MARIE C 1 C
OPERA -COMIQUE
Dans la famée épaisse ouatant la vaste salle d'une chaude bue'e, au milieu des hauts vidrecomes que le faro empanache d'écume^ elle gazouillait, — fauvette perchée sur le tuyau d'une pipe ou sur l'anse d'une canette, à la Philharmonie — au Marché aux Poulets — de Bruxelles.
Elle avait à peine douze ans.
C'était pendant l'hiver 1 852-53.
Maman Cico, le frère et une sœur major — cclle-lj qui chantait au café du Géant — avant Tincendic — embellissaient alors de leur présence le petit Paris belge des exilés politiques... et hnanciers.
Les deux gamines étaient les favorites des dilettantichopeurs de la Philharmonie. La petite Marie était chargée des Binettes comiques. Les braves compa-
triotes de Manneken-Piss se dérangeaient volontiers de leur tabac et de leur bière pour lui envoyer, en guise de bravos, de bouquets ou de bonbons, un verre de lambic, de genièvre ou de skidam.
Le directeur de l'etablissement'payait dix francs ses deux pensionnaires. Sur l'engagement, huit francs étaient attribues à hi grande sœur : la petite était cotée quarante sous.
Pendant l'été de 1 85 3, les deux Cico allèrent/a/r^ la shison à la Tente royale, près de la porte de Laeken.
La famille partit ensuite pour Anvers. On voyagea : Belgique et Hollande, succès et argent, romances et liqueurs !
En i855, on retrouve Marie Cico au Casino du Palais-Royal à Paris. Elleyfaitj pendant plusieurs hivers, les délices des dîneurs à trente-deux sous de Tavernier et des polytechniciens de Pestaminet hollandais avec V Enfant du bon Dieu, Une fleur pour réponse, ei Marguerite, ferniei les yeux, — toutes pacotilles qui n'exigeaient pas une voix aussi étendue que le Champde-Mars...
Ce fut dans ce trinkhall lyrique qu"Ofïenbach — qui a pour les jolies tilles le nez d'un détective... en truft'es — la découvrit, voici tantôt dix ans...
Bénissons le Seigneur ! Ceux qui déterrent les truffes ne sont pas toujours ceux qui les croquent : il faut tenir cela pour dit.
Engagée aux Boulfes-Parisiens, Marie Ci -j a 'y fit aucune création remarquable; mais cl!.:; mit à profit
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la liburi.' que lui Liissait une inaciioii l'orccc pour ciudicr \c chant au Conservatoire sous la uircction Je Rcvial.
Elle entra, enlin, àrOpcra-Comique. Elle y est encore ; et je présume qu'elle y demeurera longtemps, car, l'année qui suivit ses débuts, elle put, grâce à une auguste intervention, rompre avec l'administration de la rue Le;."cleticr un traité qu'elle avait signé à la IJgère sur les pressantes sollicitations de M. Perrin.
Marie Cico est — à la salle Favart — trop souvent en délicatesse avec le diapason. Cette mésintelligence ne l'a pas empêchée de tenir des rôles importants dans les nouveautés à la mode, — la Fiancée du roi de Gcirbe, le Voyage en Chine, Robinson Crusoë, etc., etc.
Grande, langoureuse, de tin corsage, la paupière noyée de bistre et le teint légèrement mordoré par l'atmosphère du café concert, elle rappelle — avec quelques années en moins — l'héroïne d'un dessin de Gavariii : Une brune à Veaii-de-vie.
u II y avait une fois un roi qui chantait les ténors i!i ses moments perdus.
» Le monarque eut cinq lilles. Le baptOme des deux aînées eut lieu en même temps. Plusieurs fJes de l'Opéra y présidèrent. La première dit :
» — L'aînée sera brune comme la nuit; la plus jeune sera blonde comme le jour...,
» La seconde :
« — Toutes deux auront une voix précieuse et une physionomie agréable...
» La troisième :
» — L'une charmera les habitués de Feydeau ; l'autre enchantera les amateurs des Boutï^s, du Châtelet, du Théâtre-Lyrique et de l'Athénée...
« — Emportez les berceaux ! cria le père.
» Le pauvre homme craignait, en effet, le caractère malicieux de la quatrième fee...
» Celle-ci, furieuse d'être devinée, étendit sa baguette :
« — Toi, tu auras un nez camard ! Toi, tu auras une bouche cochère !
» Les jeunes tilles grandirent en grâces et en talent. Le public parisien les choya tour à tour dans Lara et dans la Chanson de Fortunio, dans Fior d'Ali\\a Q\.à.^ns\^ Flûte enchantée, ààns Robinson Criisoë et dans V Amour et son Carquois. L'une avait cependant toujours son nez camard ; Lautre avait cependant toujours sa bouche cochère.
y> Or, il advint qu'un jeune duc... d'En-Face — s'éprit de la princesse Blonde...
» — Seigneur, méfiez- vous, lui dit son sénéchal. Si vous lui faites la cour, ne l'embrassez pas sur le menton : vous pourriez tomber dans le gouffre...
» Le galant, dans son imprudence, ne prit point garde aux avis du bon serviteur...
y> Patatras !...
)) Le voilà dans la bouche de la belle ! Tout y passa : le casque, l'epée et les bottes!
» Dans cet intérieur, capitonné de satin rose, le jeune duc était bien empêché...
K Tout à coup, à la lueur des dents d'émail, il aperçut la princesse Brune qui remontait du fond du gosier. . .
». — Corbleu! madame, que faites-vous ici?
» — .le cherche la partition de Mignon que ma sœur a avalée ce matin.
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y> — Pcrmcilcz-moi de vousolïrir la main pour sortir...
» Oui, mais à pcincTurent-ils dehors que voici ce qui arriva :
)i La princesse Brune, qui avait besoin de respirer, ouvrit dcmcsurément les naseaux...
» Et elle renillason cavalier!...
« One ne revit le duc depuis celle aventure. »