‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 16 sur 117 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Cet hoiiiiiie chante des paroles étranges, Dans l'aube lente,

Et j'aurais voulu vdir son ombre sur la mer Et son visage pendant qu'il rêvait à voix haute Debout à la proue, et lui parler peut-être, Car le navire était ancré près de la côte ; Mais les rochers me le cachaient, et cette tète Qui dort sur mes genoux, lourde et charmante, M'a fait rester assis dans laube blanche, Et le navire a levé l'ancre Et la Mer baisse...

0 dormeuse, ta tête est lourde et tu dors

Des yeux et de toute la langueur de ton corps

Délicieux et pur sur le sable marin.

Parmi les algues et les coquilles.

Tu dors tranquille

Et lasse et souriante et nue,

Ame inconnue !

IFS JKUX RUSTIQIF.S KT DIVINS

Le sable rafraîchit la paume de tes mains

O dormeuse, et quand tu te lèveras,

Debout en étirant tes bras

Et secouant les lourds cheveux jusqu'à tes reins,

Le doux sable

Gardera le sceau de ton sommeil mémorable,

Et je ne saurai rien de ton âme inconnue.

Elle est là qui dort et moi je songe

Et j'ai songé dans l'ombre.

Longtemps avant que cette voix chantât dans l'ombre,

Et j'ai songé

A celle qui s'en vint vers celui qui venait,

Etrangère qui souriait à lElranger,

Et qui dort maintenant près de celui qui veille ;

Je ne connais

Rien d'elle sinon qu'elle était là et qu'elle est belle,

Sinon qu'elle dort à mes pieds

Et nue et lasse et calme et souriante.

Car comme en rêve elle a souri surnaturelle

Et j'ai cru qu'elle allait s'éveiller

Quand la voix lente

De cet homme a chanté la Mer et les Sirènes,

Et puis elle s'est rendormie, et sa face

A souri des lèvres à la mienne,

Et sa tète a pesé lourde sur mes genoux,

AKKTHtSi; 53

Plus lourde de ses cheveux roux, Plus lourde de sa nuque lasse, Plus lourde de sa pensée lointaine.

Elle pense en dormant des choses que j'ignore Je ne sais rien de ses pensées...

— La nuit est morte pourtant et voici l'aurore — A travers son visage une face effacée Semble me sourire derrière son sourire; D'autres lèvres derrière les siennes m'attirent Et, quand je la regarde en face, je crois voir Quelqu'un debout en elle et qui est ma Pensée Au manteau noir !

Sa chair est douce ainsi sur le sable, sa chair

Est belle ainsi sous le ciel pâle et clair

De cette aube où mon âme triste se tourmente

De l'âme qui se cache, hélas ! en cette chair

Douce dans son sommeil et paiement vivante

Et dont je touche

Les yeux clos et les seins et le ventre et la bouche

Et les grands cheveux d'or qui se déroulent.

Sinueux comme une algue et lents comme une houle

Mystérieuse dont écume ce front pur

Que somme leur volute, et dont le poids ruisselle

Somptueusement jusque sur

Le sable roux où dort énigmatique et belle,

LES JKLX UUSÏIQUES ET MV:.^^

Cette Dormeuse enfin que je ne connais pas.

Car je ne sais ni sa pensée, ni ses pas,

Ni quels Destins l'ont ici amenée

Au soir où je la vis debout près de la mer

Et pure comme si elle était née,

Svelte de quelque conque ou blanche d'une écume,

Du sable de la grève ou du sel de la mer !

Est-elle une

De ces captives que les hautes nefs de bois et d'or

Ravissent à la rive et mènent vers le port

Et qu'on vend au retour sur le môle

Avec le corail et les oiseaux ?

Son enfance erra-t-elle auprès des calmes eaux

D'un fleuve qu'elle aura suivi de saule en saule?

A-t-elle porté l'amphore sur l'épaule

Ou l'urne funéraire en ses pieuses mains

Et sur les asphodèles du chemin

Ses pieds ont-ils marché vers un temple de raai'bre ?

En tes songes as-tu des villes et des arbres

Ou si la vaste mer est ta seule mémoire?

J'ai soif de te connaître, ô sœur, et je veux boire

A ton passé comme à la source entre les saules;

Lève-toi appuyée, ô sœur, sur mon épaule.

Marchons l'un près de l'autre et mirons nos visages

Face à face au miroir de nos doubles pensées

Avec l'emblème de nos deux mains enlacées;

ARETHL'SK h5

Eveille-toi et lève-toi!

Je ne peux plus vivre quand tu dors.

0 toi qui dors toujours de m'être une inconnue !

Lève-toi nue

Avec tes grands cheveux croulant en algues d'or;

Eveille-toi, ô toi qui dors,

Si tu restes si loin pourquoi es-tu venue

Un soir que je marchais sur cette grève ?

Et c'est en toi qu'il faut que le soleil se lève,

O toi que je no connais pas,

Et tu seras !

Elle s'éveille.

La mer reflue et cet homme a cessé Cette chanson à qui tu souriais en songe. Il parlait d'arbres dont l'ombre grave s'allonge, De grappes et d'abeilles...

Il a cessé

Cette chanson à l'aube et l'aurore est vermeille! Lève-toi nue

O souriante, Ame inconnue !

Et que ta chair

Reste endormie, et viens là-bas.

Lève-toi de toi-même, enfin !Jle ciel est clair. Et viens là-bas Loin de la grève aride et de la vaste mer.

Le soleil parait.

On est dans la clairière d'une forêt. Une source d'eau profonde miroite parmi des fleurs. Alentour, de hauts arbres. L'heure est venteuse et chaude; il a [du; des gouttes d'eau tombent encore des feuilles.

Assises sur la mousse, des Tisseuses tiennent sur leurs genoux des étoffes déployées. Elles sont trois qui parlent tour à tour, la plus vieille debout, d'autres travaillent en silence dont deux encore répondent.

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