aime aussi les petits pains aux œufs. — Eh bien, vas-tu nous donner quelque chose ou nous renvoyer ? Si tu donnes, cela te portera bonheur; sinon, nous allons
nous venger : nous allons emporter ta porte et ton perron, ou bien encore ta femme qui est dans la maison. Elle est petite, ta femme; il sera facile de la prendre. Mais si tu nous donnes, que ce que tu donneras soit abondant et bon. Ouvre ta porte, ouvre ta porte à Tliirondelle; nous ne sommes pas des vieux, nous sommes de petits enfants. »
Nous ignorons la plupart des jeux de balle de l'antiquité. Mais nous savons qu'au temps des empereurs romains il y avait cinq espèces de balles : les petites, les moyennes, les grosses, les très grosses et les ballons. Le jeu ordinaire était la pila'; la balle dont on se servait était bourrée de crins et recouverte de morceaux de cuir ou d'étoffe multicolore; le follis était un gros ballon creux qu'on lançait avec le poing ou avec l'avant-bras ; ]apagonica était d'une grosseur intermédiaire entre la pila et le follis et était bourrée de plumes. Il y avait une charade grecque dont le mot étmtpalla.
« Je suis tout en crins : des feuilles recouvrent les crins et nulle part on ne voit de- couture. J'aime à jouer avec les enfants, mais s'il s'en trouve un qui ne sache pas lancer, il devient un âne. »
(1) Grec : 7ra)./a ; latin : plia ; français : balle ; allemand et anglais : bail.