‹ Les joies de l'heureChapitre 29 sur 32 · A MILLET · texte numérisé non relu

A MILLET

Grand paysan de notre race, Voici longtemps, non sans émoi, J'ai voulu me trouver en face De ton œuvre belle et de toi !

Dans un livre où la poésie, Près de l'eau-forte, lui parlait, La page que j'avais choisie Était la page de Millet ;

Je n'avais pas attendu l'heure Tardive et lente où tu montas Dans la gloire, qui n'est un leurre Que pour ce qui ne la vaut pas.

Poète aussi des Géorgiques, Voyant du soir et du matin, Pour avoir su les cœurs rustiques, Tu dépasses le grand Latin .

I 1 8 DEUX PEINTRES

Ton art sent la glèbe et l'exprime, Et le geste de ton semeur, Hugo seul, en un vers sublime, Lui sut trouver la même ampleur.

Tes pauvres glaneuses superbes Sont la paysanne en haillons Qui se courbe, tout près des gerbes, Sur l'avarice des sillons ;

Tes fileuses, tes ménagères Ne sont pas laides, loin de là !

Elles sont graves et sévères :

C'est la terre qui veut cela.

Ta peinture parle, elle est juste Et trouve des accords touchants Pour nous dire la vie auguste Des âmes simples et des champs.

Maître qui marchas les mains pleines De la semaille du labour A qui parlait la voix des plaines Et la voix de l'homme à son tour,

Dors bien ! ta taille est mesurée !

Que soit légère à ton front las La poussière noble et sacrée De la terre lourde à leurs bras!

A COROT. I ig

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