LES JEUX GYMNASTIQL'ES
(le bain (|uc la figure 8 nous montre réunis : ce sont les étrilles, le miroir et le flacon h huile. Au bain, les deux rivaux s'aidaient souvent entre eux quand il n'y avait pas de serviteurs spéciaux.
En résumé, le saut, la course, le jet du discjue et du javelot, et la lutte étaient les cinq exercices principaux des jeunes gens. Dans la lutte on peut distinguer un combat plus dangereux : le pugilat, ou combat à poing armé. Les jeunes gens ne s'exerçaient au pugilat qu'après l'âge de quatorze ans, et selon leur plua ou moins grande vigueur. Pour le pugilat (fig. 9) la main était enveloppée de courroies; plus tard ces courroies furent armées de clous et de plaques métalliques.
La combinaison de la lutte et du pugilat donna naissance au pancrace, combat très violent où l'on était obligé de porter des masques spéciaux pour protéger les oreilles.
Les luttes et l'agonistiquc en général furent
pratiquées plus tard par les athlètes qui s'exer-
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cèreiit même au pancrace. Il faut mentionner encore ici une autre combinaison de* luttes; \q. pentatldon, pratiqué par les jeunes gens, et ciui était, comme son nom l'indique, une combinaison systématique de cinq espèces de luttes, soit d'agilité, soit de force. Nous possédons [)lusieurs représentations du pentathlon : sur la figure 10 nous voyons le pédotribe surveiller le pugilat engagé entre les deux jeunes gens, tandis qu'un troisième, sur la gauche, semble mesurer la distance d'un saut. La figure 11 nous montre, au milieu, un maître, sur un côté, deux lutteurs ; de l'autre, un homme est occupé a bêcher le terrain pour le saut ou à marquer le Init ; un autre porte un ruban à mesurer.
Le pentathlon était réputé l'exercice le plus beau et le plus complet. Nous ne savons pas <lans ciuel ordre se suivaient les cinq combats ; mais la lutte venait en dernier et le droit de prendre part â la lutte dépendait de l'issue des combats précédents. La foule des spectateurs suivait avec passion la marche et l'issue du <<)ml)at décisif qui terminait la série ; on acclamait joyeusement celui qui avait été cinq fois vainciueur. Mais le pentathlon n'avait pas lieu seulement au gymnase ; les jeunes gens s'y livraient souvent â l'occasion des fêtes, par exemple aux fêtes d'Eleusis et aux Panathénées.
Quelques figures représentent le couronne-
ment d'un vainqueur et la table de marbre du
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distributeur devS prix ; ù côté du siège nous voyons une table où sont des couronnes et une amphore, plus loin, un olivier sacre, dont on mettait l'huile dans l'amphore que le vain- (|ucui' emportait; au premier plan on voit la ihouette, attribut d'Athènô.
Parmi les exercices gymnastiques des jeunes gens, il faut aussi ranger la course des torches. Pausanias nous dit fiu'il y avait à l'Académie un autel de Prométhée; on courait de cet autel a la ville avec une torche allumée. Il s'agissait de conserver la torche allumée pendant la <-ourse. Si la torche du premier coureur s'éteignait, le second avait le prix; si celle du second s'était éteinte aussi, c'était le troisième c^ui i-tait vainqueur; si toutes les torches étaient t'ieintes, la course était nulle. L'origine de ce jeu parait être religieuse.
Grâce aux exercices gymnastiques de la palestre et du gymnase, les jeunes gens étaient exercés de bonne heure au maniement des armes de toutes sortes et se trouvaient tout prêts pour la guerre. La pratique des luttes donnait naissance à des sentiments de solidarité, de camaraderie et de patriotisme en même temps qu'elle accoutumait à la fatigue et à la discipline. L'arène était une école où on apprenait à défendre le plus grand des biens.
Il LES JEUX DES GRECS ET DES ROMAINS
la liberté, et d'où l'on sortait maître de soi et habitué au danger. Chaque ville possédait un gymnase, une palestre, des jardins publics avec des champs d'exercice; des allées ombreuses et de vastes pelouses, entourées de colonnades et garnies d'autels, ainsi que de statues des dieux qui présidaient au culte du courage et de la beauté. En raison de l'émulation générale, les hommes de tous les âges prenaient plaisir à ces exercices, dont la pratique journalière calmait la trop grande fougue des jeunes gens.
Persuadés que c'étaient les dieux qui rendaient fort, endurant et beau, que c'étaient eux aussi qui donnaient aux hommes une belle voix pour chanter, les Grecs ne célébraient pas les fêtes des dieux comme les autres peuples de l'antiquité. Ils ne se contentaient pas de leur offrir les prémices de leurs champs et de leurs troupeaux; ils se livraient, en l'honneur des dieuXj à des luttes autant intellectuelles que matérielles. C'étaient là leurs plus belles offrandes. A certaines fêtes, des chœurs composés d'hommes de différents âges se répondaient mutuellement.
Dans un de ces chants alternés les vieillards chantaient :
« Autrefois nous fûmes des jeunes gens pleins de courage et de vigueui". »
LES JEUX CYMNASl 1(,)UE> 45
Le. clutmr des liommcs réi)()ii(lait :
u Nous le sommes maiiitenaiil. fais en répreuve si tu veux. »
Le troisième chœur, celui des jeunes garçons, inter-venait alors :
« Plus tard nous vous surpasserons tous. » Les poètes de Fantiquitë nous décrivent les mânes des morts pratiquant elles-mêmes des exercices gyninastiques dans les enfers : c'est ce tjui explique que nous voyons souvent ces sortes d'exercices représentés sur les tombeaux.
C'était un jour do fête pour le jeune homme atliénien que ' celui où, ayant atteint ses dix-liuit ans, il prenait rang parmi les éphébes et entrait dans la jouissance de ses droits I)olitiques de citoyen,
La cérémonie commençait par un sacrifice; devant l'autel, le prêtre coupait les cheveux du jeune homme qui les avait portés longs jusqu'à ce jour; l'éphèbe revêtait ensuite la chlamyde que l'on portait, jetée sur l'épaule droite ou agrafée sur la poitrine, puis, armé en guerre, il prononçait le serment traditionnel, jurant d'obéir aux lois, de respecter la religion
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et de combattre vaillamment pour la patrie '. Venaient ensuite pour les éphèbes deux ans d'une éducation très sévère où on les préparait à bien remplir leurs devoirs de citoyen. On les répartissait dans la campagne ou dans les différents quartiers de la ville pour surveiller les limites des champs ou des teri'ains et pour organiser des patrouilles; ils parcouraient l'Attique à grandes marches, apprenaient à connaître les chemins, les plaines, les montagnes, le Parnès et le Pentélique^ et veillaient à la sécurité publique. Ils occupaient les postes et les forteresses des frontières et s'accoutumaient, par de fréquentes manœuvres, h camper sous la tente ou en plein air. A vingt ans les éphèbes étaient astreints au service militaire proprement dit en cas de guerre : ils étaient prêts pour la vie.
Les exercices commencés à la palestre étaient continués au gymnase du Lycée, qui était spécialement affecté aux exercices militaires, parmi lesquels il faut particulièrement citer l'escrime et l'équitation.
Les Grecs ont toujours été bons cavaliers et ce goût a persisté longtemps après qu'on
(1) A Rome où l'éducation du jeuno homme était terminée à dix-sept ans, on échangeait la toge à bord rouge des enfants contre la toge blanche des hommes. 11 n'y eut jamais à Rome une éducation spéciale aux éphèbes .
LE SPORT i;r LA ( 11AS8L 49
eut cessé de pratiquer les exercices du corps. Aristophane ditj à une époque où la gymnastique commenrait déjà â n'être plus très en faveur : <( Personne ne sait plus courir adroitement avec une torche allumée; on perd aussi rhal>itude de la lutte. »
En général, la configuration de la campagne i^recque n'est pas favorable à l'équitation; à l'exception de certaines contrées, comme la Thessalie, la Grèce n'est pas un pays où la cavalerie soit d'une grande utilité. Aussi les chevaux étaient-ils un luxe cpie s'offraient les riches ; on cherchait à briller dans les fêtes et dans les cérémonies en exhibant des chevaux de parade ou des chevaux de course; c'est pourquoi Eschyle dit d'un beau cheval c[u'il est « le bijou le plus précieux entre toutes les richesses ». Les habitants aisés de Sybaris, dans la Basse-Italie, avaient des chevaux c|u'ils faisaient danser au son de la flûte, et notre ligure montre un écuyer qui dresse un cheval à se tenir sur les pattes de derrière. Déjà avant Pisistrate les nobles se faisaient remarcjuer par les victoires de leurs chevaux de course ; le riche Callias avait obtenu un prix à Olympie avec un cheval de course et un quadrige. Mais Pisistrate s'était efforcé d'étouffer cette passion pour enlever aux nobles l'occasion de faire
parade de leur richesse ; il avait plutôt favorisé les exercices gymnastiques. Après sa chute le goût des chevaux reprit de plus belle. Alcibiade se vantait, dans un discours au peuple, d'avoir envoyé sept attelages i\ Olympie, ce que personne n'avait fait avant lui. La passion du sport prit de telles proportions que des jeunes gens riches gaspillèrent toute leur fortune en chevaux et que, par contre, des gens qui savaient profiter de ce goût gagnèrent des sommes considérables. Le malheureux Strepsiade se plaint, dans les Nuées d'Aristophane, de ne p'ouvoir dormir tant il a de soucis au sujet des dettes et des dépenses de son fils. Cependant celui-ci, même en rève^ ne parle que de chevaux. Nous ne savons malheureusement pas le prix que pouvait valoir un beau cheval de course. Il est question quelque part d'une somme de 12 mines (1,125 francs), mais il est probable que le plus haut prix qu'ait valu un cheval dans l'antiquité est celui de 13 talents ', qu'Alexandre paya pour Bucéphale. Aussi ce cheval merveilleux fut-il pleuré comme un ami par Alexandre, après être mort de vieillesse. On donna même son nom à une ville. Callias fit construire pour ses chevaux, trois fois vainqueurs à Olympie,
(1) 53,950 francs.
un magnifique tombeau à côté du caveau de -a famille.
Les renseignements que nous donne Homère -ur l'emploi du cheval, nous montrent qu'on s'en servait plutôt comme bête de trait que comme monture. A la guerre les chevaux traînaient les chars. Homère ne manque pas, après avoir fait l'énuraération des chefs qui s'embarquent pour Troie, de nous parler des plus beaux chevaux de l'armée des Grecs. Il leur donne de splendides épithètes : aux sabots rapides, piaffants, à la Jrère encolure, à la belle crinière, plus blancs que la neifje et rapides comme le vent.
Le poète parle aussi de la fidélité des flievaux envers leurs maîtres. Les chevaux d'Achille pleurent ainsi que leur maître la mort de Patrocle : « Ses chevaux, de leur côté, pleuraient loin du combat, depuis le moment où ils avaient appris que leur conducteur Patrocle était tomljé dans la poussière ms les coups du terrible Hector, ^''ainement le vaillant fils de Diomède, Automédon, les excite, tantôt en les frappant de son fouet léger, tantôt en leur adressant des paroles caressantes ou des menaces ; ils refusent soit de retourner vers la flotte sur les rives de l'Hellespont, soit de se lancer dans la mêlée
te
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(les Achëens. Immobiles comme la colonne qui se dresse sur la tombe d'un soldat ou d'une femme, ils restent inébranlables devant le siège du char magnifique. Ils penchent la tête vers la terre et des larmes brûlantes tombent de leurs paupières. Tristes, ils regrettent amèrement Patrocle, et leurs crinières abondantes pendent en désordre autour du joug souillé de poussière. »
Platon (lit dans le livre des Lois que, là où le pays rend les courses en char impossibles, il faut organiser des courses de chevaux montés et décerner des prix spéciaux; il conseille aussi d'habituer de bonne heure les enfants à l'équitation.
On choisissait un sol mou pour la piste, tant pour les chars que pour les chevaux montés ; on y répandait même souvent du sable fin. Les représentations nous montrent les chevaux grecs entièrement nus, tandis que les chevaux perses ont non seulement des couvertures, mais même des espèces de selles. C'est seulement au temps des empereurs romains que l'on se servit de selles complètes; toutefois, les étriers sont restés complètement inconnus dans l'antiquité \ On tressait les crins des chevaux
(1) Jusqu'à présent du moins, rien n'autorise à affirmer qu'on en ait fait usage. (N. des traducteurs.)
en nattes, souvent ornées de rubans multicolores ou dorés. Les cavaliers dirigeaient leur monture au moyen d'une baguette flexible : un coup sur les naseaux pour arrêter, une pression sur le cou pour tourner à droite ou à gauche. Il y avait aussi des jeux de cavaliers armés qui devaient ressembler aux tournois du moyen âge. Ces jeux avaient lieu en diverses circonstances, souvent aux fêtes en l'honneur des dieux. Dans les défilés des fêtes, les éphèbes formaient souvent luie grande cavalcade. La plus célèbre et la plus grandiose de ces fêtes était celle des Panathénées, qui avait lieu du 25 au 28 hecatombêion. On célébra cette fête avec un luxe et un éclat croissants : à la course primitive de chars vinrent s'ajouter des luttes gymnastiqucs et des concours musicaux. Dans le grand défilé, qui était la partie la plus brillante de la cérémonie, les hommes valides, armés de boucliers et de javelots, formaient un groupe, les éphèbes en formaient un autre et les chevaliers, brillamment équipés, un troisième.
Un vase nous représente le vainqueur précédé d'un héraut, ([ui annonce la victoire, et suivi d'un homme ])ortant un trépied et une couronne. Les prix des luttes gymnastiqucs consistaient, en effet, en une couronne de ra-
meaiix d'olivier et une ampliore pleine d'iniilc provenant des oliviers sacrés. On couronnait aussi les chevaux de course vainqueurs. Une fresque nous a conservé les préparatifs du sacrifice et la consécration du trépied qu'apporte la Victoire.
Les jeux à cheval ont duré jusqu'à la décadence de la Grèce ; Alexandre le Grand fit exécuter à son armée, au retour de l'Inde, des exercices gymnastiques et des jeux achevai. Ce genre de sport était surtout en faveur dans les colonies grecques de la Basse-Italie. De nombreuses monnaies, trouvées à Tarente, nous montrent d'un côté Neptune sur un dauphin, un coquillage et le nom de la ville, de l'autre, une tète de cheval ou un cavalier.
A Rome aussi on aimait les courses. La légende veut qu'Enée ait rencontré^ devant la ville de Latinus^ des jeunes gens courant en chars et à cheval ; ce ne sont pas des luttes gymnastiques, mais bien des courses de chevaux que Romulus fait organiser pour attirer les Sabines. Nos renseignements sur ce genre de sport à Rome nous mènent jusqu'à la fin de l'empire, moment où la passion des chevaux fut à son apogée. Pompée, César, l'empereur Tacite, Gratien et bien d'autres passent pour avoir été d'excellents cavaliers. Les chevaux
de course suivaient le cortèo-e funèbre des empereurs. Les sportsmen de Fantiquité savaient la généalogie et l'histoire des chevaux de courses célèl)res tout aussi bien que ceux d'aujourd'hui; comme de nos jours, les courses étaient leur sujet de conversation favori.
Toutefois ^^irgile, dans le passage de l'Enéide (jue nous rappelions tout à l'heure, a commis un anachronisme bien véniel en poésie, cjuand il parle de cavaliers ; Homère ne mentionne que des chars, jamais des cavaliers ; par exemple, dans le vingt-troisième livre de J.'Iliade, il nous décrit ainsi une course de chars :
« Tous s'assirent, on jeta les sorts; Achille tira lui-même; soudain le nom d' Antiloque sortit du casque, puis, à la suite' du fils de Nestor, ce fut le nom d'Eumélos ; le fils d'Atrée, le héros Ménélas sortit troisième, puis Mérion; en dernier vint le vaillant fils de Tydée. Ils se rangèrent tous; Achille leur indiqua la borne, au loin dans la rase campagne ; il y envoie Phénix, semblable aux dieux, le compagnon d'annes de son père, pour surveiller la course et faire un rap])ort fidèle. Au signal tous élevèrent leurs fouets, donnèrent en même temps une saccade de rênes et poussèrent à grands cris leurs chevaux. Rapides, ils volèrent à travers la campagne, loin de la flotte ;
SOUS le })oitrail des chevaux la poussière s'élevait, semblable à un nuage ou à un tourbillon ; les crinièi'cs llottaient en désordre au vent. Tantôt les chars rasaient la terre nourricière, tantôt ils s'enlevaient dans l'air léger. ]\Iais les cochers se tenaient del^out sur leurs sièges ; leurs cœurs battaient dans leurs poitrines; enflammés du désir de vaincre, ils menaçaient leurs chevailx d'une voix forte, et ils volaient dans la poussière â travers les champs. »
Homère nous parle d'attelages à deux, à trois et à quatre roues. Plus tard^ les chars eurent des roues à quatre rais et furent aménagés pour une personne qui conduisait debout, ou, quelquefois, assise sur une planche placée en arrière, près de l'ouverture. Le cocher tenait généralement les rênes dans la main gauche, le fouet ou l'aiguillon de la main droite.
En aucun temps, en Grèce, il n'a été considéré comme vil ou comme déshonorant de s'occuper de chevaux : les fils de Priam et les frères de Nausicaa attelaient et dételaient euxmêmes les voitures. Parmi ceux qui, dans les temps historiques, furent des cochers remarquables, il faut ■ citer Anniceris de Cyrène qui faisait plusieurs fois le tour du cirque dans son char en repassant toujours dans le^ mêmes
ornières. L'art de conduire fut très à la mode à Rome du temps des Empereurs.
Nous aurons encore l'occasion de parler de ce goût des chevaux et des voitures à propos des fêtes où figuraient des courses à cheval et en char, des jeux olympiques et des jeux du cirque. Disons seulement ici que l'arène de courses d'Athènes était située au sud de la ville, dans le dèmed'Echelidée où se donnaient aussi les courses des Panathénées.
L'arène avait quatre stades de four; dans certaines courses il s'agissait, le cheval étant au galop, de sauter â terre et de remonter sur le char.
Nous arrivons maintenant à un autre genre d'amusement, très goûté des Grecs et des Romains : la natation et le canotage. On sait que, dans l'antiquité classique, le bain était un besoin quotidien; on préparait un bain dès ^u'un étranger venait demander l'hospitalité. Les bains grecs eurent une origine modeste. Nous connaissons déjà les bains du gymnase ; de plus, du temps des Diadoques il y avait à Athènes des thermes plus importants, modèles des thermes qu'il y eut plus tard â Rome.
Cette passion des méridionaux pour les bains nous permet de supposer que les Grecs, tant ceux de l'est que ceux de l'ouest, étaient bons
nageurs, autant cjue le permettait la configuration (les lieux. Le proverbe : « il ne sait ni lire ni nager » vient confirmer cette supposition. De plus, Platon dit (quelque part : « Si un homme vient à tomber dans un petit étang ou au milieu de la vaste mer, il faut qu'il sache nacrer. » — Parmi tous les Grecs c'étaient
les habitants de l'Ile de Délos qui étaient réputés les meilleurs nageurs.
Partout où l'occasion s'en présentait, les jeunes garçons apprenaient à nager et comparaient leurs forces en natation. Nous connaissons les exercices de natation que pratiquaient les jeunes Spartiates dans l'Eurotas. Nous savons
que, pendant que Rome était assiégée par Porsenna, l'intrépide Clélicet toute une troupe déjeunes filles surprises au bain par des avantpostes ennemis se sauvèrent à la nage. C'était plus qu'un besoin de faire disparaître la poussière du corps ; les Romains surtout attachaient beaucoup d'importance à l'art de la natation au point de vue militaire. De même que les Spartiates recherchaient après les exercices dans le Dromos l'eau fraîclie de l'Eurotas, de môme les Romains se rafraîchissaient après les efforts du Champ de Mars par un bain froid dans le Tibre. Suétone raconte que l'empereur Auguste apprit lui-même à nager ix ses petits enfants.
Pausanias parle d'un jeu spécial pratiqué par les Grecs. La nuit qui précéda le jour décisif, on tira au sort pour savoir par quel pont chacune des troupes adverses devait passer, celui où se dresse la statue d'Hercule, ou celui qui porte celle de Lycurgue.
Le lendemain dans la matinée les concurrents se rendirent au lieu indiqué et commencèrent à se battre furieusement, sans armes, des mains, des pieds, des dents et des ongles^, homme contre homme. A la fin ils se jetèrent en masse les uns contre les autres et se poussèrent dans l'eau de l'Euripe. C'est ainsi que les
Grecs mesuraient leurs forces en toute occasion.
Les jeunes Grecs n'aimaient pas moins le canotage, et pour prendre part aux régates, il fallait savoir nager et plonger. Les principales fêtes nautiques étaient la fête d'Ajax à Salamine et celle d'Artemis Munychia à Athènes. Ces deux solennités étaient l'occasion de courses de bateaux à rames fort célébrées dans l'antiquité. Les canots partaient du Pirée, contournaient la presqu'île de Munychia et abordaient au temple de la déesse. La fête se passait vers le IG Manychion. Plus tard on fit des courses de bateaux jusqu'à Salamine ; le grand attrait de la fête d'Ajax était la représentation d'une sorte de « bataille de Salamine ».
Dans d'autres villes grecques, par exemples Hermione, en Argolide, et à Egeste, il y avait aussi des concours de rame et de natation.
Ce genre de sport était aussi pratiqué en Italie, particulièrement à Baies, ville recherchée des riches, qui s'y amusaient en bonne compagnie : Martial dit de Baies que c'est « la rive dorée de la déesse de l'amour, un présent de la belle nature ». Là, les villas s'avançaient jusque dans la mer :
« Non content de posséder la terre ferme.
tu forces ù reculer la mer même, qui se brise à Baïes, » dit Horace ; dans ce lieu de plaisirs un des amusements favoris était la promenade en mer. D'innombrables barques multicolores, des gondoles de toutes sortes se balançaient dans le golfe ou luttaient de vitesse au large. On allait jusqu'à semer des roses dans le sillage des canots ; des galères de parade fendaient la mer bleue ; les jeux et les fêtes se succédaient sans interruption.
A l'époque où la population de ces bains mondains avait perdu les saines notions de morale, quand on adora les plaisirs des sens h l'égal de divinités, quand les bains furent le rendez- vous de tous les vices, les jeux se dénaturèrent et la corruption se montra jusque dans les fêtes nautiques.
« Alors, on voyait, dit Martial, des jeunes filles et des jeunes gens déguisés en nymphes et en néréides, monter sur un char, semblables aux dieux des eaux et décrire les figures les plus variées sur la surface de la mer. Les nageurs représentaient d'abord un trident, puis se groupaient en forme d'ancre, de rame ou de bateau ; tout-à-coup les groupes représentaient la constellation de Castor et de Pollux, qui se transformait en une voile gonflée par le vent. Ainsi nageurs et nageuses jouaient sur l'eau
les scènes mythologiques et les pantomimes que l'on aimait à voir sur la scène.
Passons maintenant aux plaisirs de la chasse. Le tir îi l'arc était l'exercice préparatoire du chasseur. Autrefois, dans les temps héroïques, le tir à l'arc n'était pas un exercice de jeune homme, encore moins un exercice d'enfant; les prétendants de Pénélope avaient de la peine à tendre l'arc ; il n'en fut pas de même plus tard. Les commençants plaçaient une petite botte de foin à l'extrémité d'une perche et s'exerçaient à la toucher, d'abord de près.
Les figures d'un vase nous montrent trois jeunes archers visant un coq sur une colonne. Platon recommande le tir à l'arc, même pour les enfants de six ans.
A la chasse on se servait aussi du javelot, c^ue l'on avait appris à manier â la palestre. Les grands javelots, dont les jeunes garçons ne se servaient pas, avaient une grande pointe de fer, un fort manche et étaient de plus, chargés d'une masse de plomb en avant de la pointe. Il y en avait de plusieurs sortes.
Chii'on, le célèbre maître de tant de héros, instruisait ses élèves dans l'art de la chasse; et bien des chasses des temps héroïques, celle du sanglier calydonicn par exemple, ont acquis une renommée mythic^ue. Les héros homéri-
ques, eux aussi, s'adonnaient au noble art de la vénerie; c'était Artemis elle-même, la déesse aux pieds légers, qui apprenait au chasseur habile à poursuivre plume ou poil dans la plaine et sur la montagne.
Homère nous dépeint l'agrafe d'or du manteau d'Ulysse, où l'on voit un chien étranglant un cerf; le même poète compare les deux Ajax « au sanglier terrible, même dans la fuite » :
« Ils couraient comme des chiens poursuivent à la chasse un sanglier, qui fuit devant les chasseurs, saignant sous le javelot. Les chiens courent pour le déchirer, mais, dès qu'il fait tête, confiant en sa force, ils reculent tous et se dispersent çà et là. »
La chasse était à la fois un plaisir et un exercice utile. On poursuivait à pied et à cheval les quadrupèdes; on les levait avec des chiens et on cherchait soit à les forcer, soit à les abattre à distance. On se servait aussi de filets en forme de demi-lunes, que l'on plaçait dans les coulées favorites des fauves. A Sparte, la chasse était considérée comme un exercice du corps, une excellente préparation à la guerre, un noble amusement. La loi elle-même obligea plus tard les Doriens à courir les risques et les aventures de la chasse. Les fourrés du Taygéte, rude et sauvage, cachaient d'innombrables cerfs, des
ours et des sangliers, — de plus, les chiens de Sparte étaient excellents pour ces chasses \
Dans les grandes battues, les chasseurs, chaussés de bottes Cretoises, parcouraient les gorges et les ravins et relevaient la trace des animaux. Le gibier était un trophée et les aventures de chasse étaient longtemps un thème de conversations dans les syssites ^ de Sparte. En Macédoine, les jeunes gens devaient prendre leurs repas debout jusqu'au jour où ils avaient tué un sanglier. Mais c'est surtout du temps des Diadoches que la chasse fut à la mode. A Rome, la chasse qui avait été un des plaisirs favoris des anciens Romains, dégénéra bientôt en représentations de circj[ueet d'amphithéâtre. « La chasse, dit Pline, fut autrefois le plaisir de la jeunesse; les futurs officiers s'habituaient à lutter de vitesse avec le gibier fuyant, de force avec celui qui résistait, d'adresse avec le gibier rusé ; en temps de paix, ce n'était pas un petit honneur que d'avoir mis fin aux incursions des fauves dans la campagne. »
La pêche ne fut jamais un amusement pratiqué par les nobles : elle resta un métier. En
(1) Le chien d'Alcibiadc coûtait 6,500 francs.
(2) Les malheurs du lièvre poursuivi par les chasseurs donnèrent naissance à ce proverbe : « Le lièvre court pour sa peau » ou « il mène une vie de lièvre ».
général, les représentations de scènes de chasse sont bien pi us rares que celles d'exercices gymnastiques. L'arme (|ui pai'alt avoir été le moins employée à la chasse est la fronde. Cela vient de ce que les jeunes gens, se préparant à leur futur métier d'hoplites, s'exerçaient moins à la fronde qu'au javelot. Au contraire, les habitants des Baléares étaient célèbres comme frondeurs. Leur adresse venait, raconte Diodore, de ce que les mères forçaient les enfants à manier constamment la fronde dès leur jeune âge. Elles suspendaient, comme cible, un morceau de pain â une perche, et laissaient jeûner l'enfant jusqu'à ce qu'il l'eût abattu.
Les jeux populaires se renouvellent et se transforment sans cesse, aussi leur origine estelle souvent difficile à connaître; c'est le cas pour le jeu d'osselets ou d'astragales des anciens. Hérodote raconte, en parlant de l'anti- (|uité de ce jeu que, du temps d'Atys, fils du fondateur de la nation lydio-phrygienne et roi du pays, les Lydiens inventèrent, durant une famine, les jeux de des, d'osselets, de balle, ainsi que plusieurs autres, à l'exception du jeu d'échecs. Sophocle attribue l'invention des osselets à Palamède, Platon à un dieu d'Eg}^pte ; tous les deux donnent donc à ce jeu une origine étrangère. Pour montrer l'antiquité du jeu d'osselets citons encore la tradition selon
laquelle Zeiis ayant fait enlever par son aigle Ganymède, le plus beau des mortels, consola le jeune garçon, qui regrettait ses compagnons de jeux de l'Ida, en le faisant jouer aux osselets avec Eros, l'enfant éternel ; Zeus lui-même ne dédaigna pas de jouer quelquefois aux osselets avec son éclianson.
C'était surtout un jeu d'enfants. Quand l'ombre de Patrocle apparaît à Achille elle lui rappelle les parties d'osselets de leur enfance; en revanche ce jeu n'est pas mentionné dans l'Odyssée. Aristophane parle d'enfants qui prient leur père de leur faire cadeau d'osselets; c'était aussi une récompense pour les élèves sages; du moins, cette épigramme d'Asclépiodote nous le fait supposer :
« Premier de ses camarades pour un devoir récompensé, Connaios remporta quatre-vingts osselets. »
Plutarque raconte, dans la vie d'Alcibiade, que celui-ci, jouant aux osselets dans la rue, pria un cocher d'arrêter sa voiture qui allait les écraser. Comme le cocher ne l'écoutait pas, il se jeta, furieux, au devant de la voiture. Cette anecdote connue nous montre que ies enfants des meilleures familles s'amusaient à jouer aux osselets avec leurs camarades en pleine rue. Ce jeu était aussi très aimé des
Romains ; dans les banquets, on jouait beaucoup aux (lés, « Quel roi Vénus va-t-elle élire au moment de Ivoire ? » Après avoir prononcé cette formule qui précédait le tirage au sort d'un président, on se mettait à table et les coupes circulaient; Horace ne trouve rien de mieux pour nous dépeindre la tristesse des enfers que de nous rappeler que dans le royaume des ombres on ne joue plus aux osselets pour nommer le gagnant Symposiarque.
On distingue deux sortes de jeux d'osselets. Pour le premier les osselets ne servaient que de jetons, tout comme des cailloux, des haricots, des noix, des glands, etc. On jouait avec des osselets à pair ou impair, ce jeu que nous avons mentionné et qui formait une transition entre les amusements d'enfants et les jeux de société où l'enjeu est de l'argent. Nous connaissons aussi le jeu du cercle, où l'on plaçait les osselets et les autres enjeux à l'intérieur d'un cercle et où l'on cherchait à y jeter un osselet de manière à repousser l'osselet d'un adversaire sans en faire sortir le sien. Une autre sorte de jeu était la tropa, une sorte de bloquette où le joueur devait jeter, d'une certaine distance, ses osselets ou ses noix dans un trou. Celui qui réussissait avait gagné. Si personne n'y parvenait, le joueur dont l'osselet était le plus
près du trou cherchait de la main à « caler » son osselet dans la l)loquettc — il gagnait s'il y arrivait ; s'il manquait encore, le joueui- suivant essayait à son tour.
Fie. 14
Pollux parle d'un jeu d'osselets, joué surtout par les femmes et qui demandait beaucoup, d'adressé. Il se jouait avec cinq osselets ; on les jetait en l'air et on les rattrapait sur le dos de
la main ; quant à ccil\ (|ui étaient tombés par terre, on essayait de les ramasser avee les doigts de la même main. Notre figure représente les cinq déesses Latone^ Niobé, Diane, Aglaé et Hileaira; les deux dernières jouent aux osselets. Sur une autre peinture on voit les enfants de Médée jouer aux osselets, sans se douter que leur mère, au désespoir, lève sur eux le couteau avec lequel elle va les égorger.
Si l'on pouvait jouer les jeux qui précèdent avec des osselets de n'importe quelle forme, le second jeu exigeait un matériel spécial. Les osselets qu'on employait se trouvent dans l'articulation des pattes de derrière du mouton, de la chèvre ou du veau. On ne les rencontre que dans les pattes de derrière et il n'y en a qu'un dans chacune; aujourd'hui encore on les appelle en anatomie talus ou astragale. Ces osselets ont deux côtés larges dont l'un est convexe et l'autre concave; deux côtés étroits dont l'un est un peu creusé, l'autre plein.
On a constaté par expérience que lorsqu'on jette ces osselets c'est le côté convexe ou le côté concave qui est le plus généralement dessus ou dessous. Le hasard seul ou une disposition arbitraire a pu faire assigner plus ou moins de valeur aux faces de l'osselet.. Voici comment les enfants pratiquaient ce jeu qui ne
demandait ni exercice ni adresse mais qui dépendait entièrement du hasard. Cliac|ue joueur jetait un ou plusieurs osselets ; et celui qui avait réuni le plus de points gagnait les osselets de son adversaire. Beaucoup d'œuvres d'art représentent ce jeu; sur un bas-relief de sarcophage nous voyons deux amoui's y jouer. Entre les deux joueurs sont deux osselets ; l'un des joueurs les montre du doigt avec un air de triomphe, et l'autre, tout triste, se voile la figure de la main. Ailleurs c'est un groupe de statues sur mi piédestal : un enfant, accroupi, regarde les osselets avec mauvaise humeur tandis qu'un autre, tout joyeux, en presse six contre sa poitrine et se réjouit d'avoir gagné. Un autre groupe représente une fillette qui vient de jeter mi osselet de la main droite et qui attend, anxieuse, qu'il ait cessé de rouler ; sa main gauche tient quatre osselets; l'autre jeune fille tient également quatre osselets dans la main gauche et se prépare à en jeter deux de la main droite. Dans le neuvième livre de PoUux nous voyons trois jeunes filles jeter trois fois de suite un osselet; la perdante est celle qui descendra la première dans l'Hadès.
Encore aujourd'hui les enfants grecs affectionnent ce jeu . Ulrichs dit que les jeunes
garçons d'Arachoba ^ jouent aux osselets. Ces osselets sont des cubes arrondis sur deux faces, de manière que sur une surface plane ils ne puissent tomber que de quatre façons différentes; c'est la face supérieure qui détermine la valeur du coup. Ordinairement c'est la partie arrondie qui est en l'air; ce coup s'appelle : le Boulanger ou VAne. Puis vient le Voleur quand c'est la partie concave qui est en l'air. Le Vizir est plus rare; c'est lorsque la petite surface plate est en l'air; le coup le plus rare est le Roi; c'est celui où la face qui ressemble à une oreille, placée à l'opposé du Vi::ir, se trouve en l'air. Il y a un cinquième coup, le Coq : c'est quand l'osselet se tient debout sur un des côtés arrondis ; mais ceci ne peut arriver que si l'osselet est appuyé contre un objet quelconque, aussi le coup est-il nul. On n'inscrit pas de nombre sur les différentes faces de l'osselet.
Le jeu d'osselets que jouaient les grandes personnes était plus compliqué que celui des enfants. Elles jouaient avec quatre osselets et les jetaient à la main ou avec un gobelet de corne, de buis ou de métal ; les osselets tombaient à t^rre ou sur une table Le gobelet
(1) Ville voisine de Pamaue.
LES JEUX DES GRECS ET DES l(t)MAlNS
était probablement plus étroit en haut qu'en bas et garni à l'intérieur de degi'és par-dessus lesquels les dés devaient sauter. Le jeu d'osselets n'exigeait pas une table ou un plateau spécial, du moins quand on jouait pendant un repas ; on se servait quelquefois d'une planche spéciale (juand on jouait à deux ou trois; ces planches étaient garnies d'un rebord.
On jouait donc avec quatre osselets : chacun n'avait que quatre faces sur lesquelles il pouvait porter; parfois il restait sur un des côtés arrondis, quand il était appuyé à un autre osselet, mais il tombait dès qu'on lui retirait son appui. Le côté concave valait (roi'yi, le convexe quatre, le troisième, appelé généralement C/«'o.s ou le Chien valait un ; le dernier valait six points. La somme de deux côtés opposés était toujours sept. Les valeurs deux et cinq manquaient. Avec quatre dés, dont chacun a quatre faces qui comptent il peut y avoir 35 combinaisons que voici :