I.A COKBEILLK DFS HKUKES
Au moindre vent.
Je t'ai connue, assise au porche sur le seuil
De la Vie et du Songe et de l'An,
Jadis, toi qui, du seuil,
Ueo-ardais venir l'aube et tressais des couronnes.
Je t'ai revue,
Chère Ombre nue.
Avec tes cheveux rouilles d'or roux.
Graves de tout le poids de leur automne;
Le vieux vent d'est pleure dans les haies.
Lourd d'avoir rôdé, l'aile basse;
Le pampre se desserre au tronc qu'il désenlace
Et la terre s'éboule au talus qui l'étaie;
La joie est brève et l'heure passe,
Et chacun marche vers un autre qui recule,
Et la fleur de l'aurore est fruit au crépuscule
Et le fruit d'or du soir est cendre dans la nuit.
Je t'ai revue.
Tu étais nue,
Gomme à l'aube où je vins par la route des blés,
Moi qui reviens vers toi par le chemin des chaumes
Avec le soir qui tremble et le pas de l'automne
2'l8 LES JEUX RUSTIQUES ET DIVINS
Aux échos de ma vie où riait le printemps;
Que vas-tu mettre aux mains que le retour te tent ?
Car j'ai perdu l'obole et la bague et la clé
Et la couronne en fleurs d'espoir d'où j'ai senti,
Feuille à feuille, tomber la rose et le laurier;
L'opale s'est rompue à l'anneau desserti
Et ma voix de nouveau hésite à te prier,
Car, debout à jamais et le doigt sur la bouche,
Comme pour écouter l'écho du temps qui fuit.
Ton silence obstiné, patient et farouche
Regarde venir lombi-e et pleure vers la nuii.
T,A CORBFILLE DES HEURES 2'^»
ODELETTF. VIII
La \ie
Avec ses mains de feuilles et ses bras de branches,
Avec ses lèvres de fleurs et de fruits,
Sa peau qui change
De nuée et de ciel, de moires et d'écorce,
Avec ses yeux d'eau qui dort ou luit.
Sournoise ou morte,
Avec sa voix de vent, ses oreilles d'échos,
Sa voix de pluie
Et ses rires d'Avril et ses sommeils d'Août,
Assise dans l'ombre ou debout
Dans l'aube claire,
La \ie est nue.
Et j'ai fermé les yeux et je l'ai entendue Chanter son chant de jours, de saisons et d'années Auprès de moi, et je sentais l'averse claire Ruisseler sur ma joue, et, sous mes pas, Craquer le chaume sec et les feuilles fanées.
Et, là-bas,
Les fruits mûrir et les fleurs éclore
Dans les parfums du soir ou l'odeur des aurores,
Et je l'ai entendue ainsi pleurer ou rire,
Lasse ou sonore,
Triste ou ravie,
Et j'ai fermé les yeux pour écouter la Vie.