‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 39 sur 117 · FIGURINES POUR UN TOMREAU · texte numérisé non relu

FIGURINES POUR UN TOMREAU

L'Espoir avec l'Amour marche le long du fleuve,

L'Espoir! et les fleurs d'or frôlent sa robe neuve,

Et le soleil sourit dans l'élofre tissée

Des fils mystérieux de toutes nos pensées

Et transparente au point qu'on distingue au travers

La sveltesse du torse où l'os perce la chair;

Et le visage, hélas ! sourit quand le pied hutte,

Et les deux compagnons parlent et se consultent

A voix basse et l'Amour soutient l'Espoir qui tremble.

Mais jusqu'au bout du songe ils n'iront pas ensemble,

La mer est loin encor où se perdra le fleuve,

Et l'Espoir, dans sa robe vaine et toujours neuve,

Succombe au crépuscule et ne voit pas le jour;

Et tu l'ensevelis de tes mains, à Amour,

Et du bûcher de pin où tu brûlas ses os

Tu recueilles sa cendre et, près des calmes eaux

Du fleuve, je te vois qui portes dans le soir

L'urne d'argile rouge où grimpe un myrte noir!

J ai joué df la fin te auprès de la fontaine

l'A mon souf/lc inrgal dans le tuyau d'ébène

Y entrait rire pour en ressortir sanglot ;

Je regardais tomber les feuilles dans son eau

Oubliant, inutile et mauvais chevrier,

L'éternelle verdeur de iantifjue laurier.

Et, parmi mon troupeau pille par les Sylvains,

L'aile basse, broutait le vieux Cheval divin;

Mais j ai jeté, un soir, dans la morne fontaine,

La tige par morceaux de ma flûte d'ébène

Et je pris le cheval ii la bride, et ma main

Cueillit au tronc noueux le rameau souverain

Lourd de ma Destinée et vert de mon Espoir!

Et nous avons marché à travers le bois noir,

Vers la plaine et le fleuve et loin de la foret

Et, fauve au grand soleil, debout sur ses jarrets,

J ai vu le cheval rose ouvrir ses ailes d or

Et, flairant le laurier que Je tenais encor.

Verdoyant ti jamais hier comme aujourd'hui.

Se cabrer vers le Jour et ruer vers la Nuit!

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