‹ Les jeux des Grecs et des RomainsChapitre 8 sur 16 · I.KS JEUX GYMNASTIQUES · texte numérisé non relu

I.KS JEUX GYMNASTIQUES

OÙ l'eau manquait, on était obligé d'avoir recours à des conduites artificielles.

Au plus beau temps d'Athènes on y comptait trois gymnases : l'Académie, le Lycée et le CAiiosarge, tous trois situés en dehors de la ville. Le premier était placé h six ou huit stades au nord-ouest; le second à l'est, sur l'Ilissus ; ](? troisième, situé prés de là, ne servait dans les premiers temps qu'aux exercices des jeunes gens de condition inférieure, c'est-â-dire à ceux dont la mère n'était pas citoyenne d'Athènes; cette distinction n'exista plus à partir du gouvernement de Thémistocle. Les palestres ne manquaient pas ; quelques-unes étaient construites aux frais de l'État; elles portaient des noms de personnes, probablement les noms des fondateurs ou des maîtres. Ces maîtres de gymnastic^ue, les pédoiribes, sont représentés sur certains vases tenant un instrument de correction : un bâton, un fouet, une verge ou une baguette fendue, d'autres fois ils portent une branche d'olivier, récompense du vainqueur. Ils exerçaient les enfants, en graduant les exercices selon leur force et avec beaucpup de précautions ; les pédotribes dirigeaient eux-mêmes les mouvements compliqués et les exercices difficiles comme les luttes; d'autres fois ils se faisaient suppléer par des

aides. En Grèce et à Rome c'était dans l'aprèsmidi que les jeunes garçons se rendaient à la palestre pour s'y exercer et s'y reposer. On n'y faisait rien de trop violent et l'on n'allait jamais jusqu'à l'épuisement des forces; aussi était-ce surtout pour modérer et régler les mouvements que les maîtres étaient utiles. Après la matinée passée à l'école venait un temps de repos ou tout au moins d'amusement ; on jouait aussi à, toutes sortes de jeux : on luttait en tirant une corde \ on grimpait à la corde, on jouait à la balle. Les exei'cices faciles étaient le saut, la course, le jet du disque et de petits javelots, exercices (|ue nous voyons déjà mentionnés dans Homère. Les enfants aiment naturellement sauter ; on en profitait pour cultiver à la palestre cet exercice qui développe la puissance du jarret, la rapidité et la sûreté. Outre les sauts simples, que l'on peut diviser en sauts en longueur et sauts en hauteur, il y avait des sauts plus fatigants, connue le saut en longueur avec des poids ou des haltères. Ces haltères, qui n'étaient pas connues dans les temps reculés, étaient des masses de pierre ou de plomb, semi-circulaires, parfois munies

(1) V. La France /wnclant la r/uerro de Cent an-'', de M. Siméon Luce. Ce jeu a été également en lion non r au moyen âge.

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(le poignées pour les mains, ou bien étranglées au milieu avec un renflement aux deux bords; elles avaient des poids différents selon la force (lu sauteur. Le sauteur prenait de l'élan, lais- -^ait tomber les bras à l'avant-dernier pas et les lanrait avec force en avant au moment de s'c^n-

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lever (dg. 4). Au moment de toucher terre il les rejetait de nouveau vigoureusement en arrière. Le centre de gravité pendant le saut se trouvait ainsi placé en avant; cela permettait

de sauter plus loin que sans haltères. Les anciens ne connaissaient pas le saut à la perche.

La course aussi est un des exercices favoris de la jeunesse; elle a existé dans tous les temps et^ie nécessite ni appareil compliqué, ni concurrent ; c'était de plus un exercice national chez les Grecs. On courait dans les écoles de gymnastique, mais on ne courait pas jusqu'à l'épuisement. Le champ d'exercices des jeunes Spartiates qui n'avaient pas d'école proprement dite s'appelait champ de course, en grec cïromos.

La piste était couverte de sable épais. Il fallait parcourir le stade, une longueur de piste de deux ceyts mètres. C'est une distance qu'un garçon vigoureux peut franchir sans fatigue. Les plus forts devaient aller et revenir, ce qui demandait déj<à plus de vigueur et plus d'habitude. Une course plus longue était la course du cheval, ainsi nommée parce que le coureur devait parcourir quatre fois le stade comme les chevaux dans les courses. Il n'y avait pas de limites pour la course de fond ; il y fallait une force, un souffle, une résistance et une vitesse peu ordinaires. Dans les premiers temps, les coureurs portaient une écharpe autour des reins; plus tard on courut tout nu. A Sparte, sur le champ d'exercices, on avait coutume de dire :

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« Dëj)osc tes habits et joue iivec nous, ou l)ien va-t-cn. »

Dans les courses ordinaires on courait de -auclie â*droite; dans les courses de fond on courait en sens inverse. Un courait ordinairement à quatre; c'était le sort (jui désignait les places au départ. Des vases antiques nous montrent les coureurs l'un près de l'autre ; ils passent avant même d'être cachés par la poussière qu'ils soulèvent.

Les jeunes gens s'exerçaient aussi à courir >ous les armes. Un autre vase représente quatre coureurs des grandes Panathénées, nus, coiffés du casque et armés du bouclier d'hoplite. Le vainqueur définitif était celui qui, à la dernière course, composée des quatre vainqueurs, battait ses concurrents. Cet entraînement et ces exercices nous font comprendre qu'un Phidippide ait pu faire environ 150 kilomètres en deux jours. Il faut une habitude constante de la course pour arriver, comme les soldats de Marathon, à marcher au pas accéléré sur une longueur d'environ 1700 mètres et finir par une 'urse au pas de charge ; on comprend que les Perses aient cru voir devant eux des fous furieux. Le courage personnel et l'agilité gymnastique décidèrent la victoire.

« Il dit, et, se levant, il saisit un disque

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énorme, plus large et plus pesant que ceux dv.:< Plicaciens et, de sa forte main, le lance. La pierre siffle ; les Phéaciens aux navires agiles

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baissent la tête pendant que le disque rapide vole — il tombe bien au delà des autres héros et Atliènc pose une marque. »

C'est ainsi qu'Homère nous peint l'habileté d'Ulysse à lancer le disque et sa supériorité sur

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les PhÔMciens. Le jet du disque est un exercice ^gymnastique que d'anciens mythes font remonter plus haut que l'antiquité homérique (fig. 5). Les enfants ne commençaient à lancer le disque qu'après l'âge de dix ans, et leurs disques de pierre ou de fei; battu étaient naturellement plus légers ciue ceux des jeunes gens et des hommes faits. Les disques ordinaires étaient en métal, de forme lenticulaire, et d'environ dix pouces de diamètre. On prenait le disque dans la main gauche et on ne le passait dans la main droite qu'au moment de lancer et quand on était en position. Le jet du disque fortifiait l'épaule et tendait les muscles des doigts et des orteils. On le pratiquait dans le stade : on marquait les points où les disques touchaient terre. Un exercice analogue était le jet du javelot, Vacontion des Grecs. C'était un bâton émoussé à un bout, une sorte d'épieu qu'on lançait contre une cible.

Mais ce qu'on pratiquait surtout, au gymnase comme à la palestre, c'était la lutte méthodique. Cet exercice comprenait toutes les espèi-es de luttes, qui, non seulement fortifiaient, mais encore endurcissaient et donnaient du courage. Le caractère distinctif de la. lutte (était d'être un combat où deux adversaires rivalisaient de force, mais suivant certaines

règles. Il n'était pas permis de se l)altre sans les observer; il y avait des coups interdits et il était défendu de mordre. Tous les spectateurs veillaient à ce que la lutte se passât dans les règles et avec convenance.

Chaque mouvement, chaque prise, devait être conforme à la tradition. La lutte était une afïairede force mais aussi de calme et de sangfroid. Les luttes compliquées étaient réservées, naturellement, aux jeunes gens et aux hommes. C'était l'affaire du pédotribe de proportionner les difficultés de la lutte a l'âge et à la force des lutteurs. Avant de commencer on se frottait le corps d'huile et on se saupoudrait de sable, ou bien on se roulait tout simplement dans l'arène. La lutte durait souvent jusqu'à l'épuisement complet des combattants ; si nous essayons de nous représenter une scène de lutte d'après les descriptions et les peintres antiques, nous serons tentés de dire comme le Scythe Anacharsis que Lucien nous montre conduit par Selon à une arène de lutte : « Dis-moi, Solon, qu'est-ce que veulent ces jeunes gens ? Les uns s'enlacent et se passent la jambe; d'autres se roulent mutuellement comme des cochons. Et pourtant, tout à l'heure, je les ai vus se déshabiller et se frotter l'un l'autre d'huile. Je ne sais vraiment pas quelle idée les tient ! Les

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voiL't (lui courent l'un contre l'autre, tète baissée et <jui se cognent le front comme des boucs. Tiens! regarde, en voila un qui soulève l'auire par les jambes et le jette à terre ; puis il s(; l)récipite sur lui, Fempêclie de se relever et l'enfonce encore plus profondément dans la boue ; le voilà enfin qui lui serre le corps entre ses jambes, lui presse les coudes contre la gorge et l'étrangle. Ah ! voilà l'autre qui lui frappe sur l'épaule et le supplie, je crois, de ne pas l'étouffer. Ils ne prennent point garde à riuiile et se salissent tellement qu'on ne voit plus du tout c^u'ils se sont frottés auparavant. C'est singulier de les regarder, couverts de boue et de sueur, tandis cpi'ils se glissent dans les mains comme des anguilles. En voilà d'autres qui font la même chose dans la cour ; mais là il n'y a pas de boue; ils ont élevé un tas de sable et s'en saupoudrent l'un l'autre, comme des coqs qui se jettent de la terre. C'est certainement pour ne pas se glisser dans les mains pendant la lutte et pour offrir, grâce au sable, une prise solide. Et ceux-là, qui sont debout, couverts de sable, eux aussi, etciui se frappent mutuellement et se donnent des coups de pied ! En voilà un qui a reçu un coup de poing sur le menton; il a la bouche pleine de sang et de sable, et crache presque ses dents, le malheureux !

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Et le maître lui-même ne les .sëi)are i)as ; loin de les faire cesser il les excite au contraire et félicite celui qui a porté le coup. De l'autre côté ils s'agitent tons ensemble; ils prennent un élan comme pour partir à la course mais restent en place et sautent en l'air en donnant des coups de pied dans le vide. Je voudrais bien savoir à quoi sert tout cela ; ces gens m'ont l'air d'être de véritables fous et on aura de la peine à me persuader qu'ils ont toute leur tête. »

Selon répond à l'étonncment si vivement exprimé du jeune homme : « Voici comment nous exerçons les corps. Nous les mettons à nu dès qu'ils ne sont plus trop délicats et qu'ils commencent à avoir des muscles durs, et nous tâchons de les habituer i\ tous les temps pour qu'ils endurent les grandes chaleurs et les froids rigoureux ; puis nous les frottons d'huile pour les assouplir et les rendre plus flexibles. Il serait surprenant, en effet, (|uo l'huile pût rendre le cuir, cbose sans vie, plus résistant et plus solide, tandis qu'elle ne pourrait fortifiei' le corps qui, au contraire, est vivant. En vue du même but, nous avons inventé des exercices variés, et institué, pour chacun, des maîtres spéciaux : l'un, pour enseigner le pugilat, l'autre, pour la grande lutte ; de cette façon les jeunes gens s'endurcissent, apprennent à

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marcher hardiment sui- leur adversaire et a 110 pas reculer par crainte des blessures. Cette éducation a deux grands avantages : elle rend les jeunes gens courageux et résistants et elle fait leurs corps vigoureux et souples. Quant à ceux que tu vois lîi-bas, courbés jusqu'à terre : ils apprennent à toml^er sans se faire de mal et à se relever avec légèreté; ils apprennent à saisir leur adversaire, à l'enlacer, à lui tordre les membres de manière â l'étouffer ou à lui faire quitter terre; ce n'est pas là un exercice inutile ; leurs corps deviennent peu sensibles, durs au mal, et ils ont le grand avantage, en cas de guerre, d'arriver souples et agiles, prêts ■d tous les exercices. Le lutteur, s'il est pris corps à corps par un soldat ennemi, saura le jeter à terre d'une passe de jambe et se relever lestement, même s'il est armé. D'ailleurs, tous ces exercices sont combinés en vue de là guerre, et les jeunes gens qui y sont rompus sont de bien meilleurs soldats que les autres ; la gymnastique les a rendus souples, forts et hardis, agiles et tenaces, en mi mot redoutables pour l'ennemi. » Selon passe ensuite à la coutume de se saupoudrer de sable et dit à son compagnon : (( Apprends maintenant pourquoi l'on a répandu ici cette poussière et cette terre glaise qui te paraissent ridicules : d'abord, pour que

les chutes ne soient pas trop dures ; le sable mou les rend inoffensives; en second lieu, les corps en sueur, quand ils sont couverts de terre glaise, deviennent, comme tu le disais tout à l'heure, aussi glissants que des anguilles; cela n'est ni inutile, ni ridicule, mais cela développe grandement la force et l'élasticité des lutteurs qui sont tenus de faire des prises vigoureuses pour ne pas laisser échapper leurs adversaires glissants. Et, tu peux m'en croire, ce n'est pas une chose facile que d'enlever en l'air un homme couvert d'huile, de poussière et de sueur, et qui se débat de toutes ses forces pour s'échapper et couler hors de tes bras. Le sable, au contraire, sert à empêcher qu'on se glisse hors des mains pendant la lutte ; après avoir appris à tenir solidement un adversaire couvert d'un enduit glissant, on s'exerce, en effet, à s'échapper des mains de celui qui vous tient, même cjuand il vous tient ferme. D'autre part, le sable répandu sur la peau arrête la trop grande abondance de sueur et conserve ainsi les forces; en même temps il garantit des courants d'air nuisibles si la peau était à découvert. Enfin, le sable enlève la saleté et rend le corps brillant. D'ailleurs, je voudrais pouvoir te montrer un de ces jeunes gens pales, élevés à l'ombre, à côté d'un élève quelconque du lycée, et, quand ce dernier se

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sera débarbouillé de sa couche de sable et de poussière, te demander auquel des deux tu voudrais ressemljlcr. Je suis sûr que dès le premier coup d'cfil, sans éprouver les deux jeunes gens, tu préférerais un corps robuste et ferme à un corps amolli, efféminé et pâle, parce

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qu'il manque de sang ou que le sang a reflué vers l'intérieur ^ . »

La figure 6 représente deux lutteurs ; celui qui est terrassé ne veut pas s'avouer vaincu et cherche à se relever. Il y avait à la lutte toute une série de « coups », de « trucs », et de « prises ». Cacunli cherchait à jeter son

(1) Cf. la discussioa du Juste et de Tlnjuste dans les Nuées d'Aristophane. (N. des traducteurs.)

adversaire à terre, après quoi la, lutte continuait, les deux combattants se roulant sur le sol jusqu'à ce que l'un des deux s'avouât vaincu. Il y avait, dans les arènes grecques, des bains pour se nettoyer après la lutte. Nous avons décrit les différentes salles de bains; mais souvent les lutteurs, entièrement enduits de poussière et de boue, commençaient par se nettoyer

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avec un ràcloir, une étrille. Ces étrilles étaient, comme le montre la figure 7 des instruments en forme de cuiller, faits d'os, de roseau, de. fer ou de bronze, munis d'un manche et d'une lame recourbée avec une gouttière par où s'écoulait la sueur et la boue ' . Avant de s'en servir on humectait la lame avec de l'huile. Les découvertes des Thermes de Pompéï nous ont fait connaître les ustensiles

(1) C'étaient de véritables « couteaux de chaleur » semblables à ceux dont on se sert pour racler la sueur des chevaux. (N. des traducteurs.)

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